LIVRE XVII. a
avoient frappé d’étonnement la masse du peuple qui , agité par les événemens de la veille , et excité au désordre par les émissaires de Napoléon, n'osoit encore se livrer à tout l'élan de sa joie. C’étoit sur la garde nationale que se fixoient plus particulièrement les regards. Quand on vit plusieurs de ses officiers, entr’autrés le duc de Fitz-Jaraes et le vicomte du Saillant se joindre aux royalistes , en criant /e'üoi/ alors le peuple fut ébranlé, et le mouvement devint'plus général. * .
Mais une vive opposition se mahifestoit encore sur plusieurs points de la ville. De retour de sa mission ^u quartier-général des alliés, le comte de Douhetavoit distribué des proclamations et fait entendre les cris royalistes. Il est d’abord applaudi par le peuple sur les boulevards et à la porte Saint-Denis. Arrivé à la porte Saint-Martin , la scène change : des agens de la police ameutent la populace des faubourgs , et en un instant M. de Douhet est entouré , renversé de cheval , et blessé à coups de crosses de fusil. On l’eût massacré sans la courageuse assistance de MM.Raymond et Vauquclin , officiers dans la huitième légion. Ces bons citoyens arrachent M. de Douhet à la fureur des satellites de Buonaparte.
Cependant plusieurs rassemblemens s’étoient formés sur les boulevards Italiens, visà-vis les cafés Hardi et Riche. Là , les royalistes essayoient , par leurs discours , de faire éclater des seniimens trop long-temps comprimés. Quelle fut leur joie quand ils se virent soutenus par des témoignages d’approbation générale ! Plusieurs d’entr’eux lisoient à hante voix les proclamations des alliés. M. Eugène de Carbonnières mit tant de chaleur dans cette lecture et dans ses exhortations , que bientôt les spectateurs transportés s’écrièrent : « A bas^ les Bourbons !
3» f^iverU nos princes légitimés ! » Dans son, enthousiasme , M. de Carbonnières , arrachant du chapeau de son jeune fils la cocarde tricolore , y substitua la cocarde blanche. « Mon enfant , lui dit-il devant la foule as- » semblée, j’ai donc le bonheur de te parer » de cette cocarde, symbôle de l'amour de » ton père et de tout bon Français pour l’aur » guste famille que la Providence va rétablir » sur le trône ! Songe que je lui fus cons- » tamment lidèle ; jure que tu suivras mon J» exemple , et que tu sauras mourir, s’il le » faut , pour ton Roi. » Ces paroles qu’il prononce avec énergie et sensibilité , en serrant