‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 87 · RS RE · texte numérisé non relu

RS RE

HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS ir

pelleteries en abondance, des renseignements qui incitaient les missionnaires et ies marchands à les aller voir dans leur pays !.

Au mois d'aviï 1657 huit Français et vingt canots algonquins partirent pour le pays des Attikamègues?, Le 2 mai, Jean Bourdon était parti de Québec dans le but de se rendre à la baie d'Hudson par la mer, mais il ne dépassa point le 55e degré de latitude où il rencontra des glaces qui le découragèrent ; le 11 août il était de retour À Québec. Les Anglais n'avaient encore aucun établissement à la baie. L'année suivante, la Relation indique les divers chemins qui, du Saint-Laurent, conduisent au nord : “ L'un est par les Trois- Rivières, tirant au nord-ouest, On va des Trois-Rivières au lac Ouapichiouanon, éloigné d'environ cent cinquante lieues des Trois-Rivières. Les Sauvages, en descendant, font ce chemin en sept jours.” Les Sauvages comptaient quinze lieues par jour en descendant, et sept ou huit lieues en remontant les cours d'eau qui viennent du nord,

L’attention se reporta promptement vers l'ouest. Six canots de traite étaient arrivés aux Trois-Rivières, l'été 1659, montés par des sauvages encore inconnus parmi nous — les Mississagués — gens du sault Sainte-Marie. On raconte qu'ils avaient mis cinq mois à leur voyage, étant passés par la baie Georgienne, la rivière des Français, le lac Nipissingue, les rivières Mataouane et Ottawa, puis à travers les pays des Témiscamingues et des Attikamègues, avec lesquels ils étaient descendus par le Saint-Maurice. Il fut aussitôt question parmi les Français d'envoyer quelqu'un au pays des Outaouaks, situé au delà du Sault Sainte-Marie, De pareils projets pourraient être regardés comme des rêves, vu la situation de la colonie canadienne à cette époque, pourtant ils s'exécutèrent sur le champ. Ils montrent sous un jour pittoresque et grandiose le caractère de notre population. On voulait connaître ce pays des Sioux si renommé ; on voulait savoir ce que c'était que cette mer ou grande rivière qui passait pour ouvrir un chemin vers le Pacifique. Le pays des Sioux se présentait aux imaginations comme la porte de ces contrées fabuleuses où les richesses de l'Ouest devaient s'offrir aux yeux des Européens émerveillés. Rien d'étonnant donc que la perspective de résoudre tout ou partie du problême ait attiré deux hommes aussi ardents aux découvertes que l'étaient Chouart et Radisson ; leurs familles résidaient aux Trois-Rivières, le poste le plus fréquenté des caravanes : les renseignements ne devaient pas leur manquer, D'ailleurs, eux-mêmes avaient pénétré assez loin dans l'ouest pour être tentés d'y recommencer des courses. Tous deux s'embarquèrent, l'automne de 1659, en compagnie des Sauvages qui retournaient dans ces contrées. Ils hivernèrent près du lac Pepin, sur le Mississipi, au milieu de la nation du Bœuf (les Sioux appelés sédentaires) forte de quatre mille hommes, Ces Sauvages, ainsi que les Assiniboines, leurs voisins, trafiquaient avec les peuples de la baie d'Hudson ; ils entretenaient aussi avec d'autres tribus, situées dans les

environs du Mississipi et du Missouri, des rapports dont les Français avaient eu connaissance.

1 Voir tômes III, 58, IV, 18, ? Voir tôme IV, p. 18,

12 HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS j

L'été de 1660, Chouart et Radisson étaient de retour sur le Saint-Laurent. Au commencement de septembre, le supérieur des jésuites, revenant des Trois-Rivières à Québec,

écrivit les lignes suivantes : “Je trouvai deux Français qui ne fesaient que d'arriver

de ces pays supérieurs avec trois cents Algonquins (les Outaouais). Ils ont hiverné sur les rivages du lac Supérieur et ont été assez heureux pour y baptiser deux cents petits enfants !, Nos deux Français firent pendant leur hivernement diverses courses vers les peuples circonvoisins. Ils virent, entres autres, à six jcurnées au delà du lac Supérieur vers le sud-ouest, | une peuplade composée des restes des Hurons de la nation du Petun, contraint par l'Iroquois d'abandonner leur patrie. Ces pauvres gens ont rencontré une belle rivière, grande, À large, profonde et comparable, disent-ils, à notre grand fleuve Saint-Laurent. Ils trouvèrent sur ses rives la srande nation des AliniSek ? (Illinois) qui les reçurent très bien. Cette nation est composée de soixante bourgades, ce qui nous confirme dans la connaissance que nous avons déjà de plusieurs milliers de peuples qui remplissent toutes ces terres du couchant.

Nos deux Français continuant leur ronde, furent bien surpris en visitant les Nad8eckiSec

\Sioux)... Ils ont visité les quarante bourgades dont cette nation est composée, dans cinq desquelles on compte jusqu . - nille hommes. Ce peuple nous attend, depuis l'alliance : qu'il a faite tout fraîchement avec ieux Français qui en sont revenus cet été.” Ne doit-on À pas conclure que Chouart et Radisson“ connurent le haut Mississipi en 1659, si toutefois ils

ne l'avaient pas visité dès 1654? — car il est évident qu'ils ne pouvaient avoir des rapports

RAT cé

avec les Illinois et les Sioux sans traverser ce fleuve ou en suivre les rives.

