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muets. L’Amiral, s’apercevant du mauvais effet de sa jactance militaire, fit taire la trompette, reployer les enseignes, et poursuivit désormais sa marche en silence.
Il revint sur ses pas, séjourna plus ou moins dans les
villages, envoya les [ndiens de sa suite rassurer les cabanes, et y apporter des paroles de paix et d'amitié. Alors seulement, on vit les Indiens sortir et se montrer peu à peu, et se mêler bientôt sans crainte à la troupe espagnole. Il fut bien reçu dès l’abord dans tous les
villages où il ne fit pas une entrée bruyante. L'un de ces villages était situé sur les bords du Yaqui ou Nicayagua, riviere trop profonde et trop rapide pour être guéable : il la traversa dans les canots des Indiens. A mesure qu'il avançait vers les régions du Cibao, le sol changeait d'aspect ; il devenait plus aride. Ce n’était plus le même luxe de végétation; plus de grandes forêts ; la fameuse montagne cernait l'horizon de ses immenses lignes de rocs ; et, si les grands ruisseaux et les petites rivières que les explorateurs franchissaient encore de distance en distance, avant d'atteindre les premières collines, avaient’ moins de verdure, d’aromates et de fleurs sur leurs rivés, ils roulaient en revanche plus de paillettes et de cailloux d'or dans leur limon.
Le GCibao est au centre de l'Ile. Ses plus hauts sommets, que l’on a nommés les crêtes, sont groupés à leur tour au milieu de nombreuses branches qui se prolongent dans des directions diverses comme les raies d’une vaste roue. Entre ces branches se déroulent des vallées et des plaines, les unes plus fertiles que les autres. C’est dans un de ces écartements, au sud-ouest, que se trouvaient situées celles où le cacique Caonabo avait sa résidence. À l'endroit où est aujourd'hui le
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bourg de Saint-Jean, existait une bourgade populeuse, capitale de la Maguana. Or, après avoir gravi la chaîne de ces montagnes qui court le plus au sud-ouest, l'Amiral entrait au cœur même du territoire de Caonabo, implacable ennemi des étrangers, le destructenr de la Nativité. Il suivit le cours d’une petite rivière qui se précipite sur le versant de cette chaîne, et s'arrêta en un endroit de la plaine où elle décrit un fer à cheval autour d’une éminence. [1 y bâtit en bois un fort qu’il appela Saint- Thomas. Le lieu était bien choisi, car il y avait là de l'or en plus grande quantité qu'ailleurs, et le nom de Saint-Thomas donné par Amiral à la forteresse consacrait l’incrédulité enfin convaincue de ses compagnons qui ne pouvaient plus douter qu'il y eût des mines de ce métal dans l’île. L'’Amiral y laissa une garnison de quatre-vingt-dix hommes environ sous le commandement d'un Pedro Margarit. Entre autres instructions prescrites aux garnisonnaires, il leur fut expressément commandé de traiter les Indiens avec douceur, de respecter leurs femmes et leurs filles, de ne rien exiger d’eux, ni or, ni vivres, pas même à titre d'échange, de peur qu'ils n’abusassent bientôt leurs hôtes, ainsi qu'il en était arrivé à La Nativité, et qu'ils ne leur fournissent le moindre prétexte de plainte. Puis il retourna à Isabelle.
La colonie était dans un affreux état de désordre et d'anxiété : l'animosité contre Colomb y était au comble, et le père Boyle en était le plus ardent instigateur. Les ennemis de l’Amiral avaient, en Europe, dans le sein de la Cour, des protecteurs puissants qui appuyaient auprès du Roi et de la Reine leurs plaintes et leurs accusations. Chaque illusion déçue, chaque navire qui revenait du Nouveau-Monde à vide, et que l’on s’atten-
dait à voir chargé de richesses, leur donnaient gain de cause. — L'or était enfoui, il fallait le temps de l’extraire par le travail de l'exploitation des mines ; les épices et des denrées croissaient Spontanément et éparses sur le sol vierge, et exigeaient, pour devenir abondantes et se recueillir en quantité notable, la culture et le labeur agricole; ce n’était pas là assurément ce qu'avaient rêvé les colonisateurs, ni les promoteurs et les patrons de l’entreprise. Colomb expiera bien cruellement leur désenchantément et le malheur de n'avoir pas trouvé des trésors tout amassés, ou pouvant l'être sans peine, pour les verser, comme il l'avait témérairement promis, aux pieds de Leurs Majestés. Ce mécompte, véritable cause de ses infortunes et de son martyre, rejaillit aussi dans ses fatales conséquences sur les pauvres Indiens. C’est pour satisfaire à l'esprit de cupidité exigeante et de persécution de ses ennemis que Colomb dérogea sitôt à ses vues généreuses de convertir au christianisme et de civiliser les peuples de sa conquête. Le premier, il commença à les traiter en esclaves. Les Indiens furent assujettis à des travaux audessus de leurs forces et de leur aptitude pour acquitter d'énormes tributs de poudre d’or, de coton et de tabac qui composèrent les premières exportations de l'île, et pour extraire de mines profondes le métal qu'ils se contentæient avant cela de pêcher dans le lit des rivières. Intolérable oppression ! et cependant les successeurs de l’Amiral en devaient combler la mesure !
