SELS
LE HICACO
Nom espagnol et indien de l’icaquier des Antilles. Cet arbre de moyenne graudeur ou plutôt cet arbrisseau dont le nom est chrysobalamis : icaco de Linné (icosandrie monogynie) est de la famille des rosacées de Jussieu. Il aime les endroits frais dans les mornes, le long des rivières et le terrain des anses qui avoisinent les rivages de la mer. Il fleurit presque toujours, mais
c'est en juin et en septembre qu'il donne ses fruits. Ses tiges sont croclnes s, disposé es sans ordre, peu grosses, fort branchues.
s feuilles d’un vert sombre sont oblongues et portées sur un se dote assez court et petit. Sa fleur, qui parait à peine avant l'épanouissement, laisse paraître après un calice monophylle divisé en cinq parties, sa corolle est composée de cinq pétales blancs, minces et sans odeur, disposés en rose, le centre est occupé par un gros pistl environné par plusieurs étamines. Ce pistil devient une baie ovoïde semblable à une prune, tantôt violette, tantôt jaune, tantôt noire, d’un pouce et demi de longueur, de 8 à 10 pouces de diamètre. La chair de ce fruit esl succulente, d'une saveur douce, un peu aigrelette, quelquefois amère. Elle recouvre un gros noyau qui contient une petite amande.
Usages. — Je ne lui en connais point. On dit seulement ses racines très astringentes et très recherchées par les médicastres du pays, pour le resserrement des chairs flasques.
LE LARUMA OU YARUMA D'OVIÉDO
C'est le conlequin ou l’ambaïba des Caraïbes. Dans lès Antilles, il s'appelle tout bonnement bois-trompette, parce que les branches creuses où pendent ses larges feuilles, servent de trompette aux enfants des colonies. Linné le dénomme en latin cecropia peltata (Diœcie diandrie) ; Jussieu le classe dans la famille des orties, et Adamson dans celle des chataigniers. Le même arbre porte séparément les fleurs mâles à spath caduc, à chatons imbriqués d’écailles turbinées, comme tétragones , ayant une corolle nulle ; et les fleurs femelles, à ovaires imbriqués, un style, un stigmate lacéré, comme dans la fleur mâle : ces fleurs se changent en une baie monosperme.
Les anciens Caraïbes se servaient des branches creuses du bois-
trompette pour appeler le peuple à la prière ou au combat. Il est de moyenne grandeur; ses racines sont très écartées; l'écorce du tronc ressemble à celle du figuier; son bois est poreux, blanc, rude au toucher, très facile à fendre. Le tronc, divisé par nœuds placés de distance en distance, est creux dans toute sa longueur, ce qui le rend eassant et propre à céder à l'effort d'un vent violent ; ses feuilles. sont grandes, ombiliquées, palmées, larges de plus d’un pied, et sont supportées par de longs pétioles verdâtres,
Oviédo dit qu'il produit un fruit doux de la longueur du doigt et semblable à un gros ver. En effet, ce sont des chatons femelles de cette plante dont il veut se Aux fleurs de ces chatons succèdent des amandes, dont les enfants des colonies sont très friands. Le germe du bout de ses branches est un excellent caustique.
LE MACAGUA
Le macagua des Caraïbes est sans nul doute le cyroyer d'Amérique. Cepend: int l'arbre n'est pas si grand que veut bien le dire Oviédo, et son bois filandreux, sec et cassant, ne vaut que comme combustible. Dans la description qu’en fait Descourtilz, il dit que la peau mince du fruit renferme deux ou trois semences ovales-oblongues, charnues, grosses, environnées d’une pulpe excellente. C'est une erreur grave, au point de vue du moins des cyroyers qui croissent en Haïti, car nos cyrouelles ne contiennent généralement qu'une seule semence ovale, oblongue, ete. comme il le dit bien. Les feuilles du cyroyer ressemble ent beaucoup à celles du noyer, quoiqu'elles soient un peu plus petites et caduques. Ses fleurs sont rouges et en thyrse, et offrent dans l'intérieur des quatre pétales d e la corolle sans calice, beauc oup d'étaminés autour d’un ovaire ot surmonté d'un style à stigmate infundibuliforme. Aussi Linné le range-t-il dans la famille des polyandrie monogynie, et Jussieu dans celle des guttiers. Les fruits du cyroyer pendent à de longs pédoncules pourpres ; ils sont jaunes et de la grosseur d'un œuf de pigeon, contenant une semence roussâtre, environnée d’une pulpe sucrée, acidule et astringente : les amandes sont très amères. La moitié de l’année, c’est-à-dire durant toute la sécheresse, cet arbre reste dépouillé de ses feuilles.
