‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 57 sur 172 · IX BOXV ORA PRO PARE.X · texte numérisé non relu

IX BOXV ORA PRO PARE.X

T1BV5 TVIS.

« Atticus, ton âme est dans le bonheur : prie pour tes parents. »

JOVIANE VIBAS IX DEO ET ROG.

« Jovianus, vis en Dieu et prie. »

Si les bienheureux habitants du ciel prient pour nous, c'est une conséquence nécessaire que nous leur exposions nos besoins, et que nous ayons recours à leur assistance. Ainsi nous le croyons, ainsi nous le faisons ; ainsi le croyaient et le faisaient nos glorieux ancêtres :

PETRVS ET PAXCARA BOTV PO SVEXT MARTYRE FELICITATI.

« Pierre et Pancara ont fait ce monument pour accomplir leur vœu à Félicité, martyre. »

Voici une dernière inscription plus explicite, et qui par sa date et par son origine montre avec éclat la perpétuité du dogme consolateur dont nous parlons:

SAXCTO AC BEATJS.-IMO APOSTOLO

JOAXXI EVAXGELTST.E

GALLA PLAf.IDIA AVGV^TA

CVM FILIO SVO PLACIDO VALENTl.MANO

AVGVSTO

ET FILIA SVA JUSTA GRATA HOKORIA

AVGVSTA

LIBERATIONIS PERICVLO MARIS

YOTYM SOLVIT.

(( L'impératrice Galla Placidia, avec son fils Tempereur Placide Yalentinien, et sa fille l'impératrice Justa Grata Honoria, a accompli le vœu qu'elle a fait au saint et bienheureux apôtre saint Jean l'Évangéliste, pour être délivrée d'un naufrage. »

Tels sont, en abrégé, les dogmes exprimés dans les inscriptions des Catacombes. Ici, comme dans les peintures et dans les sculptures, harmonie parfaite et profession de foi catholique aussi simple dans la forme que sublime dans le sujet et complète dans l'énoncé des doctrines. Supposez, pour un instant, que l'enseignement oral de l'Église vienne à cesser ; que l'Ancien et le Nouveau Testament soient perdus ; que les livres de piété, les apologies de la religion, le symbole même aient disparu ; tous ces trésors se retrouveraient dans les monuments de la Rome souterraine. Avons -nous eu tort de dire que les Catacombes sont un grand livre illustré par le pinceau et le burin des martyrs ou de nos premiers aïeux? Ne sommesnous pas en droit d'ajouter qu'elles sont le livre le plus précieux et le plus vénérable qui soit sorti de la main des hommes ? Heureux si le peu que nous avons expliqué pouvait inspirer le désir efficace de l'étudier à fond !

XXYI

Catacombes de la Voie Salaria Vecchia (fin). — Catacombes de Saint-Hermès. — Histoire, — Habitants des Catacombes ; — ils sont tous catholiques; parmi eux il n'y a ni païen, ni juif, ni hérétique.

« A tous les cœurs bien nés, que la patrie est chère! » La patrie des âmes, c'est la religion. Si éloigné qu'il soit du pays qui l'a vu naître, le catholique, prosterné au pied d'un autel, se retrouve au milieu des siens. Les cœurs sont là où est leur trésor, et l'Eucharistie est le trésor des vrais fidèles. En présence de ce Dieu qui voit tout, qui entend tout, qui est partout, les distances disparaissent ; l'amour et la foi établissent entre le voyageur et ses frères un rapprochement d'autant plus doux qu'il est plus intime. Son bonheur augmente lorsqu'un objet sensible, une circonstance locale, une fête commune, viennent émouvoir les fibres les plus délicates de son âme et servir de lien à ce mystérieux rendez-vous.

Ce préambule explique la joie qu'en bon Nivernais nous éprouvâmes aujourd'hui. Saint Cyr et sainte Julitte sont les patrons de notre cathédrale et de notre diocèse. Or, la station avait lieu aujourd'hui même dans l'église où les honore la A'ille éternelle. Nous retrouver ici aux pieds de ceux que nous vénérions en France, leur parler de nos amis et de nos proches, n'était-ce pas nous retrouver en famille? D'heureux moments s'écoulèrent dans la modeste église, et sans la nécessité de reprendre la visite de la Rome souterraine, nous les aurions longtemps prolongés au milieu de la foule pieuse.

