‹ Histoire des canadiens-français, 1608-1880 [microforme] (volume 4)Chapitre 29 sur 39 · RESSENTI · texte numérisé non relu

RESSENTI

ere,

marchandises sont encore invendues pour la plus grande partie, et les domiciliés ne peuvent plus compter de faire aucun retour en France pour cette année. Ils ne peuvent pas même espérer de les vendre pendant le cours de l'année, parce que tous les états de la colonies seraient dans l'impossibilité d'acheter en détail; et que les personnes même les plus aisées seront obligées de sr'pprimer malgré eux des dépenses qu'ils seraient en état de faire, faute d'une monnaie dont la circulation facile puisse y satisfaire. La colonie restant dans cet embarras, il est impossible que le commerce n'y soit entièrement ruiné ; le mal ira toujours en augmentant et si les marchandises qui sont actuellement dans la colonie restent invendues jusqu'à l'arrivée des vaisseaux de France l'année prochaine, comme il arrivera infailliblement, n'y ayant point de consommation fau*- d'une monnaie absolument nécessaire pour la procurer. Les marclandises qui pourraient venir de France l'année prochaine, avec celles qui seront restées invendues feront une masse que le commerce borné du Canada ne pourra soutenir. D'ailleurs, les domiciliés se trouveront réduits à ne demander aucunes marchandises en Fronce l'année prochaine. Les uns parce qu'ils n'auront point vendu cette année ou que les crédits qu'ils auront pu faire ne seront point payés et que par conséquent ils n'auront aucun retour à faire en France. Et ceux qui pourraient avoir des fonds à envoyer dans l'appréhension de se surcharger de nouvelles marchandises qui leur resteront invendues si la consommation ne leur en devient assurée par une monnaie qui puisse circuler. Cette extrémité ferait entièrement cesser le commerce de la colonie, sans lequel elle ne nourra subsister et dont il est l'unique soutien. Les remontrants osent espérer de votre justice que vous voudrez bien prévenir la perte aussi infaillible que prochaine de cette colonie, en faisant mettre dans le commerce une monnaie en billets, ou de qielque manière que vous jugerez le plus convenable, depuis vingt livres jusqu'à dix sous, qui puisse circuler dans le commerce et procurer à la consommation, laquelle monnaie aura cours comme espèces pendant l’année,

iusqu'à l'arrivée du vaisseau du roi à laquelle elle pourra être retirée et payée en argent, si

Sa Majesté a la bonté d'en envoyer, ou en lettres sur la France. — (Signatures) De la

Gorgendière, V.. Chevron, Riverin, C. Porlier, De la Cellière, Jérémie, Grandmesnil, Beaudoin, F. Caban, Jean Lamorille, Bazil Poulin, Crespin P. Normandin, Dupon Soumet, Beauvisage, Perthusat, Courval, Fouche:, Desaunier, F. Poisset. ”

Les accidents de mer avaient plusieurs fois causé de la gêne au commerce et amené de véritables disettes dans la colonie. Vers 1694, le Carousel périt dans le Saint-Laurent avec toute sa cargaison et une forte somme de numéraire. En 1705, la Seine fut prise par les Anglais ; elle convoyait des navires marchands portant près d'un million de livres de valeur qui tombèrent aux mains de l'ennemi ; les magasins se trouvant vides, les Canadiens eurent recours plus que jamais à l'industrie domestique pour se vêtir. On estimait, en 1715, que les pertes souffertes sur mer, par suite de la guerre ou des naufrages, s'élevaient à trois millions et demi depuis 1690. Le 28 août 1725, le Chameau! périt corps et biens sur un rocher, à

Ÿ Au mois de juin 1720 M, de Voutron commandait ce vaisseau et le comte de Vaudreuil en était le capitaine en second, Le pilote Chaviteau remplis: ait encore ces fonctions sur le même bord lors de la catastrophe de 1725.

