M. EUGÈNE NAU
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FLORE INDIENNE D'HAIÏTI
LE HOBO OU OUBOU DES CARAÏBES
Le Hobo ou Oubou des Caraïbes, dont parle Oviédo, est le monbain à fruits jaunes des botanistes français. C’est un grand arbre, comme le dit Oviédo, à fleurs polypétalées, de la famille des Balsamiers, ou de celle des Térébinthacées de Jussieu, et offrant à l’étude un genre différent dans le monbain à fruits rouges, dit monbain bâtard.
Histoire naturelle. — Linné, dans son Système de la Nature, le classe dans la famille des Décandrie pentagynie. Get arbre est très grand, et se divise en rameaux nombreux qui forment une tête touffue et très ample; c’est pourquoi il donne un ombrage si frais et si apprécié par notre naturaliste conquérant. Les feuilles sont ailées, alternes, luisantes, très longues; les folioles sont au nombre de huit avec une impaire, elles sont ovales, oblongues, rétrécies en pointe à leur sommet, très entières, pétiolées, opposées. Les fleurs sont disposées en une panicule lâche, à l'extrémité des branches, aussi longues que les feuilles. Ces fleurs sont très nombreuses, petites et blanchàtres. Elles ont un calice à cinq dents aiguës. Les pétales sont presque lancéolés, aigus, très ouverts ; les anthères droites et les stigmates comprimés à deux lames. La plupart de ces fleurs coulent sans rien produire, quelques-unes seulement se transforment en fruits qui ont une baie ovoïde, jaune, d'environ un pouce et demi de longueur, d’un pouce de largeur, odorante, et revêtue d’une légère pellicule, remplie de pulpe succulente et acidule. Il a le port et l'aspect du frêne d'Europe.
Je ne sais comment Oviédo trouve que les bourgeons et l'écorce du monbain bouillis dans l’eau, rendent celle-ci bonne au lavage de la barbe, je sais seulement que cette eau devient
astringente, et peut servir comme telle, non pas à se laver la barbe, mais à mille autres usages plus utiles que celui-là. Enfin, à en croire le même auteur, l’ombre du Hobo ou Oubou est si saine, qu’on aime à y suspendre des hamacs pour la sieste durant Jes heures chaudes de la journée; beaucoup d'autres de nos arbres touffus offrent cet avantage d’une ombre saine.
Usages. — On s’en sert, à cause de sa facile végétation, pour faire avec ses boutures, des haies vives et charmantes. Ses feuilles sont astringentes et servent comme telles dans la térapeuthique, et son bois blanc, cassant et léger, ne peut servir que comme combustible.
CAYNITO OÙ LE CAIMITIER
Le Caimitier, appelé Chrysopyllum. par Linnée, qui veut dire feuille d’or, à cause de la couleur étrange de ses feuilles dont le dessus est vert et le dessous d’un beau jaune, est un arbre de la famille des synanthérées, genre des sapotilliers de Jussieu. I] s'élève ordinairement à la hauteur de 30 ou 40 pieds, et est fort branchu. Linné le classe dans les pentandries monogynies, et tire son nom de la couleur d’or bronzée de ses feuilles qui ont le dessus vert et sont couvertes d’un duvet fin et soyeux, très remarquable. Ses fleurs sont petites, axillaires, fasciculées et solitaires sur chaque pédoncule, d’une couleur verdâtre très pâle. Elles ont la forme d’une cloche à dix divisions, dont cinq plus épaisses. Cette fleur renferme cinq étamines et un pistil. Son fruit pomiforme est d’un rose mêlé de vert et de jaune, ou pourpre ou violet bleuâtre, suivant les différentes variétés de cette famille. Il contient une pulpe gélatineuse, gluante, laiteuse, d’un goût fade et d’une odeur purulente.
Usages. — Son bois est dur et propre à toutes sortes de constructions; mais il faut qu'il soit bien sec avant d'être travaillé.
LE GUANABANA
Le Corossolier, appelé Guanabana par les Espagnols, Alacalyoüa par les Caraïbes et Guanabanus par Plumier, est un arbre de la famille des anones de Jussieu. Les botanistes, en général, les désignent par les noms latins Anona muricaia qui lui a donné Linné, qui le range dans la grande classification des
Polyandrie monogynie. Il est une variété du genre renonculacée, lyptosperme.