Nous quittâmes donc le Forum de Nerva et, sortant de la ville par le Pincio, nous arrivâmes sur la Voie Salaria Vecchia, aux Catacombes de Saint-Hermès. L'entrée se trouve dans une vigne, en face de la villa du collège Germanique. Soixante marches d'escalier conduisent à l'église souterraine, une des plus belles, sans contredit, et des plus vénérables des Catacombes. Le pavé de l'église est au niveau de la troisième galerie : on peut juger par là du prodigieux travail qu'a coûté ce monument.

Qui l'a construit? qui a donné le terrain occupé par le vaste cimetière de Saint-Hermès? qui l'a ouvert? Sur tout cela l'histoire reste muette; mais ce qu'elle nous apprend avec certitude, c'est l'antiquité de ce noble quartier de la Rome souterraine ainsi que les noms des grands martyrs qui l'ont illustré. Suivant notre usage, nous allons redire au voyageur ces noms immortels et les combats de ceux qui les ont portés. La Catacombe que nous visitons s'appelle tour à tour dans les monuments primitifs : cimetière de Saint- Hermès, de Sainte-Basilla, des Saints-Protus-et-Hyacinthe.

Hermès était préfet de Rome sous Adrien. Converti, avec toute sa famille, par le pape saint Alexandre, il fut arrêté à la poursuite du juge Aurélien, qui lui fit trancher la tête. Sainte Théodora, sœur du martyr, recueillit ses restes précieux, et les déposa dans la Catacombe de la Voie Salaria, en attendant que, martyre elle-même, elle vînt reposer auprès de son illustre frère : cela se passait le 28 août de l'an 132 *. L'histoire, pour le dire en passant, n'a eu garde d'omettre

* Baron., mi. 132, n. 2; Ati. nd Mnrfijr., 28 aiip-. — BosiO, lib. IV, c. xxxLV.

un fait bien glorieux pour sainte Théodora. C'est à la courageuse fidélité de cette héroïne que fut confié, pendant quelque temps, le précieux dépôt des chaînes de saint Pierre.

Basilki, issue d'une des plus noljles familles de l'empire, fut accusée par son propre mari d'être chrétienne. Le 13 des calendes de juin (20 mai) de l'an 262, l'empereur Gallien, siégeant sur son tribunal, interrogea Bàsilla; la trouvant inébranlable dans sa foi, il ordonna de la faire périr par le glaive. Elle fut à peine immolée que les chrétiens emportèrent son corps dans le cimetière de Saint-Hermès.

Jusqu'ici les martyrs auxquels notre Catacombe doit ses noms divers appartiennent aux classes élevées de la société; mais, dans l'Église, la vertu égale tous les hommes. A côté d'Hermès et de Basilla voici venir deux chrétiens d'une condition obscure et qui vontpartager avec les plus nobles la gloire de donner leur nom à l'immortel cimetière. En l'année 188, la septième du règne de Commode, l'Egypte recevait pour gouverneur un illustre personnage nommé Philippe. H était accompagné de sa femme Claudia et de sa fille Eugénie, fiancée au consul Acilius Glabrion. Cette jeune personne, ayant eu occasion de voir les chrétiens, trèsnombreux dans la ville d'Alexandrie, voulut partager leur foi. Devenue chrétienne, elle conserva auprès de sa personne, en qualité de chambellans, deux jeunes frères, chrétiens comme elle : ils s'appelaient Protus et Hyacinthe.

De retour à Rome avec leur sainte maîtresse, ils vécurent de longues années dans la pratique de toutes les vertus. Parvenus à l'extrême vieillesse, ils furent arrêtés, conduits devant les magistrats et pressés de

sacrifier aux idoles. Mais, conservant sous leurs cheveux blancs toute la vigueur de l'âge mûr, les généreux athlètes opposèrent aux menaces et aux tortures la douceur de l'agneau et le courage du lion. Voyant ses efforts inutiles, le juge leur fit infliger une cruelle flagellation, prélude du dernier supplice. En effet, leurs têtes tombèrent bientôt sous la hache des licteurs : c'était le 11 septembre de l'an 262, sous l'empire de Gallien^

Environnés de ce glorieux cortège de martyrs, nous nous mîmes à circuler dans les profondes galeries de la Gatacombe de Saint-Hermès. Étudier l'origine, l'histoire, les ornements delà Rome souterraine, tel avait été, jusqu'ici, le but de nos excursions : le temps était venu de faire connaissance avec ses habitants. Or^ sansaucune exception, tousfurent catholiques comme nous, enfants de la même Église et disciples de la même foi. Qu'il me soit permis de le remarquer en passant, ce fait révèle une des plus belles harmonies de la Providence.

