‹ Histoire des Capétiens, rois de FranceChapitre 14 sur 24 · C) I.ODIS VI · texte numérisé non relu

C) I.ODIS VI

roi d'Angleterre, son vassal, de coniparaide au tribunal des pairs du royaume pour y plaider sa cause conlic (^lilon relativement au duché de Normandie. iMais , connue il devait s'y attendre, ce redoutable vassal ne comparut devant son seigneur qu'à la tête d'une armée.

Bataille Lcs Français entrèrent en Normandie '*', et

lie IJriMiiic- t I -Il

ville, les deux rois se livrèrent bataille à Brenneville. Ce combat fut vif et sanglant. La fortune s'était d'abord décidée pour l'impétuosité fran-

Dangir çaiscj mais Louis perdit cet avantage par son

de Louis. * . 11 • 1

ardeur : poursuivant avec trop d imprudence une aile de l'ennemi qu'il avait enfoncée , bientôt, séparé des siens, il se voit entouré et chargé de tous côtés. Un Anglais saisit la biide de son cheval et s'écrie : » Le roi est » pris. » « Ne sais-tu pas, dit le monarque » en riant, qu'au jeu d'échecs le roi n'est ja- » mais pris? » Et au même instant, d'un coup de sabre , il le renverse mort à ses pieds ; perçant ensuite la foule qui l'environnait, il lui échappa, grâce à la rapidité de son cheval, pénétra dans une sombre forêt et s'y égara. Une pauvre paysanne le i^encontra, le reconnut et le ramena à Andely, où il retrouva son armée. Celle des Anglais, trop fatiguée par une

bataille dont le succès était peu décisif, ne le poursuivit point.

A peu près à la même époque Henri , roi d'Angleterre , plus heureux par les négocialions que par les armes , accrut sa puissance , déjà trop formidable, en mariant sa fille aînée Mathilde à l'empereur Henri V, et Mahau , sa seconde, à Conan , prince de Bretagne, qui lui rendit hommage pour son duché, reconnaissant ainsi les anciennes prétentions des ducs de Normandie sur la souveraineté de la Bretagne.

Il arrive souvent que le sort, par ses capri- Mariage ces, déjoue les calculs les plus profonds de la r>.i dAngiepolitique : par une singulière latalite , ce lien , contracté entre une princesse anglaise et le duc breton , devint dans la suite une des causes de la réunion de la Bretagne à la France ; car Constance, arrièrc-pctitc-fille de Conan, étant veuve du comte d'Anjou , eut d'un second mari , le comte de Thouars , une fille nommée Alix, qui épousa Pierre de Dreux, arrière-petit-fils de Louis-le-Gros , et lui apporta en dot la Bretagne.

Ce fut ainsi que , depuis la grande révolution opérée dans le monde par Constantin , révolution qui détruisit la chose publique pour en fjiire la chose privée, les peuples, devenant

la propriété de leur monarque, chnn{i;t'roiU de maîtres , eomme les troupeaux et les terres , par héritage.

Les prétentions des membres de chaque famille royale aux trônes vacans donnaient à chaque instant naissance à des contestations opiniâtres et compliquées. Les querelles nationales étaient devenues des procès de famille, et il était impossible de maintenir en Europe un équilibre que changeait nécessairement chaque mariage entre les maisons des princes.

C'est depuis un siècle et demi seulement que la raison humaine , perçant péniblement les ténèbres et se dégageant de la rouille des âges , a fait sentir aux monarques et aux peuples la nécessité de remédier à un tel désordre. Depuis cette époque la plupart des princesses , en épousant des rois étrangers, renoncent aux droits de leur naissance sur la succession au trône de leur propre famille ; modification heureuse, qui, sans détruire tout-à-fait un ancien droit public si funeste , en prévient au moins les inconvéniens les plus graves , et nous mettra probablement désormais à l'abri de ces querelles interminables , qui coùtèient tant de combats pour la succession des Valois en France , pour celle des maisons d'Aragon

LOUIS vr. 209

et d'Anjou à Naples, de Clèves et de Juilliers en Germanie , et qui épuisaient le sang de tous les peuples pour le choix d'un maître.

