‹ Histoire des banques en FranceChapitre 23 sur 69 · V. -— Chute du Système · texte numérisé non relu

V. -— Chute du Système

Nous avons interrompu l'histoire du Système au moment où les actions venaient d'atteindre leur apogée (18.000 livres le 5 janvier 1720). Nous allons reprendre notre narration à partir de cette époque, et la continuer jusqu'après la liquidation finale de ce grand cataclysme.

Quelque universelle que fût la folie d'alors, il y eut encore de nombreuses exceptions : en outre, dès ce moment, le nombre des réaliseurs prit des proportions de nature à ralentir, puis diminuer le flot des acheteurs. En un mot, la baisse commença par des réalisations de bénéfice. Le haut prix de toutes choses ne contribua pas peu à indisposer le public, déjà ébranlé par un commencement de baisse sur les actions. Voici en quels termes M. Levasseur trace le tableau des prix d'objets de consommation générale à cette époque : « Les marchands, dont tous les produits trouvaient un écoulement facile, devenaient plus exigeants à mesure que cette monnaie (le billet de banque) devenait plus abondante, mais ils n'en étaient pas plus riches, parce que les ouvriers, de leur côté, réclamaient un salaire plus élevé. S'ils ne rencontraient pas tous les jours des acheteurs assez fous pour offrir 200 livres d'une pièce de

gibier^ ils doublaient du moins et triplaient leurs prix. Le gros drap d'Elbeuf se payait 25 livres Faune, le velours 42 livres. Malgré les règlements de police, qui fixaient le prix à une livre dix sous l'heure, on ne pouvait avoir, un fiacre à moins de 3 livres l'heure; un carrosse de remise était loué jusqu'à 40 livres par jour. La bougie, qui ordinairement valait 32 sous la livre, s'était élevée à 9 livres ; le café de 50 sous monte au prix exorbitant de 18 livres. Tout était dans les mêmes proportions : 25 sous la livre de beurre frais, 25 écus (125 livres) l'aune de drap fin, 40 livres une paire de bas de soie, 4 et même 5 sous la livre de pain. »

On doit penser qu'elles durent être, avec un tel renchérissement de toutes choses, la gêne et la misère de tout ce qui possède un revenu fixe, petits rentiers, pensionnaires, commis, employés et même ouvriers, car, quand tout augmente, les appointements et les salaires sont constamment en retard sur cette hausse, et il faut beaucoup de temps pour que l'équilibre se rétablisse.

Toutes ces causes agissant sur les esprits et les aigrissant, déterminèrent le commencement du mouvement de baisse, qui, à peu d'exceptions près, ne s'arrêta qu'avec l'anéantissement des valeurs de papier.

Nous avons vu précédemment que le fameux arrêt du 26 septembre 1719, avait limité aux porteurs des 1.500 millions de créances sur l'État, la faculté de souscrire des actions de 5.000 livres. Il paraîtrait que l'exécution de cet arrêt eut lieu d'une manière fort arbitraire, et que, quand le gros des petits créanciers se présenta pour souscrire avec ses récépissés des actions au taux sus-indiqué, il n'en trouva plus, soit qu'elles fussent réservées à des personnages politiques ou financiers, soit encore qu'elles fussent déjà toutes souscrites. Il leur restait alors la faculté de recevoir des billets en remboursement de leurs titres; mais avec ces billets ils ne pouvaient qu'acquérir des actions dans les 15.000 livres, ou des propriétés au quadruple de leur ancienne valeur. Cette position précaire des créanciers de l'État, inspira à Law un moyen de soutenir le crédit de son Système, mais par quelles iniquités !

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