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PROJET DE LA DÉCOUVERTE DU NORD-OUEST

ff OURNONS de nouveau nos regards vers le nord-ouest qui va, enfin, ouvrir au

ses vastes espaces à l'activité des Canadiens. Depuis lonstemps, les lacs, le

CRU Mississipi, la Louisiane étaient occupés par les fils des colons des bords du Saint-

D 73 Laurent, mais tout un monde inconnu existait encore à l'ouest. Les hommes

#4 (© x habitués aux grands voyages et aux découvertes ne faisaient pas défaut, loin de © js . , . .

là, nous en avions des centaines ; une circonstance quelconque pouvait les méttre

en branle — elle se produisit. A la mort de M. de Vaudreuil, les projets de la cour étaient à peu près abandonnés ; avec le ministère qui avait suscédé à celui du duc d'Orléans, l'indiffé- ‘rence ne faisait que s’accroître. Par bonheur, M. de Beauharnois. qui remplaça M. de Vaudreuil (1726), était un esprit éclairé et patriotique ; il s'occupa de découvertes dans l'intérêt de la cause française. D'ailleurs, une question se présentait : après dix années d'un commerce qui paraît avoir été excessivement actif, le castor devenait rare à Michillimakinac. Il fallait étendre encore une fois le champ d'opération déjà si vaste des trafiquants français. Le 29 avril 1727, M. de Beauharnois écrivait au ministre : “ Il à été recommandé à M. de Beauharnois et Dupuis (intendant) par le mémoire du roi (1726) de faire tout ce qui dépendrait d'eux pour faire un établissement chez les Sioux, qui ont demandé des missionnaires, et d'y envoyer un commandant qui y convienne ; que cet établissement paraissait cependant difficile parce qu'on avait eu avis, l'année dernière, qu'un parti de Renards avait tué deux Français qui y allaient et que ces sauvages avaient déclaré qu'ils ne laisseraient passer !

aucun Français pour aller aux Sioux, parce que cela diminuerait leur commerce. ” Les

? Entrant.dans les terres par la baie Verte, les Français descendaient le Wisconsin et remontaient le Missouri, contrée des Sioux,

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hommes d'initiative ne manquaient pas dans la colonie pour seconder les vues du gouverneur, ou plutôt celui-ci sut appuyer à propos les projets qu'on lui soumettait. A la tête de la compagnie dite des Sioux, qui fut autorisée le 6 juin 1727, étaient les sieurs Saint-George Dupré, Vouville, Pierre Dumay, Marin, Etienne Petit, Garrau, François Campau, Pierre Richard, Jean-Baptiste Boucher de Montbrun, François Boucher de Montbrum et Jean Gardé. Un premier convoi, commandé par l’un des Boucher de Montbrun, partit le 16 juin de Montréal et arriva à Michillimakinac le 22 juillet. Cette marche, en remontant les rivières, est comparable à celle que M. de Rocheblave accomplit (1820) et dont on à tant parlé. De Michillimakinac au Wisconsin, les voyageurs furent escortés par des troupes, afin de traverser le pays des Renards, et, arrivés au Mississioi, ils remontèrent ce fleuve jusqu'au lac Pepin, où ils s’arrêtèrent le 17 septembre. C'était le lieu choisi pour hiverner. Quatre jours plus tard un poste fortifié s'élevait au bord du lac : on le nomma Beauharnois, Ce fut probablement le premier fort fondé par les Français sur le haut Mississipi. Bientôt les Sioux s'assembièrent en ce lieu et formèrent une bourgade de quatre-vingt cinq cabanes, renfermant cent cinquante guerriers. Un feu de joie que les Français lancèrent pour célébrer la fête de M. de Beauharnois (la Saint-Charles) causa beaucoup de frayeur aux sauvages. Le père Michel Guignas, jésuite, dit que dans cette occasion “on vit couler le vin des Sioux, quoiqu'il n’y ait pas ici

de plus belles vignes!

qu'en Canada.”

