‹ Histoire des Capétiens, rois de FranceChapitre 15 sur 24 · L0U13 VI · texte numérisé non relu

L0U13 VI

la France , furent célébrées avec pompe à Rouen.

Nouveau L'ItaHc ii'était pas moins troublée que la Home. France par les dissensions civiles. Le pape llonorius mourut. Un nouveau schisme éclata dans Rome : deux prétendans , Innocent et Anaclet, se disputaient la tiare; les Romains prononcèrent en faveur d'Anaclet. Innocent, contraint de fuir, vint en France. Deux conciles à Clermont et à Étampes furent convoqués ; les avis furent partagés. Enfin saint Bernard, que son éloquence rendait déjà célèbre, fit triompher la cause d'Innocent. Ce pontife fut reçu avec pompe sur les bords de la Loire par le roi de France, et le roi d'Angleterre vint au devant de lui jusqu'à Chartres. L'ambition toujours croissante des évêques continuait cependant à irriter Louis. Ferme dans sa résistance, il saisissait fréquemment leur temporel. Saint Bernard, malgré ses vertus, ne se montrait pas toujours étranger à l'orgueil de son ordre et à la superstition de son temps. Il osa, dit Mézeray, adresser ces paroles hautaines et menaçantes au roi : « Sa- » chez, sire, que Dieu vous punira de votre » injustice par la mort prématurée de l'aîné )) de vos enfans. »

Mort Je ■» . , . I

Philippe. Le sort , qui voulait apparemment prolon-

ger la crédulité des peuples , vérifia cette étrange prédiction. En i i5i , le jeune roi Philippe se promenant à cheval dans le lieu où est située aujourd'hui la place Royale, un pourceau se jeta brusquement entre les jambes de son coursier qui se cabra, le renversa et le blessa mortellement.

Le roi convoqua un concile et un parlement sicre

^ . 1 (le Louis-lL-

à Reims. Un grand nombre de seigneurs y as- J»"'»^. sistèrent. Le pape Innocent y vint et sacra Louis-le-Jeune, second fils du monarque.

On dit que ce fut à foccasion de cette solennité que Louis -le- Gros , sans prétendre priver les autres pairs de leurs privilèges , choisit, si l'on en croit Mézerav, pour l'assister spécialement dans cette cérémonie, douze pairs, dont six pris parmi les plus grands vassaux de la couronne, et six parmi les pairs ecclésiastiques. Thierry d'Alsace rendit dans ce concile hommage au roi pour le comté de Flandre.

Cette époque fut mémorable par la mort de Troui.ic^c.i Henri P"", roi d'Angleterre. Sa succession ex- occasit^es

1 111 I /^ 1 -r» par la mort

Cita des troubles dans la Grande- Jîretafrne. cioiicn,i^r Etienne de Boulogne, son neveu, qui se trouvait à Londres, s'empara du sceptre et enleva une partie de la Normandie à GeofFroi Plantagenet, qui devait la posséder ainsi que l'Angleterre par les droits de sa femme Mathilde.

,23o LOUIS VJ.

Louis, dont ces querelles assuraient la tranquillité, entretint avec soin la guerre que s'étaient déclarée les deux prétendans. Profitant de son loisir pour continuer à secourir les opprimés, il marcha contre le seigneur de Saint- Crisson , qui , par ses brigandages , dévastait les bords delà Loire, attaqua ce faible tyran, le défit et le réduisit à l'obéissance.

Revenant ensuite à Paris, il se vit arrêté dans sa route au château de Béthisy par une dysenterie. Là il reçut le testament de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, qui offrait à Louisle-Jeune la main d'Éléonore ou d'Aliénor, sa fille, et lui donnait toute la Guienne en dot. Louis accepta pour son fils ce riche héritage , et envoya à Bordeaux le jeune prince, qui épousa Éléonore en présence des seigneurs de Gascogne, de Saintonge, de Poitou; il se fit ensuite couronner comte de Poitou à Poitiers et duc d'Aquitaine à Bourges. Ce fut dans cette ville qu'il apprit la mort de son père. Mort Louis-le-Gros , succombant sous ses lauriers Gros, et plus aifaibli par les fatigues militaires que par l'âge, termina ses jours le i''^ août iiSy; il était dans sa soixantième année et avait régné trente ans. Avant d'expirer, se dépouillant de la pourpre, suivant les usages pieux de son temps, et détournant ses regards des grandeurs

LOUIS VI. 25l

de la terre pour ne s'occuper que de l'avenir d'un autre monde, il s'était étendu sur un lit de cendres rangé en forme de croix , posant sa tête sur une pierre.