Les feuilles de cet arbre sont très vertes et très fraiches, et ressemblent à celles du citronnier. Elles sont ovales, lancéolées, glabres, luisantes et planes. Ses fleurs polypétalées sont munies d'une corolle de. trois pétales, plus trois autres pétales pour le neclaire, blancs ou verts en dehors, et rouges ou jaunes en dedans (vivace). Son fruit qui est une baie en cœur oblong, de la grosseur des melons moyens d’Espagne, à la pointe un peu recourbée: son écorce d’un vert jaunâtre est rude, épaisse et divisée par figures en écussons, au milieu de chacun desquels se trouve implantée une pointe noire et recourbée. La pulpe du fruit est filandreuse, succulente, de couleur blanche et d’une | saveur aromatique, quoique légèrement acide, Ces fruits du corossolier pèsent de 5 à 8 livres,
Usages. — La pulpe du fruit, agréablement mélangée avec du sucre et de l’eau, procure aux voyageurs une boisson des plus savoureuses et des plus rafraichissantes. Les créoles appellent cette boisson boubouïlle, et l’offrent de bonne gräce aux étrangers qui ne l’aiment guère, à cause de sa fadeur. Les graines noires qu'on retire de la pulpe du corossolier sont très recherchées pour faire des émulsions. Enfin, son bois est assez bon, mais on lui reproche de n'être" pas bien fort.
L'ANONE (cœur de bœuf).
Ce corossolier est de la même famille que le précédent. Il est désigné par les botanistes sous les noms suivants : Anona sylvestris, anona reticulata, corossolier sauvage, etc. Ses feuilles sont lancéolées: ses fleurs ont une corolle à six pétales, les trois inférieurs plus petits, beaucoup d’étamines et plusieurs pistils. Il est de la Polyandrie polyginie de Linné; et ses fruits sont cordiformes. réticulés, de la couleur jaune, recouverts d’une pellicule mince et sans fascicules. On ne lui connait d'autres usages, que celui qu’on fait de son fruit comme aliment.
COROSSOLIER A FRUITS ÉCGAILLEUX (vulgo cachiman).
Même famille. Feuilles oblongues comme ondulées; fruits écailleux en larmes; fleurs ayant les pédonceules Le plus souvent groupés.
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LE XAGUA
Le Xagua des Caraïbes n’est autre que le Genipayer qui est de la hauteur du frêne, et avec le bois duquel on fait de très beaux fûts de lance dans plusieurs parties de l'Amérique. C’est le Genipa americana de Linné (Pentandrie monogynie) que Jussieu classe dans les rubiacées. Sa tige est droite et peu élevée; ses feuilles longues de 7 à 8 pouces et de 2 pouces de largeur, sont placées par bouquets aux extrémités des branches. Ses fleurs munies d’une corolle en rosette offrent cinq étamines et un pisül, dont le stigmate est en massue. Son fruit est ovale et recouvert d’une peau verdàtre, cotonneuse, de la forme du pavot à la couronne près, et renferme une pulpe aigrelette, blanchâtre, qui teint tout ce qu’elle touche, d’une couleur noire qui s'efface elle-même au bout de quelques jours.
Usages. — Les sauvages s’en servaient pourse colorer la peau, lorsqu'ils allaient à la guerre, afin de se rendre effroyables à leurs ennemis. Son fruit se mange dans sa maturité et donne par la pression une eau fort claire, avec laquelle on se lave la jambe pour se délasser. Au bout de quelques heures cette eau noircit à l’air, et ne peut plus servir qu’à la composition d’une bonne encre, qui, mélangée à la Bixa en poudre, était très recherchée, comme nous l'avons dit plus haut, des guerriers aborigènes.
