LIVRE XVII
toutefois qu'une longue servitude n’eût flétri tous les cœurs; que l’oppression, après avoir sapé les fondemens de la civilisation et de la morale , n’eût éteint l’amour de l’indépendance , et que les droits de la légitimité ne fussent méconnus.
Cependant l’approche de la crise avoit fait naître trois partis qui diidsoient secrètement la capitale : l’un , composé de royalistes fidèles , imploroit les Bourbons ; un parti plus nombreux désiroit vaguement recouvrer la liberté à l’ombre d’une constitution monarchique; un troisième parti enfin vouloit maintenir la tyrannie par la violence et la terreur. Ces élémens de discorde intestine s’étendoient sur presque toute la France. Mab, réunis dans un sentiment commun, les royalistes et les constitutionnels pouvoient accabler, sous le poids de l’indignation générale, les fauteurs et les satellites du tyran , au milieu même de leurs derniers efforts pour arrêter l’élan de la restauration publique.
Napoléon toutefois n'étolt ni défait ni en fuite ; vaincu seulement par la supériorité des forces et des manœuvres de l’ennemi , il accouroit avec son armée vers la capitale , où son nom et l’appréhension de son arrivée
a48 CAMPAGNE DE i8i4.
sufïîsoient pour inspirer l’opouvan te. Les deux cent mille soldats de l’Europe, que Paris alloit recevoir dans son sein , sembloient ne pas suffire pour mettre scs habitans à couvert de la vengeance de l’oppresseur irrité.
Ainsi, le 3i mars, Paris ctoit encore contenu par dix mille espions et par un sceptre d’airain ; il ne falloit rien moins , pour oser se déclarer , que cette énergie politique dont les Français, d’ailleurs si belliqueux, ne .se montroient plus susceptibles. Mais , bravant tous les périls , quelques royalistes se dévouèrent. Déjà , malgré l’extrême défiance d’une police inquiète , malgré le frein terrible de l’exil ou de la mort, plu.sieurs associations secrètes s’étoient formées au sein de la capitale , les unes spontanément , d’autres par l’impulsion des chefs invisibles d’une confédération qui embrassoit la presque totalité des provinces de France. Celle-ci remontoit à l’année 1800, et son organisation mystérieuse par bannières, aux années i8o3 et 1804. Les personnes qui la composoient ne pouvoient se reconnoître que par des signes de convention; et l’écriture en étant proscrite', elles n’avoient à redouter
aucune preuve matérielle. Déü étoit le
mot d’ordre, et celui qui répondoit çrance