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L’'ACUBA
L'acuba est le nom caraïbe du sapotillier, que les Malabrois appellent manitambou . C’est PAchras sapota de Linné (Hexandrie monogynie). Cet arbre servit à Jussieu de base principale à la création de la famille des sapotillées. Il existe deux variétés de sapotilliers ; le sapotillier à gros fruit qui est le sapota fructu ovato majore de Plumier, et le sapotillier à fruits plus petits (Achras sapotilla) branchiatus, diffusus ; frustus subrotundo, cicatricula mucrone breviori de Brown, l’auteur de la flore de la Jamaïque. Avant d'aller plus loin, il convient d’avertir qu’il existe un sapotillier marron, vulgo balatas, qui croît dans les mornes, et dont le bois, meilleur encore que celui des sapotilliers qui nous occupent, est employé avec avantage à toutes sortes de constructions solides.
Histoire naturelle. — Le sapotillier est un grand arbre qui s'élève à 30 ou 40 pieds de hauteur : sa racine est pivotante et chevelue. Son bois dur, mais moins dur que celui du balatas, enferme dans son aubier un sue laiteux et gluant, qu'on retrouve dans la pulpe du fruit. Le bois lui-même est rouge, mais n’est ni blanc, ni fendant, comme le disent Nicolson et Descourtilz. Oviédo a donc raison de dire que l'ile d'Haïti n’a point de bois plus dur que celui de l’acuba. Ses feuilles naissent aux extrémités des ramilles et par bouquet de douze à quinze ; elles sont longues de trois à quatre pouces, larges de douze à quinze lignes, lisses, luisantes, sans dentelure, d’un vert foncé en dessus, pâle en dessous, très veinées, remplies d’un sue laiteux, gluant et âcre.
Caractères particuliers. — Ses fleurs croissent au centre des bouquets sur un pédicule de six lignes de longueur, au nombre de cinq à six ensemble; [a corolle est monopétale, en tuyau découpé jusqu’au milieu en douze parties égales, de quatre à cinq lignes de longueur sur presque autant de largeur, garnie de 6 étamines, dont les anthères sont bien renfermées dans un calice composé de six feuilles allongées, convexes en dessous, concaves en dedans,d’un vert tendre, légèrement couvertes d’un velouté brun. Le pistil est placé au milieu des étamines, et devient une baie ovoide ou sphérique, couverte d’une pellicule grise, rude, plus ou moins crevassée, Quand elle n’est pas mûre, sa chair est verdâtre, d’un goût fort âcre et désagréable, mais dans sa maturité, elle est rougeàtre, délicieuse, rafraichissante, remplie d’une infinité de petites veines qui contiennent un suc
laiteux, doux et gluant. Le centre du fruit est occupé par plusieurs pépins oblongs, recouverts quelquefois d'une matière résineuse, blanchâtre, riche en acide butyrique.
LE GUIABARA
La guiabara d'Oviédo est le raisinier à grappes du bord de la mer,ou mangle rouge. C’est le cocoloba vinifera de Linné (octandrie triginie). Il fait partie de la famille des polygonies de Jussieu et de celle des persicaires d’Adamson. Les Caraïbes appelaient indifféremment tous les mangles copey, nom cependant qu'Oviédo réserve particulièrement pour le palétuvier à feuilles épaisses, qui est de la même famille et d’une variété seulement du raisinier qu'il appelle guiabara.
Histoire naturelle. — Cet arbre est remarquable par la forme etla beauté de ses feuilles. Oviédo, aprèsavoirdonnéuneidée de leur largeur, en disant qu’elles ont une paume de longueur dans une largeur proportionnée, remarque qu'elles sont tellement vertes et épaisses, que les Espagnols, dans les premiers temps de leur arrivée, où l’encre et le papier leur manquaient, s’en servaient pour écrire, avec une épingle, ou le fer d'une aiguillette, qui formaient des lettres très distinctes, et si différentes de la couleur de la feuille, qu'elles pouvaient se lire aisément.
Les feuilles d’un vert d’ aigue marine, sonttraversées de grosses AR pourprées, dont le contraste admirable plait beaucoup à l’œil. Le bois du raisinier à grappes, bon à brûler, est employé dans le charronnage et dans la charpente des maisons. Son cœur donne une teinture rouge qui, obtenue pi ar la décoction du bois, est vive et susceptible d’être fixée par le sulfate d’alumine. Les feuilles de cet arbre servaient aussi d’assiettes aux Caraïbes et aux flibustiers. Enfin les fleurs de ce palétuvier sortent des aisselles des feuilles, autour d'une panicule pyramidale assez semblable à une grappe de raisin, longue de sept à huit pouces et contenant soixante à soixante-dix fleurs à étamines. Elles sont petites ne qe es, d’une odeur suave, portées sur de petits pédicules. Les étamines sont très déliées, au nombre de huit, rangées due du pistil qui est nie par trois stigmates. L'ovaire devient une baie qui dans sa maturité est molle, sphérique, de couleur pourprée, couvertes de petites gouttes de rosée succulente, d’un goût aigrelet. On trouve au “milieu un gros noyau dur, ligneux, cannelé-ovale, qui renferme une amande amère.