Le 25 septembre 1727, M. de Beauharnois écrivait au ministre : “ Vous me recommandez de donner tous mes suins pour envoyer un ou deux missionnaires chez les Sioux. Les révérends pères jésuites, à qui j'en ai demandé deux, me les ont donnés * et ils sont partis le printemps dernier (avec l'expédition ci-dessus). Il a été nécessaire, par rapport à la situation des affaires du côté des Renards, de faire accompagner ces deux missionnaires d'un certain nombre de Français, tant pour les mettre en état de se défendre des parties de guerre que pour parvenir avec plus de diligence à l'établissement qu'il convient de faire pour la sureté des missionnaires. J'ai fait un traité avec les voyageurs qui les mènent, par lequel ils se sont chargé de toutes les dépenses. Il a été nécessaire aussi, pour la discipline et le bon ordre, de mettre à la tête de ce détachement un officier sage et désintéressé. Les révérends pères jésuites m'ont demandé eux-mêmes et avec instances, le sieur de la Perrière, * que j'avais nommé conformément aux ordres que vous avez adressés à M. le baron de Longueuil, * pour aller à la baie (Verte) en lieu et place de M. de la Noue, que vous aviez destiné pour relever le sieur Amariton. Je n'ai pu envoyer le sieur de la Noue, à ce poste, pour des raisons qui vous ont été précédemment écrites, et sur les représentations qui m'ont encore été faites depuis mon arrivée, par les pères jésuites, qui m'ont assuré que cet officier, quoique très capable ® et très digne, avait le malheur de n'être pas agréable aux

1 La vigne sauvage a été trouvée en abondance dans le Bas ct le Haut Canada, ce qui, d’après l'expérience des anciens, nous porte à croire que la vigne cultivée en grand y prospèrerait.

? Les pères Michel Guignas et Flavien de Gounor,

* René Boucher, sieur de la Perrière, fils de M, Pierre Boucher,

* Qui gouvernait par intérim avant l’arrivée de M, de Beauharnois, * En 1732, Zacharie Robutel de la Noue était capitaine,

nations de ce poste et d'être suspect à celle des Renards, et je n'ai pu refuser aux révérends

pères jésuites le sieur de la Perrière pour l'établissement des Sioux. Dans ces circonstances

j'ai été forcé de renvoyer le sieur Duplessis ! à la baie, où il avait été placé par M. de Longueuil avant qu'il eût reçu vos ordres ; mais je compte de le faire relever le printemps prochain, m’ayant lui-même demandé de revenir à sa garnison.”

Vers le même temps l'ancien poste, au nord du lac Supérieur, fut rétabli ou renforcé, en vue de la traite qui se faisait à la décharge du lac Nipigon. M. de Beauharnois envoya pour y commander M. de I1 Vérendrye. Avec d’Iberville, le glorieux soldat, il faut citer la Vérendrye, découvreur et fondateur du nord-ouest. Ces deux Canadiens ont porté si haut le nom de notre pays que toutes nos gloires s'effacent devant la leur.

Pierre Gautier de Varennes, sieur de la Vérendrye, avait eu pour frère aîné Louis de la Vérendrye, officier dans les troupes formant partie du contingent canadien appelé en France à la guerre de la succession d’Espagne ; en 1706, Louis était capitaine au régiment de Bretagne et fut tué peu de temps après. Pierre porta dans sa jeunesse le surnom de Boumois et n'adopta celui de la Vérendrye qu'après la mort de son frère, Il fit les campagnes de la Nouvelle-Angleterre (1704) et Terreneuve (1705) puis passa en France vers 1708. À h bataille de Malplaquet (1709) il mérita le grade de lieutenant par neuf blessures, fut laissé pour mort, et le maréchal de Contades le cita à l'ordre du jour. A la fin de cette guerre désastreuse, Louis XIV retira aux officiers les grades conquis par leur vaillance, Le pauvre blessé se retrouva simple enseigne, sans sou ni maille, mais rapportant un maître coup de fusil dans le corps et plusieurs coups de sabre, Ne recevant plus de paie et se voyant sans protection, il eut recours à M. de Vaudreuil, qui l'autorisa à tenir un poste de traite sur le petit fief de la Vérendrye (à la Gabelle) près des Trois-Rivières, sa ville natale, Les premiers renseignements qu'il recueillit touchant les peuples du nord-ouest ont dû lui parvenir par le Saint-Maurice. La Gabelle était fréquentée par des sauvages qui avaient des rapports suivis avec ceux du lac Winnipeg et de la baie d'Hudson. Il s'était marié (29 octobre 1712) avec M.-Anne Dandonneau-Dusablé, fille de Louis Dandonneau, qui s'occupait de la colonisation de l'île Dupas ; sa femme demeurait dans cette île ; c'est là, principalement, et à la côte de Batiscan, qu'il enrôla plus tard des voyageurs pour ses grandes expéditions. En 1726, il résolut de passer en France avec l'espoir de se faire rendre son grade de lieutenant, mais la réponse du ministre ne lui donnant aucune satisfaction, il accepta l'offre de M. de Beauharnois, qui l'envoya commandant aux extrémités du monde connu. De deux maux, il sut choisir le moindre ; un emploi au lac Nipigon offrait encore quelque chance d'avancement. Très au courant des mœurs des sauvages, doué d'un caractère entreprenant et ferme, tenant par la famille de sa mère (fille de Pierre Boucher) à plusieurs de ceux qui s’occupaient de la

