‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 4)Chapitre 2 sur 39 · EST CÉDÉE À L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EST CÉDÉE À L'ANGLETERRE

ETOURNÉE au pouvoir du gouvernement français, dans le cours des années 1668-1672, l'Acadie ne fut cependant l'objet que de peu d'attention de la part du roi et son développement jusqu'à la fin du siècle est dû au seul mérite de ses colons. Plus que le Canada encore, elle traversa des temps d'épreuves qui la mirent à deux doigts de sa perte, en trois ou quatre occasions, avant que le traité d'Utrecht ne l'eut fait passer sous la couronne anglaise.

Le capitaine de Chambly !, successeur de M. de Grandfontaine?, résidait à Pentagoët, le mieux palissadé des forts du pays. La guerre de Hollande (1672) inspira probablement à un corsaire flamand l'idée de représailles, et il attaqua la place (1674) qui, après une courte résistance, dans laquelle M. de Chambly reçut un coup de mousquet, se rendit avec ses trente ou trente-six défenseurs. L’enseigne Saint-Castin amena le pavillon, puis disparut dans les bois avec les Abénaquis. Le pillage terminé, le capitaine flamand, guidé par un Anglais, surprit M. Pierre de Joybert, sieur de Marson de Soulanges, dans le fort de la rivière Saint-Jean et l'amena prisonnier à Boston. L'Acadie se voyait sans protection et

livrée à ses seules ressources. M. de Soulanges remplaça M. de Chambly en 1676.

1 Il avait épousé (et non re/ws/ comme dit un auteur) mademoiselle de Thauvenet, sœur de madame François Hertel, ? M. de Grandfontaine avait quitté l'Acadie au mois de mai 1673.

La seigneurie de Beaubassin commençait à se peupler. En 1675 Michel le Neuf de la Vallière, qui en était le concessionnaire (il y avait établi des postes de traite dès 1672), invita le père Claude Moireau, récollet, curé des Trois-Rivières, à se joindre à lui ; ce missionnaire s'occupa, durant trois ans, de visiter les Français et les Sauvages répandus dans les environs. Le titre de Beaubassin ou Chignitou est du 24 octobre 1676, Il paraîtrait que, déjà, un nommé Jacques Bourgeois et d'autres habitants, y avaient ouvert des cultures. M. de la Vallière amenait des colons de sa ville natale, les Trois-Rivières, lesquels épousèrent des Acadiennes. La route commerciale qu'il avait frayée, de Chignitou à la baie Verte, le mettait en rapports directs avec le Saint-Laurent et la France, sans pr ‘* par la baie Française (Fundy) et sans faire le tour de la presqu'ile acadienne, Voulant former sa seigneurie sur celles du Canada, il fit don aux récollets de six arpents de terres de front par un contrat que M. de Frontenac, syndic apostolique des missions de l'Ordre, approuva le 8 septembre 1678. Cette année, les prêtres des Missions Etrangères remplacèrent les récollets à Port-Royal. Jusqu'à l'été de 1678 la famille de M. de la Vallière demeura dans le Bas- Canada ; elle paraît s'être transportée à Beaubassin l'automne qui suivit, lorsque, apprenant la mort récente de M. Pierre Joybert de Marson, le gouverneur-général nomma M. de la Vailière au commandement de l'Acadie, L'année suivante, la population blanche de cette province était de cinq cent quinze âmes, sans compter les petites garnisons ; c'était, depuis 1670, une augmentation de près de cinquante colons, la plupart célibataires.

M. Rameau dit : “ M. de Grandfontaine s'était employé activement à rétaolir dans le pays l'ordre et la paix ; mais cette paix fut malheureusement trop souvent troublée sous ses successeurs immédiats, MM. de Chambly, de Soulanges et de la Vallière. Les flibustiers étrangers débarquèrent plusieurs fois sur ses côtes, et comme la colonie ne recevait de France ni immigration ni secours d'aucune sorte, ces invasions concoururent, avec l'incurie de la métropole, à ralentir singulièrement les progrès de l'Acadie, Les flibustiers occupèrent même Port-Royal et Pentagoët en 1679 et'cette occupation aurait pu avoir des conséquences assez

graves si Saint-Castin avec ses Abenaquis, n’eût surpris l'ennemi qu'il expulsa de Pentagoët ;

ces pirates se retirèrent également de Port-Royal... et M. de la Vallière réoccupa le fort en

le restaurant grossièrement. ”