Dans l'été de 1660, après le retour des deux voyageurs, huit Français se mirent en route pour les pays de l'ouest. Avec eux étaient le père Ménard, et un serviteur du nom de Jean Guérin’, qui se rendirent d'abord à Chagouamigon, puis à cent lieues dans le pays des Sioux comprenant un territoire qui forme aujourd'hui presque tout le Wisconsin et l'Iowa. L'année suivante, tous deux périrent au cours d'un voyage entrepris dans la direction de l'ouest. La Xelation dit que le père Ménard est le prêtre qui s'était le plus approché des

mers de la Chine à cette date. Les Français partis avec eux retournèrent à Québec en 1663.

On se fera une idée de la persistance qu'apportaient les Iroquoi. à détruire les dernières familles de la race huronne en se rappelant que, vers 1658, ils se mirent en devoir d'aller prendre Chagouamigon, où chacun se croyait en sûreté à cause de l'éloignement de ce poste.

Au dire de Chouart, la guerre était presque partout dans l'ouest, et les Iroquois y semaient

re E

la terreur ; cette situation devait durer quarante ans. Les Sauvages du nord et de l'ouest du lac Supérieur parcouraient habituellement

l'espace comprise entre cette mer intérieure, le lac Winnipeg et la baie d'Hudson. Noël

? Ce passage et plusieurs autres documents que ous possédons attestent que Chouart était catholique, contrairement à ce qu'ont dit

| certains auteurs, : ? Voir ‘‘ l’Erratum ” publié à la fin des Aeélations des Yésuites, # Voir Xeations 1660, p. 12, 27 ; 1661, p. 12. Journal des Fésuites, p. 186-7. Charlevoix : His, de la N.-France, 1, 346, # Le 18 septembre 1660, aux Trois-Rivières, Pierre Radisson fut parrain de M.-Jeanne Pellerin. Il n’était donc pas protestant, 5 Le 15 avril 1659, aux Trois-Rivières, il avait été parrain de Marguerite, fille de Médard Chouart, et le père Ménard avait fait le

baptéme,

FA ft om 8 RE M LS ARR ré

Rs Bus

NA

DD er A sex

TPE LR LE

Jérémie dit positivement que Chouart “étant dans le pays des Outaouais, poussa si loin (vers le nord) qu'il eut connaissance de la baie d'Hudson ” On ne saurait dire si la chose eut lieu durant l'expédition de 1659-60 ; la relation du père Lalemant, écrite d'après le récit de Chouart et Radisson ne le donne point à supposer. Charlevoix dit : “ En 1660, un Algonquin, qui avait employé deux années entières à voyager dans le nord, rencontra aux environs de la baie d'Hudson quantité de ses compatriotes que la crainte des Iroquois avait contraints d'y chercher un asile. Il y trouva aussi les naturels du pays fort disposés à se joindre aux Françzis pour réprimer l'orgueil de cette nation qui s'était fait des ennemis de toutes les autres et qui commençait à s'approcher d'eux. Ils chargèrent même l’Algonquin de présents pour le gouverneur-général ; et ce Sauvage, qui était allé à la baie d'Hudson par le lac Supérieur, en revint par le Saguenay! :

C'est par la voie du Saguenay que se proposait de passer, en 1661, une expédition commandée par Michel Leneuf de la Vallière et dont faisaient partie les pères Dablon et Druillètes, ainsi que Denis Guyon, Després-Couture et François Pelletier, mais à cause des Iroquois il fallut rbrousser chemin ?.

D'après le Yournal des Fésuites, Chouart des Greseillers se serait mis en route pour la mer du nord, par le Saint-Laurent, au mois de mai 1662, avec dix hommes. Le récit de Noël Jérémie Lamontagne nous paraît très explicite : “ M. de Groiseliez étant avec nos sauvages de Canada dans le pays des Outaouais (en 1654 ou 1659 évidemment) poussa si loin qu'il eut connaissance de la baie d'Hudson. Etant de retour à Québec (en 1660) il se joignit à quelques bourgeois, arma une barque et entreprit de la découvrir par mer (c'est l'expédition de 1662 croyons-nous). Il y réussit et alla aborder à une rivière que les Sauvages nomment Pinasiouetchiouen, qui veut dire rivière Rapide, qui n'est distante que d’une lieue de celle dont je viens de parler (la rivière appelée Bourbon où Nelson). Il fit son établissement du côté du sud, dans des îles qui sont à trois lieues dans la rivière, Pendant l'hiver (1662-63) les rivières étant glacées, les Canadiens que M. de Groiseliez avait avec lui, gens fort alertes et agiles dans les bois, étant à la chasse, le long de la mer, à l'embouchure de la rivière Nelson, que nous nommons présentement Bourbon, trouvèrent un établissement d'Européens, ce qui les surprit fort. Ils retournèrent promptement, sans se faire découvrir, pour en donner avis à leur commandant, qui ne manqua pas aussitôt de faire armer tous ses gens et de se mettre à leur tête pour savoir ce que c'était. Ils firent leur approche, et ne voyant qu'une petite mauvaise chaumine, couverte de gazon, et trouvant la porte ouverte ils y entrèrent les armes à la main et y trouvèrent six matelots anglais qui mouraient de faim et de froid. Ils ne se mirent print en défense, au contraire, ils s'estimaient fort heureux de se voir prisonniers des Français puisque, par ce moyen, ils avaient leur vie en sureté. Ces six matelots avaient été

dégradés par un navire qui avait armé à Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, et qui n'avaient

! Voir Relation de 1660, p. 12 ; La Potherie : ZZisé, de l'Amérique Séplentrionale XX, 280 ; Charlevoix + Æ/ist de la Nouvelle-France, I, p. 345.