Lorsque ce monarque avait vu sa fin s'approcher, il avait adressé à son héritier, en lui écrivant, ces dernières paroles : « Souvenez- » vous, mon fils, que la royauté n'est qu'une » charge puhlique , dont vous rendrez un » compte rigoureux à celui qui seul dispose » des sceptres et des couronnes. »

Louis fut un grand roi : intrépide guerrier, politique éclairé, zélé soutien de la justice, appui des opprimés , il se fit craindre des grands et chérir des peuples. Il savait, en respectant la religion , résister au clergé ; il se montrait lihéral pour les églises, mais il réprimait avec fermeté les prétentions des papes et des évoques.

Peut-être sacrifia-t-il trop aux préjugés de son temps par la magnificence des dons qu'il prodiguait à plusieurs ahbaycs, et principalement à celle de Saint-Denis. Il lui fit, dit-on, présent d'un christ d'or massif de quatre-vingts marcs, d'une table d'or enrichie de pierres précieuses et de perles, d'une table de vermeil, d'un lutrin garni d'ivoire, et d'un calice d'or de cent quarante onces, et garni de topazes.

C'était bien mal entendre l'esprit de l'Évangile que de profaner par ce vain luxe le sanctuaire de la charité et l'asile du pauvre. Mais comment distinguer la superstition de la piété, dans un siècle où la cupidité des couvens et la crédulité des peuples faivSaient adopter, sans examen , tant de fables absurdes , et croire tant de faux miracles ? Nous n'en citerons qu'un exemple. On lit dans la clironiquc de Gilles l'anecdote suivante: Un comte de Rîacon, tyran de SCS vassaux, ne respectait pas même les églises dans SCS brigandages; il les dépouillait de leurs biens ; mais tout à coup un homme noir arrive à cheval aux portes de son palais , force la garde qui en défendait l'entrée, et enlève le comte , malgré ses cris, dans les airs où bientôt il disparait.

Bienfaits de Cc fut SOUS Ic règuc dc Louis que la Germanie et l'Europe virent pour la première fois, depuis un siècle, la France reprendre son rang et paraître tout entière armée pour repousser une invasion étrangère. Pour la première fois aussi les grands , comprimés par le roi, sentirent la force du sceptre royal si peu respecté jusque-là par eux.

Chaque terre était devenue une sorte de prison pour les hommes libres. Us ne pouvaient ni donner ni tester. Au défaut d'enfans domiciliés,

son reiiiic.

le soigneur hérilait. Les bourgeois étaient soumis ;i (les corvées humiliantes ; ils se voyaient forcés, avant de se marier, d'en obtenir la permifssion.

Cependant Louis-le-Gros ne créa point, comme certains auteurs l'ont écrit, le droit municipal des communes; il eut seulement le mérite de rétablir la liberté communale et de garantir les traités faits entre les communes et les seigneurs; ce qui dans la suite, donnant aux rois le droit d'intervenir dans leurs contestations, posa l'une des plus fermes bases de l'autorité royale et des libertés publi(|ues.

Avant l'époque du règne de ce prince, nous voyons, selon lord l.itlleton , qu'il y avait déjà des communes en Angleterre. Godefroi de Bouillon en établit à Jérusalem *. Les capitouls de Toulouse furent institués par le comte Alphonse *^. On parle dans une charte espagnole, datée de 1020, d'un conseil municipal de la ville de Léon. Robertson attribue le nouvel afiVanchissement des communes en France à l'habileté de Louis, qui voulait par lu balancer le pouvoir des grands. M. llallam ne voit dans la concession de ces privilèges (ju'un eifet de l'avarice des seigneurs qui leur vendaient ainsi la liberté : la vérité

"" iioj. ** 1 l'jS.

se trouve dans la réunion de ces deux motiTs.

Le roi protégea d'abord les serfs, adranchit les communes, rétablit la justice dans ses domaines; il remit à leurs habitans de fortes redevances et se contenta d'un cens modique. Il invita ensuite les seigneurs ecclésiastiques, qui pouvaient lui opposer le moins de résistance, a faire dans leurs seigneuries les mêmes concessions. Peu à peu quelques seigneurs plus puissans imitèrent cet exemple.