LE HYGUERO
Le Hyguero est le nom espagnol du calebassier, que les Indiens appelaient Baya. Dans la description qu’en donne Oviédo,'il confond le calebassier à feuilles longues, avec les fruits duquel les insulaires faisaient toutes sortes de vases ou ustensiles de ménage, et le calebassier comestible, dont les feuilles sont un peu moins longues, et dont la pulpe se mange dans sa fraicheur. L'erreur d'Oviédo provient de ce qu’au Mexique, ce calebassier comestible est très commun et d’un usage alimentaire journalier chez les Mexicains, tandis que le calebassier à couis, qui lui ressemble beaucoup, abonde dans les îles, où son fruit remplace ordinairement la vaisselle et la gobeleterie des ménages. Dans ce qui va suivre nous ne parlerons que du calebassier à couis, dont la description botanique remplacera avantageuse-
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ment celle du calebassier comestible et celle aussi du petit calebassier vénéneux qui n’en sont que des variétés. Il est inutile d'observer que le calebassier rampant, ‘n’est pas de la même famille que les précédentes, et qu’il est classé dans la famille des cureubitacées, à laquelle il appartient par sa nature.
Le calebassier qui nous occupe, désigné par Linné du nom de Crescentia cajete (Didynamie angyospermie) est de la famille des solanées de Jussieu, et de la famille des personnées d'Adamson. Ses feuilles sont cunéiformes et lancéolées, rétrécies insensiblement vers la base, terminées par une pointe longue, presque sessiles, entières, glabres, vertes et un peu luisantes. Ses fleurs viennent immédiatement sur le tronc et le long des branches. Elles sont solitaires, d’un blanc jaunâtre, d’une odeur désagréable, et pendent chacune à un pédicule épais, long d’un pouce. Elles ont quelquefois cinq étamines dont trois plus longues que les autres; mais ordinairement elles n'en ont que quatre dont deux plus courtes comme les didynames ordinaires de Linné. Son bois est blanc et compact quoique un peu tendre; son tronc est tortueux et ses rameaux sont nombreux, fort longs, peu divisés et la plupart étendus horizontalement. Aux fleurs de cet arbre succèdent des fruits qui varient dans leur figure d’après les diverses espèces. Ils sont oblongs ou ovoides, et ont depuis deux pouces jusqu’à un pied de diamètre. Leur écorce est verte, unie, dure, presque ligneuse, elle recouvre une chair pulpeuse, blanche, qui noircit à l'air, pleine d'un suc d’un goût aigrelet, amer et astringent, et qui contient quantité de petites semences aplaties et cordiformes.
Usages.— Son bois, qui est fort dur, sert à faire des toupies, des chaises et d’autres meubles aussi. Les Indiens mangeaient la pulpe de ce calebassier pour dissoudre les abeès, occasionnés par les chutes ou autrement. Avec l'enveloppe de ce fruit, ils faisaient des couis ou cicayes.
LA BIXA
La Bixa n’est autre que le roucouyer, ainsi appelé par Oviédo. Linné lui donne le nom de mitella, parce que le fruit de cet arbre ressemble à une petite mitre. Généralement il est désigné par les noms suivants : Bixa orellana milella, américand, linctoria mamaxi. Les Caraïbes mâles lui donnaient le nom d’achiote ou catabi ou cocheduc, et les femmes bichet.Il est de la famille des tiliacées d’Adamson, ou des rosacées de Tournefort ; de la Polyandrie monogynie de Linné.
Hisioirenaturelle.— Getarbre oùse rencontrent ordinairement les plus douces, comme les plus éclatantes couleurs, est un bel ornement des jardins d'Amérique. Il est d’une grosseur moyenne, pousse plusieurs liges droites, rameuses, couvertes d’une écorce mince, unie, brune, portant des feuilles alternes, grandes, éparses, cordiformes, pointues, lisses, pétiolées, ayant en dessous plusieurs nervures roussâtres imitant celles du tilleul, mais plus allongées. Ses fleurs ont une corolle à dix pétales, calice à einq dents ; elles portent plusieurs étamines et un pistil, et offrent l’aspect d’une belle rose.
Usages. — Les sauvages faisaient usage de la teinture rouge du roucou, qu'ils retiraient par la macération de ses graines rouges dans l'huile de copapac ou dans l'acide du fruit du genipayer, pour le tatouage de leurs corps.
