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« YalériaLatobia, ouvrière, quivécutquarante-deux ans trois mois quinze jours, fut veuve douze ans; déposée le trois des ides de septembre, en paix, a
Paix à la bonne Latobia ; adieu pour aujourd'hui aux Catacombes de Sainte-Agnès. Il est temps de revenir sur la terre et de regagner la ville, que la nuit commence à envelopper de ses ombres.
Catacombes de la Voie Salaria Nuova. — Catacombe de Sainte- Priscille. — Histoire. — Peintures des Catacombes, partie décorative (fin), — Emblèmes : — le bœuf, la colombe, — le cerf, — le paon, — le coq, — les arbres, — le cyprès, — le palmier, — l'olivier, — la vigne, — les couronnes, — l'ancre, — le chandelier aux sept branches, — Catacombes de Saint- Sylvestre, de Sainte-Félicie et de Saint-Alexandre. — Histoire.
Un saint qui appartient à la France par le cœur et parle langage, l'aimable évêque de Genève, François de Sales, recevait aujourd'hui les hommages solennels
i Lib. VI, c. XXXIX, p. 335.
de la mère des Eglises. Les fidèles se portaient aux couvents des Salésiennes, ail' Umiltà, à Saint-André délie Fraite, à la Trinité des Monts et à Saint-Charles ai Catinari : partout il y avait affluence. La journée si bien commencée devait finir par d'autres actes de piété qu'on ne trouve qu'à Rome. A Téglise des Stigmates ouvrait l'exercice du carnaval sanctifié ; aux Saints-Gosme-et-Damien, la retraite qui dure pendant tout le carnaval et qui commence chaque soir par le Chemin de la Croix au Colisée. Désireux d'assister nous-mêmes à cette dernière dévotion, qui produit toujours une impression si profonde et si douce, nous partîmes de bonne heure pour notre excursion souterraine : les Catacombes de la voie Salaria Nuova en étaient le but.
Vers le nord-est de Rome se trouve la porte Salaria, qui donne son nom à l'antique voie qui conduit au pays des Sabins^ Célèbre par ses temples d'Hercule, de Vénus, de l'Honneur, du Soleil, la Voie Salaria vit les Gaulois arriver en vainqueurs et tailler en pièces les Romains; puis Annibal planter sur ses bords ses tentes africaines, à trois milles seulement des murailles de Rome^ ; enfin Sylla, à la tête de ses troupes, attendant que sa patrie vînt abdiquer sa liberté entre ses mains fumantes du sang romain^. Comme les autres, elle eut aussi de scandaleux tombeaux. Entre tous l'histoire a signalé celui deLicinus, qui surpassait en magnificence les grands mausolées de la Voie Appienne : or, ce Licinus était le barbier d'Auguste !
1 Salaria Via Roraœ est appeilala, quia per eam Saijini sal a mari deferebaiit. — Pomp. etPLix., lib. XXVI, c. 7.
2 Tiï. Liv., Decad. m, lil». VI.
3 App., de Bel. civ., lib. I.
Une pareille énormité fut flétrie dans le fameux distique rapporté par Varron :
Marmoreo tumiilo Licinus jacet, ac Cato parvo, Ponipeius niillo ; credimus esse Deos ?
Traversant rapidement ces ruines et ces souvenirs'' païens, nous arrivâmes aux Catacombes de Sainte- Priscille. Ici nous sommes sur le terrain de la plus haute antiquité chrétienne. Arrivé à Rome pour la première fois, neuf ans après l'ascension de Jésus- Christ, saintPierre descenditd'abord au delà du Tibre, dans le quartier des Juifs. Bientôt il vint loger dans une famille sénatoriale qui habitait près de l'Esquilin.
Punicus et Priscille, tels étaient les noms du père et de la mère : ceux du lils et de la belle-fiUe étaient Pudens et Sibinilla. Ils eurent quatre enfants, deux fils et deux filles également célèbres dans l'histoire des martyrs : Novat, Timothée, Praxède et Pudentienne^ La maison de ces heureux néophytes fut pendant quelque temps la demeure du pêcheur galiléen. Cependant le feu de la persécution s'alluma, et de nombreux chrétiens signèrent la foi de leur sang. Leurs restes sacrés devaient être pieusement recueillis, et la mère du sénateur Pudens fut une des premières à se charger de ce soin courageux ^
Le lieu où elle déposa les martyrs est situé à deux milles de la porte Salaria, sur la gauche, non loin du pont du Tévérone; c'est aujourd'hui la vénérable Ca-
1 Bar., an. 42; MartyroL, 16 jan. — Bosio, lib. IV, c. xxviii.
2 Dans l'histoire de la primitive Église, on distingue trois Priscille : la première disciple de saint Paul, dont il est fait mention aux Actes des Apôtres, c. xxviu ; la seconde celle qui nous occupe, et la troisième qui vécut sous Dioclétien et sous Maximien.
tacombe appelée de Sainte-Priscille, du nom de l'illustre matrone. On y descend par plusieurs escaliers cachés dans les vignes. Situé sur le penchant de la colline, ce cimetière s'est trouvé plus que les autres exposé aux infiltrations des eaux et aux éboulements qui en sont la suite. De là vient qu'il offre un assez grand nombre de galeries obstruées par des terres d'alluvion. En revanche, il possède une belle et grande chapelle, d'une bonne conservation, excepté les peintures, qui ont entièrement disparu.