Les pauvres Indiens ! quand ceux des environs d'Isabelle y apportaient leurs contributions de vivres, dont le contingent était continuellement augmenté sous prétexte qu'il n’était jamais suffisant, ils demandaient naïvement
aux Espagnols jusques à quand ils resteraient dans le pays, et faisaient des vœux pour leur plus prochain départ. Naturellement sobres et vivant de peu, ils trouvaient que leurs hôtes, qu'ils ne croyaient pas encore des conquérants, faisaient une trop grande consommation de nourriture ; ils avaient remarqué qu'ils étaient d’un appétit insatiable, et ils redoutaient qu'ils ne causassent une famine dans l'Île, en y séjournant trop longtemps.
Ces appréhensions ne justifiaient que trop aux yeux des Indiens la haine de Caonabo contre leurs hôtes. Il y en eut peu à qui-elle n’avait paru d’abord pour le moins anticipée. Dès le premier moment, ce Cacique avait accueilli avec défiance les bruits que les Indiens propageaient eux-mêmes de la bonté et de la générosité des étrangers qu'ils faisaient béatement descendre du ciel. [l passa vite de la défiance à la plus àpre animosité. Tout ce qu'on avait pu rapporter de merveilleux, à leur sujet, n’excita jamais sa curiosité de les voir. Il craignait ces ennemis et la séduction de leurs présents. Il ne voulut jamais avoir avec eux aucune sorte de froué: Pressentant en eux les futurs conquérants de son île et les bourreaux de sa race, il fut le premier à les abhorrer.
Caonabo était d’origine caraïbe. Il vint en Haïti à la suite d'une invasion, et y resta. Doué à un haut degré de l'adresse, de l'énergie et du courage caractéristiques des habitants des petites îles, il acquit aisément de l’'ascendant parmi les Haïtiens, et leur apprit bientôt à se défendre contre les agressions de ces anthropophages dont il faisait naguère partie. Ses exploits Ji larisèrent son nom ; il devint ou il se fit Cacique de la Maguana, et épousa, comme on l’a vu, la sœur de Bohéchio.
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Tous les Indiens interrogés par Ojeda et par Colomb, pèndant leur incursion, sur le lieu où pouvait se trouver Uaonabo, s’accordaient à répondre qu'il était dans le Niti, l’une des provinces de son royaume. Il était invisible; mais il faisait épier les moindres mouvements des étrangers. Il les laissa construire leur forteresse. et se promit, à la première occasion favorable, de la surprendre et de la saccager.
Colomb était à peine rentré à Isabelle, qu'un courrier vint, en toute hâte, de Saint-Thomas, lui annoncer que le Cacique de Maguana se disposait à attaquer la forteresse,
Voici comment la garnison s’aperçut du commencement des hostilités. Elle était en fort bons ‘apports avec les Indiens du voisinage. Ceux-ci venaient fréquemment au fort se mêler aux Espagnols et leur apporter, de bon gré, des provisions de vivres et de fruits : et les Européens, à leur tour, allaient librement à leurs villages où ils passaient souvent des nuits entières à danser avec eux dans leurs cabanes, accompagnant leurs chants et leurs tambours, de la musique aussi ravissante que nouvelle pour ces sauvages, de leurs petites guitares ou mandores. Tout à coup, ces relations amicales s’interrompirent; les visites des Indiens cessèrent, et les Espagnols surent bientôt, par des émissaires, que les villages étaient déserts et que toutes les cébanes en étaient fermées et abandonnées. Tel était l'effet des ordres de Caonabo. Le Cacique avait prescrit cette rupture et enjoint de ne faire quartier à aucun Espagnol.
