LIVRE XII
Telle étoitdéjàla réputation de "Wellington, qu’on le regardoit en Europe, avant même l’ouverture de sa campagne d’invasion , comme le seul général capable de faire mouvoir de grandes masses militaires , et de porter le dernier coup au moderne Attila.
Mais aussi le contraste le plus frappant régnoit entre ces deux hommes de guerre. L’un, essentiellement destructeur sacrifioit tout à son intérêt et à son ambition : l’autre ne se montroit que le conservateur des hommes et des empires ; il protégeoit les peuples ; il défendoit les Rois : Buonaparte les fouloit aux pieds ; orgueilleux , inhumain , il préparoit ses victoires par la perfidie , et ne les remportoit qu’à force de carnage. Prudent et discret dans les chances d’une heureuse fortune, "Wellington n’obtcnoit ses succès que par le plus sage emploi du temps et des combinaisons militaires. Buonaparte n’étoit jamais plus arrogant qu’au sein de la victoire , et c’étoit au sein de la victoire que la modestie de Wellington s’étoit montrée avec le plus de candeur. Il falloit à Buonaparte des armées innombrables pour conquérir ; "Wellington recouvroit et conservoit les Etats avec de petites armées. Une retraite de Buonaparte étoit un désastre,'
4 ■ CAMPAGNE DE i8i4.
chez Wellington c’ctoit un triomphe. Buonapartc se précipitoit avec ses nombreux bataillons comme un torrent débordé qui renverse , détruit et ravage; les armées conduites par Wellington Iraversoient paisiblement les champs, sans troubler les chaumières, respectant les propriétés comme les hommes , enrichissant tout sur leur passage , et ne laissant pour traces’derrière elles que la prospérité et l’abondance.
Telle éloit l’idée j}u’oa-«e formoit alors de W^ellington ; mais ses adversaires , ses détracteurs blàmoient sa perpétuelle hésitation, ses lenteurs invincibles , son inexpérience à profiter de la victoire, sa timide circonspection, qui prolongeoit les calamités de la guerre. En atténuant sa réputation , ils soutenoient qu’elle s’éclipseroit en France, si, franchissant les Pyrénées, il osoit descendre sur un plus grand théâtre.
Humilié à Vitloria , Napoléon venoit de déférer le commandement des débris de ses armées d’Espagne au maréchal Soult , l’un de ses plus habiles lieutenans ; mais les efforts de ce général ne purent sauver Saint-Sébastien ni Pampelune. Napoléon luttoit encore, à Dresde , contre trois armées alliées ; et , des