Avec son écorce, ils se faisaient des cordes, et ils assaisonnaient leurs mets avec ses bourgeons rosés : aussi, aimaient-ils à cultiver cet arbrisseau si utile, tout autour de leurs champêtres cabanes. Annuellement, il leur produisait deux récoltes. La culture du roucouyer avait commencé par défrayer les premiers établissements des colons européens, comme celle du tabac et du cacaoyer ; mais toutes ces cultures si intéressantes et si Jucralives faites, avec intelligence, ont été plus tard abandonnées, pour celles plus luxueuses de l’indigo et de la canne à sucre.
LE GUAZUMA
C'est sans doute le même qu’Oviédo appelle Guacuma ; la description qu'il en donne le prouve certainement, Ce Guazuma ulmifolia, theobromaguazuma, est le bois d’orme de Nicolson, et le guazulme de Tussac; il est de la famille poliadelphie pentandrie de Linné et de la famille des malvacées de Jussieu.
Histoire naturelle. — C’est un arbre de taille moyenne, avec lequel on fait de belles allées, parce qu'il croît en peu de temps. Sa tige est rameuse, et pousse des racines traçantes, fibreuses et noirâtres ; Son bois est blanchâtre et fendant. Ses feuilles ressemblent à celles du müûrier, bien qu'elles soient plus petites. Ses fleurs sont blanchâtres, ont un calice de trois phylles, cinq pétales voûtées, à deux cornes; cinq nectaires. Ses étamines sont adhérentes aux nectaires, chacune a trois anthères. Les feuilles de l’ormeau d'Amérique servent de nourriture aux moutons et aux cabris, et leurs fruits aux chevaux, aux bœufs et aux ânes, durant les grandes sécheresses qui désolent annuellement les Antilles, Dans les disettes, les hommes mêmes le
mangent, bien qu'ils soient d’une difficile digestion : ces fruits ont le goût sucré, lorsqu'ils sont bien haiïques. Au dire d'Oviédo, 1] les insulaires faisaient tremper dans l’eau les fruits du guazulme 1h réduits en poudre ou concassés, et donnaient à leurs animaux jé ce breuvage qui les engraissait à merveille.
Usages. — Il n'en a pas d’autres que les précédents, que nous venons d'énumérer plus haut. Son bois léger ne convient qu'à faire des brancards de voitures, mais brülé convenablement, son charbon poreux et léger sert à la dépuration des sirops, dans les sucreries et dans la plupart des raffineries coloniales.
LE GUAMA
Le Guama qui en espagnol signifie pois doux, est le nom qu'Oviédo donne au pois sucrier, ou au pois sucrin. Vulgo tuga; nom Caraïbe qui correspondait à celui de Bayroua, d’alakoaly qui sont la même chose. Les botanistes modernes l’appellent mimosa enga, ou acacie à fruits sucrés, Il estde la famille des légumineuses de Jussieu et de celle de la polygamie monacie de Linné. C’est un bel arbre qui ressemble par ses fruits et par ses feuilles aussi au tamarinier. Son bois convient pour chauffer les fourneaux, parce qu'il flambe bien sans produire beaucoup de fumée incommodante. Il produit beaucoup de cendres, riches en potasse. Il se plait au bord des rivières. Ses feuilles sont simplement bi-pennées à cinq paires de folioles; sans épine, pétiole marginé, articulé. Sa fleur est en entonnoir, d’un vert pèle et évasé en dehors. Le pistil de la fleur mince et allongé | est environné de 80 à 90 étamines dont les filets sont blancs et les anthères sphériques et jaunâtres. Cette fleur croît à l’extré- | mité des rameaux par bouquets, composés de 7 à 8 individus attachés à un pétiole très petit. Le pistil devient une gousse un peu arquée, de la longueur de 5 à 6 pouces, et bridée comme le tamarin. Ce fruit vert, jaunâtre dans sa maturité, renferme une matière spongieuse, très blanche, sucrée, divisée en 14 ou 16 loges, qui renferment autant de graines, presque ovales, noires, divisées en deux lobes, d’un goût âcre, revêtues d’une pellicule blanchâtre.
Usages. — I n’en a point. On suce ses fruitsavec plaisir, à cause de leur saveur sucrée, et son bois peut servir avantageusemént à remplacer la bagasse, comme combustible, dans la fabrication du sucre de canne.
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