‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 3)Chapitre 11 sur 87 · PONS PE · texte numérisé non relu

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Saint-Ours deux lieues sur le Saint-Laurent à commencer quatre arpents au-dessous de la rivière Deschènes en montant le long d'1 fleuve et deux lieues de profondeur. Ce fief (Saint- Jean d'Eschaillons) avait été donné à Talon qui se désista de son droit en faveur de M. de Saint-Ours. Le 16 mai, à Mer de Laval ‘“ cinq lieues de face sur cinq lieues de profondeur sur le grand fleuve Saint-Laurent !, environ quarante-deux lieues ? au-dessus de Montréal, à prendre depuis le sault de la Chaudière, vulgairement appelé la Petite-Nation, en descendant le fleuve sur le chemin des Outaouais”? La seigneurie de la Petite-Nation est voisine de celle de Grenville, une quinzaine de lieues plus bas que la Chaudière, Le 15 juillet, à M. de la Durantaye, deux lieues au-dessus de la rivière appelée Kamouraska et une lieue au-dessous, icelle comprise, avec deux lieues de profondeur. Le 17 août, au sieur André Jaret, sieur de Beauregard, trois “îles dont l’une est au devant du bout de la seigneurie du sieur de Verchères, en montant, et les deux autres étant sur la ligne qui regarde les îles appartenant au sieur de Grandmaison.” Le 23 août, à Joseph Godefroy, sieur de Vieuxpont, les terres situées entre la troisième et la quatrième rivières, baniieue des Trois-Rivières. C'est le fief Vieuxpont.

Le relevé officiel de 1675 porte la population de la Nouvelle-France à sept mille huit cent trente-deux âmes, et celui de 1676 à huit mille quatre cent quinze. En consultant ces chiffres, Louis XIV exprimait sa surprise de les voir si faibles “ vu, écrivait-il (15 avril 1676) le grand nombre de colons que j'ai envoyés depuis quinze ou seize ans ; on a dû omettre an grand nombre d'habitants.” Il est très possible que les coureurs de bois n'aient point été inscrits dans ce rapport, mais le roi fait erreur en disant qu'il avait envoyé grand nombre de colons depuis une quinzaine d'années, car on ne peut raisonnablement lui accorder ce crédit que de 1665 à 1673. Au moment où il traçait ces lignes, Louis XIV était sous l'empire du découragement que lui faisait éprouver sa politique européenne. La guerre de Hollande, ouverte en 1672 sous des auspices favorables, avait tournée à son détriment au bout de quelques mois. Guillaume d'Orange, son plus constant ennemi, venait de surgir et, avec une habileté étonnante, il avait uni contre la France les grandes nations du continent. Condé, se

tenait à l'écart, depuis 1674 ; Turenne venait d'être tué (1675) : la faiblesse des généraux tout

français ; le vide du trésor ; le ralentissement du commerce par suite de la guerre contribuait À diminuer le prestige du monarque dont l'ambition démesurée avait produit ces revers de fortune. D'ailleurs le Canada, privé de Talon, ne comptait plus personne pour rappeler à la cour les projets dont il avait été l'inspirateur ou l'instrument généreux, “Il est certain, dit M. Rameau, que, à partir de 1675, on ne trouve plus dans les actes du gouvernement français le zèle qu'il avait montré précédemment pour le Canada. Plus de sollicitude active, plus d’envois de colons, à peine quelques recrues pour les troupes, et un abandon de

plus en plus prononcé de la colonie à sa propre faiblesse.” Ce qui sauva le pays de la ruine

? L'Ottawa était encore regardé comme le haut du Saint-Laurent, Voir le présent ouvrage, tome T, p. 29. 3 Cette mesure correspondrait à la chûte de la Chaudière, située entre les villes de Hull et Oitawa, 4 C'est-à-dire l'Outaouais ou l’Ottawa, par où les Outaouais, venant des grandi lacs, descendaient à Montréal,

fut la population née sur le sol. La colonisation avait pris une assiette solide et si peu étendue qu'elle paraisse, son rôle primait tous les autres ; elle résista à l'entraînement fatal du commerce des pelleteries, mais non sans éprouver sur ce point des pertes en hommes qui ne pouvaient se compenser. Les fonctionnaires, étrangers aux intérêts canadiens proprement dits, ne se faisaient pas faute d’affaiblir le noyau de cultivateurs en attirant dans les bois les fils des premiers habitants. Le roi se réveillait de temps à autre et menagait de peines sévères ceux qui oubliaient ainsi leur devoir ; il voulait la concentration des groupes agricoles. “ Pénétrez-vous de cette maxime, écrivait-il à l'intendant Duchesnsau, qu'il vaut mieux occuper moins de territoire et le peupler entièrement que de s'étendre sans mesure et avoir des colonies faibles, à la merci du moindre accident.” Sa pensée était de faire établir les terres les plus voisines du fleuve, la seule voie de communicat'on avec l’océan et la France — mais pourquoi ne nous envoyait-il pas des colons ?

D'après ce que rapportent MM. Rameau et Margry, les Cent-Associés auraient présenté au roi, en 1663, un état très exagéré de la population de la Nouvelle-France, afin de donner à croire qu'ils avaient moins négligé qu'on ne le disait l'obligation de peupler le pays. Quant au nombre des fiefs concédés par eux, il était considérable, mais la majeure partie de ces terres étaient sans habitants. La famille Lauson et les jésuites avaient su se tailler d'immenses domaines, qui restaient inoccupés. Lorsque survint le changement de régime (1665) et que les influences fâcheuses qui avaient jusqu'alors gouverné la colonie eurent été écartées, on s'attendait à voir les jésuites se retirer sur leurs terres, devenir curés, seigneurs actifs, enfin fondateurs de paroisses. Il n'en fut rien. Se sentant repoussés de Montréal et des Trois- Rivières, ils s'en tinrent à leur résidence de Québec et tournèrent tous leurs efforts du côté du haut Canada. Les missions lointaines devinrent le champ des travaux de ces missionnaires. Is brillèrent aussi dans les découvertes. A la faveur de cette nouvelle situation, le goût du commerce se développa chez eux. On les vit en but à des attaques de la part des traiteurs français de ces régions que gênait leur trafic, comme ils embarrassaient l'administration du pays, à Québec, au moyen de leur disciple Mgr de Laval. L'intendant Bouteroue, arrivé en 1668, s'était plaint de ces menées ; Colbert répondit, le 13 mai 1669, à M. de Courcelles que les choses s'arrangeraient d'elles-mêmes, car, dit-il, “la trop grande autorité que l'évêque de Pétrée et les jésuites, ou pour mieux dire ces derniers sous le nom du premier, se donnent, est de telle nature que lorsque le pays augmentera en habitants, l'autorité royale surmontera l'ecclésiastique et reprendra la véritable étendue qu'elle doit avoir. En attendant, vous pouvez toujours empêcher adroitement, sans qu'il paraisse ni rupture entre vous, ni partialité de votre part, les grandes entreprises qu'ils pourraient faire.” Les mêmes recommandations furent adressées à Frontenac partant pour le Canada (1672). “ Il sera nécessaire que le sieur de Frontenac donne aux ecclésiastiques du séminaire de Saint-Sulpice toute la protection qui dépendra de lui, comme aussi aux PP, récollets qui se sont établis dans la ville de Québec—ces deux corps devant être appuyés pour balancer l'autorité que les PP, jésuites

se pourraient donner au préjudice de celle de Sa Majesté.” Le rapport de Frontenac

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