Gomme le Fils de Dieu fut placé, durant trois jours, dans un sépulcre neuf, taillé dans la pierre, où personne n'avait été mis avant lui, oti personne ne fut mis après lui, ainsi l'Église, son épouse, l'Église de Rome, fut cachée, durant trois siècles, dans un sépulcre neuf, taillé dans la pierre, où personne n'avait été mis avant elle, où personne ne fut mis après elle.

De même encore que la destination exclusive de la tombe du Galvaire prouve que le mort qui en sortit triomphant était bien l'Homme-Dieu, et non pas un autre, de même la destination exclusivement catho-

1 Bar., an. 188, n. 2; 2G2, n. 5G; An. ad Martyr., Il sept. — Bosio, lib. IV, c. XXXIV.

lique des Catacombes établit victorieusement que les ossements sacrés qui en sortent appartiennent aux membres de rÉglise, ou, mieux encore, que c'est l'Église elle-même qui en sort dans la personne de ses enfants, pour monter sur les autels de la terre, jusqu'au jour oti la résurrection glorieuse, l'associant à la gloire impérissable de son divin Époux, la fera monter sur le trône de l'éternité.

Établissons maintenant que, dans les millions de loculi qui remplissent les galeries, les cubicuia, les cryptes de l'immense cité, il n'en est pas un seul qui renferme ou qui ait jamais renfermé un païen, un juif, un hérétique. La tradition, l'histoire, la science, la critique, sont d'accord avec le sens commun pour rendre témoignage de ce fait important :

I. Les Catacombes, berceau du Christianisme, ne furent jamais souillées par la sépulture d'aucun païen. Si l'on admet;, avec le P. Marchi, l'origine exclusivement chrétienne des Catacombes, la virginité de la cité des martyrs est complètement démontrée. Or, nous avons exposé, au commencement de notre pèlerinage, les puissantes preuves qui établissent l'opinion du savant archéologue ; et Ton est à se demander ce que les hommes compétents peuvent lui opposer. Mais, afin de donner libre carrière à la discussion, prenons pour point de départ le sentiment de Bosio et de Boldetti, qui font honneur aux païens des galeries supérieures de quelques Catacombes. Cette hypothèse, nous allons le voir, n'affaiblit en rien la certitude du fait dont il s'agit.

De deux choses l'une : ou les Catacombes furent des tombeaux païens, et dans ce cas les chrétiens en furent sévèrement exclus ; ou les Catacombes sont la sépul-

ture des premiers chrétiens, et dans ce cas jamais un cadavre païen ne vint les profaner. La force victorieuse de ce dilemme repose sur l'opposition essentielle qui séparait les deux religions.

Chez les Romains, la propriété des tombeaux était tellement exclusive qu'elle n'admettait à la participation de la même sépulture que les membres de la famille et ceux auxquels des actes authentiques accordaient la même laveur. Le caractère général des mausolées et des colombaires, les ordres positifs des mourants, le soin minutieux avec lequel sont indiqués, dans les inscriptions, et les dimensions du terrain sépulcral, et le nom de ceux qui pouvaient y reposer, et les amendes stipulées, et les imprécations lancées contre le téméraire qui oserait introduire dans le tombeau des cendres étrangères, sont une preuve sans réplique de ce fait d'ailleurs incontesté. Cet égoïsme de la tombe s'était transformé en dogme religieux. « Il importe également, dit Gicéron, de posséder les monuments des ancêtres, de partager les mêmes sacrifices et les mêmes tombeaux i. » Puis il ajoute : « Telle est la religion des tombeaux qu'on regarde comme un crime d'être inhumé hors de lieux si saints et loin de sa famille^. » De là, l'usage si commun de rapporter dans la patrie les cendres de ceux qui en mouraient éloignés^.

Telle était donc la sévérité des Romains quïls ex-

1 Magnum esse eadem habere monumenta majorum, iisdem uti sacris, sepulcra habere communia. De Offic, lib. IL

2 Tantam sepulcrorum religionem ut extra sacra et gentem inl'erri fas negarent esse. De Legih.

3 lia ut etiam qui peregre morerentur, illorum corpora aut ossa vel cineres in patriam referri consuevisse. SpoND.,f/e Cœmefer., lib. II, pars I, c. iv.

cillaient de leur tombe, sous peine des plus foudroyants anathèmes, leurs amis intimes et jusqu'à leurs héritiers ; et l'on voudrait supposer que ces mêmes Romains ouvrirent gracieusement leur sépulture à des hommes qu'ils haïssaient, qu'ils méprisaient cordialement, qu'ils poursuivaient à outrance comme des impies, des parjures, comme les derniers des misérables, dont le nom seul était celui de tous les crimes ? C'est le cas ou jamais de répéter avec Horace : Crédit Judœus Apella, at non ego.