La partie des hommes libres qui s'était inféodée et anoblie , habitait la campagne et les châteaux. Les autres, retirés dans les villes et nommés bourgeois ^ étaient opprimés par les justices seigneuriales; ils ne trouvèrent de secours pour eux que dans la protection du roi. Les communes, ainsi nommées parce qu'elles adressaient leurs plaintes en commun au monarque , s'engagèrent à lever désormais des soldats pour lui, et les troupes de chaque commune , en rejoignant l'armée royale, marchèrent sous la bannière de leurs saints.

Le roi, pour rendre sa protection ])lus eflicace, fit revivre la coutume de Charlcmagnc; il envoya dans tout le royaume des missi doniinici, qui recueillaient et portaient les grandes causes aux assises royales, nommées, sous la race carlovingienne, niallam iinpemtoris. Ces

cas royaux se multiplièrent progressivement, et Loyseau regarde avec raison ce rétablissement comme le plus grand pas fait en faveur de la souveraineté royale.

Louis avait des projets encore plus vastes; mais sa vie avait été un combat perpétuel. Vieilli avant le temps, il n'eut plus la force d'exécuter les grands plans que jeune il n'avait pu concevoir; aussi se plaignait-il souvent de l'inexpérience de la jeunesse et de l'impuissance de la vieillesse. Ses plaintes sont depuis passées chez nous en proverbe.

Son ngne fut encore, par d'autres exploits La France que par les siens, une époque d'illustration a^ ;«rr,w/ef pour notre patrie : des princes normands devinrent rois de Sicile; un prince de Bourgogne roi de Portugal. Foulques, comte d'Anjou, porta la couronne de Jérusalem ; sa postérité régna sur l'xVnglctcrre , et ce fut avec raison qu'on appela dans ce temps la France /a mère des rois.

Les mœurs du temps, favorables à la puissance féodale , faisaient regarder par les seigneurs le devoir de juger égal au devoir de combattre. Leurs pairs les assistaient à leur tribunal et ne pouvaient refuser ce service. Le seigneur devait choisir pour pairs, parmi ses vassaux , les plus vaillans et les plus sages ;

2 5G LOUIS vr.

aussi disait- on communément : .seigrieu/' sa/is pairs, Jlcf sans justice.

Le monarque seul ne pouvait pas toujours compter sur les grands vassaux pour remplir les devoirs de pairs : souverains chez eux, ces seigneurs puissans ne pouvaient assister avec assiduité aux assises royales; aussi les rois capétiens convoquèrent dans leur cour, comme pairs , des barons qui n'étaient pas quelquefois immédiats. Ce fut le seul moyen pour eux de ne pas exclure de la pairie des barons vassaux du duché de France.

Langage Les Dcuples du midi de la France avaient

lia U'iiips. * '■

gardé de nombreux vestiges de la législation et de la langue de Rome. Les Austrasiens conservaient la langue teu tonique, et on retrouvait encore chez eux beaucoup de traces des mœurs des Francs. ^Liis les Neustriens parlaient déjà un langage dilférent. A cette époque on aperçoit chez eux, en quelque sorte, la langue française formée, et, quoiqu'elle fût dans son enfance, elle y parait déjà assez intelligible pour nous.

Pour en donner une idée, voici d'abord un passage de la chronique de Saint-Denis, en parlant du combat où le sénéchal Ansiau fut pris par le seigneur de Crécy, ennemi du roi :

Ansiaus qui trop esloit bons chevaliers et segurs (intrépide) , qui pas ne pot ( peut) à leus venir, por ce que il entendoit à défendre ses compagnons , comme clievalier prouz et valanz ( preux et vaillans) : pris fu et retenuz et emprisonnez en la tor avec le comte de Corbuel j si orent (eurent) cil dui mult graut paor, li uns de la mor et li autres de déséritement.

Voilà comment la même chronique peint la vaillance du roi :

Merveles vos semblât ce vos vcssiez le roi démener l'cspce au poing, movoir les braz et cnclianceler l'escu; car avis vous fust que Hector revescu.

On voit , dans cette chronique et les autres écrits du temps, qu'on appelait le pape apostole.

Les lettres du roi se nommaient brefs. On donnait quelquefois à la Fiance le titre de haronnie de France. Louis l'appelait la dame des ter/ es.

Voici les paroles des seigneurs français , marchant avec le roi contre l'empereur d'Allemap;ne.

Chevauchons hardiement contre ans ( eux) j que ils ne s'en puisent aler sanz chièrment comparer (payer) ce que iizont orgueilozement oser à eaprendre ( entreprendre ) contre France la ilarne des terres.