Usages. — Son bois sert à confectionner les ouvrages de char-
ronnage, et son écorce chez nous est employée pour le tannage des peaux, parce qu'elle est riche en acide tannique.
LE COPEY
C'est le résinier de notre montagne, dont les feuilles sont encore plus grandes et plus épaisses que celles du résinier à grappes du bord de Ia mer. Les premiers Espagnols qui abordèrent notre ile, se servaient de ses feuilles pour jouer aux cartes, au dire d'Oviédo, et pour écrire aussi. Les feuilles admirables de ce palétuvier ont un pied de longueur sur un demipied dans leur plus grande largeur. Ses fleurs sont à étamines, verdâtres, en épi pyramidal et deviennent un petit fruit en grappe, qu Oviédo avoue n'avoir jamais pu voir. Le mois n’était peut-être pas favorable à la fructification de ce bel arbre. Cet arbre croît de préférence dans les mornes; cependant, j'en ai vu quelques-uns dans les jardins de la ville du Port-au-Prince, dont le site appartient plus à la plaine qu'aux mornes,
LE GAGUCY
Le gagucy d'Oviédo est le calabure soyeux de Descourtilz, dont le nom vulgaire est bois de soie. C’est le Muntingia calabura de Linné (Polyandrie monogynie). Jussieu le classe dans la belle famille des tilliacées. On l'appelle aussi bois ramier, parce que ces oiseaux sont friands de son fruit, dont l’intérieur ressemble à celui de la figue de Castille.
Histoire naturelle. — Le calabure soyeux est un très bel arbre. Il est commun aux Antilles, où l'on emploie son bois pour faire des douves de barriques. On tresse avec son écorce des nasses et des cordes, que les pêcheurs et les marins de cabotage savent employer par économie. Les insulaires l’atilisaient beaucoup à cet usage ; les premiers Espagnols imitérent leur exemple, et au besoin s’en faisaient de très bons souliers, lorsqu'il ne leur en venait pas d'Europe.
Caractères physiques. — C'est un arbre de la famille des tilleuls qui ressemble à l’orme par son port. Il s'élève à trente pieds environ dans les bonnes terres. Ses rameaux sont garnis de feuilles dans toute leur longueur. Ses feuilles sont alternes, ovales-oblongues, pointues, dentées, portées sur des pétioles
fort courts, et inégales à leur base, un de leurs côtés étant plus court que l’autre. Elles ont 3 ou # pouces de longueur, et sont couvertes d’un duvet doux, fin comme la soie, qui est plus abondant à la surface intérieure, ce qui fait para aitre cette surface, un peu plus blanchâtre que Jautre. Sa île ur consiste en un calice divisé presque jusqu'à sa base en 5 ou 6 découpures lancé olées, pointues, pubescentes en dehors et caduques ; en d ou 6 pétales arrondies, un peu unguiculées et très ouvertes, en un grand nombre d'étamines dont les filaments be eaucoup plus courts que les pétales portent des anthères arrondies ; enfin en un ovaire supérieur, globuleux, dépourvu de style, et couronné par 5 ou 6 stigmates épais, persistants et en étoile Le fruit est une baie globuleuse, un peu plus grosse qu'une cerise, jaunâtre avec une teinte rose, divisée intérieurement en ou 6 loges peu apparentes, par des cloisons membraneuse très fines; il contient des semences nombreuses, petites, arrondies et nichées dans une pulpe. Le calabure soyeux se plait dans les endroits frais, dans les mornes, et le long des rivières dans les plaines.
LE CIBUCAN
Le cibucan des Caraïbes dont parle Oviédo est le figuier maudit ou figuier des Indes. Il y a le franc et le bâtard. C'est le ficus indica de Linné (Polygamie triæcie). Il est de la famille des orties de Jussieu, c’est le Hinguera india des botanistes espagnols.
Histoire naturelle. — Cet arbre immense, dit Descourtlz, est extrêmement étendu, et aussi admirable par son port que par sa manière de se propager. Il pousse des branches de longs jets pendants, assez semblable s à des cordons ou à des baguettes qui gagnent la terre me enracinent et forment de nouveaux troncs qui, à leur tour, en produisent d’autres de la même manière ; en sorte qu'un seul arbre s’étendant et se multipliant ainsi sans interruption, offre une forêt sombre, une seule cime d’une étendue prodigieuse, et Fe parait posée sur un grand nombre de troncs de diverses grosseurs, comme le serait la voûte d’un vaste édifice, soutenue sur une quantité de colonnes. Avec le suc qui découle de son écorce, on peut faire du caoutchouc. Cet arbre se reproduit par ses baguettes, par des graines et par des boutures qui végètent avec une étonnante rapidité. Tous les lieux conviennent à sa végétation. Son bois est employé