‹ Histoire des catacombes de RomeChapitre 63 sur 172 · X. Gruter. in Pohjant. noviss. TU. Martyr · texte numérisé non relu

X. Gruter. in Pohjant. noviss. TU. Martyr

Adimpleo ea quee desunt passionum Cliristi in carne mea. Co" ioss., I, 24.

Plantaverunt Ecclesiam sanguine suo. Brev. Rom.^ m noct.i Corn, Apost,

lui assure un titre non contestable aux suprêmes hommages de l'univers; maîtresse de la vérité, elle peut sans crainte demander pour son symbole, revêtu de tant de signatures sanglantes, la filiale soumission de la foi; car Tintelligence la plus haute peut l'accorder sans faiblesse, ne peut la refuser sans folie ^ Ainsi, après le sang du Seigneur, il n'y a pas de sang plus précieux que celui des martyrs : telle est la première raison qui explique, en la justifiant, l'intrépide ardeur des chrétiens pour Tobtenir. La bonté de Dieu à l'égard des généreux athlètes de sa gloire nous en fournit un autre. « Quiconque, disait le Roi des martyrs, m'aura confessé devant les hommes, je le glorifierai devant mon Père et devant les anges ^. » Et voilà qu'il accomplit magnifiquement sa promesse. Contrairement à l'usage de tous les peuples, dont les uns conservèrent avec honneur le corps entier, les autres le cœur, ceux-là les cendres, mais dont aucun ne garda le sang des morts, Lui, il inspire aux chrétiens de recueillir avant tout et de conserver à part, comme la relique la plus précieuse, le sang des

1 Itaiina Ronia mactandis Christi ovibtis générale quasi md^ celhini erat. In ea aut imperatores aut prœfecti iirbis perpetilam christianorum carnificinam exercebant. Nec iisquam terrarum christianiis sanguis iiberiiis effusus est qiiam in iina iirbe Roraa.

— Stapleton, de Magnitud. Rom. Ecoles., c. vi. — Terra ejus colorata est sanguine martvrum et contexta ossibus sanctorum.

— S. Brigit., fib. m.

Sancta es sanctorum pretioso sanguine, Roma. Nunc, nunc justa meis reverentia competit annis, Nunc merito dicor venerabilis et caput orbis, . ♦ sanctorum sanguine tincta.

Prudent., lib. Il, Confr, Symmach.

2 Lrc, XII, 8.

martyrs *. Ainsi ont fait les chrétiens de tous les pays, de Rome en particulier.

Or, c'est dans les petits vases de verre, de terre ou de bronze placés à l'extérieur des tombes que ce sang précieux fut déposé. La preuve en est que ces vases le contiennent, et qu'ils le montrent encore quelquefois liquide et vermeil, le plus souvent concret et adhérent aux parois intactes ou brisées ^. Tous les doutes à cet égard s'évanouissent devant les faits.

D'abord, quand le sang est vermeil, comment dire que ce n'est pas du sang? Ensuite, lorsque le sang est concret, il n'est pas un chimiste qui ne connaisse le moyen de le rendre à son état normal et de s'assurer par ses yeux que c'est du sang, et même du sang humain : on dit plus aujourd'hui, on assure que la science peut distinguer si ce qu'on lui présente est du sang d'homme ou de femme. Quoi qu'il en soit, l'expérience a été faite, je ne sais combien de fois, sur les résidus con^ tenus dans nos vases tumulaires, et même sur les croûtes ou teintes rougeàtres restées aux parois des fragments, et toujours elle a donné pour résultat, du sang. Je citerai seulement l'expérience faite par un homme placé dans les meilleures conditions pour être cru.

Protestant, philosophe et savant de premier ordre, Leibnitz, se trouvant à Rome, eut occasion de voir le

1 Di niunâ nazione, clie io sappia, fu costume di serbare il saiîGue, faori de' primi cristiani, che usarono questa notabilo distinzione a' martiri par alta disposizione del cielo, perché volendolo noi, dopo tanti secoli, ravvisar potessimo in esso il semo délia cattolica cristiana reli?ione, giiista il detto di TertiilUano .' Scmen est sanguis^ etc. — Mazzolari, t. V, p. xi.