Sa vans,

Louis-le-Gros ne pouvait faire renaitre les ^minùtres'^' sciences et les lettres dans un siècle de ténè- ^oque.

brcs, mais il proté,<T;oa du moins et consulta les liommes éclairés qui s'enbrçaient d'en rallumer le flambeau. Parmi ces hommes on distinguait saint Norbert, le fameux Suger, Roboit d'Arbrisselles, Yves de Chartres et le célèbre saint Bernard.

Les principaux guerriers qui secondèrent ses armes par leur vaillance, ou qui se signalèrent en le combattant, furent Thibaut, comte de Chartres, Thomas de Marie, seigneur de Coucy, Hugues de Crécy, Amaury de Montfort, Hugues du Puyset, Milon, vicomte de Troyes.

Ses ministres étaient les Garlandes, Raoul, comte de Vermandois , Etienne de Senlis, évèque de Paris, Algrin, secrétaire du monarque.

F.nfans Louis cut pluslcurs enfans : Philippe, couronné, qui mourut d'une chute de cheval; Louis-le-Jeune, qui succéda à son père ; Henri, évèque de Beauvais, et depuis archevêque de Reims; Hugues, mort à la fleur de son âge ; Robert, tige de la maison de Dreux; Philippe, archidiacre de Paris; Pierre, qui épousa l'héritière de Courtenay, et dont l'un des descendans vivait encore dans le siècle dernier sans avoir pu jouir du rang et des honneurs que devait lui assigner l'antiquité de sa race; enfin Con-

<lu

rui.

LOUIS Vr. 2 3Q

stance, mariée au fils d'Etienne, roi d'Angleterre, et ensuite à Raymond, comte de Toulouse.

Le roi, dont le mariage avec Lucienne de Rochefort avait été rompu par le pape aussitôt que conclu, n'eut, après, qu'une seule femme, la reine Alix , fille du comte de Savoie. Cette princesse, riche en vertus et en attraits, constante, spirituelle, affable, protégeant le malheur, adoucissant le pouvoir, donna un noble exemple aux mères, en élevant elle-même tous ses enfans. Le peuple la chérissait; les grands la respectaient, et elle était adorée de son époux; aussi la plupart des actes royaux de ce règne furent datés à la fois et de l'avènement de Louis au trône et du couronnement d'Alix. 11 était juste que les douces jouissances de père et d'époux devinssent la récompense de Louis, et qu'un bon roi jouît dans sa famille du bonheur qu'il s'efforçait de rendre au peuple par ses armes et par ses lois.

ClIAriTRE \ I.

lOtlS VII, DIT LE JEUNE.

Portrait de Louis-le-Jeune. — Organisation des communes. —

— Querelle the'ologique d'Abeilard avec Bernard. — Son amour pour Ileloïse. — Ce'le!)rite de Talibc' Suger. — Le code Justinieii retrouve'. — Discordes civiles en Angleterre. — Arrogance du pape Innocent. — Guerre entre le roi et le comte de Champagne. — IVIassacre de Vitry ordonne par Louis. — Ses remords. — Troubles civils. — Revers des chrétiens en Palestine. — Incertitude du roi. — Exhortations du pape Eugène III. — Empire de saint Bernard sur son siècle.

— Discours de ce prélat. — Enthousiasme de Louis. — La croisade prêche'c dans toute la France. — Lettre de saint Bernard aux Allemands. — Ses succès en Germanie. — Croisade de Conrad. — Conseils de Sugcr à Louis. — Choix du chef de la croisade et du régent. — Naissance de Suger inconnue. — Education des rois à Saint-Denis. — Interdiction des guerres privées pendant la croisade. — Impôts leve's à cette occasion. — Affliction de Suger au départ du roi. — Politique astucieuse de Manuel Comnène. — Désastres de Tempcrcur Conrad. —Loyauté de Louis. — Son entrée dans Constantinople. — Son prompt départ. — Mauvaise foi de Manuel. — Conseils de Tévêque de Ijangrcs. — Retour de Conrad à Constantinople. — Défaite des Sarrasins. — Imprudence des croisés. — Leur désastre.— Bravoure du roi. — Sa noble modestie. — Découragement de Tarmée. — Embarquement pour la Palestine. — Mort de la plupart des croisés. —Arrivée du roi à Antioclic. — Amour

LOUIS Ml. 241

de Raymond pour la reine. — Diipart précipite du roi. — Sa réception à Je'rusalem. — Sa jonction avec Conrad. — Siège de Damas. — Succès des chrétiens. — Dissensions entre les seigneurs français. — Départ de Conrad et de Louis pour leurs Etats. — Prospérité de la France sous la re'gence de Suger. — Plaintes violentes contre saint Bernard. — Sa vaine justification. — Guerre en Normandie. — Mort de Suger. — Répudiation d'Ele'onore. — Union de Henri avec cette princesse.