? Tômes III, p. 153, IV, 148.

aucune connaissance des premiers qui avaient armé à Londres (l'été de la même année)... Pendant le cours de l'hiver, il vint quelques Sauvages chez M. de Groiseliez, qui lui dirent qu'il y avait un autre établissement d'Anglais à sept lieues dans la rivière Bourbon. Aussitôt, il se disposa à les aller attaquer, mais comme ils étaient fortifiés, il prit ses mesures et choisit un jour qu'ils pourraient être en réjouissance. En effet, il les attaqua le jour des Rois et les surprit dans une telle ivresse qu'il les prit sans qu'ils pussent se défendre, quoiqu'ils fussent quatre-vingts Anglais et qu'ils ne fussent que quatorze. Ainsi M. de Groiseliez resta maître de tout le pays. L'été suivant (1663) lorsqu'il voulut retourner en Canada rendre compte de ses exploits et de sa découverte, il laissa son fils, nommé Chouart', avec cinq hommes pour garder le poste qu'il avait conquis, et repassa en Canada avec son beau-frère nommé Ratisson, bien chargé de pelleteries et d'autres marchandises anglaises. Mais quoique, selon les apparences, ils eussent assez bien fait leur devoir pour être bien reçus, on les chagrina cependant beaucoup sur quelque prétendu pillage dont ils n'avaient pas donné connaissance aux armateurs ; ce qui obligea M. de Groiseliez de faire passer son beau-frère Ratisson en France pour se plaindre de l'injustice qu'on leur faisait. Mais il fut encore plus mal reçu qu'en Canada, ce qui le mit dans un tel désespoir qu'il projeta de passer en Angleterre pour y proposer un armement et aller retirer son neveu Chouart qu'il venait de laisser à la baie d'Hudson, ce qu'il fit. Il fournit des mémoires si positifs qu'on lui donna un navire bien armé, avec lequel il alla reprendre le lieu que l’on nommait pour lors Port-Nelson.”? Cette volteface de Radisson peut se rapporter à la fin de 1663 ou au commencement de 1664, toutefois rien ne nous renseigne exactement quant à la date. La mère de l'Incarnation donne à entendre que Chouart s'adressa aux gens de la Nouvelle-Angleterre et n’en fut pas écouté. ?

Le 20 mai 1663, M. d'Avaugour aurait, paraît-il, donné instruction à un fils de Guillaume Couture et à Denis Duquet d'aller par voie de terre, avec cinq hommes, planter les armes de France à la baie, ce qui aurait été exécuté.

Cependant, Chouart était allé en France rejoindre Radisson, afin d'exposer à la cour les avantages de ses découvertes. Si on en juge par un procès qui eut lieu au mois d'avril 1665 et où sa femme comparaît seule de sa famille, Chouart était absent du Canada, et cela ferait supposer qu'il était parti pour la France dès l'automne de 1664. Aux recensements de 1666 et 1667 sa famille est citée‘ aux Trois-Rivières et au cap de la Madeleine‘.

À Paris, nos deux aventuriers, rebutés par les ministres, s'abouchèrent avec l'embassadeur anglais qui appela sur eux l'attention du prince Rupert. Une compagnie provisoire se forma et le 9 septembre 1668, le Quaiche, guidé par eux, entrait dans la rivière Nemiscau, qui se décharge dans la baie James. Ils construisirent en ce lieu le fort Charles, et y passèrent la mauvaise saison. L'été suivant, à leur retour en Angleterre, la Compagnie de la Baie

1 Médard Chouart, si c'est lui qui est ici mentionné, ne pouvait être âgé que de douze ans à cette époque,

? Relation du détroit et de la baie d'Hudson. Amsterdam, 1710, p. 15.

3 Il existe trois pièces manuscrites concernant la baie d'Hudson, années 1662-63, indiquées au rapport du ministre de l'Agriculture» Citawa, 1874, page 197.

* Voir le présent ouvrage, IV, 64, 70.

$ Les historiens sont tous indécis quant à la date des voyages de Chouart et Radisson,

ru Tdi cer at SH R DE

d'Hudson fut autorisée par Charles II. Chouart reçut une pension de vingt mille écus et

l'ordre de la Jarretière. Radisson retourna à la baie en 1670, conduisant le gouverneur Bailey.

C'est vers ce temps qu'il paraît avoir épousé une fille du chevalier Kertk. Chouart et lui | étaient au fort Nelson en 1673, puis au fort Rupert en 1674 pour le compte des Anglais.

