‹ Histoire des CampagnesChapitre 3 sur 267 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

bords de la Bidassoa , on entcndoit le canon des Anglo-Espagnols victorieux. Quelle humiliation pour Buonaparte , qui s’étoit vanté de subjuguer la péninsule , et de jeter l’armée anglaise dans la mer! Ce même Wellington, qu’il avoit officiellement insulté , menaçoit ses propres frontières.

Le maréchal Soiilt ne pouvoit se dissimuler le danger de sa position : un grand capitaine lui étoit opposé avec les troupes réunies de la Grande- Bretagne , .de l’Espagne et du Portugal, et ce capitaine étoit l’idole de ses soldats. En vain le général français réclama la concentration sous Bayonne de toutes les forces-, du Midi; Napoléon s’obstinoit à ne point dégarnir la Catalogne , bien sûr de conserver cette province tant que le maréchal Suchet y rommanderoit une armée française. Ainsi , pour ne pas abandonner un fragment de ses conquêtes, Buonaparte négligeoit la défense de ses provinces méridionales; l’opinion y étoit d’autant plus défavorable à sa cause , qu on ne cessoit de les frapper de réquisitions violentes pour nourrir cette armée d’Espagne , redoutable à son propre pays par ses habitudes hostiles contractées dans la péninsule., ' •

L’invasion paroissoit inévitable ; l’opinioit générale sembloit la provoquer. Toutes les passions humaines réunies inspiroient à l’armée alliée d’Espagne le plus vif désir de pénétrer sur le sol de la France : c’étoit comme un droit de représailles, sans toutefois qu’on dût craindre , avec un tel chef , que la guerre offensive pût jamais dégénérer en brigandage ; mais, considérée de sang-froid, l’entreprise sembloit téméraire. Jamais le succès n’avoit couronné aucune invasion dans le midi de là France. Charles-Quint lui-même y avoit échoué. Indépendamment des difficultés locales , n’étoit-il pas présumable que les Français du Midi , si peu endurans , défendroient , sinon le gouvernement de Buonaparte , au moins leur sol , leurs foyers , leurs propriétés envahies par des ennemis qu’animoient , sans doute , des haines nationales et l’aiguillon de la vengeance? Le danger d’une telle guerre étoit si généralement senti , excepté par les Français eux-mêmes, que lord Wellington reçut, de presque tous les pays de l’Europe , des lettres d’exhortation et d’alarmes très-pressantes , et où les plus forts argumens étoient employés pour le détourner de pénétrer sur le sol français. « Yotre gloire, lui disoit-on, est

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