Colomb prit occasion de cette circonstance pour mettre une armée en campagne. Tout ce qui était valide à Isabelle fut appelé sous les armes. L'armée mise sur
pied se trouvait composée de deux cent cinquante archers, cent dix arquebusiers, seize cavaliers et vingt ôfficiers. Ojeda devait la conduire à Saint-Thomas dont il prendrait le commandement, à la place de Pedro Margarit qui se mettrait à sa tête pour faire le tour de l’île et explorer les territoires de tous les caciques. Il partit d'Isabelle sans retard. Arrivé près d’une des rivières qui traversent la Véga, et sur les bords de laquelle étaient situés deux villages Indiens, il apprit que trois Espagnols, revenant de la forteresse, avaient été entièrement dévalisés par cinq Indiens que le chef d’un de ces villages avait envoyés pour les aider à passer l’eau. Ce Cacique, au lieu de punir les voleurs, avait partagé leur butin. Ojeda parvint à se saisir de l’un d’eux ; il lui fit couper les oreilles sur la place publique du village, et s'empara du Cacique et de son neveu qu'il envoya enchainés à l'Amiral. Les prisonniers arrivèrent à Isabelle, suivis du Cacique du village voisin qui venait 1mplorer leur pardon. Celui-ci supplia l’Amiral de leur faire grâce en faveur des nombreux services qu'il avait rendus aux Espagnols. Mais l’Amiral lui reprocha avec véhémence son intercession pour des coupables d’un crime qu'ils punissaient eux-mêmes avec la dernière rigueur ; et, paraissant n’en tenir aucun compte, il ordonna qu'ils fussent aussitôt conduits hors de la ville, ayant les mains liéès, et, là, que leur crime fût proclamé à haute voix, et qu'ils eussent la tête tranchée.
Le Cacique les accompagna en se lamentant jusqu'au lieu du supplice; et, au moment de l'exécution, ses larmes et ses supplications redoublèrent. Alors seulement l’'Amiral se laissa fléchir. Les prisonniers furent déliés et renvoyés en liberte.
Presque au même instant, un cavalier espagnol arriva, et raconta qu’en traversant le village du Cacique captif, il avait trouvé cinq Espagnols au pouvoir d’une multitude furieuse qui allaït les mettre en pièces ; qu'il s'était précipité avec son cheval au milieu de la mêlée, avait foulé plusieurs sauvages sous les pieds de son coursier, blessé et tué d’autres à coups de lance, et que, les ayant mis sans peine en fuite, il avait délivré ses compatriotes. Il les ramenaït en triomphe.
Après l'incident du Rio-del-Oro, nom donné par les Espagnols à la rivière qui baigne les deux villages indiens, Ojeda s'était immédiatement remis en marche. Arrivé à Saint-Thomas, il livràa à Pedro Margarit le commandement de la petite armée qu'il y avait conduite. Pedro Margarit, quoique souffrant de douleurs aiguës, occasionnées par une maladie inconnue que lui avaient communiquée d'impudiques Indiennes, et qui depuis se propagea dans le monde, sortit de la forteresse à la têle des forces qui lui étaient confiées. Au lieu de commencer ses explorations sur le territoire de Caonabo, conformément à ses instructions, il descendit dans la Véga-Réal.
Pedro Margarit semblait prendre à tâche de faire tout en sens contraire des ordres et des prescriptions de l’Amiral. Le Père Boyle l'avait gagné au parti des mécontents. Il séjournait dans la Véga, et ne paraissait pas vouloir aller plus loin. Îl se conduisait à l'égard des Indiens avec une violence préméditée, et agissait en tout de manière à les pousser à la révolte, Diégo Colomb, frère de l’Amiral, et président de la Junte à laquelle celui-ci avait confié Le gouvernement de la colonie, pendant son absence (car il venait de partir pour Cuba,
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Diégo Colomb lui écrivit pour lui reprocher sa conduite. fl lui répondit arrogamment, et méconnut son autorité. Son insubordination fut d’un mauvais exemple ; il ne put bientôt plus commander lui-même à sa troupe indisciplinée. Il l’abandonna et retourna à [sabelle. La soldatesque, désormais sans frein, se répandit par bandes dans cette plaine, allant où le plus de butin les attirait et commettant les plus intolérables excès. Les Indiens exaspérés les surprenaient, aftaquaient ceux qui s'isolaient, et les massacraient sans merci. Une bande s'était arrètée dans un village populeux sur les rives 7 la Grande-Rivière de la Véga, où commandait Guai euana, l’un des tributaires de Guarionex, Cacique de à Magua. Elle s’y livrait à des meurtres et à toute sorte de déprédations. Guatiguana sortit de son ee : e ï Y revint bientôt après à la tête d'une troupe. d'Indiens assaillir les Espagnols. Il en tua dix à coups de flèches et mit le feu à une cabane où s'étaient retirés quarante autres, malades de fatigues ou de débauches, et les ft tous périr dans les flammes. Encouragé par ce succes, Guatiguana se préparait à aller attaquer la petite forteresse « Magdalena » récemment établie par les Espagnols dans le voisinage de sa résidence. Luis de Ne qui y commandait, informé de cette imminente agression, s’enferma dans ses étroits remparts avec une faible garnison, et envoya demander des secours à Isabelle. D'un autre côté, il paraît que l’arrivée des forces amencées par Ojeda, à Saint-Thomas, avait retardé l’attaque de ce fort par Caonabo; car à peine étaient-elles reparties, que le Cacique de la Maguana y vint donner l'assaut à la tête de deux mille Indiens. Il s'était flatt de pouvoir aisément vaincre le petit nombre d’ennemis
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qu'il avait à combattre, et, après l'avoir anéanti, de réduire en cendres les remparts de Saint-Thomas comme ceux de la Nativité. Maïs quel fut son étonnement, lorsqu'il vit ses masses se ruer vingt fois avec impétuosité contre le fort et se replier vingt fois avec précipitation, repoussées par le feu vif, meurtrier, ininterrompu de la petite troupe. Les sauvages se désespérèrent à la fin de l'impuissance de leur nombre et de leurs armes contre la foudre que l’ennemi lançait contre eux.
