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lioration du sort des Indiens, qui fut la constante préoccupation de toute sa vie, fut aussi sa dernière pensée, en quittant la terre. Une disposition de son testament en contient le vœu et la recommandation expresse. « Sa principale intention, comme celle du roi, son mari, y est-il dit, est de pacifier et de peupler les Indes, de convertir à la foi les habitants du pays, et d'envoyer des religieux pour les instruire. Elle supplie très affectueusement le roi, son mari et seigneur, et commande à la princesse, sa fille, et au prince, son fils, d'accomplir, là-dessus, sa dernière volonté et de ne pas consentir que les Indiens des terres conquises et à conquérir reçoivent aucun tort, tant en leurs personnes qu’en leurs biens; mais qu'au contraire, ils soient traités humainement, et que, s’ils ont déjà reçu quelque tort, on y remédie. »
La nouvelle de la mort d'Isabelle se répandit bientôt dans le Nouveau-Monde. Ceux qui y luttaient par la prédication et tous les moyens du ministère religieux en faveur de la liberté des Indiens, leur avaient trop bien appris que la reine était leur protectrice obstinée, pour qu'ils ne ressentissent pas une vive douleur de cette perte. Ils savaient bien aussi que celle qui avait tant à cœur leur salut, quoique souveraine, n'avait pu les arracher à la servitude et à la mort; mais ils espéraient encore, ils espéraient toujours en elle, dans l'extrémité même où ils étaient réduits. Il n’y a pas sur la terre de souffrances longues et cruelles qui soient capables d'épuiser l'espoir dans le cœur humain. Le cœur seul qui cesse de battre a cessé d’espérer.
Le vœu qu'Isabelle avait écrit dans son testament, Ferdinand l'avait aussi recueilli, à son chevet, de sa
bouche expirante, ce qui le lui rendait plus sacré. Il avait tout à coup pris résolument à cœur cette affaire d'humanité, lui, si dominé auparavant, quand il s’agissait des fndes occidentales, par d'étroites considérations d'intérêt. 11 va racheter tous les torts passés d’une coupable indifférence par les efforts les plus louables en faveur de la liberté et de la conversion des Indiens. Mais le but de ces efforts devenait de jour en jour plus difficile à atteindre. La force des choses était entraïnante et supérieure à la volonté des rois. Conçoit-on autrement en effet, que deux souverains tout-puissants, dictant leurs ordres absolus, les aient vu toujours éluder? Voici déjà cette population d'Haïti d’un million ou de huit cent mille âmes réduite à soixante ou cinquante mille et ce sont ces débris que Ferdinand se propose, en mémoire d'Isabelle, d’arracher à la servitude, et de préserver d’une destruction totale. Il s’empresse de faire passer de nouveaux ordres dans la colonie, à ce sujet. [Il réitère au gouverneur ses premières instructions, il insiste sur leur application; il ne prétend pas qu'il ajourne les mesures que la reine elle-même avait dictées en conformité desquelles il lui avait été enjoint de rassembler tous les Indiens, et d’en former de grandes peuplades dans le voisinage des villes espagnoles, d’établir parmi eux la meilleure police qu'il serait possible ; de les accoutumer à cultiver la terre et à vivre en société; d'établir en chaque bourgade une personne de probité qui la gouvernerait en paix, et ne permit pas aux Castillans de les employer malgré eux à aucune corvée, sous quelque prétexte que ce fût, et eût soin de faire payer exactement le salaire à ceux qui, de leur plein gré, s’engageraient, soit pour les mines, soit pour d’autres
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travaux ; de les accoutumer à se vêtir honnètement ; de faire construire partout des églises, et d’avoir soin qu elles fussent tenues proprement et desservies par des prêtres assidus, exemplaires et zélés; d'empêcher les caciques (il n’y en avait plus) de continuer leurs extorsions ordinaires contre leurs sujets ; d'exécuter sur eux et sur tous les Indiens, en général, les ordonnances qui avaient été faites contre les blasphémateurs; d’abolir ce qu'il y avait dans leurs fêtes et dans leurs réjouissan ces, de contraire aux bonnes mœurs et à la religion ; de bâtir des hôpitaux pour eux ; de les engager par douceur à payer les dimes, de mettre en œuvre tous les moyens possibles, pour que les deux nations se réunissent par des alliances réciproques ». Maïs l'inconvénient le plus réel de ce beau plan, dit un historien, et le seul capable de le faire échouer, et qui le fit échouer c’est que les Castillans n’y trouvaient pas leur compte, puisqu'il faisait tomber les r'epartimientos sur lesquels était fondée toute l’espérance qu'ils avaient conçue de s’enrichir. Il y avait bien peu de personnes qui ne fussent pas intéressées au maintien des abus qui avaient prévalu contre la cause de l’affranchissement et du bien-être des Indiens. En Espagne, le roi et quelques âmes généreuses, en Haïti, quelques prêtres, courageux et persévérants, étaient les seuls soutiens de cette cause perdue. Aussi la condition des Indiens continuait-elle d’être intolérable et l’autorité métropolitaine venait d’éprouver une fois de plus qu’il n’était pas facile d'y porter le moindre adoucissement. C'était peut-être parce que l'on était convaincu qu'il n'était pas possible d'attaquer, en face, les abus (tant ils étaient déjà enracinés) qu'on favorisait
au moins les mesures qui pouvaient conduire fort indi-
rectement à une amélioration, et qui étaient plus conciliables avec les intérêts coloniaux. Aïnsi le roi avait autorisé par de nouveaux édits l'importation d'esclaves africains, dans la colonie espagnole d'Haïti, pourvu qu'ils fussent chrétiens, maïs non juifs, ni maures. Un Africain faisait le travail de quatre Indiens, et les colons y trouvaient leur profit; mais en attendant, ceux qui avaient provoqué la mesure avaient en vue le soulagement des Indiens. D’un autre côté, la rareté des femmes européennes était cause que beaucoup d’Espagnols s'étaient éfablis avec des Indiennes. Quelques-uns d’entre eux étaient mariés en Espagne, et y avaient laissé leurs épouses. Une disposition du gouverneur vint mettre ordre à ces unions illicites, en obligeant ceux qui étaient mariés à faire venir leurs femmes d'Europe, ou à quitter la colonie, et ceux qui ne l’étaient point, à épouser leurs maîtresses. Ce que presque tous ces derniers firent sans aucune difficulté. Si ces liaisons, en se généralisant davantage, s'étaient formées à l’origine du contact des deux races, elles en auraient pu alors amener la fusion ; mais, en ce moment où la population indienne était si diminuée, elles n'avaient qu'une minime conséquence, celle de préserver des rigueurs de l'esclavage un certain nombre de femmes indigènes. C'est peu de chose, mais cela compte assurément dans une société d'où toute humanité était bannie.
Les choses en étaient arrivées au point où il ne dépendait plus d’un gouverneur d'en changer le cours, le voulût-il? Aussi le roi, qui désirait sincèrement que les dernières volontés de la reine en faveur des Indiens fussent exécutées, ne s’en prenait-il pas à Ovando de l'infraction de ses ordres à cet égard. Et s’il songeait
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