LIVRE XII
rable de suspendre les négociations du congrès de Châtillon si inquiétantes pour les royalistes.
Une armée navale britannique mouilloit à l’île d’Aix, et pouvoit faire une puissante diversion. Mais la plupart des chefs bordelais hésitoient de se mettre ainsi à la merci de l’Angleterre, « Si ce gouvernement » disoient - ils , veut faire de la Guienne » une colonie anglaise , qu’on n’attende rien » de nous : le premier devoir d’un vrai >* royaliste est d’être Français et patriote. » 11 fut aisé toutefois à des esprits réfléchis d’écarter de pareils soupçons , et d’établir que , sans la coopération de l’Angleterre , la restauration devenoit impossible. « N’est-ce » pas cette puissance , dirent-ils , qui , seule ,
» balançant l’empire de la terre par celui de )) la mer, a su, retranchée derrière l’Océan ,
» briser les efforts de Napoléon , sauver de » sa furie une terre vierge où pût germer J» l’espoir de la France , et conserver pour » de meilleurs temps la liberté arrachée du » sol de l’Europe? L’Angleterre seule , par » des conquêtes profitables aux vaincus, a » soustrait à la rapacité de l’envahisseur » les colonies qu’il eût également dévorées }
x elle seule a garanti les Espagnes d’an jauç
> perfide et dëtestable , en ranimant l'énergie des peuples de la péninsule. N’est -ce
fj> pas .elle encore qui , suscitant de nouveau i» les peuples du continent , abattus et dccou- >> ragés , les a ralliés dans un commun intérêt , ’» et a reconstruit , des ruines de l'Europe , ua )) vaste et solide édifice , cimenté de son or ? 1» N’est-cc pas elle aussi qui vient de rendre à la France l’auguste époux d’une princesse >) dont le nom rappelle tant d’amour et de p> larmes , ce prince dont la touchante procla- » mation appelle les Français sous les dra- )) peaux des Bourbons ?
J) C’est l’Angleterre enfin qui , à travers nos )) orages , a préservé les restes précieux de la X tige de saint Louis. Et maintenant que le ciel >> semble dé.sarmé ; qu’il laisse enfin poindre
> l’aurore de notre restauration , c’est encore
> sur les rivages de l’Angleterre que nos yeux
J) cherchent ce royal fugitif, qui , vainqueur J) sans armes et sans vengeance , va recevoir » d’un peuple repentant le sceptre de ses » a'ieux. » ,
Ces argumens portèrent la conviction dan» tous les cœurs ; les royalistes de Bordeaux n’eurent plus dès lors qu’à mûrir leur plan, et
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à l’arf-êter. Le concours immédiat de l’armée alliée étant indispensable , il fut convenu que des députés seroienl envoyés sans délai à S. A.R. le duc d’Angoulême et à lord Wellington; que ce général seroit supplié , au nom des Bordelais , de disposer , pour le soutien de leur cause , d’environ trois mille hommes , dont mille seulement feroient leur entrée à Bordeaux. Ce nombre sembloit suffire, soit pour mettre en arrestation au même moment les principaux agens du gouvernement de Buonaparte, soit pour comprimer ceux qui auroient cherché à retenir l’élan des royalistes. Le surplus des troupes , dont l’opinion publique n’auroit pas manqué de grossir le nombre , se seroit tenu à une certaine distance de la ville, à portée de la protéger , tandis que les Bordelais, soutenus' par l’avant-garde an- ^ glaise , et probablement par les confédérés du Médoc et des départemens voisins, auroient déterminé le mouvement et assuré le triomphe de la cause royale. Mais ce plan éloit subordonné aux événemens militaires , et susceptible , par conséquent , de modifications. M. Bontemps du Barry se chargea de porter à Louis XVIII les dépêches du comité royal de Bordeaux ; il se dirigea sur Paris dans l’es-
pérance d'obtenir , comme négociant , un' passeport pour l’Angleterre . La Rochejaquelein hâta ses préparatifs, voulant se rendre par mer à Saint- Jean -de- Luz, auprès de M*' le duc d’ Angoulême , afin de prendre les ordres de S. A. R. , et de lui offrir l’hommage de l’entier dévouement des Bordelais.
Ainsi l’Europe alloit avoir bientôt la preuve irréfragable , qu’il existoit au sein meme de la France , un parti fidèle à la cause de son Roi,' et qui n’attendoit plus que l’instant de se déclarer.
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