Les gloires de cette Catacombe sont nombreuses comme les étoiles du firmament. Pour n'en citer que quelques-unes, c'est ici que furent déposés, outre les membres de l'illustre famille du sénateur Pudens, les saints papes Marcel, Sylvestre, Sirice et Célestin, et, par les soins de sainte Praxède, le prêtre martyr saint Symitrius, avec vingt-deux compagnons de ses combats. Toutes les persécutions envoyèrent leur tribut de héros au célèbre cimetière. Nous y avons vu lever le corps de deux martyrs de la persécution de Septime- Sévère; celle de Domitien y avait placé, suivant toutes les probabilités, le corps de sainte Flavie, jeune vierge martyre d'environ dix- huit ans, dont les reliques^ plus précieuses que l'or, nous furent données par l'excellent sacriste, monseigneur Gastellani, évêque de Porphyre, et que nous possédons à Nevers. Cette ville se glorifie également de la présence de sainte Yalentine, jeune martyre à peine adolescente, et venue, comme sa sœur, de la Catacombe de Sainte- Priscille. Enfin, sous Dioclétien, les dépôts sacrés furent innombrables.
Le 26 avril de l'an 30i, Dioclétien étant consul pour la neuvième fois et Maximien pour la huitième, le pape
saint Marcellin, accompagné de Claude, de Cyrinus et d'Antonin, était conduit au supplice au milieu d'une foule avide de son sang. En face de la mort, le courageux pontife, se tournant vers le prêtre Marcel, qui devait être son successeur, lui dit : « N'obéissez jamais aux ordres sacrilèges de Dioclétien. »
Marcellin et ses compagnons eurent la tête tranchée ; et, pour effrayer les chrétiens, il fut ordonné que les corps des martyrs resteraient exposés sur la place publique jusqu'à ce qu'ils tombassent en putréfaction. Ils y demeurèrent trente-six jours. Enfin, Marcel parvint à les enlever pendant les ténèbres de la nuit, et les déposa aux Catacombes de Sainte-Priscille, dans un cubiculum clarimi^ près du saint martyr Crescention ^ Telle fut, ajoute Baronius, la violence de la persécution à cette époque, que Rome seule compta dix-sept mille martyrs dans un mois'. Quel est, dans cette armée de héros, le nombre de ceux qui ont reçu la sépulture dans le cimetière qui nous occupe? Dieu le sait.
Après avoir longtemps parcouru, tantôt debout et tantôt nous traînant sur les mains, les étroites galeries de Sainte-Priscille, nous dirigeâmes notre course vers la Catacombe de Saint- Sylvestre. Chemin faisant, nous reprîmes l'étude de l'art primitif.
Au nombre des emblèmes employés par nos pères figure le bœuf, symbole des martyrs immolés à la gloire de Jésus- Christ; des Apôtres, propagateurs de l'Évangile ; et des chrétiens, célestes laboureurs qui
^ Anast., in S. Marc.
* Quo tempore magna fuit persecutio, ita ut intra mensem deceni et septem miilia christianorum martyrio coronarentur . — MartyroL, 26 apr.; Ann., t. II, an. 304, n. 23 et seq.
traçaient péniblement leurs sillons arrosés de leur sang et de leurs larmes ^. Le bœuf se rencontre surtout dans les peintures primitives ; il est plus rare dans les sculptures et sur les ouvrages de terre cuite. La voûte d'une crypte de Saint-Gallixte, dont le sujet principal est probablement un prédicateur de l'Évangile, présente d'un côté Moïse frappant le rocber, de l'autre Daniel dans la fosse aux lions. Aux angles inférieurs de la lunette sont peints, en regard de la figure principale, le bœuf et la colombe^ éloquents symboles de la prédication évangélique et des dispositions des clirétiens persécutés, comme Daniel et Moïse le sont de leurs tribulations et de leurs espérances 2.
La colombe dont je viens de parler se trouve partout. Les lampes, les verres, les pierres tombales, les peintures des cryptes et les compartiments des sarcophages sont couverts de l'oiseau symbolique. Messagère de la paix et de la vérité, emblème de l'innocence, de la douceur, de la simpUcité, de la charité, figure du Saint-Esprit, la colombe était à elle seule un livre de méditation parfaitement approprié aux besoins de l'Église naissante.