Tandis que Louis combattait avec vaillance Cominueiie

reLellioii

les Anglais , la tranquillité intérieure de ses Jes grands. États était sans cesse troublée par la rébellion des seigneurs. Mais la rapidité du roi déconcerta leur audace ; rien n'arrêtait ce prince : fleuves, torrens, fossés, murailles, il franchissait tout, et l'on était frappé de son glaive au moment où on le croyait éloigné.

Milon, vicomte de Troyes, accusé d'assassinat, n'ose soutenir ni le jugement du roi ni celui de Dieu ; il implore la clémence de Louis, se jette à ses pieds, lui abandonne ses terres, et prend l'habit de moine à Cluny.

Le seigneur du Puvset s'était encore révolté. Assiégé de nouveau par le monarque, il tua dans une sortie Anseau de Garlande , sénéchal et favori du roi. Louis s'empara de son château, le dépouilla de ses biens et rasa sa forteresse. Le rebelle, vaincu et errant, termina ses jours sur la mer, en allant en Palestine.

Le seigneur de Coucy, excommunié et dégradé de noblesse par le pape, dans un concile tenu à Beauvais *, s'était laissé tellement emporter par l'excès de son ressentiment, qu'il

incendia la ville de liaon, livra aux plus affreuses tortures les prisonniers qu'il avait faits, massacra l'ëvêque et lui coupa le doigt qui portait l'anneau pastoral. 11 allait onlin se rendre maître d'une tour, dernier asile d'un reste d'habitans infortunés, lorsque Louis parut, se précipita sur lui, le mit en déroute, rasa ses châteaux de Crécy et de Notent , et le contraip-nit à se soumettre.

Le roi tourna ensuite ses armes contre un autre seigneur nommé Adam , qui dévastait les environs d'Amiens. Il le vainquit et le châtia.

Comme le roi d'Angleterre fomentait secrètement toutes ces querelles, Louis s'en vengea en donnant constamment des secours à Guillaume Cliton, dont les partisans perpétuaient les troubles en Normandie.

La distance n'arrêtait pas plus que les périls le courage du monarque. Le seigneur de Bourbon-l'Archambault opprimait ses vassaux. Le roi l'assigna en son parlement. Sur son refus, il ordonna la saisie de ses biens, marcha contre lui, l'attaqua, le battit, l'emmena captif et le réconcilia avec son neveu , ainsi qu'avec les autres châtelains qu'il avait tyrannisés, sciùsme Ce fut dans ce temps qu'il éclata un schisme à Rome entre Grégoire et Gélase. Ces contestations étaient devenues alors d'autant plus

à Rome.

opiniâtres qu'elles avaient pris naissance dans les querelles de Tempire et du sacerdoce , relativement au droit d'investiture. Les empereurs fomentaient ces dissensions. Gëlase, persécuté en Italie, vint en France et mourut a Cluny en 1119. Les cardinaux^ qui l'avaient suivi élurent à Étampes pour pape Calixte II, oncle de la reine de France, et frère d'Etienne de Bourgogne. Louis soutint cette élection, et la fit confirmer dans un concile tenu à Reims.

Ce concile s'efforça de réformer les mœurs Reforme du cierge, et les remèdes qu il voulait appor- aucitrijp. ter au mal suffisent pour on prouver la gravité : ce concile défendit aux évèqiies la simonie, aux laïques la jouissance des bénéfices ecclésiastiques, aux prêtres le concubirtage, à tous la vénalité des sacrcmens. Le roi était présent au concile ; l'empereur refusa d'y venir et fut excommunié.

La guerre se renouvelait ou plutôt continuait entre l'Angleterre et la France. Plusieurs seigneurs normands se rangeaient sous la bannière des Français, ainsi que les comtes d'Anjou et de Flandre.

Le comte de Champagne , au contraire , joignait ses troupes à celles des Anglais. Le comte Baudouin de Flandre marcha contre lui , et fut malheureusement tué à rat(a([uc du château de

Liiie- Cliailes-le-Boii , son neveu, beau-fils de Canut, roi de Danemarck, hérita du comté de Flandre.

