LA SCULPTURE ETRANGERE
Jadis, pour la statuaire, en dehors de la France, il ne paraissait point exister d'ëcoles, c'est-à-dire de groupes compacts d'artistes réunis autour de certaines traditions ou du moins de certaines habitudes professionnelles. Il n'y avait guère à l'étranger que des sculpteurs isolés. Cette situation a un peu changé aujourd'hui et il est telles nations comme la Belgique ou les Etats-Unis, par exemple, qui présentent un ensemble de statuaires formés non plus exclusivement dans nos ateliers, mais près de leurs propres maîtres, dont quelques-uns sont devenus les égaux de nos plus grands.
La Belgique, rameau septentrional de la grande famille française, a marché avec nous depuis un siècle, à travers toutes les phases de renouvellement de son art. Remise en branle dans sa voie récente par deux grands maîtres français qui ont préparé son école moderne, David pour la peinture. Rude pour la statuaire, elle esta peu près le seul pays à côté du nôtre qui ait donné pour celte dernière forme de l'art une suite ininterrompue d'artistes de réelle valeur. Tous les mouvements un peu actifs de la statuaire conleniporaine en France y ont trouvé des échos vibrants et sympathiques et, pour ne parler que de la fin du siècle qui vient de s'écouler, la sculpture belge a singulièrement progressé, prenant chaque jour une place de plus en plus marquée dans l'histoire du mouvement contemporain.
Elle a aujourd'hui pour chef un artiste de valeur exce[)tionnellc qui domine son milieu local et prend place parmi les maîtres reconnus de notre temps. C'est Constantin Meunier. Nous avons déjà signalé l'influence qu'il a exercée sur notre propre école, à laquelle il appartient par la formation de sa pensée qui se rattache aux plus hautes conceptions de l'idéal français moderne. C'est, eu elï'et, une gloire pour notre Millet d'avoir fait naître un tel héritier de sa grande âme sympathique el humaine. Meunier, lui aussi, nous a donné de profondes émotions d'art et de sentiment en nous faisant pénétrer la grandeur des êtres simples et la beauté tragique de leur vie. Ses puddleurs, ses mineurs, ses carriers, ses faucheurs et ses moisson-
neurs, tout ce peuple grave, austère, fier ou résigne de l'usine ou de la flèbe, forment un ensemble puissant et douloureux dont l'expression la plus grandiose est eu même temps comme le couronnement de son œuvre : son Monument an Iravail.
Art et dccoratkin.
Constanlin MEUNitis : Débardeur.
Autour de ce maître se serrent, vivants, émus, intéressés par la vie, ne s'éloignant jamais trop des réalités, se gardant plus que tous
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les autres des excès pittoresques si fréquents à l'étranger, s'attachant aux vraies conditions de la statuaire, tout un groupe nombreux et pressé de sculpteurs vraiment dignes de ce nom. Ici c'est M. Jef Lambeaux. Fauteur des Passions humaines, dont Tart passionné, sensuel, mouvementé, apporte à la chair pulpeuse des femmes de Rubens un frisson plus aigu qui semble venir de chez Rodin; puis De Vigne et Dillens, \inçotte et Samuel, habiles décorateurs ou savants iconographes; Charlier, délicatement ému dans ses scènes intimes de la vie populaire; Van der Stappen, qui a renoncé à ses anciennes élégances
Art et décoration.
Jef Lamkeadx : Les passions humaines (Irngment).
pour se frayer une nouvelle voie dans le sens du caractère; Devreese, talent fin et serré qui s'étend volontiers à la médaille; Héraiii, Du Hois, Hippolyte Leroy, Deckers, etc. Dans des tendances plus animées ou pins expressives : Lagae, sobre et puissant; le comle de Lalaing en qui le sculpteur ne le cède pas au j)eintre; Rombeaux, Victor Rousseau. Rraeke, Devillez, Van Riesbroek qui cherche à sa façon, à la suite de G. Meunier, une forme d'art populaire: Roncquet et Minne, celui-ci avec un art primitif fortement savoureux.
A la suite de leurs confrères de la peinture, les sculpteurs américains forment un groupe assez important qui s'est développé près de nous dans une éclosion rapide et brillante.
BEAl\-iltTS.
