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UISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇALS I5I
avait vues d'une hauteur des terres qui va au sud-ouest, il lui dit que quatre grandes rivières y prennent leur source, L'une donnant au nord jusqu'au lac du grand fleuve de l'ouest, prend ensuite sa route vers l'ouest à la décharge du lac. La deuxième, prenant son cours au nordest, tombe dans une rivière qui, allant à l'ouest-nord-est, se décharge dans le même lac. La troisième, courant d'abord au sud-est et suivant ensuite le sud, va chez les Espagnoïs. Et la quatrième, courant entre les deux dernières, forme le Mississipy. Il lui fit avec du charbon la carte de ces pays.— Vo/a. M. le marquis de Beauharnois, à qui il a envoyé le brouillon de cette carte, marque qu'il l'a vardé pour travailler avec le sieur Chaussegros, ingénieur, et qu'il l'envoyera l'année prochaine. ! Le sieur de la Véranderie attend (attendait) au printemps (de 1729) prochain plusieurs Sauvages qu'on assure avoir été bien bas dans le fleuve de l'ouest, qui pouvaient lui donner la carte du chemin jusqu'aux endroits où ils ont été.” Suivent des détails copiés mot à mot dans le mémoire de La Vérendrye. “ Outre cela, il a pris connaissance du chemin par différents Sauvages. Tous rapportent qu'il y a trois routes ou rivières qui conduisent à la grande rivière de l'ouest, dont il a aussi remis la carte à M. le marquis de Beauharnois ; elles tombent toutes trois dans le lac Supérieur, savoir : La rivière du fond du lac, celle de Nanticagan, et celle de Gamanistigouia. Cette dernière est préférable? aux autres parce que le chemin est droit et d’un tiers plus court ; Ochakah l'a assuré qu'il n'y à que vingt jours de marche du lac Supérieur à celui de Tekamanihoüen et quatre journées de ce dernier au lac des Bois.” Le reste est emprunte textuelleraent au rapport de la Vérendrye.
Sur ces documents, le ministre soumit un mémoire au cabinet, en 1730. Après avoir énuméré les faits relatés ci-dessus, il ajoute : “ Le père de Gonnor dit qu'on pourrai: croire ces nouvelles apocryphes venant d'un Sauvage, mais qu'il y a cependant lieu de n'en point douter, le sieur de la Véranderie l'ayant assuré avoir ouï faire à peu près la même relation à différents temps par trois autres Sauvages de différentes nations qui ont été au même lieu par des chemins différents, et qu'un d’eux, qui avait vu la mer à la baie d'Hudson, n'avait point été effrayé du flux et reflux comme les autres et avait dit que ce n'était point autre chose que la mer. Un de ces quatre Sauvages, nommé Petit- Homme, a rapporté en particulier qu'étant dans un des villages, en descendant la même rivière, on lui fit entendre qu'à dix jours de marche plus loin il y avait une nation de petits hommes dont la stature ne passe pas trois pieds, et une autre nation ensuite qui, à ce qu'il croit, parle comme les Français ; qu'on lui avait fait aussi de grandes exclamations sur une petite montagne de pierres luisantes qu'il dit être fort redoutée et par conséquent fort respectée des Sauvages du pays. Cet officier s'est persuadé avec raison que la découverte de cette rivière pourrait servir à celle de la mer de l'ouest, et le père de Gonnor croit aussi qu'il n'y a pas de chemin plus droit pour y mener, cette rivière sortant du nord, prenant son cours vers le soleil couchant et commençant d'avoir flux et reflux à deux cents lieues ou environ de la hauteur des terres,
1 Nous avons déjà dit qu'elle ne se retrouve pas. ? La Vérendiye recommande, au contraire, la deuxième rivière,
Malgré tout ce qu'on a dit jusqu'à présent qu'il fallait chercher la mer de l'ouest par le pays Scioux, son opinion et celle de bien des gens, est que l'on réussirait mieux par celui des Christinaux et des Assiniboils qui sont au nord, C'est aussi le sentiment du père Guignas, jésuite, habile mathématicien, ”
Au moment où cette question se débattait à Québec et à Paris, la Russie s'occupait d'envoyer Behring et Thschirikoff relever, par mer, la côte occidentale de l'Amérique du nord. Pierre le Grand avait pris communication du mémoire et de la carte de Delisle, lors de son voyage à Paris, en 1717, et ce prince cherchait à résoudre le problême si longtemps poursuivi, Mais sile czar songeait aux découvertes, il comptait bien les payer et c'est ce qu'il ne manqua pas de faire, tandis que le cabinet français, laissant le découvreur canadien s’'employer avec ses seules ressources, ne lui accorda — à titre de faveur — qu'un droit de traite, plus propre à ruiner l'entreprise qu'à la faire réussir, quelque fût l'habilité extraordinaire de l'homme qui allait y vouer le reste de sa vie. C'est par des mesquineries de ce genre que la France se prépara, pendant plus de trente ans, à perdre le Canada, M. de Beauharnois, il faut lui rendre cette justice, avait des vues plus élevées. Le 15 octobre 1730, il écrivait au ministre, M. de Maurepas, dans l'espoir de faire rendre à La Vérendrye le grade qu'on lui avait enlevé sans motif raisonnable, “ Par l'avancement du sieur de Ramezay et par la mort du sieur de Bellestre, il se trouvera deux lieutenances vacantes , j'ai l'honneur de vous proposer pour les remplir les sieurs La Vérendrye, Senneville, Darnaud et Dubuisson. Ce sont de bons sujets qui méritent leur avancement. Le même jour, le gouverneur et l'intendant, écrivant au sujet de quelques veuves pauvres, disaient que la dame de Varennes ‘“ agée de soixante et quinze ans, et veuve d'un gouverneur des Trois-Rivières ” demandait une pension qu'ils désiraient lui voir obtenir, C'est la dernière fois que nous voyons mentionner la mère de La Vérendrye.