— Sa soumission au roi de France. — Son ave'nemcnt au trôitc d'Angleterre. — Son adroite politique. — INIariage de Louis avec Constance, princesse d'Espagne. — Son voyage en Espagne à ce sujet. — Vain traite entre lui et Henri. — Nouvelle guerre entr'eu.K. — Arme'e de Brabançons, Cotereaux et Routiers.— Trêve avec l'Angleterre. — Querelle de deu.t papes. — Nouveau raariagedcLouis, après la mort delà reine Constance. — Excommunication de l'antipape Victor. — Paix entre Louis et Henri. — Querelle de Tarclievèque Ikcquel et du roi d'Angleterre. — Fuite du prélat en France. — Naissance de Philippe- Auguste. — Rupture entre la France et l'Angleterre. — 3Iort de la princesse Matliilde. — Intrigues de la reine Elèonore. — Conduite du pape dans la querelle de Becquet et de Henri. — Soumission de Henri au roi de France. — Assassinat de Becquet. — Procès de Henri à cette occasion. — Sa réconciliation avec le roi de France. — Revolle fomentée en Angleterre ])ar Louis. — Activité et succès de Henri. — Paix générale conclue à Amboise. — Frayeur de Philippe-Auguste dans son enfance. — Pèlerinage du roi ])0ur la gue'rison de son lîls. — Sacre et mariage de ce jeune prince. — Mort de Louis-le- Jeune. — Famille de ce prince. — Ministres et savans de celte époque. — Tableau chevaleresque de ce temps. — Romans de chevalerie. — Les paladins. — Les troubadours. — La cour d'amour. — Bienfaitsde ce règne. — Abolition du droit de prise.

— Origine de la chevalerie. — Réception d'un chevalier.

Lie nouveau monarque, en montant sur le Poriiait trône, réunit sous son autorité beaucoup plus %em.'^^ 4- \(i

(le provinces que son père ; mais il n'avait pas hérité de son génie, et son imprudente politique lui fit bientôt perdre un accroissement de puissance qu'il ne devait qu'à la fortune.

Il était pourtant doué de quelques nobles qualités. Sa vie prouva qu'il avait une âme élevée, un cœur droit et généreux. Peu de braves de son temps montrèrent plus d'intrépidité; nul ne l'égalait en piété, et c'était la vertu du temps; mais il fut toujours inhabile capitaine et médiocre homme d'Etat. L'auteur des T^ariations de la monarchie française donne en peu de mots une trop juste idée de ce prince : <( Il entreprit, dit -il, sans succès, » une croisade, répudia Eléonore, et perdit )) ainsi la moitié de la France : voilà son » règne, i)

Dès que Louis -le -Jeune apprit la mort de son père, il laissa des garnisons en Guienne pour y maintenir la tranquillité, et se hâta de revenir dans la capitale. La reine ne tarda pas à le suivre.

Oisam- Les premières démarches du roi ne laissé-

satiiin (les . ,

communes, rent aucuii doute sur sa résolution de suivre les principes de son prédécesseur, relativement à l'affranchissement des communes. Il

régla leur organisation ; elles eurent toutes pour chef un maïor ou maire, et douze pairs ou juges bourgeois pour l'assister.

Un zèle trop ardent pour la liberté n'en arrête que trop fréquemment les progrès : les habitans d'Orléans, donnant trop d'extension à leurs privilèges communaux, résistèrent tumultueusement à quelques ordres du roi, et opposèrent la force à l'autorité. Louis comprima cette sédition.

Arrivé à Paris, il convoqua l'assemblée des grands. Les seigneurs réunis jugèrent que l'autorité de la dynastie royale étant assez solidement établie, un nouveau sacre serait inutile. Dans cette assemblée, le roi fit une vive peinture des malheurs auxquels la turbulence des seigneurs et leurs guerres continuelles livraient le royaume, et tous convinrent de la nécessité de chercher quelques moyens pour mettre un terme à ces discordes.