A leur lête, M. Augustin Saint-Gaudens s'est placé, nous l'avons vu, au même titre que le Belge Constantin Meunier, hors de pair parmi toutes les écoles. D'origine française, formé près de nos maîtres et dans nos ateliers, il est un des plus remarquables produits de l'influence du génie français. Mais il s'est développé dans un sens original avec des particularités dans le style, ou le souvenir de l'antiquité grecque se mêle à je ne sais quel accent britannique, qui caractérisent suffisamment la jeune école américaine, fille de l'école française. Statues funéraires, monuments commémoratifs, figures équestres, groupes décoratifs, portraits, et encore médaillons et plaquettes, il a embrassé tous les genres et résolu simplement et éloquemment les problèmes difliciles que soulève la traduction artistique de la vie contemporaine, sans embarras devant le costume auquel il découvrait, avec une clairvoyance inusitée, sa valeur sculpturale et expressive, ému profondément sans emphase ni gesticulation par les grands événements de l'histoire de son pays.
A sa suite et autour de lui s'est formée une véritable école qui, à son exemple, est venue prendre en France ses premiers enseignements. Nous connaissons M. French par son WasJnnglon et M. Bartlett par son Lafayelle tous deux érigés à Paris. Ce dernier était antérieurement réputé par de petites fontes très curieuses et le Luxembourg garde de cet artiste une grenouille monstrueuse superbement patinée. On voit aussi dans notre Musée la Bacchante de M. Mac-Monnies. Ce jeune statuaire, ^ — c'est aussi, à l'occasion, un excellent peintre, — répond, par son tempérament qui le porte aux projets gigantesques, à ce goût naturel du peuple américain pour les vastes entreprises monumentales, goût qui a ouvert un débouché exceptionnel à la sculpture décorative. On remarquera aussi M. Dallin, auteur d'une figure équestre de chef sioux, l Homme de médecine, très appréciée il y a quelques années à un salon parisien; MM. Rondebush, Karl Bitter, Barnard, Brooks, Grafly, Tilden, etc.
Rien de très saillant dans l'art sculptural de la Grande-Bretagne. C'est un milieu plus généralement porté vers la couleur. Depuis le fondateur de l'école moderne, Flaxman, dont les sculptures et surtout les dessins au trait, exécutés en illustration des poètes antiques,
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avaient une si grande renomme'e et furent publies dans toute l'Europe, on ne peut guère signaler à sa suite, entre les Ghantrey, les Fuller, les Slephens, les Boehni, les Bailv, l'auteur de la statue de
Art cl dccurutimi .
Augustin Saint-Gaudens : Stèle funéraire. {Musée du Luxembourg.)
Nelson, ou encore les Watson, les Garew, les Thornycroft, les Weslmacott, les Ingram, dont les monuments se pressent dans l'abbaye historique de ^^ estminster, que la figure assez exceptionnelle d'Alfred
Stevens, peintre et sculpteur, décorateur de grande envergure, mis aujourdluii en lumière par noire compatriote Legros. Depuis, le peintre Leigliton, qui mourut avec le titre de lord, se distingua comme un sculpteur de goût, dans la tradition continentale. De même le peintre Walts s'est-il montré quelquefois non sans grandeur comme
statuaire. Parmi les jeunes, Gilbert s'est justement acquis une réputation méritée tant par ses. grands travaux décoratifs, monumentaux ou funéraires (fontaine de Piccadilly circus, tombeau du duc de Glarence, etc.) que par son talent pour les menus travaux du l)ronze, orfèvrerie et médailles. A ses côtés le regretté Onslow Ford, l'auteur du monument de Shelley, exposé en 1900; M. Drury, élevé sous la forte influence de A. Legros et de notre compatriote Lantéri, attaché au royal collège de South Kensington, qui a formé une excellente école déjeunes sculpteurs; M. Pomeroy, M. Frampton; M. Brook et M. Bruce Joy, sans oublier l'excellent animalier, peintre et sculpteur J. M. Swan. Peinture ou sculpture, l'exposition allemande se manifestait par son aspect académique, et quel que soit le respect qu'on doive à des réputations consacrées on est obligé d'avouer que la plupart des ouvrages signés des plus grands noms pèchent par la recherche du pittoresque, du sujet, l'exagération sentimentale ou littéraire, sans parler de l'abus des souvenirs classiques. On peut se souvenir, par exemple, de ce groupe de grandeur nature de M. Gauer, la Soif, fait divers militaire, illustration du Petit Journal, où l'on voit deux soldats coloniaux, l'un buvant dans son casque en se détournant, tandis que l'autre se précipite pour le lui arracher; ou eucore les
Revue de l'Art aniien cl moderne.