Les postes des Sioux étaient régardés comme plus propres à arrêter chez eux les découvreurs qu'à les inciter à pénétrer dans les territoires inconnus. Le père de Guignas disait que c'était “ une mer à boire que de chercher par les Sioux un chemin pour aller à la mer de l'ouest," Le projet que Lewis et Clarke, devaient mettre à exécution (1808), celui de remonter le Missouri jusqu'à sa source et de marcher ensuite aussi loin que possible dans la direction de l'ouest, n'avait pas plu au régent, qui s'était borné comme on l’a vu, à encourager la construction d’un ou deux postes de traite plus ou moins fixes chez les Sioux. Quant à la voie de la Kaministigoya, il semble que ce fut le plan proposé par les gens du pays, les Canadiens, mais qne le gouvernement avait toujours repoussé jusqu'ai moment où nous sommes parvenus. On a pu juger par les mémoires ci-dessus que La Vérendrye proposait de se rendre en premier lieu chez ies Assiniboils et de reconnaître la rivière à laquelle les Sauvages donnaient le nom de ce peuple ; d'atteindre ens'ite une hauteur de terre que l'on croyait exister proche de là et découvrir quelque cours d’eau qui se déchargerait dans le Pacifique. Avec lui, M. de Beauharnois et le sieur Chaussegros de Léry pensaient qu'il y avait, à l'ouest des sources du Saint-Laurent et du Mississipi, trois ou quatre cents lieues de
pays, tout au plus. et qu’un fleuve considérable devait y couler.
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La réponse qui arrivra de Paris en 1730 ou au commencement de 1731 était décou , 7 ta it à ALP nine |! amet À p arder les vues de I
racreante : allcun SECOUrS N'ELAIL À ESpeErCr, Le cabinet se bornait à r< œaracr les vues de La Vérendrye comme choses assez raisonnables, possibles mêmes lorsque le temps serait venu de débourser de l'argent pour cet objet, Restait cependant une planche de salut, La Vérendrye sy accrocha désespéramment : Le œouverneur était libre d'accorder des privi lèvres de traite, moyennant qu'une compagnie fût formée pour les exploiter sous certaine conditions, bien définies, Faute d'un pain tout entier, le sare prend li moitié, dit le proverbe cette fois on en eut à peine le quart. La décision du ministre qui rendit à La Vérendrve son grade de lieutenant ne paraît pas être de l'année 1730 ; elle coïncide, néanmoins d'assez près avec l'approbation donnée au plan de cet officier concernant la découverte des pays du nord ouest, M, de Beauharnois avait sollicité ces deux orâces, tant pour réparer l'injustice commise à l'écard d'un excellent serviteur du roi que pour mettre à l'épreuve les plans de La Vérendrye et du père de Gounor. Il fut done réolé, à Québec, que l'on établirait un ou
plusieurs postes, selon le besoin, au Ouinipes et que La Vérendrve et sa compagnie marchande se rembourseraient de la dépense ainsi encourue, par l'exercice du monopole de de la traite des fourrures dans ces régions. M, de Béauharnois espérait que, une fois le explorateurs installés au milieu des pays no uux, le ministre se décderait à leur venir en aide et fournirait les moyens de poursuivre jusqu'à la mer. Bon gré, mal eré, il fallait payer d'espérances, La Vérendrye se r ppelait peut être que, nquante ans auparavant, son père recevait un si mince traitement que l'on s'était cru en conscience obligé de lui permett de violer les lois sur la traite pour se refaire et donner du pain à sa famille, L'entreprise de la découverte du nord-ouest n'aurait pas été poussée plus loin en ce moment sans l’homme de résolution qui l'avait conçue. Voyant que sa seule chance de réussite était encore de se conformer aux nécessités imposées par la politique étroite du conseil du roi, et se mit à la recherche d'actionnaires qui voulussent bien lui confier des fonds et la direction de la besogne, Par un traité, signé le 19 mai 1731 en présence de M. de la Chassagne, gouverneur de Montréal, La Vérendrye s'associa quelques personnes qui firent les avances des marchandises et des équipements, et le 26 août, après avoir passé à Michillimakinac, où il avait pris le père Messager pour missionnaire, il était au crand Portage du lac Supérieur, quinze lieues au sud-sud-ouest de Kamañistigoya. Il avait avec lui cinquante hommes,