Barbarie On ne Sait pas trop pour quel motif le surce emps. ^^^^^ j^ ^^^ ç^^ donné à Charles : l'histoire

rapporte de lui un trait qui lui aurait plutôt mérité le nom de barbare. Ayant fait arrêter des monopoleurs, il en fit attacher un contre un poteau, et on lia sur la tète de ce malheureux un chien que des gardes excitaient à grands coups pour qu'il déchirât le visage de cet infortuné. Telles étaient les mœurs cruelles de ce siècle , que Robertson regarde avec raison comme la plus désastreuse époque de l'histoire du monde.

Un autre seigneur, Amaury de Montfort, ayant fait dans un combat cent prisonniers , les renvoya dans leur camp, après leur avoir fait couper la main droite, qu'il les forçait de tenir dans la gauche pour montrer ainsi à leurs camarades ce honteux et sanglant trophée de leur vainqueur.

De semblables traits peuvent faire juger de l'étendue des calamités qui accompagnaient alors la guerre acharnée des Français et des Normands. La Normandie devint le théâtre d'une foule de petits combats avec des succès balancés , qui ne décidaient point la querelle

des rois, mais qui livraient les peuples de cette malheureuse province à l'incendie et au pillage.

Après l'affaire de Brenneville et un autre T';i"'^"=°"^'"

1 la r raiicc el

enfijasjement près de Breteuil, dont chacun des l'^ngie-

<J <3 r ' terre.

deux partis s'attribua l'honneur, le pape Calixte vint à Gisors et réconcilia les deux monarques, qui , par un traité, se rendirent réciproquement les places conquises.

Ce traité, conclu en 1120, fut pour le roi Maïucur

^ <hiruilleuri

Henri l'époque du plus grand malheur : il s'é- '"' "'"• tait embarqué pour retourner dans ses États; un vaisseau de sa flotte , qui portait ses trois fils, sa fille et trois cents gentilshommes anglais, échoua contre un écueil par l'imprudence des matelots plongés dans l'ivresse. Tous périrent , et le peuple attribua cette funeste catastrophe au courroux de Dieu et aux vices infâmes des trois princes et de leurs compagnons d'armes.

Loin d'être émus par le désespoir du mo- Couspira-

, * lion conlic

narque, les partisans de son neveu Cliton se i»; soulevèrent de nouveau en Normandie , et Louis leur donna secrètement des secours.

Henri , contraint de revenir en France, remporta une victoire sanglante sur les rebelles. Aigri par ses malheurs et par la turbulence de ses vassaux , il prit des mesures rigoureuses et voulut affermir son pouvoir par la crainte.

2l/i T.OUIS VI.

L'iiiiniiliii de ses sujets l'en puml; plusieurs conspirations furent tramées contre ses jours, et bientôt il éprouva la terreur qu'il voulait inspirer. Ce malheureux prince, croyant touiour8 voir un poignard sur sa tète, ne dormait qu'entouré de gardes, et changeait plusieurs fois de lit ainsi que de chambre pendant la nuit.

Henri, tant qu'il vécut, s'occupa d'accroître le pouvoir royal, d'alï'aiblir celui des sei- (Tneurs et de résister à l'ambition du clergé. Lorsqu'il envoya des évéques à Reims pour reconnaître le nouveau pontife, Cnlixte, il leur dit : c{ Saluez le pape de ma part; écoutez-le )) avec humilité, mais ne rapportez ici aucun » décret du concile. »

En élevant Calixte à la chaire pontificale , l'abbé Suger dit (( qu'on s'occupa plus du mé- » rite de l'élu que de la légalité de Féleclion , » parce qu'il faut, ajoute-t-il, passer, en cer- » taines occasions, par -dessus les règles. » Cette maxime de l'abbé de Saint -Denis était plus machiavélique que chrétienne.

Le roi d'Angleterre avait hésité à reconnaître cette élection peu légale. Saint Bernard lui dit : (( Bannissez toute crainte ; vous répondrez de » vos autres péchés : pour celui-ci, je m'en » charge. »

LOUIS VI. 2l5

Depuis lonff-temps les rois de France, uni- Nouvel

l ^ ^ éclat de la

quement occupés à guerroyer autour de leur France. capitale et à réprimer la turbulence de leurs vassaux les plus voisins , étaient devenus presque étrangers aux querelles des autres souverains. Ces faibles héritiers du trône de Charlemagne , loin de porter leurs armes au-delà du Rhin et des Alpes , défendaient péniblement leur étroit domaine.

