‹ Histoire des Capétiens, rois de FranceChapitre 12 sur 24 · LOUIS VI , DIT LE GROS · texte numérisé non relu

LOUIS VI , DIT LE GROS

(no8.)

Ligue contre Louis VL — Sacre de ce prince à Orle'ans — Origine dos querelles de la France et de TAngleterre. — Guerre entre Louis et Henri. — Victoire de Louis. — Paix entre les deux rois. — Nouvelle ligue. — Succès de Louis. — Querelle entre le roi et le comte de Champagne. — Fuite de ce comte.

— Bataille de Brenneville. — Panger de Louis. — Mariage des filles du roi d'Angleterre. — Continuelle rébellion des grands.

— Schisme à Rome. — Re'forme des mœurs du clergé. — Barbarie de ce temps. — Traité entre la France et l'Angleterre.

— Malheur du roi Henri sur mer. — Conspirations contre lui.

— Nouvel état de la France. — Guene avec 'l'empereur Henri V. — Assemblée du champ -de -Mars. — Honteuse fuite de Henri. — Retour du roi à Paris. — Privilèges des grandes charges. — Ambition du clergé. — Turbulence des grands vassaux. — Différence de la politique de l'Angleterre et de la France. — Association de Philippe à la couronne.

— Sacre de ce prince. — Nouveau schisme .1 Rome. — Mort de Philippe. — Sacre de Louis-le-Jeune. — Troubles en Angleterre occasionés par la mort de Henri I". — Mort de Louis-le-Gros. — Bienfaits de son règne. — La France appelée la mère des rois. — Langage du temps. — Savans , guerriers et ministres de cette époque. — Enfans du roi.

Lifu- Avant de monter sur le trône de son père ,

contre

Louuvi. Louis régnait depuis plusieurs années. On sa-

vait que son sceplre commanderait la justice, et son f5;laive la victoire; il inspirait autant d'espoir aux peuples que de crainte aux seigneurs. Mais, tout en redoutant ses armes et en respectant la fermeté de son caractère, ces seigneurs, accoutumés à l'indépendance, résistaient encore à l'autorité souveraine, et leur soumission ne pouvait être que l'effet de revers sanglans et multipliés. Ils avaient formé une ligue dont Guy de lloclieforl était le chel.

Le roi , dans le dessein d'être entièrement libre pour la combattre, pressa la cérémonie de son sacre , cérémonie a laquelle les premiers princes d'une dvnastie nouvelle atlacbaient une grande importance , parce quw l'onction sacrée rendait leur pouvoir plus vénérable aux veux des peuples : aussi vit- on plusieurs princes capétiens sacrés d^ux fois, la première comme associés au trône du vivant de leur père, et la seconde au momeni où ils héritaient de la couronne.

Louis fut donc sacré à Orléans cincj jours saoe

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après la mort de rhilippe. Vainement 1 arche- à Orléans. vêque de Reims protesta contre cette décision, [U'étendant que les prélats de son Église avaient toujours joui du droit exclusif de sacrer les rois. Le savant Yves , évêque de Chaitrcs , réfuta victorieusement ces arguiiiens , et lui

prouva par plusieurs exemples le peu de fondement de SCS prétentioîis.

Eu effet, CaribcrtetGontran, Charles etCarlonian, Louis-le-Bègue , Eudes, Raoul, Louisd'Outremer et Robert, lils de IIu(i;ues-Capet , avaient été couronnés par d'autres évéques que celui de Reims. D'ailleurs le pape avait frappé récemment cet archevêque d'interdiction; enfin la plupart des seigneurs français pressèrent vivement le roi de résister aux réclamations de l'archevêque.

Le roi, protecteur des libertés de l'Église gallicane, les soutint alors avec fermeté contre le pape Urbain, qui avait fait décider, dans le concile de Clermont, qu'aucun évêquc ne rendrait hommage-lige à un prince laïque. Le monarque et l'Église gallicane, malgré les réclamations des papes, soutinrent, en s'appuyant de l'autorité de saint Augustin, que les églises , ne tenant leurs biens temporels que de la magnificence des souverains, ne pouvaient posséder ces biens sans se reconnaître dépendantes de leui' autorité.

Un seul détail paraîtra digne de remarque dans les cérémonies du sacre de Louis-le-Gros. Au pied de l'autel, les évêques lui ôtèrent son épée; en même tenq^s ils lui en présentèrent une autre, en lui rappelant qu'elle était desti-

née à la défense des lois. Ensuite ils remirent dans ses mains le sceptre consacré à la prolection des églises et des pauvres.

La ligue, qui menaçait le pouvoir du trône, semblait spécialement avoir pour but d'abaisser la maison de Garlande, dont les seigneurs enviaient la faveur et le crédit. Quatre Garlandes occupaient alors les premières cliarges de la cour. Hugues du Puyset se montrait le plus ardent des ligueurs. Le comte de Corbcil refusa d'entrer dans cette conspiration. Crécy, son frère, lui tendit un piège, le surprit perfidement et le jeta dans une prison. Mais Louis, prompt comme l'éclair, volant a son secours , vainquit Crécy et délivra son captif.

