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DES BOURSES DU TRAVAIL DE FRANCE ET DES COLONIES

Paris, le «5 mai 1901.

Au camarade secrétaire de la bourse du Travail.

Après deliliération, le Comité fédéral croit devoir vous prier de soumettre à l’étude du Conseil d’administration de votre Bourse du Travail le manifeste ci-dessous que lui a inspiré l’examen du projet de loi présenté par M. Millerand, ministre du Commerce, sur l’arbitrage obligatoire et la réglementation des grèves :

Le projet de loi Millerand, plus que tout autre projet,est attentatoire au droit de défense des spoliés contre leurs spoliateurs.

Avec la meilleure volonté il est impossible de trouver dans cette loi un bon coté, quclrpie chose qui avantage l’ouvrier. Ce qui semble le meilleur est le plus hypocritement tourné.

Ainsi l’arbitrage obligatoire qui semble toucher le patronat, en réalit ; ne l’atteint pas, car il faudrait ne pas connaître la justice bourgeoise pour cire dupe de ce moyen .

Sous la domination capitaliste, ce qui est appelé à être réglementé ou jugé entre la classe qui exploite et celle qui travaille ira toujours contre cette dernière. Les exemples fourmillent et les très rares e.xceptions

(i) Même annotation que précédemment.

lUSTOlUE DES BOURSES DU TRAVAIL

sont ducs à l'état d’esprit il’un seul homme dont la plupart des jugeiiienls sont ou seront annulés.

D’ailleurs, l’ouvrier qui croit à la justice est un naïf, puisque cette jiislice est rendue par des hommes qui n’ont pas la même éducation ([lie lui, qui n’ont aucun des mêmes besoins et dont les intérêts sont ahailument contraires aux siens.

Or, avec cette loi les ouvriers seraient toujours punissables, mais jamais les patrons. d

Nous savons tous bien que n’importe quel conflit entre le capital et le travail, entre le patronat et le salariat, est toujours légitime et que ce n’est que le débordement d’une coupe emplie de privations, de vexations, d’atteintes à la parcelle de liberté des travailleurs, qui en sont toujours la cause. Et lorsqu’une grève éclate, comme toute insurrection, comme toute révolution, elle est due, la plupart du temps, à l’initiative courageuse ■;

d’une minorité intelligente, consciente et hardie. C’est cette minorité-là ■

qtn est visée par les sanctions et pénalités des articles 26, 27, 28 et 29 de la future loi. C';

En instituant des délais, des atermoiements, des votes, des réglementâtions, des pénalités contre ceux qui violeraient ces réglementations arbitraires, les auteurs de ce projet pensent étouffer l’initiative de cette minorité éclairée qui effraie le Patronat dont n’importe quel gouver- !

nement est et sera l’inéluctable défenseur puisque c’est sa raison d’être. ^

Ils savent que l’abus de la réflexion et de la réglementation tue les :

actes .

Ils savent qu’en parleinentarisant les grèves, ils tueront l’esprit de révolte légitime qui les anime.

S’il plaît aux travailleurs d’organiser leurs grèves, de faire usage du j

referendum, libre à eux, ils n’ont nullement besoin d’une loi réglemen- é-

lant avec toutes sortes de complications cette façon d’agir, d’une loi “l

dont ils ne sont pas les auteurs, mais dont ils peuvent être les dupes et dont ils seront certainement les victimes.

Le Comité fédéral des Bourses du Travail de France et des Colonies , j

prie tous les militants de chacune des Bourses adhérentes à la Fédé- i

ration de bien examiner comme il l’a fait lui meme ce nouveau projet de loi et de mettre en garde tous les ouvriers susceptibles d’être vie- î

times un jour ou l’autre de ce nouveau traquenard, au moment où ils revendiqueront un légitime mieux-être et n’aecepteront pas une diminution de salaire. ■

Le Comité Fédéral. |

Par les réponses faites à celte circulaire par les Bourses du Travail qui rejetaient toutes avec énergie un tel projet, le Comité .1 fédéral eut plaisir à constater combien il était en communion d’idées avec la majorité des Bourses et que, réellement, le Pro-

DOCUMENTS ANNEXES

létariat orçanisé monlrait bien qu’il avait conscience de sa force et que, s’éduquant tous les jours davantage, il n’était plus dupe des gouvernants quels qu’ils soient qui ne peuvent rien faire pour lui qu’autant qu’il est fort, organisé et prêt à prendre ce qu’il exige, si on le lui refuse.

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