Mac-Monnies : Bacchante.
( Musée du Luxembourg.)
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Deuœ imres de M. Epier, représentant, sur iiii rocher aigu entouré de vagues, ufie femme reTugiëe, tenant son enfant dans ses bras et gesticulant avec fureur pour chasser une lioime qui, son petit à la gueule, lente de le mettre à Tabri sur le même re'cif. Trop d'idées! 11 en faut très peu pour faire de la sculpture, et il les faut bonnes.
Bévue de l'Ail uncicii et moderne.
DiKz : La Tompète; fontaine, à Dresde.
Les plus célèbres comme M. Rheiuold Begas, illustre élève et continuateur du grand Rauch ou Fr. Drake, ne se défendent pas toujours eux-mêmes de ce mélange plus ou moins égal d'érudition et de réalisme par trop expressif. A la suite des noms plus ou moins ofliciellement consacrés dans leur pays, de Garl Gauer, Otlo, Max Kruse, Breuer, Brutt, Schott, von Rumann, et surtout Max KUnger, connu d'abord comme peintre, et qui s'est fait une grande réputation de l'autre côté du Rhin par ses sculplures polychromes, nous retiendrons, du moins plus volontiers le souvenir des envois de M. Geyger,
sculpteur distingué de même que graveur de talent, dont le Taureau de la campagne romaine était conçu comme une savante restitution antique; de même les figurines mi-antiques mi-romantiques de M. Fr. Stuck, que nous avons vu parmi les peintres; ï Amazone de M.Tuaillon, — un des morceaux les plus intéressants de cette section — assise avec une certaine assurance virile sur sa bête fine et bien modelée; le Huns de M. Hoesel, d'un accent de réalité et de vie assez rare dans ce milieu; ï Enfant prodigue de M. Heising; le lyran des mers de M. ITcrtor, sujet emprunté aux mythologies marines mises à la mode par Boecklin, et pour terminer par la composition de beaucoup la plus importante de la section allemande de 1900, la fontaine érigée à Dresde par M. Diez et qu'il intitule Tempête. Cette chevauchée gigantesque dans le monde turbulent des Ilots fait, en place, fort bonne figure décorative. 11 y a sans doute, ici même, trop de choses, trop d'ailes, trop de griffes, trop de bras, trop de nageoires et surtout trop d'incidents et d'intentions. C'est là, néanmoins, une œuvre de mouvement et de vie.
On peut passer vite sur toute l'Autriche, y compris le Marcus Anloniiis traîné par des lions, sujet d'hippodrome, par M. Strasser, et sur la Hongrie qui montre pour le colossal un goût qui se porterait plus utilement sur d'autres points. A retenir, pourtant, dans cette section les sujets antiques un peu trop spirituels de M. Rona et surtout les envois de M. Strobl, entre autres le marbre, d'une tenue sculpturale simple et expressive : Notre Mère.
Dans les pays Scandinaves, à côté de quelques-uns de ces cas de folie froide à laquelle nous ont accoutumés les Septentrionaux, nous trouvons, pour la Suède, M. Eriksson, et pour le Danemark, où la tradition de ïhorwaldsen ne semble pas perdue, MM. Bissen, Stein et AarslefF qui se signalent par des qualités de pondération et de goût.
M. Vallgren, Finlandais devenu Français, est trop des nôtres pour que nous le conservions dans ce chapitre et que nous ayons besoin d'insister sur son petit monde de figures mystiques, longues, délicates et un peu maniérées. Quant à la Russie proprement dite, au milieu des banalités officielles d'une école encore sans grand caractère où dominait la figure d'Antokolsky, on exceptera la collection de
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bustes vivante et pittoresque — trop peut-être, car il n'y manque qu'un peu de style — de M. Bernstamm, les sujets rustiques de M. Tourg'uëneff et surtout l'ensemble assez nombreux des envois du prince Paul Troubetzkoï. Statues, bustes, statuettes, figurines minuscules, tout cela est pétri avec vivacité, d'un doigt adroit et nerveux, dans un art souple, enveloppé, expressif et vivant. La figurine de Tolstoï à chevaL placée aujourd'hui au Luxembourg, en conserve heureusement le souvenir.
