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LIVRE XVIII

confiance que rien ne seroit indigne du noble caractère du Roi ; qu’il ne se montreroit que le testament de Louis XVI à la main , et qu’aucun souvenir amer, aucune vert^eance n’attristeroient son retour.

C’est ainsi qu’il parvint à familiariser avec la restauration plusieurs sénateurs infliiens , et quelques membres du gouvernement de l’Etat. Les esprits étoient préparés ; mais le sénat sembloit hésiter de lancer sa foudre contre l’oppresseur qu’il avoit encensé tant de fois. Ce fut seulement le 2 avril que par un décret rendu public le lendemain , il déclara la déchéance de l’empereur Napoléon , et délia le peuple et l’armée du serment de fidelité.

Cet acte réparateur donnoit à l’opinion publique les formes d’un vœu vraiment national ; et , aux yeux des hompies réfléchis et impartiaux , il jiistifioit en partie les sénateurs opprimés comme tout l’Etat , des reproches qu’ils avoient encourus jusqu'alors par leur servile obéissance. Le sénat élevoit à côté de Napoléon déchu une autorité régulière et légale , à laquelle pouvoient enfin se rallier tous les bons citoyens ; il rompoit surtout le prestige qui attachoit encore l’armée à son chef ;

en un mot , en se séparant de Napoléon , le sénat préservoit la France de la guerre civile, et amenpit sans secousse la restauration de la monançliie.

A la sortie de la séance , où il venoit de briser ses chaînes , le sénat se rendit en corps à l’audience de l’empereur de Russie , qui , après avoir reçu ses hommages , lui adressa la parole cri ces termes : ;

« Un homme qui se disoit mon allié est » arrivé dans mes Etats en injuste agresseur ;

J) c’est à lui que j’ai fait la guerre , et non à » la France. Je. suis l’ami du peuple français ;

» ce que vous venez de faire redouble encore » ce sentiment : il est juste , il est sage de » donner à la France des institutions fortes » et libérales qui soient en rapport avec les » lumières actuelles. Mes alliés et moi , nous » ne venons que pour protéger la liberté de » vos décisions. »

S’arrêtant après ces paroles , Alexandre reprit presqu’aussitôt , avec la plus touchante émotion : « Pour preuve de celte alliance du-. » rable que je veux contracter avec votre na- » tion , je lui rends tous les pï-isonniers qui 3> sont en Russie. Le gouvernement provisoire. » me l’avoit déjà demandé;’ je l’accorde au

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