LIVRE XVI
dans le cas où Napoléon reviendroit avec son armée , en prenant sa direction sur Séa^ne. >
Les alliés, en approchant de la capitale,' n’éprouvèrent d’abord qu’une foible résistance de la part du général Compans, qui , avec un détachement de divers dépôts et de vétérans , tenoitles positions entre Glaye etBondy. Quant aux maréchaux ducs de Trévise et de Raguse , qui n’avoient pu reprendre la roule de Meaux, ils suiroient celle de Charenton, afin de couvrir Paris au nord-est , en occupant Charenton , Saint-Mandé et Charonne.
A mesure que l’ennemi avançoit , une multitude d’habitans des campagnes se réfugioit dans la capitale , semant partout l’alarme sur leur passage. L’aspect de tant de fugitifs ac-: crédita bientôt les bruits sourds et sinistres qui circuloient dans toutes les classes. On savoit confusément que Napoléon s'étoit dirigé vers la Lorraine ; que , deux corps chargés de couvrir la capitale ayant été écrasés , leurs débris battoient en retraite sur la route de Charenton. Mais , plus on voyoit grossir le danger , et moins on s’y montroit sensible ,’ soit qu’on eût épuisé tous les genres d'alarmes et de terreurs , soit qu’on préférât le péril à une anxiété cruelle. Les émissaires de la police,
jigo CAMPAGNE DE i8i4.
lancés parmi lepeupleet aumilieu des groupes s'attachoient à dénaturer , à étouffer la vérité,' pour qu’elle ne s’ouvrît aucun passage au milieu d’une tourbe inquiète. « Les habitans des «» campagnes, disoient-ils , sont frappés de » terreurs paniques ; ils voient des armées ^ nombreuses , où il n'y a qu’une poignée de I» partisans. Le corps qui s’est avancé vers !» Meaux n’est autre chose qu’une colonne » égarée , qui donne maintenant dans le piège > que lui tend l’empereur avec son année }) triomphante. »
Mais tel étoit leur embarras, qu’ils tomboient dans des contradictions manifestes dès qu’ib s’adressoient à la classe éclairée et pensante ; ils s’efforçoient à la fois de nier le danger et de le grossir, voulant rassurer les esprits foibles, pt préparer la masse du peuple à saisir le glaive par désespoir, et à s’ensevelir sous les ruines de Paris , plutôt que d’en permettre l’accès aux ennemis de Napoléon.
Ce système d’extermination et d’incendie étoit appuyé et propagé par les écrivains attachés à l’atelier littéraire du gouvernement; Napoléon lui-même l’avoit récemment étayé et fortifié. Ne trouvant pas assez .énergiques les auteurs chargés de la partie
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politique des journaux , il venoit de former, par un décret datéde Troyes, une commission spéciale de rédaction, présidée par le conseiller d’Etat Boulai de la Meurthe. Ce grand régulateur de l’esprit public jouissoit d’un traitement particulier de 24,000 francs , et se» co-adjuteurs d’un salaire de 12,000 francs chacun. Jamais l’imposture ne s’étoit vue si richement dotée. Mais aussi c’étoit de ce vaste laboratoire que sortoient tant de morceaux incendiaires , et tous ces mensonges si désho.norans pour une nation éclairée.
A l’approche du danger, tous les écrivains salariés redoublèrent d’énergie pour remplir l’attente de leur maître ; ils multiplièrent les provocations, dans l’espoir d’égarer et d’armer le peuple.
« Les alliés , dirent-ils , regardent le pillage '» et la destruction de la capitale comme la » récompense et le but de leur inva.sion ; ils » se vantent d’y entrer sans éj)iouver de résis- » tance , de la saccager , et d’envoyer l’élijc » des ouvriers , des artisans , des artistes , » des jeunes filles même , au fond de la » Russie , peupler ses déserts ; ils veulent » chasser le reste de la population, et mettre » ensuite le feu à tous les quartiers de la viUe, »
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iga CAMPAGNE DE 184.
« Mais , avec quel espoir de succès une ar-' » mée oseroit-elle entrer dans Paris ? que dei> viendroit-èlle au milieu d’une immense poj» pulation armée , irritée , et résolue de se » défendre? Paris renferme vingt mille che- » vaux de trait qui mettroient en mouvement » cinq cents pièces de canon. D’ailleurs, il » seroit aisé de barricader les rues , et d'of-^' » frir, sur chaque point , une résistance iii« » vincible ; il sufïiroit même de fermer Icé » barrières sur les ennemis pour qu’ils fassent » tous exterminés jusqu’au dernier. -<1^ 1.*' viMif
» Qn’auroit’bh à redouter du feu des ca- » nons' placés sur les hauteurs de cette ville 9» immense ? Ne sait-on pas que les plus grosses » pièces d’artillerie braquées sur l’élévation » la plus rapprochée des barrières n’attein- » droit pas au dixième du diamètre de Paris , » c’est-à-dire , aux quartiers populeux ? D’ail- » leurs , avant d’avoir brûlé six maisons , l’ar- » tillerie d’une armée consommeroit six fois » autant de munitions qu’il lui en faudroit » pour toute une campagne.
» Jamais les alliés n’oseront approcher de » Paris.
» Non , non , jamais , s’écrioient les Tyr- * thées de la police ,