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Histoire des Capétiens, rois de France

État de la France sous les trois dynasties. — Lîsurpation de Hugues- Capet. — Le duc Charles exclu du tiùne. — Union de Hugues avec Tîlanche. — TMotifs de ses prétentions à la couronne. — Lettre de Gerbert. — Repense d'Adalbe'ron à Charles. — Caractère de Hugues et de Charles. — Sacre de Hugues. — Guerre entre ces deux princes. — Prise de Laon par Charles. — F.xjiloits do ce duc. — Négociations et trêve. — Surnom de Hugues. — Trahison d'Arnould, frère de Charles.

— Trêve rompue. — Défaite et soumission de Guillaume IIL

— Captivité de Charles, de sa femme et de son frère. — Chiffres arabes et première horloge. — Paris , capit.ile de la France.

— Défaite des Normands en Gascogne. — Lutte de Hugue-s contre la Noblesse. — Querelle de Hugues et du pape. — 3Iort de Charles. —Extinction des Carloviugiens. — Guerre civile en Bretagne. — Contagion nommée le feu des ardens. — Association de Robert à la couronne. — Mort de Hugues.

Li'histoire de tous les ffouvernemens nous Fm prouve qu'ils ont, comme le corps humain,

Elat de la

ncc sous les trois dynasties.

2 HUGCES-CAl'ET.

leur enfance , leur virilité et leur vieillesse. La seule diirércncc est qu'à l'époque de leur décadence , une grande secousse , une crise heureuse, peuvent les préserver de la mort et même leur rendre une nouvelle vigueur.

La France en offre trois fois l'exemple : les fréquens triomphes dePiomc, son adroite politique et les discordes des tribus germaines avaient peu à peu ruiné cette ligue vaillante et fameuse des Francs, qui si long-temps brava seule les vainqueurs du monde. Les Francs, presque domptés par la douceur de Constance, par la rapidité deDioclétien, par la fortune de Constantin et par riiabileté de Julien , semblaient avoir eux-mêmes délié leur redoutable faisceau. Les uns s'étaient reconnus les tributaires de Fvome , d'autres ses alliés ; peu combattaient encore pour l'indépendance; le défaut d'union leur permettait plutôt des bi igandages que des conquêtes; et, lorsque l'empire romain s'écroula totalement , la belliqueuse tribu des Francs saliens n'était composée que de cinq mille combattans. Le génie de Clovis sut réunir sous son pouvoir ces tribus divisées; toutes sacrifièrent leur passion pour l'égalité à celle de la gloire; elles reconnurent un chef, sans perdre leur liberté, et les Francs conquirent la Gaule.

Les Mérovingiens étendirent rapidement en Europe leur domination et leur renommée j mais, amollis par la fortune, ils laissèrent des chefs orgueilleux dévorer leurs domaines, opprimer les peuples et ruiner la puissance royale. La France, déchirée par la guerre civile, en proie à l'ambition des grands, à l'avidité des prêtres , tyrannisée par des maires qui régnaient sans droits, abandonnée par des princes dont le palais n'était plus qu'une prison, et menacée d'une ruine totale par les Sarrasins, par les Allemands, par les Saxons, se releva tout à coup en plaçant sur le tronc une nouvelle race royale, qui lui rendit pour quelque temps sa force et sa gloire.

Deux siècles après , les faibles successeurs de Pépin , ayant laissé tous les ressorts de l'État se détendre , perdirent leur pouvoir cinquante ans avant de perdre leur couronne. L'anarcliie féodale avait miné la monarchie : dans toutes les parties de l'Europe plusieurs royaumes s'étaient formés de ses débris; la France était déjà morcelée en une foule de petites souverainetés, dont la discorde ne laissait aux Francs aucune ressource pour recouvrer quelque repos au dedans, quelque sûreté au dehors. Les maux produits par cette funeste dissolution paraissaient sans remède, sous le sceptre de rois

4 UUGUES-CAPET.

clépouilli's de domaines et d'armées, et devenus avec un vain titre les sujets de leurs vassaux. Ili'urcuscnicnt les Français, soit par crainte, soit par un sentiment bien rare dans ces siècles barbares, l'amour de la patrie, soumirent leur orgueil à l'intérêt général , et ces seigneurs altiers et turbulcns , qui depuis un siècle minaient l'autorité royale, la relevèrent soudainement en élevant au trône le plus belliqueux et le plus puissant d'entr'eux.