queston du nord-ouest, il dirigea son ambition du côté de ces vastes territoires où ses com-

patriotes tentaient de faire pénétrer le commerce et l'honneur du nom français. C'était le

À Duplessis Faber, capitaine en 1732, ‘* beaucoup d'esprit, mais quelque peu indiscret, ” HISTOIRE VI

ar

champ de l'avenir. Une partie de la jeunesse canadienne faisait annuellement cainpagne dans les ‘ pays d'en haut” et amassait quelque argent dans ces voyages, avant que de s'établir sur les bords du Saint-Laurent, dans les terres nouvelles avoisinant les anciennes paroisses. Un grand nombre, par malheur, n'étaient pas aussi rangés et demeuraient dans les bois par pur agrément. La Vérendrye avait été élevé aux Trois-Rivières, le nid d'éclosion des “voyageurs. ” Sa jeune imagination avait dû être frappée des récits que ces coureurs de bois rapportaient au foyer après de longs intervalles passés dans les profondeurs mystérieuses de l'ouest, au milieu de ces nations nouvellement découvertes et encore imparfaitement étudiées. Le Jacques Cartier du nord-ouest ne pouvait mieux naître qu'aux Trois-Rivières, et la Providence, voulant faciliter son œuvre, l'envoyait commander un poste perdu dans les sulitudes, d'où ses regards devaient plonger bientôt à travers les immenses prairies que son courage allait ouvrir à la civilisation.

“ Le sieur de la Vérendr;2 voursuivait dans une triste obscurité, au fond des terres du lac Supérieur, dit M. Margry, une carrière brillamment commencée sur les champs de bataille de l'Europe. Il ÿ avait dix-sept ans qu'il essayait inutilement, par son zèle et ses services, de conquérir un brevet éval à celui qu'il tenait du maréchal de Villars. Il avait plusieurs fois sollicité de passer en France pour obtenir de la cour la réparation de l'oubli où il vivait, et il se désolait de n'y pouvoir réussir. Mais nos maux sont souvent le passage qu'il nous faut traverser pour arriver à des succès que nous n'eussions jamais pu espérer : M. de la Vérendrye en devait donner une nouvelle preuve. Il avait enfin obtenu un congé pour venir en France, et peut-être y eût-il vu se réaliser ses premières espérances, lorsque, par bonheur, une circonstance l'arrêta pour lui présenter la gloire avec ses douleurs. Il allait, sur les confins du monde où il était relégué, trouver l'occasion d'illustrer son nom par des services rendus au pays, avantage que les gens de cœur estiment au dessus des honneurs de la richesse et du repos.”

Du lieu où il était, au lac Nipigon, le brave officier eut connaissance d'une rivière dont le cours se dirigeait, disait-on, vers le couchant. Il crut qu'elle pouvait conduire à la découverte de la mer de l'ouest. L'axiome anglais : 74e right man in the right place ne s'est jamais mieux appliqué. C'estau Nipigon que pouvaient le mieux s'obtenir des renseignements sur les pays du nord-ouest, et la Vérendrye brûlait du feu sacré des découvreurs. “ L'on supposait alors, écrit Garneau, le continent bien moins large au nord qu'il ne l'est en effet, et que la mer, au lieu de reculer vers l'ouest, se rapprochait de l’est, en s'élevant au pole. La figure de l'extrémité méridionale de l'Amérique, qui finit en pointe à la terre de Feu, et la longitude de la partie alors counue de ses côtes occidentales, partie qui ne venait guère en deça du Mexique, pouvaient faire tomber dans cette erreur. ” L'abbé de la Tour écrivait, vers 1746, que “l'on a cru s'apercevoir que les Sioux ont l'accent des chinois. En effet, on a

quelque raison de penser que le pays immense qu'ils occupent confine à la Tartarie et la Chine, ”

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