Mais quand les païens auraient été aussi disposés qu'ils l'étaient peu à partager leurs tombes avec les chrétiens, il faudrait de plus, pour admettre une communauté de sépulture, nier la répugnance et l'horreur des chrétiens ou l'avoir vaincue. Mais cette répugnance était plus invincible encore que celle des païens. Nos pères tenaient à leur religion pour le moins autant que les païens à la leur. Or, la religion leur défendait tout coinmerce sacré avec les idolâtres.

« Qu'y a-t-il de commun, avait dit le grand Apôtre, entre le temple de Dieu et les idoles? On ne peut boire en même temps à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons i. » Plutôt que de participer aux sacrifices des païens, à leurs superstitions et à leurs fêtes, les chrétiens aimaient mieux mourir au milieu des plus affreux tourments. Et l'on voudrait qu'après s'être montrés si sévères pour éviter pendant la vie tout contact sacrilège avec les idolâtres, ces mêmes chrétiens, oubliant à la mort toutes les prescriptions de leur culte, eussent consenti à déposer dans des tombeaux profanés les dépouilles sacrées de leurs frè-

1 / Cor., X, ^0.

res ; à mêler les cendres des martyrs avec celles des adorateurs des démons ; à s'imposer la choquante et périlleuse obligation de prier les saints devant la même tombe oii les païens venaient offrir l'eau lustrale, l'encens , les fleurs et les gâteaux à leurs morts? Exposer une pareille supposition, c'est la réfuter.

Tout en s'inclinant devant cette preuve, qu'une légère connaissance de l'antiquité rendra toujours péremptoire, un jeune voyageur, descendu avec nous dans le cimetière de Saint-Hermès, disait : « Serait-il absurde de supposer que les galeries supérieures des Catacombes servirent primitivement de sépulture aux païens, et que les chrétiens, après en avoir retiré les cendres des morts, les accommodèrent àleur usage en les purifiant, comme ils purifièrent plus tard le Panthéon ?» — Oui, absurde, et absurde au superlatif.

1° Absurde de supposer que les galeries supérieures des Catacombes servirent primitivement de sépulture aux païens. Nous avons vu que la propriété des tombeaux était un dogme de la religion romaine : chaque famille, chaque corporation avait son mausolée, son colombaire sévèrement fermé à tout cadavre étranger. Or, les galeries supérieures des Catacombes, aussi bien que les Catacombes elles-mêmes, sont un cimetière commun : on y trouve à côté les uns des autres des hommes de toutes les familles et de toutes les conditions K II est même évident, d'après la direction des galeries supérieures et inférieures, que l'intention des fondateurs était de relier ensemble ces immenses souterrains. Le caractère général des Cata-

1 Voyez BoLDEïTi, lib. I, c. xVi, 67; et lib. II, c. iv, 360,460.

combes exclut donc péremptoirement la supposition dont il s'agit.

2° Absurde encore, parce que la forme des tombes ou loculi, ainsi que la nature des dépouilles humaines qu'elles renferment, sont une preuve palpable de leur usage exclusivement chrétien. Les loculi ne ressemblent en rien aux niches des colombaires ni aux urnes des mausolées. Jamais on n'y trouve les ouvertures destinées à recevoir les oll% funéraires, je veux dire les petits vases de terre cuite dans lesquels on renfermait les cendres des morts. Ils apparaissent, au contraire, toujours et partout comme de véritables tombeaux. La longueur, la largeur, la hauteur, sont évidemment déterminées par les proportions du corps humain qui doit y reposer tout entier. Que telle soit leur destination, la preuve en est palpable ; on y trouve des squelettes plus ou moins conservés, et jamais de cendres.