Il est même probable que les chrétiens y voyaient Notre-Seigneur lui-même, dont la colombe exprimait si clairement les aimables perfections. De là vint
1 Tauri mei et altilia occisa siint... Christus de figurata sanctorutn suoriim immolatione dicebat : Holocausta medullata offeram tibi boves cum hircis. — Chrys., Hot7i. xli, m cap. xxii Matth. — Tauri et hoves qui operantur terram, id est Apostoli et viri apostolici, de quibus apostolus Paulus scriptum interpretatur : Non alligabis os bovi triturant!. — Hier., m Isai.^ c. xxx. — Qiiid aliud in figura per boves quain bene opérantes accipimus?— S. GREfî.. in Job., c. xviii.
^ Bosio, lib. III, c. xxu, p. 3i'3.
peut-être l'antique usage de conserver la sainte Eucharistie dans les tabernacles faits en forme de colombe ^ Sur les loculi la colombe est ordinairement représentée avec un rameau d'olivier dans son bec. C'est bien Timage la plus parfaite de l'âme chrétienne retournant à Jésus-Christ, victorieuse dans les combats de la vie.
Le cerf est un autre emblème fréquemment reproduit par l'art primitif. On sait que cet habitant des forêts et des montagnes solitaires est, en général, l'emblème de Tàme exilée qui soupire après le repos, le rafraîchissement et les torrents des délices éternelles. Dans l'application fréquente qu'ils en faisaient à leur situation, les hôtes des Catacombes trouvaient, avec la figure de leur solitude et de leur bannissement, une éloquente leçon de vigilance et de charité mutuelle, ainsi que l'image de Jésus-Christ, leur modèle et leur amour -. Quel autre emblème pouvait mieux exprimer leurs dispositions intérieures relativement au sacrement.de la régénération ? De là vint que le cerf se désaltérant dans les eaux du Jourdain accompagne la belle peinture du cimetière de Saint-
1 Bosio, lib. VI, c. XXXV.
2 Cervus venenosorum serpentiiim est vorax : sf^nosa transceiidens et sumna agilitate praedilus, habitare diligit montes altissimos. Hiiic merito comparantur fidèles, qui diabolum vorant, quando nequitias ejus ad Domini laudem gloriamque convertunt, vitiaquo Imjus sœculi quasi spinas bona conversatione transiliunt; et habitant in monlibus, id est Apostolis et Prophetis, qui sanctis prœdicationibus suis in hoc mundo solida cacumina esse meruerunt. — Cassiod., in Ps. cxiii. — Est aUud etiam quod et de cervis dicitur et in cervis videtur. Quando enim longinquas regiones petunt aut per mare nando, aut in agmine eundo. aller onus capitis superponit clunibus alterius, sicque se invicem portant, nec se deserunt, sed propositum iter peragunt. — Bld., in
Ps. XLl.
Pontien représentant le baptême de Notre-Seigneur ^ Au nombre des emblèmes primitifs il faut encore compter le paon. Dans cet oiseau, dont Tantiquité regardait la chair comme incorruptible et comme le séjour des grandes âmes qui avaient quitté leurs corps, les chrétiens voyaient une figure naturelle de leur dogme chéri : la résurrection de la chair. Pour exprimer la jeunesse éternelle ainsi que l'incomparable beauté dont ils seraient un jour revêtus, ils représentaient le mystérieux volatile dans la partie décorative de leurs peintures et de leurs sculptures, puis sur leurs tombes, dont les portes devaient un jour donner passage à leurs corps glorifiés ^
Entre bien des exemples, je me contenterai de citer l'inscription trouvée par Boldetti dans le cimetière de Prétextât :
yELIA IBICTORI
KA POSVIT
AVRELLE
PROBiE.
(( Élia Victorina a fait ce loculus à Aurélia Proba '\ » A droite de l'inscription on voit une brebis, symbole de la douceur et de la patience victorieuse des chrétiens, à gauche un paon, emblème de la résurrection: d'un côté la vie et ses combats, de l'autre la résurrection et ses gloires ; d'un côté la lutte, de l'autre la couronne. Il semble difficile de dire mieux ou plus en moins de mots.
Le coq figure aussi dans la partie emblématique
1 Desiderat venire ad Christiim, in qiio est fons luminis, ut ablutiis baplismo accipiat donum remissionis. — S. Hier., m Ps. XLl. — BOTTARl, t. I, p. 199.
2 BOTTARi, t. II, 1*21 ;t. I, 52.
3 Boldetti, lib. III, c. iv, p. 361.
des Catacombes. On le trouve, en général, à la voussure des a7xosoliaei même sur les pierres tombales. Placé dans les Catacombes, il prêchait aux premiers chrétiens la vigilance dont les pasteurs et les brebis avaient un égal besoin. Aux uns comme aux autres il enseigne encore, de nos jours, la même vertu du haut de la flèche élancée de nos égUses. Les interprètes des symboles primitifs sont vraiment admirables lorsqu'ils développent ce nouvel emblème à leurs auditeurs i. J'ai dit que le coq se rencontre sur les loculi ; deux exemples tiendront lieu de beaucoup d'autres qu'il serait facile de citer. Boldetti a publié l'inscription suivante, trouvée dans les Catacombes de Saint-Callixte:
COXSTAN