La France, belliqueuse mais divisée, mais déchirée par les querelles des seigneurs , n'apportait plus aucun poids dans la balance des destinées de l'Europe. On savait qu'il existai i des Flamands, des Bourguignons, des Normands, des Angevins, des Champenois, des Picards , des Provençaux ; mais le nom de France n'imposait plus au monde.

Un danger commun réunit tout à coup ces diflerentes tiges d'un tronc déchiré, et, sous le règne de Louis, cette même France, menacée par la Germanie, brillant soudain d'un nouvel éclat, réunit ses bannières divisées, et, dès qu'elle parut sous les armes, elle eflVaya ses ennemis , les contraignit à fuir et leur fit pressentir la gloire de son avenir.

L'empereur Henri V, rendre du roi d'Anp;le- Guerre

. . . . , , . 1 , "". avec l'cm-

terre , loiPinait a la haine de son beau-pere ptreur

^^ . , . . Htnii V.

contre le roi de France ses ressentimens parti-

2lC) LOUIS VI.

cuUers. Louis avait reconnu le pape Calixle, Ce pontife et le concile de Reims venaient d'excommunier l'empereur. Ce monarque irrité réunit sous sa bannière les princes et les seigneurs allemands de l'empire, et déclara la jjuerre à la France, espérant avec des forces si considérables Iriomplier sans peine d'un roi que menaçaient sans cesse les Anglais, les Normands, et qui se battait tous les jours avec les seigneurs des châteaux les plus voisins de sa capitale.

Son espoir fut trompé : au cri de guerre contre l'étranger, la discorde se tait; les querelles privées se suspendent. La France entière se lève, s'arme et répond à l'appel de son roi. Le comte de Champagne lui-même, l'un des plus opiniâtres ennemis de Louis , vient avec zèle remplir les devoirs de vassal de la couronne.

Jusqu'au règne de Philippe I", l'étendard royal , qui avait guidé tant de fois les Français à la victoire, était la chape ou le manteau de saint Martin de Tours, porté par les comtes d'Anjou. Louis voulut en choisir un autre qui appartint à sa propre seigneurie; et, comme premier vassal de Saint -Denis, en qualité de comte du Ycxin, il prit Toriflamme, étendard sacré de cette abbaye. Cet oriflamme était une

pièce d'étoffe unie et rouge, fendue en bas en trois queues, entourée de soie verte et suspendue à une lance dorée.

On vit donc alors reparaître un de ces an- Assemblée

■^ ^ du champ-

ciens champs-de-Mars, depuis si long -temps de-Mars. oubliés. Jamais, depuis Charlemagne, une assemblée si nombreuse ne s'était réunie autour du trône. Tous les seigneurs qui la composaient promirent solennellement au monarque obéissance et victoire. Les forces du roi s'élevèrent promptement au nombre de deux cent mille hommes, quoique les ducs de Bretagne et d'Anjou ne lui eussent pas encore amené leurs contingens.

Dans ce grand conseil des Francs on régla le plan de campagne, la marche de l'armée, la division et la direction des différens corps qui la formaient , et le roi nomma leurs chefs. Garlaiide seul eut l'étrange opiniâtreté de résister au monarque, et de vouloir exercer sans son ordre tous les droits attribués à la charge de sénéchal , qu'il prétendait héréditaire. Ainsi l'esprit des Mérovingiens se montrait encore, et si les Capétiens eussent été aussi faibles que les rois de la première race , on les aurait bientôt vus captifs dans leur palais, sous la tutelle de leurs vassaux. ii.mici.sp

L empereur d Allemagne s avançait; mais, Htnn.

2i<S Lours VI.

avant de pciiétrcr jusqu'à Metz, il appiil avec surprise que ce n'était point un prince, mais lout un peuple qui venait à sa rencontre. Alors, frappé de terreur, comme si l'ombre des Pépin et des Charlcmagne lui eut apparu tout armée, il abandonna honteusement son entreprise, cl s'enfuit précipitamment en Germanie.