deux lieues et demie de Louisbourg'; comme son chargement était considérable, il résulta de

cette perte une grande détresse et la ruine de plusieurs familles. L'Æ/éphant, autre navire du

roi, parti de la Rochelle le 4 mai 1729, toucha, le 16 juin, sur un rocher, à douze lieues de Québec et la riche cargaison qu'il portait fut entièrement perdue, Les passagers arrivèrent à Québec le 18. Parmi eux étaient : Mgr Dosquet et son secrétaire M. Claude de la Vernède Saint-Poncy, diacre ; l'abbé Louis-Bertrand de La Tour, le père Luc (Luc Flamandon, Luc Hendrix ?) récollet ; plusieurs prêtres ; des sulpiciens, récollets et jésuites. Il y avait à bord trois fils du défunt gouverneur M. de Vaudreuil : le comte Louis-Philippe de Vaudreuil, lieutenant de roi, commandant ce vaisseau; Pierre-François de Vaudreuil-Cavagnal, plus tard gouverneur du Canada, et Pierre de Rigaud de Vaudreuil qui devint gouverneur de Montréal, et puis le sieur C. LeBeau et ses dix-sept compagnons d'aventure. Ce malheur s'ajoutait à la disette qui règnait déjà depuis quelques années. “ L'hiver de 1720, dit Garneau, fut pour le Canada ce que celui de 1709 avait été pour la France. Les habitants furent obligés de vivre de bourgeons, et de ce qu'on regardait alors comme n'étant guère plus nourrissant, de pommes de terres.* Plusieurs personnes moururent de faim.” Ces années de crise venaient en travers du développement de la partie agricole du pays, car il ne faut pas oublier la marche ascendante de la production du sol, maloré les querres et l'éloignement des coureurs de bois pour le travail des champs. M. J. C. Langelier l'expose fort bien. “ La meilleure preuve du progrès et de l'activité de l'agriculture, dit-il, se trouvent dans les recensements. Si nous comparons le cens de 1692 avec celui de 1734, nous trouvons

que, durant cette période de quarante-deux années, la moyenne de l'augmentation a été de

16.370 par cent pour la production des céréales, 14 par cent pour le bétail, 12.230 pour la

superficie ensemencée, et 4.830 pour la population, ainsi que le montre le tableau suivant :

AugmentationfAugmentation Annuelle, totale,

Mihots de DrRINSe essor lesbien eee 0 done ee nn eve ti ND Une SE CET 120,418 16,37 p. c. 709 p. € Têtes de bétail. . SEAL . 11,84 14 p. c. 592 p. c. Arpents en culture, $ . 26,669 12,23 D. C. st4p.c Population, 4442 sente frere nra eur ne nn Re TR NT ee 12,431 4.83 p. ©. 203 p.c.

M. l'abbé Joseph Navières écrivait en 1734 : “ L'argent de ce pays est différent de

celui de France et craint extrêmement l'eau et le feu : ce sont des cartes de différentes

grandeurs sur lesquelles sont les armoiries de France, le nom du gouverneur, de l'intendant

ec du contrôleur La monnaie de France y a cependant cours, mais elle est rare, et ceux qui

en ont la conservent précieusement. Toutes les affaires se font avec cet argent de papier,

1 Personne n'échappa au désastre, Ainsi périrent M. de Chazel, qui venait remplacer l'intendant Bégon, M. de Louvigny, nommé gouverneur des Trois-Rivières, le capitaine Ramesay, fils du gouverneur de Montréal, décédé l'année précédente ; d’autres officiers, des ecclésiastiques, etc,

? Kalm écrivait de Québec, en 1749 : ‘* Les Français d'ici, lorsqu'on leur demande pourquoi ils ne plantent pas de patates, répondent qu'ils ne lui trouvent aucune saveur, et ils se moquent des Anglais qui en sont si friands, ”

3 Revue de Montréal, 1879, page 602.

4 Dans l'origine, l'intendant avait la police, la justice et les finances. Plus tard, le ininistère de la marine, qui était chargé spécial: ment de la colonie, nomma un contrôleur,

que ceux qui veulent quitter le pays rapportent au trésor, Autrefoi on ne se servait que d'argent de France, mais depuis la perte d'un vaisseau qui arriva, il y a cinq ans et qui apportait des sommes très considérables, on a jugé de ne plus exposer au gré des vents une

marchandise si précieuse. ”

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