La Vérendrye, alors âgé de près de quarante-six ans, n'amena probablement aucun de ses fils dans sa première expédition, car l'aîné ne pouvait avoir guère plus de dix-sept ans à cette époque, mais son neveu Christophe de la Jemerays, âvé de vingt-deux ans et demi, lui rendit de très grands services dans le trajet si difficile du lac Supérieur au lac la Pluie,
Cent quatorze ans plus tard, M. l'abbé Taché, qui est aujourd'hui archevêque du nordouest, suivant la route de La Vérendrye pour atteindre ces lointaines missions, écrivait du lac Supérieur : “ Nous allions laisser le grand fleuve, sur les bords duquel la Providence a placé mon berceau, sur les eaux duquel j'eus la première pensée de me faire missionnaire de
la rivière Rouge. Je bus de cette eau pour la dernière fois ; j'y mêlai quelques larmes et lri
confiai quelques-unes de mes pensées les plus intimes, de mes sentiments les plus affectueux, Il me semblait que quelques gouttes de cette onde limpide, après avoir traversé la chaîne de nos grands lacs, iraient battre la plage près de laquelle une mère bien-aimée priait pour son fils. La hauteur des terres était comme le seuil de la porte qui nous laissait pénétrer dans notre nouveau séjour ; c'était comme la barrière qui allait se fermer derrière nous.” Ces lignes tombées de la plume d'un parent du Découvreur se placent ici d'elles-mêmes.
C'est donc par la rivière des Groseillers que l'expédition entra dans les terres et rencontra les lacs la Croix et la Pluie au Tokamanionan. À partir de là, les grands obstacles que présente la navigation disparaissent presque tout à coup. La hauteur des terres est surmontée, on marche ouvertement vers l'ouest, Le lac La Pluie est une belle nappe d'eau de trois lieues de longueur qui se décharge vers l'ouest, par une chute de dix pieds, dans la rivière à la Pluie, On était en plein pays nouveau.
À la sortie du lac, La Vérendrye fixa un premier poste auquel il imposa son nom de baptême. Le fort Saint-Pierre, placé a quatre-vinets lieues du lac Supérieur, était un chaînon de la longue ligne d'établissements qui devaient s'étendre, en une vingtaine d'années, sur les lacs et les rivières du nord-ouest, jusqu'au pied des Montagnes-Rocheuses, La civilisation commençait là une œuvre semblable à celle qui avait été accomplie en remontant le cours du Saint-Laurent et en descendant celui du Mississipi. De nos jours, cette entreprise est en voie
de se perfectionner par un gigantesque chemin de fer partant de l'ancien Canada et se terminant aux rives du Pacifique.
La voice tracée par les découvreurs du Canada est assez correctement figurée par la forme d'un Y, selon la remarque de M. Margry. La tive du bas de cette lettre représente ici le parcours de Québec au bassin des grands lacs. De ce point, il ÿ a bifurcation : la branche de gauche porte vers le Mississipi au sud, celle de droite vers le Pacifique à l'ouest. A l'époque où nous sommes parvenus, cette dernière était encore très courte, comme on peut l'imaginer. C'est de ce côté que se dirigera désormais l'attention de nos lecteurs ; nous verrons s'allonger cette ligne, petit à petit, durant plus de vingt ans de travaux et de sacrifices accomplis par une seule famille, sans fortune, sans protection, mais riche de patriotisme, de courage et capable du plus noble dévouement.
Peut-être La Vérendrye se rendit-il, dès cette année, 1731, au lac Winnipev, situé à deux cents lieues du lac Supérieur et que l'on avait hâte de connaître, mais cela n'est pas probable, On ne cite qu'une fondation de fort — celui de Saint-Pierre — d'où l'on dut expédier des pelleteries à Montréal dès le printemps suivant. Le transport des provisions et des articles de traite tirés du Canada ou de la France et, en échange, l'envoi des fourrures du lac la Pluie aux magasins de Montréal, ne s'exécutaient pas sans coûter beaucoup de temps et d'argent, Au lieu d'un pays à découvrir, ou plutôt en sus des découvertes, La Vérendye avait sur les bras l'administration d'un commerce étendu, dont il était responsable envers ses associés, L'occasion de s'enrichir était belle et tentante. Sans forfaire à l'honneur, il pouvait, au titre de
son contrat, prendre sa part des bénéfices de l'exploitation et ne s'avancer dans l'ouest que
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