- Voyez BoLDETTi, lib. I, c. xxviii et xxix. — Il est même beaucoup de vases qui portent écrit : 8a. sa?it/. : >a, sanguis. — Id., //;«>/,, c. XXXVIII.

célèbre prélat Fabretti, gardien des Catacombes. La conversation étant tombée sm^ les vases de sang des martyrs, Fabretti en donna un fragment à Leibnitz en lui disant qu'il pourrait y reconnaître des traces de sang. Le savant physicien le prit et l'emporta.

De retour chez lui, il se livre à l'examen le plus sérieux, et, pour dissiper ses doutes, il soumet le fragment en question à une expérience dont il raconte en ces termes les procédés et le résultat : « J'ai examiné attentivement le fragment du vase de verre apporté du cimetière de Gallixte et teint d'une couleur rougeàtre, afin de bien distinguer de quelle nature était cette couleur, c'est-à-dire si, comme parlent aujourd'hui les physiciens, elle appartenait au règne animal ou au règne minéral. Il m'est venu en pensée d'employer une dissolution de sel ammoniac avec de l'eau commune, et d'essayer si, parce moyen, je pourrais détacher quelque chose du verre et le rendre soluble. J'ai réussi sur-le-champ, et au delà de toute espérance. En conséquence, j'ai pensé, avec raison, que cette matière était plutôt sanguine que terrestre ou animale. Celleci, en effet, douée d'une grande propriété corrosive, aurait, pendant un si long espace de temps, pénétré plus profondémeïit dans le verre, et n'aurait pas cédé si vite à un simple lavage, etc. ^

1 Fnistiim phialœ vitreaî ex cœmeterio Callixti allatum rubigine tinctum examinavi nonnihil, ut faciliiis disceriii posset cujus ea gensris esset, et utrum, ut physici hodie loquuntur, ex regno animali, an potius minerali esset profecta. Et venit milii in mentem uti solutione salis ammoniaci, ut vocant, in aqua communi attentare, uti ejus ope aliquid e vitro separari atque elui posset. Id vero subito et supra spem successit. Indeque nata nobis merito suspicio esse sanguineam potius niateriam quam terrestrem seu mineralem qucp, vi rorrosiva pra^dita, tantoteni-

Et maintenant, pourquoi lès chrétiens ont-ils déposé le sang des martyrs dans des vases fixés à l'extérieur du tombeau? C'est évidemment pour achever d'accomplir les intentions paternelles du divin Maître, et procurer aux martyrs la gloire qui leur était annoncée dès cette vie: Le vase de sang est un signe. Monument authentique d'une glorieuse confession, il fut placé extérieurement au locidus pour désigner le héros delà foi à toutes les générations qui devaient venir, des quatre coins du monde, visiter les merveilles de la Home souterraine : cette attente n'a pas été déçue.

Après les pieux fondateurs et les zélés habitants des Catacombes, la grande Cité des martyrs a vu tour à tour les pontifes, les rois, les évoques, les fidèles de tous les siècles se prosterner par millions devant ce sang précieux. Qui dira les hommages dont il fut, dont il est environné, soit dans l'obscurité de nos cryptes vénérables, soit au grand jour, sur les brillants autels de nos Basiliques? les larmes pieuses qu'il fit répandre, les nobles sentiments qu'il inspira? en un mot, la gloire qu'il n'a cessé de procurer aux martyrs dont il signale Tauguste et sainte présence?

En effet, les actes primitifs des martyrs, les témoignages des saints Pères, l'histoire dès fouilles exécutées dans les Catacombes, c'est-à-dire la tradition tout entière, enfin l'autorité de l'Église, nous font connaître avec évidence l'intention des premiers chrétiens» et nous apprennent que le vase de sang, placé auprès d'un /o<??//ws de la Rome souterraine, fut toujours regardé comme le signe indubitable du martyre. Je n'entreprendrai pas de citer les faits contenus

pore altius in vitrum fortasse descendisset, nec lixivio tam subito cessisset, etc. — Apiid Fabretti. înscripf. antiq., c. viit.

dans les Actes qui racontent avec une candeur si touchante les interrogatoires, la mort et la sépulture des héros de la foi. Il faudrait pour cela répéter quelquesuns des renseignements déjà donnés plus haut ; il faudrait citer Boldetti depuis le chapitre xxvi jusqu'au XXXIX de son premier livre, c'est-à-dire quatre-vingtsept pages in-folio ; il faudrait rapporter le nombre infini de témoignages répandus dans les Actes publiés par les Bollandistes ; il faudrait transcrire les Actes du martyre de saint Cyprien, par dom Ruinart ; ceux des martyrs d'Ostie, par de Maistre ; ceux de sainte Cécile, par Laderchi, et beaucoup d'autres. Par là on peut juger s'il est un point d'histoire appuyé sur un plus grand nombre de documents dignes de foi ^

Quant aux Pères de l'Église, nous voyons d'abord que, bien peu de temps après les persécutions, saint Hilaire disait en général : a Partout on a recueilli le sang des bienheureux martyrs, et leurs ossements vénérables offrent journellement un témoignage ^. » Puis il rapporte les miracles qui s'opéraient aux tombeaux des martyrs.

