‹ Histoire des Belges à la fiun du XVIIIe siécleChapitre 23 sur 23 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Le régime exceptioDnely qoe la Belgique subissait depuis plus d'un an, ne cessa pas avec le décret qui Tunissait définitivement à la France. Assiégé dans ses derniers retranchements, le système oppressif de la conquête se défendait pied à pied. Deux mois après la déclaration solennelle qui accordait le titre et les prérogatives de citoyens aux habitants des neuf départements réunis, on décréta un emprunt forcé; pour eux, il fui payable seulement en numéraire métallique ou en matières d'or et d'argent, tandis qu'il l'était, pour leurs frères des autres départements, en assignats tarifés au centième de leur valeur nominale. L'exercice des droits civiques ne fut permis à ces nouveaux Français, qu'en 1797, vers l'époque précisément où l'Autriche abandonnait, à Gampo- Formio, tous ses droits sur les Pays-Bas. Qui sait si l'on ne fut pas redevable de cette justice tardive au secours que la majorité royaliste des deux conseils en attendait contre le Directoire! H n'y eut cependant, au 18 fructidor, d'annulation décrétée que pour les opérations d'un petit nombre des collèges électoraux de la ci'devant Belgique.

Bientôt après iorvinrent les troubles, dont la conscription militaire et le serment civique imposé aux prêtres furent les premières causes. Les contributions extraordinaires établies au début de Tinvasion et le paiement de Temprunt forcé, avaient rendu le numéraire excessivement rare; la rigueur déployée dans lerecoavrement de l'impôt territorial fournit un nouvel aliment à rinsorrection; Nos principales communes mises en état de siège; nos concitoyens incarcérés par voie d'autorité militaire, ou transportés à titre d'otages dans l'intérieur de la république; des colonnes mobiles parcourant nos campagnes et traînant à leur suite la ruine et la désolation; des tribunaux militaires faisant fusiller, après un simulacre de procès, les malheureux que leor dénonçaient les commissaires du Directoire, odieux représentants d'une tyrannie qui se mourait, tel est le triste tableau qu'offrit la Belgique pendant les derniers mois de 1798 et au commencement de 1799. L'ordre et la tranquillité ne lui furent rendus que sons le gouvernement consulaire.

En rappelant, sans passion et sans colère, les torts de la France du xvin^ siècle à notre égard, loin de nous la pensée de méconnaître ses bienfaits. Sa domination nous valut la centralisation, si nécessaire à un pays placé sous l'influence exclusive d'un étroit esprit de provincialisme ; elle abattit la puissance prépondérante du clergé et de la noblesse , puissance intéressée au maintien de tous les vieux abus, et qui rendait impossible l'établissement d un système plus libéral; elle nous mit en rapport immédiat avec une civilisation vivace et progressive, et contribua ainsi puissamment à dissiper l'engourdissement intellectuel que nous avait légué la funeste domination de l'Espagne. Si la Belgique forme aujourd'hui une nation, si le tiers état y a obtenu enfin, dans l'administration des affaires publiques, la part d'influence à laquelle il a droit, nous en sommes grandement redevables à la France. Mais ces bienfaits ne purent étouffer le souvenir des actes de violence qui avaient momentanément anéanti la nationalité belge, ni enlever à la domination étrangère son vice originel, et quand vint la chute de l'Empire, nous la saluâmes comme la fin d'une grande iniquité.

Si le repos est dû au pays qui a souffert, aucun ne l'a mérité plus que toi, 6 ma patrie! Que la main de Dieu te préserve de nouvelles épreuves; qu*elle maintienne intacte cette nationalité dont Tabsence a fait ton malheur pendant tant de siècles; qu'elle écarte la tempête du port où tu n'es arrivée qu'à travers tant d'orages; qu'elle rende vains les tristes pressentiments de ceux de tes enfants que préoccupe ton histoire, et qui voudraient voir mettre mieux à profit les terribles enseignements du passé !

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