Louis voulait le poursuivre au-delà du Rhin; mais alors les vices du réj^jime féodal, qui n'avaient été que temporairement comprimés, éclatèrent de nouveau. Le danger national n'existait plus. Les passions privées reprirent leur force, et les seigneurs, emmenant leurs bannières et leurs soldats, rentrèrent chacun dans leur domaine. Le monarque, réduit aux seules troupes du duché de France , revint à Paris; et, triomphant sans avoir combattu, il se rendit avec pompe à Saint -Denis pour y déposer l'oriflamme et rendre à Dieu de solennelles actions de grâces.

Keiour.iu Dans cette pieuse cérémonie, Louis, parta-

n.. à Paris. , • .• i- • j

géant les idées religieuses du temps, ou voulant politiquement s'y conformer, porta sur ses épaules les châsses des martyrs, fit plusieurs donations à l'abbaye de Saint- Denis et confirma ses privilèges, entr'autres celui de percevoir des droits sur la foire du Landit.

A celte môme occasion, il rendi( a Saint-De-

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nis la couronne de son père, retenue jusquelà injustement par lui , selon l'opinion de Tabbé Suger, a parce que, disait-il, cette abbaye » avait de tout temps joui du droit de posséder >» les couronnes des rois après leur mort. » On voit, dans tout ce que rapportent les écrivains de ce temps, par quelles nombreuses cliaînes l'aristocratie religieuse et féodale s'était accoutumée à lier les monarques.

Le grand armement des Français contre piivuéges 1 empereur lut une occasion remarquable cUaigcs. pour cette aristocratie de mettre au jour ses prétentions les plus contraires à tout ordre et a toute discipline. Le comte d'Anjou soutint avec fierté les privilèges de sa maison , qui prétendait posséder béréditairement la baute dignité de grand sénécbal , et voici les singuliers privilèges qui y étaient attacbés. Avant de servir le roi a table, le comte s'asseyait sur un fauteuil en face de lui ; après avoir fait son service, il était reconduit a son liôlcl sur un coursier qu'il donnait ensuite au cuisinier du roi; on lui apportait un certain nombre de pièces d'or qu'il distribuait aux lépreux. Arrivé à l'armée, le prince devait lui faire préparer une ricbe tente, capable de contenir cent personnes. Le grand sénécbal, soit qu'il jouît ou non de la confiance royale, comman-

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(lait de choit ravant-j^arde dans l'atlaque, l'arricie-garde dans la retraite, et ne pouvait recevoir aucun reproche du roi , quelles que fussent ses fautes et ses revers. Enfin les arrêts qu'il rendait ne pouvaient être cassés par aucun juge.

Heureusement ce mal, né de la féodalité, y trouva aussi son remède. Les seigneurs étant devenus souverains , il était diflicile qu'un prince, tel que le comte d'Anjou, quittât hahituellement sa souveraineté, sa cour, ses plaisirs et ses affaires, pour venir exercer, dans le palais des rois, une charge domestique, quelque brillante qu'elle fût.

Les monarques capétiens profitèrent habilement de cet éloignement de leurs grands vassaux. Ils nommèrent des ofticiers inférieurs pour faire les fonctions des grands dignitaires. Il en advint que ceux-ci ne les remplirent que très rarement et dans des occasions solennelles; de sorte que ces dignités si dangereuses ne furent plus qu'honorifiques , et que peu à peu le temps effaça ces traces d'anarchie, ces abus monstrueux et cette funeste confusion de pouvoirs.

Il fallut cependant que nos rois déployassent beaucoup de fermeté pour empêcher les seigneurs du second ordre, qui remplaçaient

LOUIS Vr. 22 1

les grands dans leur cour, de s'approprier une partie des prérogatives qu'on voulait abolir.

Louis - le - Gros ne tarda pas lui - même a l'éprouver. Ce grand prince disait souvent (( qu'un roi ne doit avoir d'autre favori que n son peuple; » et cependant il en avait un : c'était Garlande , guerrier brave , ministre habile, mais courtisan hautain et ambitieux. Dans l'absence du comte d'Anjou, il faisait le service de sénéchal , et bientôt il prétendit que cette charge devait être héréditaire dans sa maison.

Louis , trompé par le dévouement et par l'esprit adroit de son ministre , ignorait la haine que sa hauteur et sa cupidité excitaient généralement contre lui ; il était diflicile et peut-être dangereux de l'éclairer. La reine s'en chargea; elle avait été offensée par l'orgueilleux ministre. Le roi ouvrit tardivement les yeux , et dépouilla Garlande de sa charge.