Prudence, qui publia ses poésies en l'an 405 de notre ère, admire le courage des fidèles à recueillir le sang de leurs frères, et dit positivement qu'ils avaient pour but de laisser à la postérité une preuve réelle et évidente de leur martyre. Déjà nous l'avons entendu révéler cette intention en célébrant le triomphe de saint Hippolyte ; écoutons ce qu'il en dit dans l'hymne de saint Vincent : « Voyez accourir de la ville la foule

1 Le P. Secchi, Lettres sur te Martyre de saint Sobime?i.

2 Sanctus ubique beatorum martyrum sanguis exceptus est, et veneranda ossa quotidie testimonio sunt. Contr. Cofist. Imp., c. VIII, t. II, 567.

des fidèles ; ils s'empressent autour de ce corps déchiré ; les uns rétendent sur une couche d'herhes molles ; d'autres ferment les blessures saignantes. Celui-ci parcourt de ses baisers les nombreux sillons tracés sur ce corps par les ongles de fer ; celui-là ne répugne point à lécher la plaie saignante du saint martyr. La plupart, humectant des linges du sang qui s'est répandu ou qui dégoutte encore, veulent le conserver chez eux comme une source de grâce et de vertu pour leurs enfants ^. »

Saint Augustin, qui rapporte le môme fait, est encore plus explicite : « On voit ensuite la foule des assistants s'empresser autour du corps lacéré, couvrir ses plaies de leurs baisers, les examiner avec compassion, recueillir avec des linges son sang, relique pour la postérité, vénérable et tutélaire -. »

Après saint Augustin viennent saint Ambroise et saint Gaudence, évêque de Brescia. Le premier, parlant de l'heureuse découverte du tombeau et des restes

1 Coire toto ex oppido

Turbam fidelem cerneres,

Mollire praefultum torum,

Siccare cruda vulnera.

nie ungularum duplices

Sulcos pererrat osculis ;

Hic purpurantem corporis

Gaudet cruorem lambere.

Plerique vestem linteam

Stillanle tingunt sanguine,

Testamen ut sacrum suis

Domi reservent posteris.

Peristeph., hynm. v. 333.

2 Videres circumstantium frequentiam sancti vestigia cerlatim deosculando prolambere, vulnera totius laceri corporis pia curiôsitate palpare, sanguinem linteis excipere sacra veneratione posteris profuturum. — Apud Ruinart.

mortels des deux saints martyrs Vital et Agricola, s'exprime ainsi : » Nous y avons trouvé le sang versé pour la foi, ou plutôt le sang de leur triomphe ^ » Puis, lorsqu'il vient à découvrir les corps des saints Gervais et Protais, il affirme également qu'il a trouvé le sang, signe de leur martyre : ^ J'ai trouvé tout ce qu'on pouvait espérer dans une telle découverte, les squelettes entiers et beaucoup de sang =^. »

Mais, afin qu'il nous soil clairement démontré que ce sang était celui qui fut recueilli à leur martyre, écoutons saint Gaudence, contemporain de cette découverte : « Nous avons les bienheureux martyrs Gervais, Protais et Nazaire, qui ont daigné révéler leurs dépouilles mortelles au saint prêtre Ambroise, dans la ville de Milan, il y a peu d'années. Nous possédons leur sang recueilli dans un vase ; ne demandons rien de plus, car nous avons le sang qui est le témoignage de leur passion ^. »

Il serait facile de multiplier ces témoignages ; mais venons aux fouilles des Catacombes, afin de démontrer par quelques faits locaux que le vase de sang ne peut êti'e que le signe du martyre. Ces petits vases, qui annoncent souvent une extrême pauvreté, nullement en harmonie avec la dépense de parfums ou de substances balsamiques, se trouvent toujours scellés

1 Collegimus sangiiinem triumplialem. Exliort. ad Virg.

- Inveni signa convenientia, ossa omnia intégra et phirimum sanguinis. — Epist., lib. VIT, epist. liv.