\u Canada, ces événements causèrent de l'inquiétude, Le 6 août 1671 partirent de Québec le père Albanel et M. Paul Denys de Saint-Simon, avec quelque escorte, qui | À remontèrent le Saguenay, hivernèrent au lac Saint-Jean, et atteignirent la baie d'Hudson par { la rivière Nemiscau où étaient les forts bâtis sous les ordres des deux transfuges français, | mais vides en ce moment. Ils prirent possession du pays au nom de la France (1672). En chemin, ils virent des “ voyageurs ” qui prétendaient avoit été à la baie huit années aupara-

vant, date correspondante à celle de l'expédition de Chouart, 1662-63, ou de Couture, 1663.

ne

Tournons de nouveau nos regards vers l'ouest. En 1664, le père Allouez n'avait pu

exécuter le projet de partir avec les Outaouais pour aller au delà des grands lacs continuer |

les missions interrompues par le décès du père Ménard. Il s’embarqua l'année suivante, | compléta l'exploration du lac Supérieur, fit rapport sur les mines de cuivre, fonda à Chagoua-

migon la mission du Saint-Esprit, et se prépara à pénétrer soixante lieues plus loin sur le |

haut Mississipi, habité par les Sioux, tant dans un but religieux que pour s'assurer de la | direction du cours de ce fleuve.

A partir de 1665, les Français maintinrent constamment quelques postes autour du lac Supérieur. Sur la carte de 1668, attribuée aux pères Marquette et Allouez, cette nappe pl d'eau porte le nom de Tracy. “ Dès lors, écrit Charlevoix? on parlait des Illinois comme | d'une nation presque détruite par les Iroquois ; toutefois, cinquante ans après, elle était encore de quarante mille âmes. Le père Allouez vit aussi quelques Sioux * à Chagouamigon, mais il ne put traiter avec eux que par interprète ; et la même chose lui arriva avec plusieurs autres nations. Les Sioux firent entendre au missionnaire que leur pays était l'extrémité du monde vers le nord, mais il y a bien de l'apparence qu'ils comprenaient sous le nom de Sioux toutes les nations qui parlent des dialectes de leur langue, surtout les Assiniboils, Au couchant, ils avaient pour voisins les Karesis, au delà desquels ils disaient que la terre est

coupée et qu'on ne voyait plus que de l’eau puante : c'est ainsi qu'ils désignent la mer, Au

nord-ouest, ils sont bornés par des peuples qui se nourrissent de chair humaine et la vendent

crue. Il y a dans le voisinage des Assiniboils, une nation dont on dit la même chose ; mais

il périt beaucoup de monde dans ce pays là par les dents d’une espèce d'ours, d'une grandeur énorme, et qui ont les ongles extrêmement longs. Les Kilistinons ou Cristinaux, que nos Canadiens appellent Criques, faisaient en ce temps-là des excursions jusqu'à cette extrémité fl du lac Supérieur, et le père Allouez, qui y en vit plusieurs, assurait qu'ils adorent le soleil,

auquel ils sacrifient des chiens qu'ils pendent aux arbres. Il ajoute que ces Sauvages sont

1 Relation 1672, p. 42, 43, 53, 54e 2 {Histoire de la Nouvelle-France, 1, 396.

3 Voir Aelation, 1667, p. 23.

grrr rm

grands parleurs et parlent fort vite, contre l'ordinaire de tous les autres de ce continent. Nos voyageurs les appellent pour cette raison les Gascons du Canada. Leur langue est un dialecte algonquin et approche fort de celle des Attikamègues, ce qui joint avec le nom de ces derniers, qui est celui d'un poisson fort commun à l'extrémité septentrionale du lac Huron, peut faire juger qu'ils étaient autrefois habitants des environs du lac Supérieur. Au commencement de l'année 1667, le père Allouez apprit que des Nipissings s'étaient retirés en grand nombre sur le bord du lac Alimipegon (Nipigon) qui est au nord du lac Supérieur dans lequel il se décharge, Il s'y transporta et arriva les premiers jours du mois de juin. Il trouva ces infortunés fugitifs, qui étaient chrétiens pour la plupart, dans le même état où il avait trouvé les Hurons, et, quoiqu'il fut extrêmement fatigué d'un voyage de cinq cents lieues, qu'il avait fait avec deux Sauvages, il mit d'abord la main à l'œuvre et eut la consolation de n'avoir pas travaillé en vain. De là, il reprit la route de Chagouamigon où, ayant formé le dessein d'établir une mission fixe, il se joignit à un grand convoi d'Outaouais qui allaient porter leurs pelleteries à Montréal. De là, il se rendit à Québec, où il arriva au mois d'août de l'année suivante. Il n'y resta que deux jours et en repartit avec le père Louis Nicolas, qu'il avait engagé à venir partager avec lui les travaux de sa pénible mission, un Frère et quatre ouvriers.” Sur neuf cents Outaouais qui, dans cette circonstance descendirent à Montréal, on en vit six cents à Québec ; ils avaient en vue la traite et aussi leur réconciliation avec les Iroquois, car dix-neuf hommes de cette nation venaient d’être tués par des Outaouais et on craignait de voir la guerre devenir générale das l'ouest. La mère de l'Incarnation, remarque “qu'ils ont apporté à nos marchands une prodigieuse quantité de pelleteries... Les révérends pères ont fait cinq cents lieues de chemin... ils ont trouvé de grandes nations très peuplées. cette nation (les Sioux) est bien au delà des Outaouais... il s'est trouvé que Dieu a tellement disposé leurs cœurs que ce sont les plus affables du monde.” En effet, les Sioux, à cette époque, n'étaient pas les terribles guerriers que nous eûmes à combattre plus tard. Pour le moment, la traite était ouverte avec eux sur un grand pied et l'on se proposait de connaître les Illinois et les peuples éloignés, tant à fin de les convertir que d'étendre le négoce jusque chez eux.

