IN FR. P. IIII IN. AGR. P. III
(' Aux Dieux Mânes. Pour Titus Pœdius, Annius Martialis, fils de Titus, vétéran de la première cohorte prétorienne, Julia Yictorina pour son époux chéri et pour elle, pour les siens et pour leurs descendants, a fait ce tombeau, ainsi que Lucius Pœdius Glemens, pour son frère, et Marcus Glaudus Virilis,pour son ami bien méritant; lequel tombeau a quatre pieds de front et trois de profondeur. »
On peut voir maintenant combien la forme des inscriptions païennes diffère de celle des inscriptions chrétiennes. Les premières sont plus travaillées, les secondes plus simples; les premières témoignent tout à la fois du loisir de l'ouvrier et des moyens d'exécution, les secondes annoncent la précipitation et le manque de ressources ; les premières sont plus développées, les secondes se composent souvent de deux mots, quelquefois d'un seul; ce qui est sans exemple, même sur les urnes sépulcrales ou dans les colombaires.
L'emploi de certains mots. Il est un autre caractère plus distinctif encore que les précédents ;'je veux parler de remploi de certains mots que l'on trouve toujours dans les inscriptions chrétiennes achevées, et que l'on ne ivo\\\Q jamais dans les inscriptions païennes: tels sont les mots depositus, depositio, dormitio avec les acclamations. Il en est de même des mots bisomum ou trisomum AovahQ à deux ou trois corps. Complètement inconnus dans les monuments païens, ces mots sont d'un usage très-fréquent sur les tombes chrétiennes.
Quant au mot depositus, « déposé» , tous les archéologues remarquent avec raison qu'il est essentiellement propre au Christianisme, dont il révèle le dogme par excellence, le dogme de la résurrection de la chair, ignoré des païens. Supposez une religion qui se tait sur la condition future du corps de l'homme rendu à la terre, ouqui,touten admettant l'immortalité de l'âme, regarde la mort comme l'anéantissement de notre chair; il est évident que les sectateurs de cette religion seront muets sur le fait de la résurrection : tel est le cas des païens.
Aussi jamais leurs tombes, leurs mausolées, leurs colombaires, leurs urnes sépulcrales ne laissent apercevoir un mot, un signe de cette vérité consolante. Bien différente est la religion chrétienne. En tète de son symbole elle inscrit le dogme de la résurrection de la chair, comme elle place au premier rang de ses préceptes le grand commandement de la charité universelle. Déjà nous avons vu que les cimetières primitifs sont une éloquente traduction du précepte de l'amour : il en est de mèmie du dogme de la résurrection.
Aux yeux du Christianisme la mort n'étant qu'un sommeil, il a donc fallu, pour exprimer :ette vérité
nouvelle, trouver des termes nouveaux. En effet, la langue humaine s'est enrichie de deux paroles aussi rayonnantes de lumière que fécondes en sacrifices généreux et en consolations ineffables. Il y a dans les lois romaines un mot sacramentel employé pour désigner un dépôt, c'est-à-direTobjet confié à une personne avec obhgation de le rendre. Le dépositaire n'est donc pas propriétaire de la chose remise à sa garde ; il ne peut ni en user, ni en abuser, ni la retenir indéfiniment.
Or le mot qui exprime cet acte de confiance est précisément celui que le Christianisme a choisi pour désigner Tacte par lequel on confie à la terre le corps de ses enfants : depositus^ depositio. « Dans le sein de la terre, d'où vous avez été tiré, dit-il à l'homme, vous êtes sous la main de Dieu, qui veille sur vous; loin de vous détruire la terre vous gardera. Déposé dans ses entrailles comme dans le sein d'une mère, votre corps en sortira pour une nouvelle vie. Afin que vous le sachiez bien, l'acte par lequel jelui confie votre dépouille mortelle s'appellera désormais du nom consacré par les lois pour exprimer le dépôt : depositus, depositio *. o
Puisque chaque corps n'est qu'un dépôt, il fallait un autre mot pour désigner le lieu oii reposent tous ces corps destinés à une nouvelle vie. Ce mot, le Christianisme l'a encore trouvé. Dans sa langue les champs des morts s'appellent cimetières, c'est-à-dire dortoi)'s ^.
1 C'est le sens que Cicéron lui-même donne au mot depositus, quand il appelle deposita, déposées, les choses confiées à la garde (inn tiers : Neque sempcr deposita reddeiida. — Offic., III, 23 ; Digest.,XXl, ui, 1,5; et Florent., ibid., 17,
2 Cœmeterium ut domus in qua hospites dormiunt. — Strab., lib. I, de Seb. subs , c. vi. — Dormitoria, ut discamus eos qui illic siti sunt non mortuos, sed somno consopitos et dormire. — S. Chrys., Serm. xxiii, de Appell. Cœmeter.
Que fait-on dans un dortoir? On y dort. Et pourquoi y dort-on, si ce n'est pour se reposer et se réveiller ensuite? De là les mots repos, sommeil; quies, dormitio, quiescù, dormit, qu'on trouve à chaque pas dans nos cimetières primitifs.
Dépôt et dortoir, admirables paroles ! qui, répétées plusieurs milliers de fois par la grande voix des Catacombes et par la voix plus faible de chaque loculus, remplissent du dogme consolateur de la résurrection l'oreille, l'esprit et le cœur du pèlerin : de même que les myriades d'étoiles qui, pendant l'obscurité de la nuit, scintillent au front des cieux font distinguer les objets que l'absence du soleil tient enveloppés dans l'ombre.
Afin de mieux sentir toute la signification du mot par lequel l'Église exprime la sépulture, il suffit de le comparer avec le terme usité parmi les païens. Persuadés que le dépôt de leurs morts était absolu, irrévocable, éternel, ils le désignaient par ces mots : situé, placé, composé : situs , poùtus, compositus; les chrétiens, qui le regardaientcomme temporaire, l'exprimaient par les paroles que nous connaissons. Quelques inscriptions païennes et chrétiennes rendront palpable cette différence :
HIC SITVS EST L. .EL. URBICVS.
«Aux Dieux Mânes. Ici est situé Lucius .Elius Urbicus. ))
MVSCILIVS CAHV3 SVIS ANN.
nn. H. s. E. ET. TE. ROGO
PR.ETERIEXS. VT. LEGAS. ET DICAS. SIT. T. T. L.
« Mnscilius, cher aux siens, âgé de quatre ans, est ici placé. Et je te prie, passant, de lire et de dire : « Que la terre te soit légère. »
AVRELIA. VALERIA. JAXVARIA
QV.E. YIXIT. ANNIS XXVII