3 Habemus Gervasium, Protasium atque Nazarium, beatissimos martyres, qui se ante paucosannos apud urbem Mediolanensem saneto sacerdoti Ambrosio revelare dignati sunt. Quorum sanguinem tenemus gypso collectum, niliil amplius requirentes; tenemus enim sanguinem qui testis est passionis. — Ser. in Dédient. Bas. SS. 40 Martyr.

dans le tuf à l'extérieur du sépulcre. Or, on ne les voit qu'aux locidi des martyrs.

La preuve en est : 1° qu'on les a rencontrés près d'un grand nombre de tombeaux qui appartiennent certainement à des martyrs. Donc ces vases de sang ont partout la même signification, autrement ils ne seraient plus un signe. Ainsi, le corps de saint Primitivus, sur la pierre sépulcrale duquel on lit cette inscription:

(' POST. MULTAS. ANGUSTIAS. FORTISSIMUS. MARTYR, )) fut

trouvé avec le vase qui contenait son précieux sang.

Le môme fait s'est reproduit en 1725, lorsque, sous le maître-autel de la Basilique de Saint -Clément, on découvrit le corps de Flavius Glemens, homme consulaire et martyr chrétien. La pierre tombale porte le titre de martyr, et l'intérieur du locidus renferme la fiole de son sang. Une autre inscription antique rapporte également que sous l'autel de Saint-Alexis, sur l'Aventin, le sang du saint martyr Boniface est conservé dans son vase ^. Un ange, étant apparu au saint évêque Sabinus, afin de lui révéler le corps de saini Antonin, martyr, lui donna pour indice le vase rempli' de sang placé près du généreux confesseur'^.

On n'en finirait pas si l'on voulait rapporter tous les faits du même genre que fournit l'histoire des Catacombes. Terminons en ajoutant que des preuves écrites viennent se joindre à ces faits positifs. Les premiers chrétiens prirent quelquefois le soin, inutile alors, mais devenu fort précieux pour nous, d'inscrire sur le ciment avec lequel les petits vases étaient scellés au tuf, le mot sangvis abrégé en sa surmonté d'un

^LvPi, Epitajih. Ser. Martyr., xxxii.

2 Cum capite abscisso urceum quoque ejus sanguine plénum in testiiïionium. — S. Axtqn., pars II. c. xiv, tit. 15.

trait. On écrivait sa satvrnii pour sangvfs Satvrnini ; ou plus au long sang, qui ne peut s'interpréter que par SANGuis ^. Si l'on voulait y voir en abrégé le mot SAxcTUs, ce serait montrer une grande ignorance des monuments chrétiens les plus anciens, qui ne joignent jamais ce titre au nom des martyrs.

La preuve en est : 2° que le vase de sang ne se trouve jamais dans les galeries des Catacombes ouvertes pour la sépulture des fidèles, postérieurement aux persécutions. L'observateur le plus judicieux de la Rome souterraine, Boldetti, donne en ces termes le résultat de sa longue expérience : « En 1716 j'explorais les Catacombes de Sainte-Agnès. Ayant fait commencer les travaux par mes fossoyeurs, on attaqua plusieurs galeries remplies de terre depuis le sol jusqu'à la voûte. Nous trouvâmes jusqu'à douze loculi superposés les uns aux autres, tous bien fermés avec des briques ou avec des tables de marbre. Plusieurs avaient des inscriptions grecques et latines ; mais dans aucun de ces tombeaux je ne pus trouver un vase de sang ou une palme, signes caractéristiques du martyre.

« J'allai plus loin ; afin de m'assurer pleinement si quelque vase de sang ne serait point renfermé dans l'intérieur des loculi, ce qui arrive quelquefois 2, je fis ouvrir sous mes yeux, en un seul jour, environ cent de ces tombeaux. Or, il me fut impossible dV reconnaître aucun signe du martyre. Je m'assurai par là que cette partie des Catacombes était postérieure aux persécutions : l'histoire vint confirmer mon jugement.

1 VoyezBo>\o, lib. III, c. xxv. — Boldetti, lib. I, c. xxxix. — Marghi, Origin. et Antiq., etc., t. I, p. 462.

Corne alcuna volta è succediito ritrovarvela. — Cette exception ne fait que mettre en évidence la règle constante de placer le siene du martvre à l'extérieur du lor-ulus.