Les Espagnols exallés par leur succès ne se bornaient plus à se défendre dans leurs retranchements : ils en sortaient à la poursuite des sauvages qui, en retraitant comme les Parthes, leur lâchaient des volées de flèches
et de pierres. Ojeda était toujours en avant de sa troupe, sabre levé, volant plutôt qu'il ne marchait au combat. Caonabo, assure-t-on, l’admira comme s'il n'avait jamais vu tant d'audace et d’intrépidité dans un si petit homme. Telle est la supériorité des armes à feu, de la discipline et de la tactique sur la force désordonnée, que cinquante hommes seulement ont pu tenir ainsi longtemps en échec autour de Saïnt-Thomas une multitude impétueuse conduite par un chef qui ne manquait non plus ni d’audace, ni d’intrépidité. Caonabo, voyant l'impossibilité d’emporter la forteresse de vive force, avisa à d’autres moyens. Il se proposa de la réduire par famine. [l campa avec ses bandes dans les bois environnants, hors de portée d’arquebuse, de manière à intercepter toute communication avec la garmson de Saint-Thomas. Par impossibilité, ou autrement, la garnison ne recevait, en effet, depuis plusieurs semaines que durait ce siège, aucun secours d'hommes ni de vivres d'Isabelle. Le courage des Espagnols et de
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leur chef fut mis à une nouvelle et cruelle épreuve. Tout repos lui était interdit, ils étaient sur un qui-vive continuel, veillant nuit et jour, de peur d’une surprise. À la fatigue des veillés, se joignirent bientôt les tourments de la faim. Leur position était extrèmment critique : huit jours de plus, ils capitulaient. Au plus fort de cette détresse, un Indien pénétra jusqu'à la forteresse et apporta à Ojeda une paire de tourterelles, Celui-ci le remercia ; ‘et lorsque l’Indien se fut retiré, tenant dans ses mains les deux tourterelles qui étaient, dans un pareil moment, un don de bonne fortune, il remonta au plus haut de la Tour rejoindre ses compaonons d'armes : « Messieurs, leur dit-il, je suis bien fâché qu'on ne m'’ait pas apporté de quoi vous régaler tous ; mais je ne puis me résoudre à faire un bon repas, tandis que vous mourez de faim. » Puis, il lâcha les oiseaux en liberté”.
Une multitude sans organisation n’est pas capable d’une entreprise soutenue, ni d'un long siège, et surtout la persévérance n’est pas dans le caractère du sauvage. Heureusement pour les assiégés. C'était déjà beaucoup que les Indiens de Caonabo y eussent tenu un peu plus
1 Charlevoix attribue ce trait de magnanimité à Pedro de Margarit ; W. Irving en fait honneur à Ojeda. J'ai adopté la version du dernier de ces auteurs pour les raisons que je vais déduire. Il résulte de mes recherches et de la comparaison des différents historiens, qu'il n’y à pas eu deux sièges de la forteresse Saint-Thomas par Caonabo. Pedro de Margarit, pendant qu'il y était, était, il est vrai, constamment menacé d'être attaqué ; mais il ne l'avait pas été. Ce n’est que dans la période du commandement d'Ojeda que l'investissement du fort par Caonabo en personne eut lieu. Un trait comme celui dont il s’agit ne pouvait être suggéré et ne s'explique même que dans une occasion suprême, dans des circonstances extrêmes, et c'est Ojeda seul qui se soit trouvé à Saint-Thomas dans de semblables circonstances.
d’un mois. La lassitude les gagna enfin. et ils se débandèrent. Caonabo fut contraint de lever le siège. Il en était temps ; car les défenseurs de Saint-Thomas étaient à bout de longanimité : ils furent délivrés.