Ils crurent sans doute qu'une dynastie nouvelle ne réclamerait jamais les antiques droits de la royauté, qu'elle légaliserait, consacrerait leurs usurpations, et que, née du système féodal , elle en affermirait les racines.

Cet espoir fut long- temps rempli : mais, bcureusement pour la nation, les Capétiens, éclairés par l'exemple de leurs prédécesseurs et par l'intérêt de leur existence et de leur pouvoir, attaquèrent enfin avec constance et courage ce monstre politique qui pesait également sur les rois et sur les peuples. La gloire du trône et l'émancipation nationale devinrent les fruits de cette lutte, la plus longue et la plus pénible dont les annales du monde aient conservé la mémoire.

Ces trois révolutions, qui relevèrent et rajeunirent notre existence nationale, peuvent

être considérées comme trois contrats différens, dictés aux chefs des Francs par la nécessité des circonstances. Le premier fut un contrat entre Clovis et son peuple ; le second un contrat entre Pépin et l'Église; le troisième un contrat entre llugues-Capet et la Noblesse.

Il n'existait pas alors d'autres moyens de Usurpaiion succès, car on ne peut traiter qu'avec ceux capet. dans les mains desquels se trouve pour le moment la réalité de la puissance; aussi la plujiart de nos historiens s'cfl'orccnt vainement, pour dissimuler ou pour justifier l'usurpation de Hugues -Capet, d'établir comme vérité un fait dont ils ne peuvent donner la plus légère preuve : ils prétendent, sans fondement, qu'une assemblée nationale élut et proclama le chef de la troisième race de nos rois. Ils oublient qu'alors il existait une foule de seigneurs ou de Nobles, plus ou moins puissans, un grand nombre d'évêqucs et d'abbés plus riches que les rois, que la France était hérissée de châteaux-forts, d'opulens monastères, de Nobles belliqueux et indépendans, et qu'il n'existait plus de nation ni par conséquent d'assemblées nationales.

Chaque seigneur, roi, général, juge et législateur dans ses terres, ne savait plus depuis long -temps se soumettre à des réglemens gé-

G llUGUES-CAPET.

ncraiix, à des capitulaires; et partout des coutumes, aussi variées que bizarres, s'élevaient sur la ruine du droit commun.

L'autorité seigneuriale avait partout réduit les hommes libres à une humiliante sujétion , et les tributaires à une totale servitude. Le clergé seul formait un corps redoutable, malgré les discordes qu'une ambition mondaine rendait fréquentes. Comme seigneurs, ils vivaient divisés; mais, comme prêtres, ils marchaient souvent unis.

Dans un pareil état de choses, il est évident que Ilugues-Capet et même son rival Charles, dernier rejeton de la race carlovingienne, ne purent faire appuyer et défendre l'un ses nouvelles prétentions, l'autre ses antiques droits, par un vœu national. Ces deux compétiteurs réunirent chacun les grands et les amis qui voulurent s'associer à leurs intérêts. On assembla non des parlemens , mais des partis. La force, la fortune, riiabileté, décidèrent seules du succès d'une cause qu'on ne pouvait plus soumettre à la justice.

Presque tous les hommes condamnent avec sévérité ceux que la fortune abandonne. La servilité trace, en les ilattant, les portraits des vainqueurs, et nous donne plutôt la caricature que la ressemblance des vaincus; elle trouve

abondamment des torts à l'infortuné et des mérites à riieurciix.

Un erand nombre d'auteurs assurent que les Lc auc Français exclurent du trône le duc Charles de d'i^u Lorraine , parce qu'il s'était reconnu vassal de l'empereur Othon : cette délicatesse, concevable dans d'autres temps, ne l'était guère à une époque où les rois eux-mêmes , conformément aux coutumes féodales, rendaient hommage à des seigneurs leurs sujets pour les licfs qu'ils possédaient dans les terres de ces mêmes seigneurs.