Le bassin des Mines reçut, vers 1680, deux premiers colons : Pierre Melanson dit la Verdure et Pierre Therriau. Quelques années plus tard, on tirait de ce lieu du blé en quantité suffisante pour nourrir toute l'Acadie. A la même époque (1680) le gouvernement français autorisa l'action d'une compagnie qui s'était formé pour la pêche principalement. Plus d'un habitant de Port-Royal eut des barques à la mer à partir de ce moment. L'un des navires de la compagnie s'échoua au port à la Baleine, cap Breton, et les Bostonnais le pillèrent, ce dont Frontenac porta plainte (9 novembre 1681) tout en expliquant que la rivière Saint-George, sur les côtes du Maine, était reconnue et acceptée comme la limite des possessions anglaises au sud de l’Acadie, Le sieur de la Vallière, envoyé à Boston pour traiter de cette affaire,

venait d’être attitré de nouveau dans son gouvernement. Voici quelle étendue de contrées

embrassait l'Acadie : du cap des Rosiers au fort de Pentagoët, on compte à peu près cent lieues en ligne droite ; par mer il y a trois cents lieues ; la grande baie dite du Saint-Laurent, allait du détroit de Canseau au cap des Rosiers, soit cent vingt lieues, formait comme une portion distincte qui avait autrefois 2ppartenue à Nicolas Denys! ; M. de Frontenac demandait au roi (1681) de nommer son fis Richard Denys de Fronsac pour le remplacer ; on voit en 1685 que celui-ci demeurait à Miramichi, et que, l'année précédente, 1l avait donné au séminaire de Québec un terrain de trois lieues à la rivière Sainte-Croix, dont M, Pierre- Louis Thury, prêtre, avait prit possession.

La compagnie des sieurs Bergier, Gautier, Bouthier et autres se plaignait de ce que le sieur de la Vallière attirait les Anglais, mais les Acadiens, n'ayant que peu ou point de rapports avec la France, n'hésitaient aucunement à acheter les marchandises de l'étranger. Bergier, Gautier et compagnie avaient leur quartier-général à Chédabouctou, l'ancien poste de Nicolas Denys. Les Anglais de Boston entraient de préférence dans la baie Française et traitaient à Port-Royal, au fleuve Saint-Jean et à Beaubassin. Le sieur de Lamothe-Cadillac, arrivé en Acadie vers 1680, écrivait au ministre, lui demandant de permettre le commerce avec les Anglais. Cependant, la compagnie de pêche l'emporta et M. Perrot, gouverneur de Montréal, remplaça M. de la Vallière (automne de 1684). La différence entre les deux c'est que ce dernier trafiquait moins pour son compte que ne le faisait M. Perrot. Au mois de novembre 1686, le sieur de la Vallière demeurait encore à Beaubassin ; l'année précédente, il avait reçu dans son manoir M. de Meulles, intendant du Canada, qui était venu de la mer par l'isthme de la baie Verte. Il y avait alors cent cintjuanse âmes à Beaubassin, à part trois familles de sauvages chrétiens. L'Acadie comptait trente soldats pour toutes garnisons. On en demandait cinquante autres ; ils furent refusés. Le chef-lieu était toujours Port Royal ; M. de Villebon y commandait en l'absence de M. Perrot ; M. Louis Petit, prêtre, nommé vicaire-général en 1676, demeurait en ce lieu.

René Robineau, baron de Portneuf, était beau-frère de M. de la Vallière : c'est à cette parenté que l'on doit la présence en Acadie, de (1686 à 1713) cinq fils du baron, portant respectivement les noms de Menneval, Villebon, Portneuf, Des Isles et Neuvillette. Un sixième enfant (troisième d'âge) fut le baron de Bécancour, marié à Marie-Charlotte Le Gardeur. Cette famille demeurait à Portneuf en 1681. Villebon, capitaine des dragons du roi, avait servi au lac Ontario dans la campagne de 1684, en qualité de major de brigade ; M. de la Barre le regardait comme son bras droit. En 1687, on le voit député vers le gouverneur Dongan au sujet d’un navire saisi à Pentagoët par les Anglais. L'année suivante, de

concert avec Saint-Castin, il s’occupa de relever de ses ruines le fort de ce dernier endroit.

1 Il était devenu aveugle à Paris, en 1678, où il sollicitait le renouvellement de son privilége,

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Recensement fait par monsieur De Meulles, intendant de la Nouvelle-France, de tous Les

peuples de Beaubassin, rivière Saint-Fean, Port-Royal, île Percée et autres côtes de

l'Acadie, s'y étant lui-même transporté dans chacune des habitations, an commencement

de l'année 1686.

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