Un élan remarquable se manifesta comme on le voit dans le pays des lacs à partir de 1665. En 16£9 fut fondée par les jésuites la résidence de Sainte-Marie du Sault. La même année, Jolliet et Péré partirent de Québec sur l'ordre du gouvernement, à la recherche des mines du lac Supérieur. Le commerce prenait de l'extension. Au Sault Sainte-Marie, écrivait (1670) M. de Galinée, ‘on a une robe de castor pour une brasse de tabac, tantôt pour un quarteron de poudre, tantôt pour six couteaux, tantôt pour une brasse de petites rassades bleue. C'est pour cela que les Français y vont nonobstant des difficultés épouvantables qui s'y rencontrent.”

Jean Péré, marchand, était à Québec en 1660 et 1662 et aux Trois-Rivières en 1664. I1 devait être parent de Pierre Péré Moreau dit La Taupine, célèbre quelques années plus

tard parmi les coureurs de bois.

Gé ans Lea LA de 5 Bd ea

paies nb cas 6 dur tons ces

Louis Jolliet, né à Québec, est cité comme “clerc de l'église” au séminaire de Québec

en 1666, 1667. Du mois d'octobre 1667 au mois d'octobre 1668, il était en France, Son | départ avec Péré (1669) le mettait sur la voie des découvertes où il devait s'illustrer. En même temps se préparait à Montréal une expédition qui a beaucoup occupé les | historiens. La maison de Saint-Sulpice avait établi une mission à la baie de Quinté, côté | nord du lac Ontario, où résidaient MM. de Fenélon et Trouvé. L'automne de 1668 deux 1 autres prêtres du séminaire de Montréal, MM. Dollier de Casson et Michel Barthélemy, |

s'enfoncèrent dans les bois, à la suite d’un capitaine nipissirinien et recueillirent des rensei-

gnements qui décidèrent le premier d'entre eux à retourner assez promptement sur ses pas “ pour prendre part à une grande entreprise, suivant laquelle on espérait d'aller à sept ou huit cents lieues annoncer l'Evangile dans un pays qu'on sait être très peuplé.” Un personnage qui devait faire du bruit par la suite se joignit à eux ; c'était au commencement de l'été de 1669.

René-Robert Cavelier de La Salle, né à Rouen (1643) et son frère aîné, l'abbé Jean Cavelier, paraissent être arrivés à Montréal en 1667, peu après la mort de leur père, qui laissa à René-Robert quelque bien. Ce dernier est mentionné à Montréal, au mariage du

capitaine Sidrac Dugué le 7 novembre 1667. Il y avait déjà dans le pays des familles du il

nom de Cavelier*, L'hiver 1667-68, La Salle obtint du séminaire une seigneurie qu'il nomma Saint-Sulpice et qui bientôt après reçut le nom de Lachine. Il y commença des défriche- (All

ments et établit un poste de traite ; puis il acheta une maison en ville. Ses rapports avec les ji:

LS he mie

Iroquois qui lui firent connaître vaguement l'existence de l'Ohio, le déterminèrent à rétro- il

céder partie de son fief au séminaire (6 janvier 1669) et le reste à Jean Millot, pour se livrer

uniquement aux découvertes, Il se rendit à Québec consulter les autorités sur ses projets.

“ L'espérance du castor, dit M. de Galinée, mais surtout celle de trouver par ici passage dans la mer Vermeille, où M. de la Salle croyait que la rivière d'Ohio tombait, lui firent entreprendre ce voyage, pour ne pas laisser à un autre le chemin de la Chine. M. de Courcelles voulait appuyer ce dessein.” Le 15 mai (1669) Mgr. de Laval écrivait une lettre autorisant les prêtres de Saint-Sulpice à prendre part à ces expéditions lointaines dans l'intérêt du salut des âmes. MM. Dollier, Barthélemy et Galinée partirent de Montréal le 6 juillet ; on croit que la Salle les suivit de près et les rejoignit bientôt. Après avoir visité les Iroquois Tsonnontouans, à l'est du lac Ontario, ils se décidèrent à continuer leur chemin par les lacs, et le 22 septembre ils partaient de la baie de Burlington pour franchir le portage qui devait les conduire à l'Erié. C'est dans ce trajet qu'ils rencontrèrent Jolliet qui avait laissé Péré au lac Supérieur et s’en revenait par une route nouvelle dont il donna la carte, dressée par lui, aux prêtres de Saint-Sulpice. Ceux-ci crurent devoir changer leur itinéraire

ét chercher à passer par le pays des Outaouais pour se rendre à l'Ohio. La Salle, malade

1 Mémoires de la Société Historique de Montréal, VIe liv. 58. Voir le présent ouvrage, tômes II, 78, 78, 92 ; III, 11 3 IV, 52, 65. * Voir: le Dictionnaire de l'abbé Tanguay ; le présent ouvrage, tômes IT, 32, 34 ; III, 45 ; IV, 60, 76.