D'ailleurs plusieurs fois les prédécesseurs de Charles, par différens traités, s'étaient recon- ' nus vassaux des rois de Germanie pour les terres austrasicnnes qu'ils avaient conquises et qu'ils voulaient conserver. L'absence habituelle de Charles, sa résidence presque continuelle en Lorraine et à la cour d'Olhon , furent probablement alléguées contre lui , mais sans fondement, par le parti qui lui était contraire, car on n'en avait fait un crime ni à Charles-le- Simple, ni à Louis- d'Outremer; et ses ennemis lui opposaient avec plus de raison d'autres torts qui les blessaient davantage et qui avaient plus de réalité.

Charles était l'ennemi de la reine-mère Emma , veuve de son frère le roi Lothaire ; il

[)()iirsuivait (également par sa haine la reine lîlanclio, épouse du dernier roi Louis V, son neveu. Il accusait Blanche de la mori de son mari, et s'efforçait de faire regarder llugucs- Capet comme complice de ce crime.

En même temps, répandant partout le bruit d'un commerce criminel entre Emma et Adalbéron Asselin, évêque de Laon, il avait enlevé et retenait en prison cette reine, ainsi que le prélat. Par ce scandale il s'était attiré la haine irréconciliable du clergé, dont il avait rejeté avec dédain les remontrances et les prières. Union L'impératrice Théophanie partageait les resavec sentimens des deux reines ses parentes ; Uugues-

Bl.incLc. r~\ t ^ 1 •

Capet, donnant quelques apparences de realité aux soupçons injurieux semés contre lui par Charles, venait d'épouser Blanche.

Mais ce prince , enflammé du désir de venf^er l'honneur de sa femme et le sien, trouvait ainsi dans ces querelles un motif ou un prétexte pour se saisir du trône où son père avait plusieurs fois refusé de s'asseoir.

Motifs Seigneur du duché de France , maître de

de srs i>rc- ^^ • • 1 • 1 "

tentions àia raris, posscsscur ou suzerain des riches sei-

couronuc. . . , i t • i o •

gneuries situées entre la Loire et la î^eine, allié du duc de Normandie , ami du comte d'Anjou , frère du duc de Bourgogne , il se croyait sullisammcnt autorisé dans ses préten-

tions par l'exemple des princes de sa famille , Eudes, Robert et Raoul, qui avaient déjà porté plus d'une atteinte aux droits des Carlovingiens, en tenant avec gloire leur sceptre.

Issu lui-même du sang de Charleraagne par les femmes, dans un siècle où les droits d'élection et d'hérédité étaient tellement confondus par l'usage, qu'on avait souvent élu pour rois des cadets de la race régnante au détriment de leurs aînés, et même des bâtards ou des princes de la ligne féminine , il pouvait sans témérité s'appuyer des mêmes titres qui avaient paru sullisans pour couronner précédemment Eudes , Arnould , Gui et Bérenger. Hugues n'avait point à redouter d'opposition hostile de la part des monarques allemands et italiens; car tous , n'ayant fondé leur nouvelle domination que sur les débris de celle de Charlemagne , devaient voir avec satisfaction un changement de dynastie en France. Par là ils cessaient de craindre qu'un roi carlovingien , favorisé par les armes, ne vînt un jour réclamer contr'eux les droits du chef de sa race et du fondateur de l'empire d'Occident.

Tous ces grands intérêts réunis concouraient également aux succès d'une révolution , qui depuis quelque temps se préparait dans l'ombre du mystère. Nous avons déjà dit que ,

10 IlUGUES-CAPET.

malgré la stôiililé des documens et le silence volontaire ou foicé des écrivains de celle époque, on retrouve des traces de ces intrigues secrètes dans quelques passages des lettres de rarchevè(jue Gcrbert , (jui depuis porta la tiare sous le nom de Silvestre II.

Luire Vély rapporte une lettre très curieuse de ce môme prélat à Thierry, évèque de Metz. Il y fait avec une très singulière et sèche concision le récit d'une si étonnante révolution : (( Le » duc MuAucs , dit-il, a rassemblé six cents » hommes d'armes, et, sur le bruit de son » approche, le parlement, qui se tenait dans » le palais de Compiègne , s'est dissous le 1 1 de » mai. Tout a pris la fuite, et le duc Charles, » et le comte Fiinchard, et les princes de Ver- » mandois, et l'évêque de Laon, Asselin Adal- )) béron, qui a donné son neveu en otage à » Bardas, pour l'exécution des promesses de » Sigcfrid et de Godefroi. »

Ainsi Gcrbert, s'enveloppant encore d'une espèce de voile, mais facile à percer, appelait Hugues Bardas, par allusion à un Grec de ce nom, qui dans le même temps s'emparait du trône d'Orient.