Elle m'apprend, en effet, que cette partie du cimetière de Sainte -Agnès date du règne de Constantin et même d'une époque immédiatement postérieure.

(i De ce fait important, dont je fus témoin oculaire, je tirai une conclusion évidente et du plus haut intérêt. Si les premiers chrétiens, qui touchaient aux persécutions, se sont abstenus si scrupuleusement de marquer cette multitude de tombeaux avec la palme ou le vase de sang, comme ils auraient pu le faire si facilement, n^est-ce pas une preuve péremptoire que les tombes accompagnées de ces signes distinctifs renferment les corps des généreux athlètes qui répandirent leur sang pour Jésus-Christ et qui remportèrent dans un glorieux combat la palme de l'immortalité ? Si de tels signes n'étaient pas les emblèmes du martyre, d'où vient que les chrétiens ne les auraient pas gravés sur les tombes de leurs amis et de leurs parents ?

Contemporains des persécutions, fils et frères de martyrs, ils n'étaient pas moins religieux que leurs pères, aveclesquels ils avaient vécu; ils connaissaient parfaitement leurs rites et leurs usages ; de plus, la paix dont ils jouissaient leur permettait de manifester librement les témoignages de leur tendresse, elle leur en rendait les moyens faciles. Ils ont placé sur la tombe de leurs morts des inscriptions, des tables de pierre et de rnarbre ; auraient-ils manqué d'y joindre des palmes et des vases de sang, si ce double signe n'avait été qu'un témoignage d'affection et de reconnaissance? Pourtant ils ne l'ont jamais fait : que conclure de là, sinon évidemment que la pahne et le vase de sang étaient à leurs yeux les signes distinctifs du martyre^?)) Après des preuves si soUdes, après tant de témoigna-

1 BOLDETTI, lib. I, c. Il, p. 8.

ges uTécusables, ne faudrait-il pas nier l'évidence pour refuser d'admettre comme martyrs les premiers chrétiens dont la tombe se distingue par ce signe révéré? Libre de se donner un pareil ridicule à certains hommes qui n'ont peut-être jamais vu de tombes païennes, qui n'ont pas été à même d'étudier les sépultures grecques, étrusques, romaines, et encore moins nos Catacombes. Quant aux savants vraiment dignes de ce nom, ils seront toujours unaniaies à reconnaître qu'en proclamant le vase de sang comme le signe indubitable du martyre, l'Église est le fidèle organe de la raison, de l'histoire, de la science, de la tradition constante de dix-huit siècles ^.

C'est ce que fit, à l'exemple de tant d'autres, l'homme le plus savant et le plus modeste du siècle de Louis XIV, Mabillon 2. C'est ce que venait de faire, quelques mois avant notre séjour à Rome, un de nos honorables compatriotes, M. Raoul Rochette, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, membre de l'Académie des Inscriptions, etc. Sa lettre, publiée depuis dans les journaux de France et d'Italie, fait le plus grand honneur à ce célèbre archéologue ; car elle montre à la fois sa loyauté, son amour pour la vérité et son respect pour l'autorité de l'Église '^.

1 Voir plus haut, p. 453 le décret du Saint-Siège, cité en parlant de la palme. — Voir aussi Boldetti, lib. I, c. xxx, p. 145, etc. xxxi, p. 154.

2 Ejusmodi ampuUas sanguine tinctas martyrum sacrarum reliquiarum certissimaindicia esse. — Epist. ad Euseb.,'2^ édit., 49.

3 Voici cette lettre, adressée au P. Secghi, de la Compagnie de Jésus :

Paris, le G aoûf 1841.

« Mon révérend Père,

« Je viens de recevoir d'une main amie votre Dissertation fVArrhéoïogip chrétienne, publiée à l'occasion de la découverte du

Le martyre suffit pour la canonisation. — Surveillance des Catacombes. — Extraction de deux corps de martyrs dans les Catacombes de Sainte-Priscille. — Soin des reliques. — Sainteté des Catacombes. — Nombre des martyrs de l'Église en général, de Rome en particulier (note). — Adieu aux Catacombes et h Rome.

Une grande joie, je dirais volontiers un grand événement, nous était réservée pour aujourd'hui : nous

corps de saint Sabinianus, martyr, et je ne puis m'empêcher de vous faire part de l'intérêt avec lequel j"ai lu cette nouvelle production de votre plume savante. J"ai d'ailleurs un autre motif pour vous faire cette communication, qui vous paraîtrait peut-être indiscrète si elle n'avait pour objet que de donner des éloges à votre travail : c'est l'occasion toute naturelle qu'elle me fournit de réparer une faute que jai commise et que vous avez justement relevée : il s'agit du vase de verre, en forme de lacrymatoire, scellé à l'extérieur de la niche sépulcrale, et regardé, dans les Catacombes chrétiennes, comme un signe indubitable du martyre.