depuis quelques jours, renonça au voyage déclarant qu'il s'en retournait à Montréal, La séparation eut lieu le rer octobre. Le 8, les missionnaires étaient au lac Erié ; le 16 ils firent leurs préparatifs d'hivernement. S'étant remis en marche le' 26 mars (1670) ils passèrent devant le site où s'éleva plus tard le Détroit et le 25 mai arrivèrent au Saut Sainte-Marie, où les pères jésuites “ ont bâti un fort joli fort, c'est-à-dire un carré de pieux de cèdre de douze pieds de haut, avec une chapelle et une maison au dedans de ce fort. Le fruit que font ici les pères est plus pour les Français, qui y sont souvent au nombre de vingt ou de vingt-cinq, que pour les Sauvages, car quoiqu'il y ait quelques-uns de baptisés, il n’y en a pourtant pas un qui soit assez bon catholique pour pouvoir assister à l'office divin qni s'y fait pour les Français qui chantent la grande messe et vêpres les fêtes et dimanches. Les pères ont sur ce sujet une pratique qui me semble assez extraordinaire qui est qu'ils baptisent les adultes hors de péril de mort lorsqu'ils ont témoigné quelque bonne volonté pour le christianisme, avant qu'ils soient capables ni de se confesser, ni d'assister à la sainte messe, ou accomplir les autres commandements de l'Eglise. En sorte que à la Pointe-du-Saint-Esprit, qui est un lieu au fond du lac Supérieur, où les restes des Hurons se sont retirés après l'incendie de leur village, le père qui passa l'hiver avec eux, m'a dit : que quoiqu'il y en eut une grande partie qui avaient été baptisés lorsque les pères avaient été aux Hurons, il n'avait pourtant jamais osé dire la messe devant eux, parce que ces gens regardent cette action comme une jonglerie ou sorcellerie, Je ne vis point de marque particulière du christianisme parmi les Sauvages de ce lieu, ni dans aucun autre pays des Outaouais qu'une femme de la nation des Amikoués qui avait été instruite autrefois dans les habitations françaises, qui étant, à ce qu'elle paraissait, en danger de mort, pria M. Dollier d'avoir pitié d'elle et la fit ressouvenir de ses anciennes instructions et de l'obligation où elle était de se confesser.” Les pères Marquette et Dablon étaient alors au Saut. Le père Allouez s'était rendu (17 février) chez les Pouteouatamis, appelé, dit-il, “ pour adoucir quelques jeunes Français qui, étant parmi eux pour le négoce, les menagçaient et les maltraitaient.” Jolliet connaissait cette route de la baie Verte et devait, trois années plus tard, la parcourir en se rendant au Mississipi.

Le 28 mai (1670) M. Dollier et ses compagnons partirent du saut pour retourner à Montréal où ils arrivèrent le 18 juin. Au commencement de ce dernier mois, Nicolas Perrot descendant du pays des lacs avec des Outaouais, fit rencontre, au-dessous des chutes des Chats (un peu au-dessus de la ville d'Ottawa) de Cavelier de La Salle “ qui était à la chasse avec cinq ou six Français et dix ou douze Iroquois.” La Salle avait-il eu le temps (depuis le

premier octobre) comme il l'a prétendu plus tard, de découvrir l'Ohio, de descendre cette

rivière jusqu'à Louisville et de revenir s'amuser sur l'Ottawa — sans ébruiter la nouvelle de ce grand voyage ? Dès 1670 le nom de Lachine était imposé à sa seigneurie de Saint-Sulpice, en mémoire de son retour précipité — car il avait annoncé qu'il se rendrait à la Chine, ou qu'il

en connaîtrait la route. Malgré cet échec, qui paraît incontestable, La Salle contribuait autant

1 La veille ils avaient pris possession du territoire environnant au nom de la France et de la religion.

aue les autres explorateurs, religieux et laïques, à attirer l'attention du gouvernement vers l'Ohio et le Mississipi, Le 10 octobre 1670, Talon écrivait au roi qu'il serait à propos d'envoyer à la découverte du Mississipi. L'année suivante, il chargea MM. de Saint-Lusson, La Salle et Nicolas Perrot de prendre possession des contrées de l'ouest. La traite que les Anglais commençaient à faire chez les nations des lacs alarmait les Français, déjà en rapport avec ces peuples depuis nombre d'années. L'Angleterre soutenait qu'il ne suffit point de découvrir pour avoir des droits sur un pays, mais qu'il faut y créer des établissements stables. En 1671, sur l'île de Michillimakinac, située au débouché des lacs Huron et Michiga.:, fut établie l'importante mission de Saint-Ignace, d'où les missionnaires, les traiteurs français et les coureurs de bois se répandirent, durant tant d'années, dans la direction des quatre points cardinaux. Ce posté, admirablement choisi pour la facilité des communications par eau —les seules praticables à cette époque — devint le rendez-vous général des blancs et des sauvages, dans un circuit de territoire grand comme toute l'Europe.

Saint-Lusson et Perrot passèrent l'hiver (1670-71) chez les Amikoués, au bord du lac Huron. Des courriers avertirent les sauvages éloignés de se réunir au Saut Sainte-Marie à une date fixe pour procéder à la cérémonie qui devait mettre leurs contrées sous la protection du drapeau français. La Salle a dû, cet hiver, parcourir plus d'un canton et se renseigner de manière à parler avec quelque connaissance de sause du fameux fleuve dont on cherchait, depuis si longtemps, à retracer le cours. Quoiqu'il en soit, nous le voyons (4 juin 1671) au Saut Sainte-Marie assister avec Saint-Lusson, Jolliet, Perrot et les pères Allouez, Dablon, Druillètes, en présence des envoyés de quatorze nations, à la pose d'une croix supportant les armes de France comme signe de prise de possession de tout le pays des lacs. La Salle était de retour sur le Saint-Laurent, l'automne qui suivit. L'intérêt qui s'attachait à la découverte du grand fleuve de l'ouest ne cessait d'augmenter. Le père Dablon avait résolu (1669) de s'y rendre, “ mais, dit Garneau, il en fut empêché par ses travaux évangéliques, quoiqu'il se fut approché bien près de ce fleuve. Il pénétra avec le père Allouez, de 1670 à 1672, jusque chez les Illinois, visitant sur sa route les Maskoutins, les Kikapous et les Outagamis, sur la rivière aux Renards, qui prend sa source du côté du Mississipi et se décharge dans le lac Michigan.” Décidément la route de Jean Nicolet était la meilleure. Sur instructions de M. de Frontenac, le père Marâuette et Louis Jolliet partirent de Michillimakinac, au printemps de 1673 et se dirigèrent par la baie Verte, du côté de la rivière Wisconsin. Le 17 juin ils saluaient le Mississipi qu'ils descendirent jusqu'aux Arkansas, rapportant la presque certitude que ce fleuve se décharge, non pas à l'ouest, mais plutôt dans le golfe du Mexique ou même à la Floride. Le père Marquette retourna à Michillimakinac ; Louis Jolliet à Québec.