Réponse II existait alors un archevêque de Reims a Cbarks. ncffimc Adalbcrou, comme 1 éveque de Laon.

11 était puissant dans son ordre et exerçait une

grande influence sur plusieurs seigneurs. Il paraît que le duc Charles, violent dans ses mesures, audacieux dans ses desseins, vaillant dans l'action , mais inconstant dans ses liaisons et mobile dans sa conduite, avait tour à tour soutenu et mécontenté l'évéque de Reims.

Lorsque ce prince fut instruit des projets de llugues-Capet, il crut devoir consulter l'habile archevêque sur la conduite qui pouvait grossir son parti et lui concilier le vœu national. Adalbéron lui répondit en ces termes : « Vous » m'appelez aujourd'hui votre père, récem- » ment vous projetiez ma mort; vous m'avez » traité en ennemi, et vous me demandez con- » seil; mais, puisque vous m'invitez à me sou- » venir du passé, rappelez-vous que je vous )) ai souvent conseillé de rechercher l'amitié » des évêques et des grands. Vous me croyez » ennemi de la race royale, je ne hais pcr- » sonne. Vous désirez savoir ce que vous avez » à faire : la chose est diflicile, et si je le sa- » vais, je n'oserais pas le dire. Vous souhai- » tez , dites -vous, sincèrement mon amitié: » eh bien, quoique vous ayez envahi le sanc- )) tuaire , enlevé la reine Emma, jeté en prison » l'évêque deLaon, méprisé les anathêmes des » évêques, et prodigué les outrages à monsei- » gneur Hugues-Capet sans avoir consulté vos

12 nUGDES-CAPET.

M forces avant de montrer tant d'audace, je » prie Dieu que le jour arrive où je pourrai » vous servir avec honneur; car je n'ai point » oublie qu'une fois vous m'avez sauvé en )) m'arrachant au fer de mes ennemis. Ce que » je puis donc vous dire, c'est que vos ])ar(i- » sans vous trompent; vous aurez bientôt lieu )) de vous convaincre qu'ils s'occupent non de » vos'intérêts^ mais des leurs : ainsi vous devez » vous défier d'eux tous. Cependant, si certain » personnage veut venir jusqu'à nous et méri- » ter notre confiance en nous donnant des )i otages , nous pourrons examiner et traiter à » fond ces objets importans : autrement il n'y » a rien à faire. » Peu de momens après avoir écrit cette lettre, ce même archevêque sacra Ilugues-Capet.

Charles ne voyait sous ses bannières qu'Arnould, comte de Flandre, et Herbert, comte de Champagne. Le duc d'Aquitaine, sans joindre ses troupes aux siennes , traversait les desseins de Hugues, non par alTection pour la race royale, mais par jalousie contre le duc de France.

Un grand nombre de seigneurs, attendant l'événement pour se décider, ne reconnaissaient ni Charles ni ITugues , et plusieurs chartes de cette époque portaient cette suscription :

HUGUES-CAPET. l5

Dieu régnant et dans V attente du roi. On regardait apparemment Hugues comme usurpateur, et Charles comme inhabile à régner, parce qu'il était excommunié.

Ce qui devait au reste faire juger d'avance caractère

1 1 • 11* 111 • dclluguesct

aux plus clairvoyans 1 issue de la lutte qui se de ciiaries. préparait, c'était la dilFérence de caractère des. deux rivaux; ils n'avaient qu'une seule qualité commune entr'eux , c'était la bravoure. Mais Hugues, prévoyant, sage, hardi, adroit, savait se concilier et s'attacher tous les partis, tandis que Charles les trompait tous.

L'un bravait imprudemment les préjugés de son siècle; l'autre s'y soumettait pour s'en servir. Charles menaçait, enlevait les reines et emprisonnait les évèques : il fut trahi , abandonné, excommunié. Hugues rendait aux évèques de riches abb.tyes, celles de Saint- Denis et de Saint-Gcrmain-des-Prés ; il plaisait à la crédulité populaire en portant sur ses épaules, pieds nus, pendant une lieue, la châsse de saint Riquier ; il fut béni et couronné par les prêtres. Le descendant de Charlemagne parlait avec hauteur des droits de la rovauté et des usurpations de la Noblesse. Hugues promettait aux seigneurs de changer leurs usurpations en droits irrévocables. Enfin l'un était rapide dans ses entreprises , ferme après les

l4 lIUGUES-CAPIiT.

revers, faiulis <[uc l'autre cliangoait à tous momcns de plan, sans même savoir profiter des plus hrillans succès.