Dans les pays du Sud, fltalie, par ses traditions, devrait tenir la tête de toutes les écoles. A la vérité, ses sculpteurs marchent plus lentement dans la voie de renouvellement où sont entrés ses peintres.
Ils conservent encore leur travers habituel de préoccupation mesquine de pratique et de souci petit de lexpression. Ce ne sont, trop souvent que sujets gesticulant, grimaçant, d'une mimique exagérée; réalisme ou plus justement matérialisme choquant comme celui qui étonne si péniblement le visiteur dans le Gampo Santo de Gênes.
Depuis la première partie du siècle qui vit naitre, après Ganova, le Florentin Bartolini, l'ami d'Ingres, qu'il contribua à ramener vers les primitifs florentins, et son élève Jean Du pré, dont l'œuvre n'est pas sans grandeur, on voit descendre rapidement la sculpture italienne vers la recherche de la perfection outrée de l'exécution et la reproduction littérale. Il faut cependant distinguer à travers ces erreurs des qualités de tempérament national qui trouveront peut-être un jour une
Art il ,l,,-,riit'i<-,.
\ ALLGRt.N : Marteau de poile.
voie plus sûre, et, dans ce même cimetière de Gênes, d'où Ton sort peut-être assez stupéfait, il faut retenir certains noms d'artistes naturellement doués et qui n'auraient besoin que d'être dirigés par le grand exemple d'un artiste tout à fait supérieur. Tels sont, près de Monteverde, jadis célèbre, les Scanzi, les Villa, etc.
lii'iur de l\[n aiinni cl mocL'nir.
Prince Paul TiiouBETZkOÏ : Tolstoï à cheval. {Musée du Luxembourg.)
Ces exagérations expressives sont les défauts que l'on peut signaler chez M. Renda, qui exposait, en 1900, des Gamins napolitains, et chez M. ioWo (^Pêcheur) ou M. Rossi [Matelot), de même que l'on pourrait reprocher leurs exagérations sentimentales à M. Grossoni (^Premiers
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brouillards) ou M. Laforet (Lrt couturière) endormie sur son ouvrage, figure qui, malgré son esprit trop anecdotique, n'était point sans qualités.
Mais ces outrances expressives se manifestent au superlatif dans une œuvre qui s'étalait avec turl)ulence dans le rond-point du grand hall, semblant chercher la réclame et le bruit. Et c'est, en effet, le morceau qui, dans toute l'exposition de sculpture, obtint le plus grand succès du public. On a reconnu les Saturnales de M. Ernest Biondi. 11 faut se rappeler cette farandole falote et caricaturale, grandeur nature, de dix personnages avinés, patricienne donnant la main à un gladiateur, prêtres titubant, prostituée dépoitraillée, mercenaire, esclave, joueurs de flûte, tout cela s'avançant de face, dans une marche aventureuse, avec un accent de vie exagéi'é, comme vu à travers l'ivresse lourde d'un cauchemar et présentant je ne sais quel aspect ridicule et farouche qui vous poursuit et qui vous hante. C'était là un groupe qu'on ne pouvait oublier, et si effrayé qu'on puisse être de l'emploi qui en est fait, un talent un peu commun, mais d'une singulière force expressive jointe à une habileté plutôt gênante d'exécution.
Vincenzo Vêla, dans ses Victimes du travail, comme M. Graziosi dans le Fondeur, s'essayaient du moins, malgré certaines outrances expressives ou pittoresques, à des sujets modernes plus élevés, dans le goût de Constantin Meunier; M. Bazzaro, milanais, se montrait, dans sa Senectus, plus calme, plus sérieux et plus recueilli.
Le véritable esprit de la race a été conservé par (îemito. Avec tous ses excès, ses exagérations expressives, ses préoccupations de la physionomie et du geste, il a du moins au plus haut point le sens de la vie et non seulement dans Tanimalion, le pittoresque et la couleur, mais dans la construction solide des corps, dans la plénitude et la fermeté des volumes. C'est un sculpteur de petites choses, mais sans contredit un vrai sculpteur. M. Fontana, de Rome, a repris avec distinction cette tradition dans son petit Porteur d^ eau arabe, qui est venu rejoindre, au Luxembourg, YAcquaiuolo de Gemito.