Quelques grands événemens en Europe signalèrent cette époque. Le prince normand Roger combattit le pape Innocent, le fit prisonnier, et le contraignit à lui confirmer le titre de roi de Sicile , qu'il avait obtenu de l'antipape Anaclet *. Indépendamment de la Sicile, ce prince réunit sous son autorité la

:i/|4 LOUIS VII.

Poiiillc et la (Jalabro, et posa ainsi les foiidc-

iiiens de la monarchie naj)olitaine.

Dans le même temps, vVIplionse, issu tU- la maison de France, fut proclamé roi de rortugal, et, selon les mœurs du temps, paya cette couronne en se reconnaissant vassal et tributaire du Saint-Siège.

Qucroiio L'année suivante '*', le nom d'Abeilard de-

llii'dlogiquc

(rAi.ciiard vint tristement célèbre en France par ses

:ivfc Ber- ^

"«'-'• amours , par ses malheurs , par son zèle rîiligieux et par son hérésie, il était né en Bretagne. Écrivain spirituel, théologien subtil, Abeilard renouvelait les opinions d'Arius , de JNestorius et de Pelage. Forcé de comparaître devant un concile réuni à Sens, il n'osa pas lutter contre le génie de saint Bernard. Condamné par le concile, il en appela au pape; mais, au lieu de se rendre à Rome, il s'arrêta dans l'abbaye de Cluny , où il termina ses jours, sous l'habit religieux. Le principal rej)roche qu'on lui adressa fut de diviser les deux personnes de Jésus-Christ et de préférer le libre arbitre à la grâce. Le roi et le comte de Champagne assistèrent au concile (|ui jugeait Abeilard.

Dans nos temps modernes, on a presque oublié les combats théologiques d'Abeilard et * ii4o.

LOUIS Vil. 245

de Bernard. Abeilard lui-même serait déjà peut-être oublié, sans la passion qu'il avai( éprouvée pour Héloïse , dont l'éloquence , la douleur et la constance nous attendrissent encore.

Les erreurs chauffent avec les siècles, mais son

~ amour jioiii'

l'amour est de tous les temps. Abeilard en fut iieioisc un modèle touchant et une victime célèbre. Mutilé par une atroce jalousie, forcé de consumer dans un cloître de longs jours sans espoir, il n'eut de consolation que les lettres d'JIéloïse, monument béroï([ue pour les âmes tendres, et que la piété, même la plus rigide, couvre d'un voile d'indulgence.

Héloïse s'exila dans un monastère , et devint abbesse du Paraclet. Deux lignes de ses lettres suffiront pour peindre l'inutilité de ses eflorts contre un sentiment qu'elle ne pouvait vaincre : a Vœu sacré, dit-elle, sombre monastère, » en changeant mes vêtemens , vous n'avez ja- » mais pu me changer et faiie d'Iïéloïse un » marbre insensible. »

La mémoire d'Abeilard ne vit plus que dans les annales des passions privées; si>n adversaire, saint Bernard, restera fameux dans celles de l'Église, qu'il illustra, et dans celles de la France, sur laquelle sa trop funeste influence attira de grandes calamités.

O.l^Ç) LOUIS VJI.

criri.r.u- Unaiilio rcligieiix , non moins cclèbi-c, suyci."^ l'abbé Sujjer, succomba d'abord dans sa lutlc contre l'irrésistible ascendant de saint Bernard ; mais il mérita par sa sagesse une p^loire plus pure , et son babileté répara ou prévint une grande partie des maux produits par l'cntliousiasme de son éloquent adversaire. Tous deux durent leur éclat à leur mérite et non au liasard de leur naissance. (( Ils prouvèrent, » dit Mézeray, que les hommes tirent plus de )) force de leurs lumières que de leurs di- )) gnités. ))

Tandis que ces de.ux lumières commençaient à dissiper les ténèbres, dans lesquelles le XIl" siècle était plongé, un flambeau long -temps perdu se retrouva. Le code Juslinien, ce recueil des lois romaines qui méritèrent le beau nom de raison e'cnte, reparut tout à coup en Europe , sortant des sombres archives d'un monastère de la Fouille, où il était resté enseveli pendant plusieurs siècles; on l'apporta en France, et cette soudaine apparition devint, pour ainsi dire, dans l'Occident, le signal de la renaissance des idées saines de justice et de civilisation.

11 est juste de dire que le clergé, qui dans sa juridiction avait seul conservé quelques souvenirs des antiques traditions, fut aussi le

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