Spore Iluf^ues-Capet, décidé à s'emparer du trône,

lie Hugues, p^^^^^j^ inopinément à Noyon, à la tête de ses troupes, au moment où Charles y rassemblait uue ombre de parlement. Ses partisans épouvantés prirent la fuite. Hu(jues , réunissant autour de lui une assemblée plus nombreuse de seigneurs et d'évêques, fit valoir à leurs yeux un testament par lequel le roi Louis lui léguait sa couronne. Ils le proclamèrent roi le dernier jour du mois de juin 987, et l'archevêque Adalbéron, alléguant, pour se délier de ses sermens , l'excommunication lancée contre le duc Charles, donna solennellement dans Reims l'onction sainte au duc de France. Mézcrai, ainsi que d'autres auteurs, font, à l'occasion du sacre de Hugues-Capet dans la ville de Reims , une observation puérile en apparence, mais curieuse, parce qu'elle prouve à quel point la superstition régnait alors sur l'esprit des classes les plus élevées : ils disent que, depuis le jour de son couronnement, Hugues-Capet ne voulut jamais porter la couronne dans aucune solennité. Dieu lui avait révélé, probablement dans un rêve, que sa race porterait cette couronne pendant sept

HUGUES-CAPET. l5

générations. Il espéra, en renonçant à la porter lui-même, prolonger d'un degré la fortune de ses descendans. La réflexion de Mézcrai sur cette anecdote n'est pas plus philosophique que l'erreur de ce prince : « Hugues, dit-il, » ignorait sans doute que ce nombre de sept » générations, en langage divin, signifie l'é- » tendue de tous les siècles. »

Le nouveau roi , proclamé par quelques Oume m-

I I . 1 . , . , trc CCS (Ipuv

amis, cherchait de toutes parts a reunir des piacs. forces capables d'affermir son trône. Charles, de son côté, s'occupait avec la même activité à réveiller dans tous les cœurs quelques restes d'affection pour la race royale : tous deux avaient de grands obstacles à vaincre. Les seigneurs dont ils réclamaient l'appui , plus occupés de leurs querelles particulièi-es que de l'intérêt général, ne leur offraient, la plupart du temps, que des alliés froids ou infidèles. Arnould , comte de Flandre, et Herbert, comte de Champagne, l'un et l'autre amis de Charles , se divisèrent au lieu de resserrer leurs liens, et se déclarèrent la guerre. Hugues, profitant de ces dissensions, marcha contre Arnould, le défit et lui enleva l'Artois. Mais le duc de Normandie, quoique allié de Hugues, lui fit perdre en partie le fruit de sa victoire; il donna asile au vaincu, le pro-

l6 HUGUES-CAPET.

tégea et obtint pour lui la restitution de l'Artois, à condition qu'il poserait les armes et se reconnaîtrait vassal de Uniques.

Le comte de Ciiampagne était beau-père de Charles; cependant il ne soutint son gendre qu'avec timidité, craignant sans doute de perdre ses propres États s'il s'obstinait à combattre seul après la défaite du comte de Flandre. Charles ne se vit donc réellement défendu que par les troupes de la Lorraine, par les princes de Vermandois et par les soldats que lui amenèrent quelques seigneurs champenois. Au défaut de la force , Charles eut recours PrLse.ie à la Tusc j il sc saisit par trahison de la ville chârf" de Laon , et l'évêque Asselin retomba de nouveau dans les fers. Mais ce prélat, plus rusé que le prince son ennemi , le surprit par ses artifices, le trompa en lui montrant un feint repentir, s'empara de son esprit et devint, en peu de temps, le chef de son conseil.