Les communications avec Isabelle se rétablirent aussitôt, soit qu’elles eussent été réellement coupées par les assiégeants, soit qu’elles n’eussent été que négligées pour un moment de ce côté, à cause des événements de la Véga. Les Indiens avaient disparu tout à fait ; les villages voisins de Saint-Thomas restaient toujours déserts. On n'eut aucune nouvelle de Caonabo ; pas un transfuge de qui on püt s’en enquérir. Caonabo cependant né sommeillait pas; son récent échec ne l'avait pas découragé. Il se transportait sur un point ou sur un autre, et dirigeait partout ses émissaires, s’efforçant d’exciter un soulèvement général des Indiens. Il recrutait activement de nouvelles hordes pour quelque autre entreprise. [l ne rêvait pas moins que de surprendre la ville d'Isabelle dont il croyait toutes les forces disséminées, partie à Saint-Thomas, partie à Magdalena, et le reste en tournée. [l vint en personne, mais clandestinement, jusqu à Isabelle, pour s'assurer de l’état des lieux. 11 fut surpris de trouver une ville gardée, et ayant encore assez d'habitants pour repousser l'attaque qu'il méditait. Il fut cruellement détrompé, et regretta d'autant plus d'être obligé de se désister de son projet, qu'il avait été ravi d'entendre les sons de la cloche d'Isabelle pour laquelle il eût donné volontiers son pesant d’or, ou qui eüt été à ses yeux le plus digne prix du succès d’un COUP de main sur la ville.
Sur ces entrefaites, Colomb arriva de Cuba, épuisé de fatigue et malade. Quelle lutte et quel homme ! Cent
autres à sa place eussent succombé en se prodiguant comme lui, sous l’ardeur de ce climat et au milieu des obstacles de tout genre si grands de son entreprise. Il retrouva sa colonie dans un péril extrème, plus travaillée que jamais de divisions intestines, et en pleine hostilité avec les aborigènes. Il fallut aviser aux moyens les plus prompts de la sauver : sur son lit de douleur, il dicta les mesures que nécessitait la situation. Guacanagaric, qui avait appris son retour et sa maladie, vint le visiter. C'était la première fois qu'il voyait l'amiral depuis la malheureuse aventure des Indiennes d'Ayay. Il fut reçu dans la chambre et près de l'illustre malade, et lui dit, en l’abordant, qu'il avait avant tout le plus vif désir de le revoir ; mais que le but principal de sa visite était de l’informer d’une ligue générale que tous les caciques de l’île avaient formée contre lui. Il lui apprit que son refus d’y participer lui avait valu de nouvelles aggressions de la part de Caonabo et mème de Bohéchio ; qu'il n'avait dû son salut, dans la dernière invasion de son territoire conduite par Bohéchio, qu'au dévouement de l’une de ses femmes qui a péri; qu'une autre était encore prisonnière du Cacique de la Maguana. « Je suis le plus malheureux des hommes, dit-il à l'amiral; » puis, il donna cours à ses plaintes et à ses larmes, en faisant à son hôte l'énumération de ses infortunes, depuis le massacre des Espagnols de La Nativité et l'incendie de son village, dont le souvenir remplissait encore son cœur d’amertume, jusqu'à sa condamnable conduite dans l'affaire de l'évasion des prisonnières d'Ayay qu'il supplia l'amiral de lui pardonner, L'Amiral s’empressa de le consoler, et le rassura. en lui protestant que la preuve récente de fidélité qu'il
avait donnée à l'alliance espagnole, en refusant de prendre part à la coalition des autres caciques, avait entièrement effacé tout le tort qu’il avait pu avoir envers lui.
Etait-ce le désir de voir l'amiral, de lui annoncer les trames qui s’ourdissaient contre lui, et de lui demander le pardon de ses torts, qui avait conduit le Cacique du Marien à Isabelle? N’avait-il pas un autre motif plus réel et plus sérieux qu'il n’avouait pas? Dans ce moment extrême et décisif où l’inévitable lutte avait commencé, n'avait-il pas besoin de s'assurer si ses alliés étaient en état de la soutenir, ou plutôt quels étaient leurs forces et leurs moyens, et leurs chances de vaincre ?
La gravité des circonstances lui commandait du reste cette précaution ; et, après avoir visité en détail la ville et ses remparts, il dit à l'amiral, en le quittant, qu'il pouvait en toute sûreté disposer de ses sujets et de son royaume contre l'ennemi commun.
Le premier soin de l'amiral avait été, en arrivant, d'envoyer des secours à Magdalena et à Saint-Thomas. Les forces destinées à la première de ces forteresses arrivèrent à temps pour la délivrer d’un siège auquel elle eût infailliblement succombé. Elles assaillirent Guatiguana et ses bandes, en firent un grand carnage, et les poursuivirent l'épée aux reins sur une longue étendue de terrain. Guatiguana dut se réfugier précipitamment auprès de Guarionex pour ne pas tomber dans les mains d’un ennemi si ardent à se saisir de lui.