Henri régnait à cette époque en Angleterre, Origine des et possédait aussi la JNormandie, dont le duc, la France et

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liobeit son irere , vaincu dans un combat , i^rrc. avait lini ses jours en captivité. La France voyait avec jalousie ces deux Etats réunis sous le sceptre d'un rival puissant; et de son côté le roi d'Angleterre , pour mieux alVcrmir sa puissance, fomentait l'esprit de discorde qui divisait en France Louis et les grands. Ainsi naquirent ces funestes querelles et ces guerres presque perpétuelles entre la France et l'Anglelerre, guerres rarement suspendues, jamais

lermiiU'c's, ({u'oii iiiterrompail j)ai' las-siludc , cf qu'où iTUouvcliiitavecuu tolacharnoiiK'iit «|U(', depuis le lègue de Louis-le-Gros jusqu'à celui de Charles\ Il , ou peut couîpter ceut viuf;l Lrailcs presque aussitôt rouqjus (pie sigués. Gocrrc Dés que Henri apprit les rapides exploits du

entre Louis . • i i. ■ • l T • i •

ciHemi. jeune roi de rrance, qui avait délai t plusieurs seigneurs , forcé quelques châteaux , et qui s'était enfin empare de Chevreuse, il déclara la guerre à la France. La conservation de la ville de Gisors, qu'il possédait et que Lcmis réclamait, servit de prétexte à la ru[)ture.

Louis , accompagné de ses plus fidèles vassaux, marcha contre les Anglais : les deux armées se trouvèrent eu présence sur les bords de l'Epte. Louis, voulant épargner le sang de sou peuple , proposa au monanjue anglais de faire décider leurs querelles par un combat corps à corps de trois Français contre trois Anglais. L'esprit frondeur fut de loul temps celui des deux nations rivales : a la nouvelle de ce défi , les railleurs dans les deux camps s'écrièrent « qu'il serait plus simple et plus » convenable que les deux rois combattissent. » ensemble, et que ce combat eût lieu sur un )) vieux pont en ruines, qui séparait les ar- » mées. n Au re«te, la proposition du roi de Fiance fut refusée.

Plusieurs auleurs assurent que Louis proposa aussi au monarque anglais un combat singulier, mais que Henri répondit à ce défi, H qu'il serait insensé à lui d'accepter un duel » pour la possession d'une ville qu'il tenait » déjà en son pouvoir. »

Les deux rois se livrèrent bataille : Louis v.noire

. a 1 • • . J*-' Louis.

mit en déroute les Anglais, qui se sauvèrent à Meulan. Le comte de Flandre , poursuivant l'ennemi avec trop d'ardeur, fut entouré et tué. Son fils Baudouin, surnommé la Hache, lui succéda. Le roi, que d'autres dangers rap- r.i.x jielaient près de sa capitale, conclut la paix .i.i.x.ois. avec Henri, qui resta maître de Gisors ^.

Tandis que le roi terminait avec gloire celte Nouvdic courte campagne, Pbilippe , fils de Bertrade, aveuglé par ses conseils, se laissa attirer dans une ligue formée par Amaurv de iNîontfort et par Foulques d'Anjou, depuis roi de Jérusalem.

Louis ne se lassait ni de combattre ni de succis vaincre : li courut attaquer les rebelles ; il assiégea , prit Mantes et MontUiéri. Peu de temps après il rendit cette dernière place a Milon, vicomte de Troyes. Secourant ensuite le comte de Champagne, qui jus(jue-là s'était montré fidèle, il attaqua ce fameux château * 11)4.

(lu Puysel, d'où les peuples voyaient sortir avec elTioi d'avides cohortes (jui répandaient partout rincendie et la dévastation. Cette forteresse féodale , ou plutôt ce repaire d'illustres brigands, attaquée plusieurs fois vainement, résista près de trois années aux armes royales. Enfin elle fut prise et son seigneur jeté en prison.

Philippe, fils de Bertrade, mourut peu de temps après.

Querelle Le comte de Champagne se montra peu re-

ontrc le roi . in • i • i •

et le «.mie counaissant de 1 appui que le roi lui avait pagiu. prêté. Il eut 1 audace de construire un fort dans les domaines royaux et hors de ses propres possessions.

Le roi exigea le redressement de ce grief. Le comte , prétendant fonder ses droits sur d'anciens titres, demanda le jugement de Dieu, et prit pour champion un de ses chambellans.

Le roi chargea Anseau de Garlande de le combattre ; mais ce duel entre un vassal et son souverain parut si peu convenable aux pairs de Champagne comme aux pairs du roi, que les deux champions ne purent obtenir d'aucune cour de justice qu'elle leur ouvrît la lice et leur assignât le champ de bataille.

Alors le comte de Champagne , secondé par les seigneurs de Crécy, de Rocheforl , de Dam-

martin , de Mon.^cy, de Bcaugcncy, de Troves et de Corbeil , sollicita ralliance de TAngleterre, l'obtint et déclara avec elle la guerre au roi.

Louis, de son côté, soutint hautement les prétentions de Guillaume Cliton-courte-cuisse, fils de Robert, sur la Normandie, et plusieurs seigneurs normands prirent les armes en faveur de Cliton.

L'armée royale, quoique appuyée par eux, n'était composée que des troupes levées dans les domaines du monarque et des vassaux de sa seigneurie. 11 fallait, pour ne point l'affaiblir, oublier d'anciennes querelles et d'anciens resscntimens : aussi le roi, comprimant un juste courroux, se réconcilia avec le seigneur du Puyset.

Le comte de Champagne s'était vanté de FuUcde

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