A la nouvelle de la prise de Laon , Hugues rassemble promptemcnt tous ses vassaux, et, à la tête d'une armée assez nombreuse, vient investir la ville où son rival s'était renfermé. Le sort des deux prétendans semblait devoir se décider dans cet étroit espace, dernier domaine héréditaire de la race carlovingienne. Des deux côtés la bravoure française rendit

long- temps le succès incertain; la défense fut aussi opiniâtre que l'attaque était ardente. Enfin, Charles, digne en ce moment des héros de sa race , se lasse de combattre à l'abri des Exploits murailles; il harangue, anime, enflamme ses soldats, sort à leur tète de ses remparts j décidé à périr ou à régner , il se précipite sur les troupes de Hugues, les ébranle, les enfonce, les poursuit, change leur retraite en déroute , et s'empare en peu de jours de Reims et de Soissons.

Un si brillant succès pouvait changer et Ne>ciamaîtriser 1 opinion publique : mais Lharles, trêve. si ardent pour remporter la victoire, fut trop indolent pour en profiter. La fortune change dès qu'elle se repose; beaucoup de guerriers peuvent la saisir, mais peu savent la fixer. Charles laissa reprendre à son rival la ville de Reims. Au lieu de combattre, il négocia, et, par l'entremise de l'évèque de Langres , conclut avec Hugues une trêve plus favorable au vaincu qu'au vainqueur.

Le temps perdu en combats fut emplové à Sumom 1 intrigue : les évêques et les abbés , enrichis par les dons de Hugues, lui donnèrent le nom de défenseur de l'Église, et dès-lors l'Église ne défendit plus le roi Charles contre lui.

Le peuple, le meilleur juge des princes, 4- a

l8 HUGUES-CAPET.

parce qu'il est rarement leur ennemi , et qu'il ne ])eut jamais être leur courtisan, donnait à lluj'ues le suinoni de Capet, j)our si,<];nilieiqu'il le regardait comme homme de tèle. Trai.ison Cc prlucc connalssalt trop les mœurs de son

(t'AriiKuld, . I , ,

frire de teoips pour Tic pas savoir opposer la ruse a la rusej on était alors à la fois si barbare et si corrompu, que la trahison passait pour adresse. Hugues, déjà sûr de l'évêque Asselin, qui cachait une ancienne et profonde haine contre Charles sous le masque d'un faux dévouement et d'une servile obéissance , parvint encore à séduire un frère naturel de Charles, nommé Arnould : il le gagna en le nommant à l'archevêché de Reims, devenu depuis peu vacant par la mort d'Adalbéron. Arnould jura sur l'Évangile de trahir, en faveur de l'usurpateur du trône, le roi son frère; mais, après avoir reçu le prix de sa lâcheté, il trahit encore son nouveau maître; car il livra Reims à Charles, et revint ensuite à Laon lui dévoiler bassement les secrets qu'on lui avait confiés.

Trêve Le duc Charles, instruit par lui de la nécessité où se trouvait Hugues de s'éloigner et de conduire ses troupes en Poitou pour combattre le duc d'Aquitaine, rompit la trêve, reprit les armes et s'empara de plusieurs villes *.

Tomp

ue.

HUGUES-CAPET. IQ

Hup-ues , secondé par son fils Robert , ne Défaite et

"-^ ^ 1 » • • soumission

tarda pas à rencontrer l'armée d'Aquitaine. aeGuii- Il la trouva si nombreuse , qu'il lui parut téméraire de l'attaquer. Ainsi , pour éviter un échec qui l'aurait ruiné sans retour, il se retira. Le duc d'Aquitaine, Guillaume III, attribuant cette retraite non à la prudence, mais à la peur, le poursuivit si vivement, qu'il le contraignit à s'arrêter et à lui livrer bataille : elle fut meurtrière, longue et décisive. Guillaume, totalement défait, se vit forcé de se soumettre et de reconnaître son vainqueur pour roi.

Le comte d'Anjou, entraîné par ce prince, céda comme lui à la fortune, et rendit hommage au roi Hugues pour les terres de Mirebalais et du Loudunois.

Cette victoire décida du sort de la France : Hugues vit accourir prés de lui cette foule de serviteurs ardens qu'attirent les grands succès. Charles ne fut plus entouré que de traîtres. Hugues, dès- lors certain de triompher sans combattre, s'approcha promptemcnt de Laon, où Charles se reposait, avec une imprudente sécurité, sur la fidélité de ses soldats timides ou corrompus , et de son perfide ministre Asselin. La nuit du jeudi-saint ggi , ce lâche prélat livra une porte de la ville aux ennc-

mis; et Charles, qui dormait paisiblement sur sa foi, se ri'vcilla dans les fers.