Guarionex le couvrit de sa protection. Il eût refusé son extradition, si on l’eût exigée, et il eût été forcé, en ce cas, d’entrer plus tôt en guerre qu'il ne l’eût
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voulu. C'était le seul sacrifice qu'il n’eût point fait à la paix du moment. On obtint plus tard de lui, comme on le verra, des concessions autrement importantes. C'est là un trait du caractère indien. Pour lui l'hospitalité ou le droit d'asile est, plus que toute chose au monde, inviolable. Le Cacique de la Magua partageait la haine nationale contre les étrangers, et n’était ni le moins désireux, ni le moins impatient de les combattre ; mais il dissimulait avec soin son inimitié, et attendait, pour jeter le masque, qu'ils fussent engagés davantage dans Ja lutte avec les caciques les plus éloignés. C’est quand ils y seraient épuisés ou vaincus, qu'il se lèverait pour faire une terrible diversion, et leur porter le coup de grâce. Il était par sa proxi mité sous la main des Espagnols, facile à atteindre, exposé à la vigueur de leur premier choc, et il craignait avec raison des revers, s’il précipitait les hostilités. L’Amiral, de son côté, tenait nôn seulement à vivre en paix avec Guarionex, mais à cultiver son alliance. Depuis qu'il était venu s'établir dans son voisinage, il lui avait fait bien des avances dans cette intention. Il lui avait manifesté en mainte occasion beaucoup de déférence, et lui avait envoyé souvent des cadeaux précieux, accompagnés de: compliments et de vœux de sincère et durable amitié. Or, les événements de la Véga étaient de nature à compromettre toute relation de bon voisinage avec le Cacique de la Magua, surtout les derniers qui étaient des actes de flagrante hostilité, prémédités par Colomb lui-même, et exécutés par ses ordres. Aussi ce dernier s’empressa-t-il, non de les justifier, mais de les excuser auprès de Guarionex. [1 envoya des députés lui expliquer que ces événements, survenus à son grand regret, étaient indépendants de
sa volonté; qu'il reconnaissait que les premiers torts avaient été commis par les Espagnols qui, en agissant ainsi, avaient entièrement méconnu ses sentiments et son autorité, qu'il les aurait punis, si Guatiguana, au lieu d’en tirer vengeance, s’en était plaint à lui ; mais que les sanglantes représailles du chef indien avaient nécessité une sévère et prompte répression; quil déplorait que le fait eût lieu sur son territoire ami, et qu'il l’adjurait de n’y voir aucune hostilité contre sa personne : que tout était fini et s’arrêterait là ; enfin qu'il prendrait des mesures, en tout ce qui dépend de lui, pour prévenir à jamais le retour de semblables malheurs.
Guarionex parut satisfait de ces explications ; mais au fond, il ne l'était pas. Il n’en était devenu que plus hostile aux Espagnols. Il se contenait ; il déguisait ses véritables sentiments de manière à les rendre impénétrables même à l’irrésistible perspicacité de Colomb. Il affectait toujours une calme indifférence, une grande impassibilité. C'est dans cette attitude qu'il reçut les députés de l’Amiral ; mais non sans beaucoup d’affabilité et une certaine solennité. Dans l'audience qu'il leur donna, il était assisté de ses dignitaires, et, ce qui est un témoignage de particulière bienveillance, entouré de sa famille. Il avait à sa gauche sa fille, jeune Indienne d’une beauté remarquable qu’il semblait avoir placée là, le plus près de lui, pour lui inspirer d’heureuses et paisibles pensées. La députation fut très flattée de cette réception et fit, à son retour, un si grand éloge des charmes et de l’élégance de la fille du Cacique, que PAmiral, par une seconde mission qui suivit de près la première, sollicita de Guarionex la main de cette jeune
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indienne pour Diégo Colon, interprète de la colonie, et de plus la concession d’un terrain pour l’établissement d'une forteresse. Il obtint l’une et l’autre faveur, la seconde lui fut accordée aux dépens de l'indépendance future de la Magua. C’est alors que le fort de la Conception de la Véga fut. construit à l’endroit où existe aujourd hui Saint-Yague.
