LIVRE XVIII
a Le sort des armes a fait tomber dans les » mains de Votre Majesté Impériale plus de » cent cinquante mille prisonniers; ils sont la « plus grande partie Français. Peu importe » sous quels drapeaux ils ont servi ; ils sont » malheureux : je ne vois parmi eux que mes » enfans. Je les recommande à la bonté de » Votre Majesté Impériale. Qu’elle daigne con- » sidérer combien un grand nombre d’entre » eux a déjà souffert, et adoucir la rigueur » de leur sort. Puissent-ils apprendre que leur » vainqueur est l’ami de leur père ! Votre » Majesté ne peut pas me donner une preuve » plus touchante de ses sentimens pour moi ! » Une si noble sollicitude ne sauroit être inspirée qu’à un monarque légitime , qui ne veut être rétabli sur le trône de ses ancêtres , que pour donner à son peuple des preuves constantes de son affection paternelle.
Mais tous les obstacles n’étoient pas encore aplanis ni surmontés. Vingt années d’insubordination , de déchiremens ou de guerres , en changeant le cours des idées , avoient laissé à une génération nouvelle l’habitude d’une 'vie pleine de hasards et de désordres , et d’une existence sans aucun frein moral ni religieux. De là plus de nœuds de famille ; presqué plus de
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liens sociaux ; plus de principes de stabilité: On ne vouloit que du pouvoir et des richesse» mêlées à beaucoup de servitude ; telles étoient les maximes du jour. La raison , l’expérience et les lumières ne conservoient presque plus d’empire sur une jeunesse trop habituée , à n’obéir qu’à un chef armé , et à ne reconnoître que lui. N’étoit-il pas à craindre que le caractère pacifique et paternel des Bourbons n’affligeât ces hommes qui ne déposeroient les armes qu’en murmurant? D’autres endurcis dans les crimes politiques, enrichis des dépouilles de l’Europe , tourmentés par les remords , ne voyoient qu’en frémissant le retour de celte auguste famille qu’ils avoient méconnue et offensée. C’étoit dans les grands corps de l’Etat que se déceloient le plu.s les senlimens de répugnance pour une restauration complète. Une sourde opposition préludoit à de plus vives résistances : il avoit fallu d’abord ramener vers Louis XVI II la pensée des sénateurs les plus raisonnables. Cette tâche , le prince de Talleyrand l’avôit remplie avec autant de sagacité que de bonheur. Il s’efforçoit de rassurer toutes les imaginations qu’effrayoit la perspective du rétablissement de nos princes légitimes. Il annonçoit avec
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