‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 54 sur 172 · NEOFITA. IN PAGE. XI. KAL. OCTOB · texte numérisé non relu

NEOFITA. IN PAGE. XI. KAL. OCTOB

« Flavia Jovina, qui vécut trois ans trente-deux jours, déposée néophyte dans la paix, le 11 des calendes d'octobre. »

Si les chrétiens ont eu soin de marquer le sacrement qui les faisait enfants de l'Église, pouvaient-ils oublier l'aliment divin qui leur donnait la force du martyre, ce breuvage merveilleux, qui les enivrait de délices au milieu des tourments ? Il est vrai, la discipUne du secret leur commandait une grande réserve au sujet de l'Eucharistie ; mais leur amour trouvait moyen de se manifester sans trahir le mystère. Parmi les monuments les plus anciens figurent les verres, ou coupes à boire, trouvés en entier ou par fragments dans les Gatacomnes. Or, la plupart portent sur le fond ou sur les parois des inscriptions dans lesquelles l'archéologie reconnaît des allusions évidentes au banquet divin : je laisse parler le savant P. Secchi.

« On trouve très-fréquemment, dit-il, sur les verres des cimetières un genre d'acclaaiations exprimant de chaleureuses invitations à boire. Elles se lisent sur le fond des verres ou des tasses découverts dans les tombeaux des martyrs, et représentant souvent les apôtres saint Pierre et saint Paul seuls ou avec l'image de

Marie... Il y a longtemps qu'en examinant avec attention les inscriptions qui y sont jointes, j'ai soupçonné que ces verres ou ces tasses n'étaient autre chose que des vases consacrés au service de l'autel, dans lesquels les diacres administraient ef les premiers chrétiens recevaient TEucharistie sous l'espèce du vin . . .

(( Javoue que, si l'on pouvait confondre la religion chrétienne, ne fût-ce qu'en plaisantant, avec la religion de Bacchus, et la vie de ces hommes vertueux avec une vie molle et débauchée, je ne serais pas aussi intimement persuadé que je le suis de la justesse de mes opinions ; mais, quel que puisse être le nombre de ces verres portant des acclamations contraires à la sobriété des chrétiens et à la tempérance des martyrs, je répéterai toujours que ce sont tous des vases sacrés.

« En voici quelques-unes : niEZH^All EN ArAeOIi;, Bois afin que tu vives de ces biens. On sait que les Pères grecs appellent la sainte Eucharistie le bien ou les biens. De là cette autre acclamation grecque : PIE ZE- SIS, ou bien ZESES, pourniEZHIEI^. Bois, tu vivras, très-fréquente sur ces sortes de verres; si elle est écrite en caractères latins, c'est probablement par suite de la discipline du secret ou d'un ancien usage de l'Église. La vérité de notre proposition devient encore plus évidente en ce que cette acclamation est souvent jointe aux mots latins : dignitas amico?nim, pie zeses, auxquels on ajoute quelquefois cvm (vis, cvm caris tvis, cvm tvis omnibus bibe et propinn, ce qui démontre que quelques-unes de ces tasses avaient servi aune famille entière ^. Je soupçonne même que, sur ces verres, les mots vivas et vivatis n'appartiennent pas toujours au

1 BOLDETTI, p. 513.

verbe vivo, et ont plutôt la même signification que le bibas et le bibatis^ gravés sur d'autres verres mieux orthographiés.

«( De là découlent deux conséquences : la première, que ces vases de verre, destinés soit au sacrifice de l'autel, soit à la communion de's chrétiens, sous l'espèce du vin, doivent être antérieurs au pape Urbain I", c'est-à-dire à l'an 222 de l'ère vulgaire. Il est certain, d'une part, que le pape saint Zéphirin ordonna que ces vases fussent au moins de verre, interdisant les matières de moindre qualité et conciliant ainsi une plus grande décence avec la pauvreté. D'autre part, il est également certain que le pape Urbain I" prohiba même les vases de verre, à cause de la fragilité de cette matière i.

« La seconde conséquence concerne ces vases de verre qui contiennent le sang des martyrs. Suivant le témoignage de Boldetti et de Bianchini, on en a trouvé un grand nombre encore tachés de sang, qui, en raison de leurs inscriptions, doivent avoir d'abord servi à l'usage de l'Eucharistie; et, cela posé, ce serait une extravagance inadmissible que de les considérer comme des vases de parfums. Ils viennent donc fortifier les nombreux arguments qui appuient cette vérité incontestable de l'histoire ecclésiastique 2. »

Quel devait être l'effet du divin breuvage préparé par l'Église, leur mère? Les chrétiens ne l'ignoraient pas. Ils connaissaient les paroles de leur bon Maître :

1 Conc. Tribur.fC. xviii; Décret, part, m, de Consec. dist.i,

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