Les forces qui s'étaient dirigées sur Saint-Thomas y arrivèrent longtemps après que tout était fini. Colomb avait bien réfléchi à prendre un parti contre Caonabo. I se flattait de pouvoir vivre en bonne intelligence avec tous les autres caciques, quelles que fussent d’ailleurs leurs préventions contre les étrangers, mais il ne concevait aucun espoir d'une paix sincère avec le cacique de la Maguana. Le sort en était jeté entre eux. Si cet ennemi redouté n'était bientôt vaincu et anéanti, la colonie serait détruite, et la conquête fort compromise, sinon perdue. Colomb roulait dans sa tête le- projet de s'emparer de la personne de Caonabo, de l’enlever de gré ou de vive force du milieu de ses sujets. Il imagina mille pièges et mille stratagèmes sans s'arrêter à aucun. [L finit par communiquer à Ojeda sa pensée première se reposant, pour le reste, sur les ressources de son habileté et de son courage. Il lui suggéra seulement le moyen de feindre des intentions pacifiques pour mieux atteindre son but. L'entreprise était des plus périlleuses ; tout dépendait, pour le succès, d’une exécution prompte et hardie. Il n’y avait pas non plus de temps à perdre. Ojeda prit avec lui les cavaliers les mieux montés et les plus déterminés, et se porta rapidement vers la résidence de Caonabo. [ lui fit annoncer qu'il était envoyé vers lui par le puissant cacique des Espagnols, Guami-
quina (nom que Colomb avait pris lui-même ou que les Indiens lui avaient donné), et qu'il lui apportait, de sa part, des présents dignes de lui, des propositions et des gages de paix.
Le premier mouvement du Cacique de la Maguana avait été de refuser toute audience à la députation espagnole, mais il céda ensuite au désir de voir de près son intrépide adversaire de Saint-Thomas. Il sortit de sa maison à sa rencontre avec une forte escorte. Ojeda lui fit rendre à son approche les honneurs militaires par son petit escadron, et lui transmit en termes pompeux les compliments de Guamiquina qui jurait sur son Dieu qu'il aimait mieux être en paix qu'en guerre avec lui. Quand Ojeda lui parla d’un traité à conclure avec le Cacique des Espagnols, il répondit qu'il irait volontiers à Isabelle conclure ce traité avec Guamiquina lui-même. Disant ces mots, il fit un signe, et de nombreuses bandes d’Indiens armés sortirent des forêts voisines, et
se mirent aussitôt en marche comme si elles prenaient déjà le chemin d'Isabelle. Les cavaliers espagnols restèrent un moment immobiles et muets de stupeur devant cette multitude qui pouvait sur un signe de son chef se ruer sur eux. Ojeda s'avança et essaya de persuader Caonabo qu'il n’avait pas besoin d’être accompagné de si grandes forces pour une affaire si simple, qu'un tel appareil de guerre était incompatible avec l’objet de sa visite à Guamiquina, et que son escorte ordinaire suffisait. Caonabo prétendit au contraire qu'il était de sa dignité de marcher avec une imposante armée, et que la paix qu'il allait conclure n'en serait que plus solennelle. Ojeda n'insista pas davantage, et se porta avec ses cavaliers en tête de la marche. En cet
endroit, une plaine unie s’étendait devant eux jusque sur les bords d’une rivière; de l’autre côté de cette rivière, la plaine continuait, mais entrecoupée çà et là de fourrés épais, de bois et de clairières. La cavalerie espagnole se mit à exécuter des évolutions dans cette savane à la grande édification des sauvages. Lorsque Ojeda eut réjoui Caonabo de ce spectacle inattendu, il l’aborda et lui demanda s’il ne lui serait pas agréable d'accepter les présents qu'il était chargé par Guamiquina de lui remettre. Il fit aussitôt étaler à ses yeux des chaînes et des menottes en fer poli comme de l’argent qu'il disait avoir été fabriquées dans le Thurey (le ciel) et qui en étaient tombées, en un jour de bonheur. Interrogé par le cacique indien sur l’usage de ces ornements, 1l lui dit que les rois en Europe s’en revètaient dans les grandes solennités pour paraître devant leurs sujets. Îl lui proposa de l’en orner. Caonabo ne fit aucune difficulté d'y consentir ; il parut même joyeux de se voir tout couvert de ces fers qui reluisaient aux rayons d'un soleil éclatant. Ses Indiens poussèrent alors des cris de joie et d’admiration. Ojeda l’assura que s’il essayait de monter sur un dés chevaux de sa troupe, ces ornements produiraient bien plus d’effet encore, et que d’ailleurs c’est pour monter à cheval que les rois s’en paraient, Caonabo se laissa faire. Les évolutions recommencèrent, et peu à peu la cavalerie s’éloigna, traversa la rivière et partit au grand galop avec le cacique prisonnier, afermi sur sa monture et tout enchaîné. Elle alla du même train jusqu’à Isabelle. Lorsque les Indiens, ne voyant plus revenir leur Cacique, comprirent qu'il avait été enlevé par les Espagnols, ils s’exaspérèrent au delà de toute expression.