Le tableau du mouvement sculptural actuel en Italie ne serait pas complet si on ne joignait à ces noms ceux de quelques artistes de mérite qui se sont manifestés en dehors de l'Exposition universelle, soit à
nos salons, soit dans leur propre pays, dans les expositions locales de Turin et de Venise, ou dans la décoration monumentale des villes. Tels sont, par exemple, le Florentin Trenlacoste, artiste de goût et de mesure, qui contraste par sa tenue dans le milieu par trop animé de ses confrères et s'est distingué également comme excellent médailleur. M. Cifariello, de Bari; celui-ci apporte dans son art des qualités toutes méridionales d'expression, de vie et de couleur, augmentées dans leur intensité, qui touche au trompe-l'œil, par des patines savantes sur ses terres cuites ou ses plâtres rappelant l'iiabileté professionnelle de notre Carriès. Puis M. Ganonica, de Turin, très italien par ses excès de préciosité dans la pratique et d'intentions dans le sujet; MM. Campagnoli et Romagnoli, de Bologne, artistes délicats et distingués; Marsili, de Venise; Rembrandt Bugatti, de Milan, qui s'est fait remarquer à Paris par des études d'animaux d'un réel caractère. Il faut enfin signaler à part, comme un des statuaires qui ont donné une portée particulièrement élevée à l'art funéraire , cher à l'Italie , le sculpteur Léonard Bistolti. Malgré un certain maniérisme décoratif, et bien qu'on pût désirer un peu plus de sobriété et de simplicité, les grands bas-reliefs par lesquels il se fit connaître à l'Exposition des beaux-arts de Turin, en 18 g 8 : la Douleur réconfortée par les souvenirs, les Epouses de la mort; le Tombeau d'un jeun,e poète , traités comme de vastes plaquettes, sont d'un beau sentiment plein de grâce et de mélancolie, d'un vrai charme poétique de bon aloi.
Pour l'Espagne, en dehors d'une production pittoresque assez médiocre, dans le mauvais goût italien, se distinguaient deux ou trois personnalités heureusement douées. C'est d'abord M. Benlliure, qui exposait en ic)oo un Monuments à Gayarre, dans le sentiment de la Renaissance florentine, trop chargé peut-être, mais d'un. caractère très décoratif; /livers bustes remarquables de vie et de forme sculpturale et une bonne statue de Trueba, romancier populaire, vivante, simple et d'excellent style. Puis M. Querol, auteur de bustes d'expression un peu maniérés, de quelques bons portraits et d'une singulière figure de la Tradition, exposée déjà en 1889; M. Miguel Bray y Fabrega, familier de nos salons, dont les statues des Vertus théologales, La Foi, l'Espérance, la Charité, exécutées avec un peu de mollesse,,
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offrent une certaine ampleur et un bon caractère sculptural; et M. Fuxa y Leal, qui exposait un petit sujet en bronze, Aprh la messe, assez simplement rendu dans une recherche d'observation ne visant pas trop à lanecdote ni à l'esprit.
D. Trentacoste : Le Semeur. [Musée du Liixrnihiniin.)
Le Portugal, enfin, mérite d'être mentionné, ne serait-ce que pour s'arrêter, après avoir signalé les œuvres de M. Gouveira et Costa,
devant les envois de M. Antonio Teixeira Lopes. Nous nous trouvons là devant un véritable statuaire. Les Portes de ïéjrlise de Candelarra, d'un heureux arrangement décoratif dans le goût méridional du xvii'' siècle, la figure en bois peint de iS'mW /siV/or^, sobre et expressive, et la Charité, conçue avec un lointain souvenir de Paul Dubois, sont dos œuvres tout à fait dignes d'estime. Mais on ne pouvait manquer de garder souvenir de sa figure de V Histoire, assise sur le bord du tombeau de l'historien Oliveira Martius, un livre ouvert sur les genoux et une palme dans les mains. C'est une image méditative, d'un naturalisme expressif, sans exagération ni petitesse, empreinte de mélancolie et de gravité.