Celui-ci voulait qu'on la donnât à Amaury de Montfort, son neveu. Le roi refusa d'y consentir. Alors l'ingrat et téméraire vassal prit les armes et se ligua contre son souverain avec les Anglais et le comte de Champagne. Louis marcha contre lui, le combattit; et, ([uoiqu'il fût blessé dans cet engagement, il remporta la victoire, poursuivit le rebelle,

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s'empara de son château de Livry vl le rasa. Etienne de Garlandc vaincu se déiiiil de toutes ses charges; mais, aussi humble dans le malheur qu'il s'était montré orf^ueilleux dans la prospérité, il parvint à fléchir la reine Alix, et cette princesse détermina le roi à lui laisser la place de chancelier, et même quelques restes de son ancien crédit.

Ami.ition Le clergé, par son ambition, ne suscitait pas moins d embarras au roi que les seigneurs : ce clergé prétendait que le monarque ne pouvait exercer aucune influence sur les nominations aux bénéfices vacans. Le roi soutint ses droits et brava leurs menaces. L'évéque de Paris et l'archevêque de Sens, irrités, se retirèrent de la cour : Louis saisit leurs terres. Les rebelles l'excommunièrent; mais les armes ecclésiastiques , par l'abus même qu'on en avait fait, n'épouvantaient plus ni les rois ni la France. Le pape Honorius blâma l'orgueil de ces prélats rebelles , annula leur censure , et les contraignit ainsi à se soumettre.

Turi.uienro La vlc cntièrc de Louis n'était qu'une lutte

des grands i ii i • l ! •

vassaux, perpctuclle contre les usurpations et les brigandages de ses vassaux. Bientôt il sut que le comte d'Auvergne, gendre du duc d'Aquitaine, persécutait un de ses neveux, et opprimait les peuples qui lui étaient soumis. L'évéque

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de Clermont porta contre ces vexations de vives plaintes an pied dn trône. Grâce à Louis, l'autorité royale de ses successeurs tira sa force d'une source bien pure et bien glorieuse , la protection accordée aux peuples opprimés. En 1 126, le roi, secondé par le comte d'Anjou , le duc de Bretagne et le comte de INeubourg , marclia en Auvergne , prit Clermont , força le comte à la paix et en reçut des otages. Six ans après, le turbulent vassal, ayant exercé de nouvelles violences, attira encore contre lui les armes royales.

Louis vint mettre le siège devant Montferrant ; le duc d'Aquitaine, Guillaume VIII, accourut au secours de son gendre; mais, d'une bauteur où il s'était campé , ayant aperçu la formidable armée du roi, le nombre de ses .troupes et le bon ordre dans lequel elles étaient rangées le saisirent de frayeur. Au lieu de combattre, il négocia, flécbil le courroux de Louis, et lui amena le comte d'Auvergne, qui obtint sa grâce du monarque, en jurant d'exécuter tout ce qu'il lui ordonnerait.

Peu de temps après le duc d'Aquitaine mourut et laissa ses États à Guillaume IX son fils , qui fut le dernier duc de cette grande province. Guillaume IX ne jouit pas paisiblement de son héritage, et soutint une longue guerre

contre Raymond, (jui lui disputait le comté de Toulouse.

Ce siècle barbare voyait chaque pa.j^e de ses annales souillée par quelque meurtre et quelque assassinat. Les bourgeois de la ville de Bruges voulaient jouir de la liberté communale que Louis commençait à protéger. Charles-le-Tîon, comte de Flandre, s'opposait à leur affranchissement; ils l'égorgèrent : le roi s'arma pour le venger, combattit, défit les rebelles, jeta en prison les plus coupables, et adjugea le comté de Flandre à son protégé Cliton-le-Normand, neveu du roi d'AnMeterre.

Etienne de Boulogne, qui prétendait avoir des droits sur ce grand fief, combattit Cliton, fut secouru par les Anglais, et envahit la Flandre. Le roi marcha contre lui, le contraignit à fuir, et fit couronner Guillaume- Cliton à Bruges; car les ducs et les comtes, usurpateurs de la plupart des droits de la souveraineté, avaient aussi dans ce temps leur couronne comme les monarques.