Pendant un moment il y eut dans cette foule une confusion extrême produite par ses gestes de colère, ses imprécations, ses vociférations. Elle s’agita longtemps et violemment comme les vagues d’une mer soulevée par la tempête. Un mot, le mot de vengeance sorti d’une bouche, mit fin à ce désespoir impuissant, s’évaporant en ‘vains cris. C'est Manicatoex qui le prononce. [inspire à l'instant un sentiment commun, une résolution unanime. Manicatoex était un frère de Caonabo, entreprenant, énergique et fier comme lui. Il se met à la tête des Indiens, et marche sans retard contre le fort Saint-Thomas. Il l'attaque et fait d’héroïques, mais inutiles efforts pour l'emporter. Les Indiens ont beau vouloir braver cette fois le feu et le fer de l'ennemi, le combat est trop inégal, malgré leur nombre et leur impétuosité ; ils sont culbutés et écharpés ; ïls sont enfin forcés d'abandonner le champ de bataille.
Cet échec si grave n’affaiblit en rien le ressentiment des Indiens et leur soif de vengeance. Manicatoex jura de n'avoir cesse ni repos qu'il n'eût fait expier aux étrangers la témérité de leur trahison.
Ojeda’ entra dans Isabelle aux acelamations de tous ses habitants : la ville entière était debout. La capture de Caonabo était en effet l'événement le plus heureux et le plus important qui pût arriver à la colonie. Mais ce qui flattait surtout l’orgueil des Espagnols, ce qui exaltait leur admiration, c'étaient l'adresse et l’audace mises à tenter l'exploit, etle bonheur de lavoir accompli. On était encore au temps de la chevalerie, et cette action passa pour plus qu'une belle prouesse, on se plut à dire qu’elle était un prodige. Cest Colomb qui sentit tout le prix de tenir dans ses mains un
tel ennemi. Afin de le détenir plus sûrement, :il le déposa dans une pièce de la maison même qu’il habitait. La porte de cette chambre restait ouverte tout le jour ; une sentinelle seulement y veillait; en sorte que les passants s’arrêtaient dans la rue pour voir le prisonnier. [l était chargé des mêmes fers qu'on lui avait fait accepter comme un ornement royal. Ses membres s’affaissaient quelquefois sous leur poids ; mais ni son courage, ni sa fierté d'âme n’en étaient abattus. Aucune faiblesse ne déshonora sa captivité. [l se vantait d’être l'ennemi des Espagnols ! Il ne montrait nul repentir, pas même un regret du sac de La Nativité, quand on le lui reprochait. Il disait, à ce propos, qu'il avait réservé le même sort à Saint-Thomas et à Isabelle, où il déclara être venu clandestinement explorer les lieux. La première fois que l'amiral entra dans sa prison, accompagné des personnes de sa suite, et entouré de ce respect et de ces attentions empressées qui annoncent le chef suprême, Caonabo n'eut aucun doute que ce ne fût le cacique des Espagnols ; mais il affecta de ne pas le savoir, et il ne se dérangea point. Il paraissait même absorbé dans une profonde réflexion, le souvenir peutêtre et le regret de son royaume perdu et de sa liberté ravie, Mais quand Ojeda se fut présenté un instant après, il se leva pour le saluer, en soulevant le poids de ses fers, On lui fit remarquer qn'il avait omis de témoioner le mème respect à Guamiquina, le chef supérieur, entré avant Ojeda. « J'ai salué, répondit-il, celui qui a osé venir m'arrêter dans mon royaume même. »
Un navire, dans le port d'Isabelle, était prêt à faire voile pour l'Espagne : Caonabo y fut embarqué. Assaillie par une violente tempête non loin des côtes
d'Haïti, cette embarcation sombra avec le royal prisonà 1 hier
1 I] y a trois versions de la fin de Caonabo. J’ai adopté la plus vraisemblable, et je me suis conformé, en cela, à la lecon de Charlevoix. Washington Irving le fait périr en mer sur un des navires qui accompagnaient CG. Colomb, à son second retour en Espagne. Le cacique, en touchant à la Martinique durant ce voyage, aurait été l’objet de l'amour passionné d’une Indienne de cette ile; dérision! rien ne prouve au surplus ce fait qui à tout l'air d’une invention banale et insignifiante. Une autre version fait arriver Caonabo en Espagne. C. Colomb accusé, amène triomphalement au pied du trône de ses souverains le fier Cacique enchainé. C'est bien là, effectivement, ce que s'était proposé Colomb, (aonabo fut embarqué avant le départ de l’Amiral, et, selon toute probabilité, avant la bataille de la Véga; mais il n’arriva pas en Espagne, car est-il probable que C. Colomb n’eût pas mentionné un événement de cette importance, en parlant plus tard dans $es lettres et dans la relation de ses autres voyages, d’autres faits analogues et moins saillants, tels que l'envoi et l’arrivée en Espagne de cinquante Indiens faits prisonniers en divers combats ? Il s'est prévalu de cette dernière circonstance ; pourquoi ne se serait-il pas prévalu en même temps et à plus forte raison, d’avoir livré aux mains de Leurs Majestés un illustre captif ?