Or^ tout le monde sait que, depuis le commencement de la répubhque, l'usage de brûler les morts fut général parmi les Romains. Voici, du reste, l'histoire et les motifs de cette coutume, qu'il importe de bien constater. Nous apprenons de Servius que, sous les rois, on donnait la sépulture aux morts dans leur propre maison ; ou bien on les brûlait suivant une loi de Numa Pompilius ^. Les tombeaux étaient quelquefois creusés dans le flanc ou à la base des colhnes. Delà vint, plus tard, l'usage d'élever sur les tombes des colonnes et des pyramides, ou de former les tombeaux en guise de monuments, pour que tout le monde connût la place des défunts et se rappelât leur souvenir 2.

1 Viimm rogo ne aspergito. — Plin., Hist., lib. XIV, c. xir

2 Unde natum est ut supra cadavera aut pyramides fièrent aut

Mais il n'y avait aucun cimetière commun. Afin que le défunt reposât auprès de ses proches, on le rapportait dans sa patrie, si éloigné que fût le lieu de sa mort. Ainsi nous retrouvons, dès les temps les plus anciens, le grand caractère d'exclusion ou de propriété qui distingue essentiellement les tombeaux païens des cimetières chrétiens, et qui, comme nous l'avons remarqué, démontre victorieusement l'usage exclusivement catholique de nos Catacombes ^

Cependant, les Romains, toujours en guerre avec les peuples du Latium et de l'Italie, ne tardèrent pas à s'apercevoir que leurs ennemis ne craignaient point d'exhumer les cadavres et de profaner les tombeaux. Cette circonstance fit cesser l'usage d'enterrer les morts. La coutume de les brûler devint bientôt tellement générale qu'un petit nombre seulement des familles les plus illustres de la république conservèrent le rit primitif. Gicéron n'en compte que trois ; il cite entre autres la famille Cornelia, que Sylla, sorti de cette antique race, fit entrer dans Tordre commun. Craignant qu'on ne profanât son cadavre, il ordonna de le brûler ^.

ingénies collocarentur columnœ. Pro qualitate personarum pyrœ fiebant, sepulcra etiam majora vel minora fiebant. — Serv., in II ^Eneid.

1 Sciendum est quod apiid majores, ubi quis ubicumque fuisset exstinctus, ad domum suam referebatur. — Serv., in V ^Etieid. — In domibus, quas singuii incolebant, in doliis aut vasculis initio sepeliebant Romani ; in agris quisque suis, aut in fundo suburbano, seu avito et patrio solo ex senatusconsulto, Cneio Duilio consLiIe, Romœ humari consuevere. — Alex, ab Alex , Génial, dier., lib. III, c. ii.

- Ipsum cremare apud Romanos non fuit veteris instituti :

terra condiebantur At postquam longinquis bellis obrutos erui

cognovere, tune institutuni. Et tamen multœ priscos servavere ritus, sicut in Cornelia nenio ante SvUam dictatorera traditur cre-

Or, on sait que les tombeaux de ces grandes familles n'étaient point cachés dans les entrailles de la terre, mais qu'ils s'élevaient en somptueux mausolées sur les bords des grandes voies romaines. On sait, de plus, qu'ils étaient exclusivement réservés aux personnes du même sang. Nouvelle impossibilité de les confondre avec nos Catacombes,

Devenu universel vers les derniers siècles de la république, l'usage de brûler les morts continua parmi les païens, sauf qiœlques exce/jtions, jusqu'à la paix de l'Église. Aux raisons primitives qui l'avaient introduit, vinrent s'ajouter, pour le consacrer et l'étendre, les opinions de la philosophie, alors très-accréditées dans les classes supérieures de la société. Suivant Heraclite, le feu était le principe de toutes choses : brûler les corps, c'était donc les rendre à leur principe et les honorer.

D'autres soutenaient que le feu, en consumant la partie terrestre de l'homme, rendait à l'âme sa liberté et lui permettait de prendre joyeusement son essor vers le ciel. Ceux-là prétendaient que le feu communiquait au défunt quelque chose d'immortel, ceux-ci qu'il le purifiait de toute souillure et lui facilitait sa réunion au principe de toutes choses. Enfin, les sectateurs de Pythagore, admettant la transmigration, croyaient que le feu rendait l'âme plus agile et plus prompte à passer d'un corps à l'autre*.

De toutes ces philosophies différentes les Romains

raaLus. Idque voliiisse veritum talionsm, eruto C. JNIarii cadavere. — Plin., Hist., lib. VII, c. liy. — Cicer., de Leg.,\\h. IL — I[ ne compte que la famille Conielia, celles de Publicola et de Tubertus.

i Servius, in jEiieid. lib. II; id., III. — Ovid., rW5'^.,lib. I, p.lerj. IV. — Lagtant., lib. II, c. x. — Quintilian., Declam. x.