Guillaume, par sa conduite violente, perdit le fruit de la protection du roi; il opprima ses sujets , qui se révoltèrent et appelèrent à leur tète Thierry, comte d'Alsace. Bientôt une bataille eut lieu près d'Alost entre les deux rivaux. Guillaume fut vainqueur; mais, at-

teint d'un coup de lance dans le combat, il mourut de sa blessure. Sa mort déjoua les sages desseins de Louis. Thierry resta maître de la Flandre , et le roi d'Angleterre posséda désormais, sans contestation, la Normandie.

Louis avait formé des lieutenans qui se montraient comme lui vengeurs des opprimés. Le comte de Vermandois, ayant appris que Thomas de Marie, seigneur de Coucy, dévastait les campagnes et détroussait les voyageurs, marcha contre lui, découvrit une embuscade qu'il lui avait dressée , le surprit dans son propre piège, le défit et le blessa mortellement.

La plupart des historiens, jugeant plus les Di^r.rronre événemens que leurs causes, n'accordent au qunde lAnroi de France que les qualités brillantes d'un deiaFraucc. guerrier , et prodiguent leurs éloges à l'habile politique de Henri, son rival. Ils oublient que le monarque anglais n'était point arrêté dans ses projets par de grands vassaux. L'ancienne noblesse anglaise avait péri. Les seigneurs normands , leurs vainqueurs et leurs héritiers, avaient acquis des terres, de la fortune et non du pouvoir; aucun d'eux n'était souverain , tandis que les vassaux de Louis-le- Gros, indépendans non-seulement dans leurs

duchés, dans leurs comtés, mais même dans 4. i5

leurs petits châteaux, entouraient sans cesse Louis de diflicultés, d'obstacles et de périls. Leur turbulence donnait naturellement des alliés en France aux Anglais, et la politique du monarque français était aussi souvent entravée par l'inconséquence et Tinconduite de ses protégés que par l'ambition de ses vassaux. 11 résulta, dans la suite, de cette différence de position des deux trônes, que l'aristocratie anglaise , trop faible pour résister seule au roi, s'unit au peuple pour former des assemblées politiques et marcher ainsi de concert à la liberté, tandis qu'en France la terreur inspirée par les grands vassaux porta les peuples à chercher un asile dans la protection rovale; ils se placèrent sous l'abri du trône, et par là l'élevèrent à la hauteur où nous l'avons vu ])arvenir.

Les grands , trop fiers pour vouloir soumettre la législation de leur seigneurie à celle du roi, ne se rassemblèrent, lorsqu'ils étaient convoqués, que pour juger de grands procès féodaux , pour discuter des questions de paix ou de guerre, pour célébrer le couronnement du monarque, et non pour former une assemblée législative. De même, quand les peuples furent postérieurement appelés aux états-généraux, ils n'y portèrent aucune prétention à

l'influence législative; mais ils s'y présentùrent comme suppliaos, comme protégés, pour offrir quelques tributs et pour obtenir, par leurs humbles doléances, le redressement de quelques abus. Telle fut l'origine des deux différentes routes que suivirent dans leur politique l'Angleterre et la France; elles conduisirent nécessairement la première à la liberté, et la seconde à la monarchie presque absolue.

Louis -le -Gros, malgré tous ses lauriers , Association

(le Phill

ppe

ce prince.

trouvant son trône mal affermi, crut néces- àiacôu-

. > • 1 II' • ronnc.

saire, pour éviter les troubles qui pourraient suivre sa mort, de s'associer son fils Philippe : les grands y consentirent, et il fit sacrer ce saciede prince à Picims, le jour de Pâques 1 129.

L'empereur Henri V venait de mourir : les princes de Germanie élurent pour lui succéder Lothaire , duc de Saxe, qui prit le litre d'empereur et de roi de Bourgogne . Renaud, comte de Franche-Comté, refusa de reconnaître Lothaire , et sa résistance occasiona entr'eux une longue guerre.

Le roi d'Angleterre maria sa fille Mathilde, veuve de l'empereur, à Geoffroi Plantagenet, héritier de Foulques, comte d'Anjou, dont la race régna depuis dans la Grande-Bretagne. Ces noces, dont la suite devait être funeste à

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