Capt.viio- Ce dernier descendant de Cliarlemagne fut

de Cliarits, p J

dcsaiemme cnfemié avec sa lemme dans une tour de la fièrc. ville d'Orléans. L'archevêque Arnould partagea sa captivité, et reçut ainsi le prix de sa double trahison. Un concile, rassemblé pour le juger , le dégrada et le condamna à la prison.

Chiffres Hugues donna l'archevêché de Reims au

arabes et

première famoux Gcrbert , bénédictin, abbé d'Aurillac,

horloge. , . ' ' , /

instituteur de son fils Robert, et qui avait été aussi précepteur de l'empereur Othon III. C'était l'homme le plus savant de son siècle; il fit connaître à la France les chiffres arabes, et elle lui dut encore l'invention de la première horloge.

Paris, HuJ^ues, sans rivaux, réunit le duché de

capilale de ^ '

la France. France à la couronne. Paris continua à être sa résidence, et devint la capitale du royaume. La victoire était générale et complète, mais non la soumission. L'Aquitaine fit encore quelques tentatives de résistance, et ne conclut la paix définitive qu'en 995.

Défaite de, Guillaume, duc de Gasco.fîne , restait seul

fjorrnands ' <J '

^ «" indépendant; les ^Normands firent une descente

Gascogne. * '

dans son pays; il les combattit, les défit, et attribua cette victoire à saint Sévère , que ses

soldats disaient avoir vu à leur tête sur un cheval blanc : un riche monastère , bâti près du tombeau de ce saint, est un monument qui atteste encore à la fois le triomphe et la crédulité de Guillaume.

Le reste de la vie du roi Hugues ne fut Lutte

. *^ de Husues

qu une lutte continuelle contre ses ^rrands vas- comreia saux : ils voulaient qu'un monarque couronné par eux ne fût qu un fantôme brillant , et qu'il ne jouît que d'une ombre de puissance. Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que tout était changé; au lieu des faibles Carlovingiens qui ne possédaient que Laon et Soissons, ils s'étaient donné un roi grand par son caractère, fort par ses triomphes et puissant par ses vastes possessions.

Cependant Hugues éprouva fréquemment l'orgueilleuse fierté de cette turbulente Noblesse : le comte d'Anjou éleva des prétentions sur la ville de Tours; Adelbert, comte de Périgord, le soutenait, u Comment osez-vous me » résister? dit le roi au comte de Périgord ; » ignorez -vous donc qui vous a fait comte? » « Je le sais, répondit Adelbert, ce sont ceux » qui vous ont fait roi; » et, soutenant par un succès ce langage hautain , il s'empara de la ville, malgré les efforts du monarque. Qucreiie

Rome avait reconnu le nouveau roi. Cepcn- d'^dupapcl

22 IIUr.UES-CAPET.

(laiit le pape, Jou joins occupé de maintenir et d'étendre son autorité, fit éprouver à Hugues une vive couîrariété. Ce pontife, prétendant qu'on ne pouvait déposer un archevêque sans son autorité , prit le parti d'Arnould , choisit pour légat Séguin , archevêque de Sens , ennemi personnel du roi, et qui s'était presque seul opposé à son élection , ainsi qu'à la déposition d'Arnould. IMalgré la résistance de Hugues , un nouveau concile fut convoqué. La tige royale n'avait pas encore pris racine. Hugues , craignant une rupture avec l'Église , céda. Le concile déposa Gerhert, rendit la liberté au traître Arnould, et le rétablit sur son siège si indignement acheté.

Gerhert, irrité, se réfugia chez son ancien disciple Othon III : telles sont les vicissitudes humaines; cet abaissement passager de Gerhert fut la première cause de son éclatante élévation; l'empereur le nomma archevêque de Ravenne, et dans la suite il devint pape. î^'o't Charles n'eut pas lon^-temps à supporter ses

.1.- Charles. * "^ ... .

fers et à gémir de son humiliation ; il mourut dans sa prison *. Ce prince laissait deux fils, Othon et Louis, ainsi que deux filles, Gcrbcrge et llcrmcngarde. L'empereur leur offrit sa cour pour asile. L'ainé des jeunes princes,

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