— 'ilO —

avaient tiré une conséquence commune. Ils regardèrent comme un honneur insigne d'être brûlés après leur mort, comme une honte et un malheur d'être privés des flammes salutaires du bûcher *.

Afin de procurer le même avantage au petit peuple, trop pauvre pour subvenir aux frais d'un bûcher, le gouvernement fit construire des bûchers publics appelés ustrinœ puhlicœ . C'étaient de vastes édifices, composés de quatre fortes murailles, formant un parallélogramme, dans lesquels on brûlait sans pompe ni cérémonie, mais avec une grande quantité de bois résineux ^, les corps des pauvres. Les ustrinœ remplacèrent les puticuli du mont Esquilin ; en sorte que les esclaves seuls, placés au rang des bêtes, continuèrent d'être jetés pêle-mêle dans les puits profonds destinés, dès le principe, à leur ignominieuse sépulture ^.

1 Eo tempore quo icni dari honor mortuis habebatiir. Macrob., Satiirn., \\h. VII. — Probrum ingens visum est supremis ignibus caruisse. — Mabill. Iter Italie, c. xxii, etc., etc.

2 Varro, apud Servium, in VI jEneid.

3 LucAiN nous apprend comment ou brûlait les cadavres du peuple :

Sic fatus, parvos juvenis procul aspicit ignés Corpus vile suis nullo custode cremantes.

Ptiarsal., lib. VIII.

Et Ovide :

Et dareplebeio corpus inane rogo. In Ibin.

Ante Servium Tulliimi, piitei erant extramurani,in quibus pauperculorum coraburebantur cadavera; quos puteos cum Festus suo etiam sœculo extra Portam Exquilinam coilocet, necesse es', dilatatis a Servio mûris, locum extra Exquiiias ustulandis projiciendisque plebeiorum cadaveribus postea destinatum fuisse, cum corpora plebeia nunquam Romœ desiderata sunt flammis *.

* Apud Graevium, Rom. Antiq., t. IV. — Un grand nombre d'objets trouvés dans les derniers temps constatent rexistence des iistrines, dont ils indiquent

Sur une ligne parallèle marchait, parmi les chrétiens^ Tusage non moins universel, non moins inviolable, d'enterrer les morts : c'était un de leurs crimes aux yeux des païens ^ La Providence le voulait ainsi, afin d'établir, par la seule différence de sépulture, l'intégrité parfaite de nos vénérables cimetières. Quant aux exceptions dont j'ai parlé, elles se réduisent aux tout petits enfants, aux foudroyés, aux suicidés et aux esclaves 2.

Les petits enfants âgés de moins de quarante jours n'étaient point portés sur le bûcher ou dans le tombeau de leurs familles, mais inhumés dans l'intérieur de la cité, dans des tombes particulières appelées subgrundarîa : pour les autre^, on suivait l'usage universel ^.

1 Exsecrantur rogos et damnant i^rnium sepulturam. — Minut. Félix, in Octov. — Loin de s'en défendre, le? chrétiens répondaient: « Nec, ut creditis, ullum damnum sepulturae timemiis, « sed et veterem et meliorem consueludinem Immandi frequen- (s tamus. » — Ici.

2 Tacite a soin de signaler comme une exception la sépulture de Poppée : « Corpus non igné abolitum, ut Piomanis mos est. » Annal., lib. XV. — ^c'vptii quoque condientes sepeliunt cor- « pora; Romani vero incendunt. » — Laert., de Vit. Philos., lib. IX, m Pyron. — Au quatrième siècle, Macrobe constate la cessation de cet usage : « Licet urendi corpora defunctorum usus « nostro sœculo nulfus sit, lectio tamen docet, etc. »

8 Subgrundaria antiqui dicebant sepulcra infantium qui necdum quadraginta dies implessent, quia hsec busta dici non poterant, qnia ossa quœ comburebantur non erant, nec tanta cadaveris immanitas qua locus tumesceret. Unde Rutilins Geminus Astianacte ait : Melius subgrundarium misero quaereres quan*! sepulcrum. — JuB. FiRM. Fl'LG., de Controv. Agror., lib. I.

la place **. Elles devaient être éloignées de la ville, des mausolées et des édifices. Entre plusieurs autres, l'inscription suivante ne laisse aucun doute à cet é^ard :

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