LES SIOUX, — COUREURS DE BOIS
N voyage que le comte de Frontenac fit au lac Ontario, l'été de 1673, et dans lequel il eut le soin de se faire accompagner par quatre cents hommes, créa une impression durable sur l'esprit des Iroquois. La Salle avait passé l'hiver chez ces sauvages et, comme il était beau parleur, son ambassade se termina par la
rencontre des délégués des tribus avec le gouverneur-général, à l'endroit où se trouve à présent la ville de Kingston. Frontenac était un charmeur ; les Iroquois lui vouèrent de suite une affection qui ne s’est jamais démentie. Sur leur consentement, un fort fut érigé en ce lieu afin d'amener la traite au lac Ontario entre les mains des Français, par la rivière qui tombe dans la baie de Quinté ; une barque se construisit pour naviguer sur le lac ; on laissa dans le poste des marchandises de traite, une petite garnison, des munitions de guerre et un aumônier, le père Gabriel de la Ribourde, récollet,
Pour la première fois en cette circonstance, des corvées militaires avait été imposées aux habitants des gouvernements de Québec, Trois-Rivières et Montréal, sur le principe que le nouveau fort servirait de comptoir du roi pour le commerce des fourrures. Singulier argument qui oblige une colonie agricole à de tels sacrifices dans l'intérêt des marchands. En même temps, un édit (5 juin 1673) défendait aux habitants, “ à peine de la vie, de vaquer dans les bois plus de vingt-quatre heures sans permission expresse, attendu que des courses de ce genre, sous prétexte de chasse ou de commerce de pelleteries avec les sauvages, sont entièrement contraires à l'établissement de la colonie du dit pays.” Si d'une part le roi prit des mesures pour empêcher les cultivateurs d'abandonner leurs terres, Frontenac d’un autre côté activa si bien la passion du commerce que les coureurs de bois augmentèrent en nombre, d'année en année, au grand préjudice de la colonie.
Les concessions seigneuriales faites en 1673 sont au nomb'e de six; Le 9 janvier à “ François de Salignac, abbé de Fénelon, trois îles dans le lac Saint-Louis le lon d- l'île de Montréal, entre Lachine et 12 cap Saint-Gilles, appelées les îles Courcelles, pour faciliter l'établissement qu'on y a commencé, élever de petits Sauvages suivants les mœurs et coutumes fançaise.” Le 29 septembre à Charles Lemoyne, sieur de Longueuil, deux lieues de front à commencer dix arpents au-dessous de la rivière du Loup, en montant dans le lac Saint-Louis, du côte du sud, sur trois lieues de profondeur, ensemble l'île Saint-Bernard (ile des Sœurs) qui est à l'embouchure de la rivière du Loup. C'est la seigneurie dite de Chateauguay. Elle fut accordée au sieur Lemoyne, dit le conte de Frontenac, dais Ie titre de cette concession “ pour l'affection qu'il a toujours témoignée pour le se:vice du roi et la promptitude avec laquelle il a toujours exécuté les ordres qui lui ont été Acnnés par les gouverneurs, soit dans les guerres où il s'est signalé en plusieurs occasions, soit en diverses négociations et traités de naix qu'il a faits avec eux par leur commandement #t le zèle dont il nous a donné des preuves dans le voyage que nous avons fait au lac Ontario (été de 1673) où nous nous sommes servi de son ministère pour proposer à toutes Jes nations iroquoises les choses que nous avons cru nécessaires pour maintenir la paix, etc.” Le 15 novembre, “à François Dionis, bourgeois de Paris, trois lieues de front sur trois d* profondeur, à prendre en remontant le fleuve, depuis la borne de la terre concédée au sieur de la Chenaye ! sur la Rivière-du-Loup, que l'on nommera dorénavant le fief de Verbois.” Le nom de ‘“ Rivièredu-Loup en bas” est le seul employé aujourd'hui pour désigner cette seigneurie. Le sieur Dionis ne paraît pas l'avoir mise en valeur puisqu'elle fut concédée, le 5 avril 1689, à M. Villerai pour le sieur d’Artigny et à M. Lachenaie. Le :3 décembre, au sieur Charles Aubert de la Chenaye, commis général de le compagnie des Indes, une lieue au-dessus de la Rivière-du-Loup (en bas) et demie lieue au-dessous, sur une lieue et demie de profondeur, Même iour, à Daulier du Parc, une terre de deux lieues de face, à prendre aux bornes de la concession du sieur de la Chenaye sur la Rivière-du-Loup (en bas) sur deux lieues de profondeur, “que l'on nommera dorénavant le Parc.” Même jour, à Daulier Deslandes, l'un des officiers de la compagnie d°s Indes, deux lieues de front sur la rivière Jésus, autrement appelée rivière des Prairies, a prendre depuis les bornes de la Chenaye en montant vis-à-vis l'ile Jésus, sur deux lieues de profondeur, C'est la seigneurie de Terrebonne, augmentée de deux lieues en profondeur, (fief Desplaines), le 10 avril 1731, en faveur de Louis Lepage de Saint-Claire, et deux lieues de plus, le 12 avril 1753, en faveur de Louis de la Corne.
L'automne de 1673, Frontenac écr': ait que le roi entendait qu'on ne regardât plus “les seigneurs que comme des engag'stes et les :virreurs utiles,” c'est-à-dire faisant des conditions raisonnables à leurs censitaires et s'occupant de défricher.
L'année suivante il fut accordé cinq autres seigneuries : Le 25 avril, au capitaine de
1 Voir le présent ouvrage, tomes IV, 94.
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