En 1672, Péré avait constaté l'existence d’une belle mine de cuivre au lac Supérieur ; les sauvages du nord-ouest se rendaient volontiers à la traite de Michillimakinac, ou recevaient des coureurs de bois parmi eux ; le pays des Sioux était connu, bien que non encore exploré. La carte du père Marquette (1673) indique les rives sud et ouest du lac

Supérieur, ainsi que les missions de Sainte-Marie, Saint-Ignace et du Saint-Esprit (Chagouamigon). Sur le rivage qui regarde l'ile Royale, on lit “ Chemin aux Assinipoulak à 120 lieues vers le nord-ouest." De l'embouchure de la Kaministiquia à l'entrée du lac des Bois, on compte à peu près cent vingt lieues, Il est clair que les Français avaient des rapports et faisaient commerce avec les Assiniboines où exerçaient sur eux une influence considérable, car, en 1671, au saut Sainte-Marie ces Sauvages, ainsi que les Christinos, Monsonis et autres nations du nord et de l'ouest, s'étaient déclarés amis de la France et placés sous sa protection. Une autre carte, dont la date est donnée comme étant de 1680, montre un cours d'eau qui paraît être la Kaministiquia, et porte cette légende : “ Par cette rivière on va aux Assinepoulacs à 150 lieues vers le nord-ouest où il y a beaucoup de castors.” Au fond du lac Supérieur est figuré un autre cours d'eau ; on y lit : “ Par cette rivière, on va au pays des Nadouessiens à 60 lieues au couchant.” Vers 1680, il est fait mention d'un Sauvage, nommé Jason, qui voyagea à partir des grands lacs et se rendit par le nord jusqu'aux Trois- Rivières !,

Ainsi donc, le vaste champ que Nicolet, Chouart et Radisson avaient parcouru s'était élargi, et presque doublé, mais la région du Mississipi devait, pendant de longues années, captiver davantage les explorateurs et les commerçants. La Salle se fit concéder Cataracoui, sur le lac Ontario, en vue de ses entreprises futures. Jolliet demanda, sans l'obtenir, la permission de trafiquer aux Illinois ; on crut le consoler, quelques années plus tard, en lui donnant l'île d'Anticosti. Son rival, plus riche, plus hardi, n'abandonne point la lutte. Du poste de Cataracoui il étend son commerce au lac Erié et bientôt songe à quelque chose de mieux que l'humble canot d'écorce, En 1679 le Griffon, construit un peu au-dessus d' Niagara, remonte jusqu'au lac Huron, entre dans le Michigan et se charge de pelleteries à baie Verte, La Salle et le père Hennepin! récollet, poussent de là jusqu'au Mississipi. L'année suivante, Daniel Greysolon, sieur Du Luth, officier dans les troupes, l'un des types les plus remarquables de cette époque, prend possession du pays des Sioux, selon les formes officielles. En même temps on bâtit, dans le voisinage de la Kaministiquia, un poste qui devint le premier anneau de la longue chaîne d'établissements des Français dans la direction des Montagnes-Rocheu::s. Après avoir quitté La Salle, qui retournait au Canada, le père Hennepin se rendit (1680) chez les Sioux ; cette nation, qui allait en guerre, fit la rencontre du missionnaire et l'amena prisonnier, “ Ils le prirent, raconte La Potherie, pour un esprit, n'osant l'aborder, et sans exagérer une circonstance tout à fait particulière, ils lui donnèrent à manger, par respect, au bout d'une perche.”

Soit que l'on remonte à Champlain (1615) ou que l'on se rende jusqu'à d'Iberville (1699) dans l'histoire de la découverte du centre Amérique, le voyage de Jolliet et Marquette au Mississipi (1673) se présente comme le point culminant des travaux entrepris de ce côté. La

Nouvelle-France s'agrandit alors brusquement vers le midi comme si une conquête par le

1 La Potherie : Æis/. de P Amérique Seftentrionale, IX, 280.

ed eee ed : gr op mm TS

mo on

sabre eut doublé son territoire, La Providence voulait que la petite colonie des bords du Saint-Laurent devint une pépinière de découvreurs et que, sans perdre son caractère primitif qui était tout agricole, elle commençât à jouer le rôle d'une seconde mère-patrie dans ce milieu américain où pouvaient l'attendre de grandes destinées. Par malheur, loin d'être pour elle un sujet de développement, ce bienfait devint par l'imprévoyance des hommes une cause de transformation, car les fils des Canadiens attirés vers ces espaces immenses affaiblirent la colonie principale en la privant de leurs bras, et la France ne sut point activer par l'envoi de nouvelles familles, la colonisation du Saint-Laurent. La page que nos découvreurs et fonda teurs de l'ouest ont écrite nous a coûté bien cher !—“ mais la gloire a tout effacé.”

La lecture attentive des mémoires et récits du temps montre la constante préoccupation des marchands et des missionnaires à s'avancer dans les profondeurs du continent, sitôt après le voyage de Nicolet (1634) dont le père Le Jeune parle avec tant d'éloges. Il est vrai que nous ne connaissons pas les noms de tous les employés de la traite ni des “donnés” et des “engagés” des jésuites, ni ceux des interprètes et coureurs de hois que leur incroyable fantaisie poussaient alors à s'enfoncer parmi les nations du sud et de l'ouest, mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir le mouvement envahisseur des Français de toutes classes dans cette direction, une longue suite d'années antérieures à Jolliet. Après Nicolet, Chouart tient la tête sur la liste de ceux qui ont ouvert le centre Amérique à la puissance française, En 1660,

il se fit plus de bruit au sujet du fleuve de l'ouest qu'au retour de Jolliet quatorze ans plus

tard. Parce que nous n'avons pas de narration solennelle et circonstanciée qui explique comment et à quelle d:'e les premiers Canadiens ont parcouru les rives du Mississipi ou se | sont établis le long des rivières qui se déversent dans ce fleuve, faut-il conclure que personne [| autre que trois ou quatre chercheurs, révélateurs et découvreurs (Nicolet, Chouart, Radisson, La Salle) nous ont fait cadeau de ces vastes provinces ? Est-ce que les “voyageurs” atten- M daient qu'un pays fut découvert où noté sur les cartes du gouvernement pour s'y fixer, où | tout au moins y trafiquer et “s’habituer” avec les Sauvages ? Etudions l'ensemble de notre | histoire à cet égard et nous cesserons de croire à la trouvaille du Mississipi accomplie en une seule course, comme un certain journaliste a découvert tout récemment la Méditerranée.

Le jour où Jolliet et Marquette saisirent l'aviron pour nager vers le “futur grenier du genre | humain,” ils allèrent simplement confirmer par des documents authentiques à l'usage des ministres du roi, ce que l'expérience des ‘“ voyageurs” avait rendu patent depuis une quaran- | taine d'années. Ils avançaient d'un pas la géographie officielle en continuant l'œuvre de Nicolet, Chouart, Allouez et Dablon —de même que La Salle (1682) et d'Iberville (1699) la complétèrent en traçant le reste du cours du grand fleuve. Jolliet et Marquette commencèrent

leur voyage par la baie Vert: et traversèrent des contrées déjà fréquentées par les traiteurs

français. Plus loin, ils atteignirent des villages dont les habitants ne paraissaient pas avoir une connaissance pratique de nos compatriotes. Là seulement ils se sentirent en dehors du déjà vu. Le parcours du Mississipi, du Wisconsin à l'Arkansas, est de deux cents lieues, à peu

près : c'est la découverte de jolliet.

Les historiens se demandent si l'honneur d'avoir trouvé le Mississipi‘est dû autant à Cavelier de La Salle qu'à Louis Jolliet. Un volume ne suffirait pas à redire leurs arguments. Les faits, cependant, ne permettent ni quiproquo ni ambiguité. Lorsque Jolliet fut chargé d'aller reconnaître le cours du grand fleuve de l'ouest, comme on l'appelait, il y avait trenteneuf ans que les “ voyageurs ” parlaient de celui-ci. Des explorateurs en avaient indiqué l'existence, quelques-uns l'avaient vu. Le commerce s'était approché de ses rives au point d'en prendre virtuellement possession, Faudrait-il supposer que La Salle fit plus que Nicolet, Chouart et Radisson, sans compter les pères jésuites, et qu'il explora le Mississipi avant 1672 ? Alors comment donc le gouverneur de Courcelles et l'intendant Talon ont-ils pu se taire et se borner à demander à la cour de faire découvrir ce Mississipi tant désiré ? Frontenac, avant tout favorable à La Salle, s'abstient de prononcer le nom de son ami; s’il avait conçu le projet de lui en confier la mission officielle ; c'est Jolliet qui l'emporta, Jolliet élève et disciple des jésuites—affaires d'influence, mais qui prouve jusqu'à quel point le cours du fleuve était encore indéterminé, car on n'eut pas songé à envoyer un cartographe dans cette direction si on eut connu (d'après ls soi-disant découvertes de La Salle) quelle était la marche de ce cours d'eau. Le choix de Jolliet s'explique d'ailleurs aisément. Le Canadien connaissait les langues sauvages ; il avait parcouru les contrées voisines du Mississipi ; ses talents d'hydrographe imposaient son nom au gouvernement, de plus, les jésuites agissaient de concert avec lui. La Salle était seul, ou à peu près, nouveau venu dans le Canada, ne sachant rien des langues sauvages, n'ayant jamais dressé une carte et, selon les apparences, il ignorait, autrement que par oui dire, les pays dont il s'agissait de rendre compte, Quel titre

aurait-il pu avoir à la préférence de la cour ?

el ÿ

Oo on DE A SA OR

nn

sic

Ro DR A PRÉ a td

ZTanEs

Page 1