« En contestant ce point d'archéologie chrétienne, je n'avais pas suffisamment, j'en fais l'aveu sans la moindre peine, pesé les circonstances qui accompagnent ordinairement l'insertion du vase en question, et qui ne peuvent pas ne point se rapporter à une tout autre intention que celle des vosea à porfiwis déposés dans le sein de la tombe, conséquerament dans l'intérieur de la niche, loculus. Cette distinction seule, appréciée comme elle devait l'être, eût suffi pour prévenir la méprise où je suis tombé: et les témoignages de l'histoire ecclésiastique sur l'usage des fidèles de recueillir, par tous les moyens qui étaient en leur pouvoir, le sang des martyrs, ces témoignages, auxquels vous avez ajouté des citations nouvelles tout aussi dignes de foi, auraient du dissiper entièrement mes doutes.

(( Maintenant, mon révérend Père, il ne subsiste plus, après vous avoir lu, aucun de ces doutes dans mon esprit; l'assentiment que je donne à vos idées est complet et sans réserve ; et c'est surtout pour vous adresser cet aveu et cette réparation de ma faute que j'ai pris la plume, encore plus que jjour vous procurer la vaine satisfaction de louer le savoir et la sagacité qui régnent dans toute votre Dissertation. Après cette déclaration,

devions assister à l'extraction de deux corps de martyrs dans les Catacombes. Avant de raconter cette délicieuse circonstance.de notre pèlerinage dans la Rome

qui est assurément bien spontanée de ma part, bien que d'après quelques mots où j'ai cru me reconnaître, p. 12, elle fût, en quelque sorte, devenue nécessaire, vous me permettrez, mon révérend Père, de vous dire que j'avais déjà retiré une opinion qui m'avait toujours laissé de grands scrupules; car voici comment je m'exprimais, paire 225 de lédition originale de mon Tableau des Catacombes, publié à Paris en 1837: «Les vases de verre « peint sont au premier rang des objets d'antiquité chrétienne « qu'on a recueillis dans les Catacombes. Sans parler de ceux de « la forme dite vulgairement lacrymatoire, qui servirent, dans « l'opinion commune des antiquaires romains, à recueillir le sang « des martyrs et qui ont acquis, à ce titre, sous le nom (ïampoUa « di samjue^ une si grande importance religieuse, il en est d'au- « très, etc. »

« J'énonçais ainsi, sans le contester, l'usage auquel on est convenu de rapporter les vases dont il s'agit, et par ces motifs je m'abstenais d'en parler comme des autres objets d'antiquité chrétienne, dérivés plus ou moins directement d'une coutume profane, avec lesquels Vampolla di sangiie, comme objet essentiellement sacré, ne pouvait avoir le moindre rapport. Telle était donc déjà mon opinion; mais elle avait besoin d'être, et plus solidement établie au dedans de moi-même, comme elle l'est maintenant grâce à vous, mon révérend Père^ et plus formellement exprimée pour les autres, comme je le fais aussi maintenant en vous adressant cette déclaration, dont vous ferez, mon révérend Père, l'usage que vous jugerez convenable.

ce Excusez, mon révérend Père, la liberté que j'ai prise, et veuillez agréer Ihoramage de mon respect.

« Raoul Rochette. »

Le décret suivant de la Congrégation des Rites met hors de contestation la signification de la palme et du vase de sang, comme preuves du martyre Postquam sœculo XYI, laboribus prœsertim et studiis Ant^nii Bosii, iterum Sacra suburbana patuere Cœmeteria, quœ a sœculo VIII exeunte Summorum Pontificum cura penitus interclusa remanserant, ne barbari Romanum solum dévastantes ibi aliquam inferrent profanationem, in lis conquiri cœperunt ^lartyrum Corpora quœ adhuc ibidem permanebant in loculis abscondita. Tutissimum dignoscendi Sacra hœc pignora Signum a majorum traditione receptum erant Phialœ vi-

souterraine, il faut exposer la conséquence qui résulte de ce que nous avons dit précédemment. Deux faits ont été constatés : l'extrême sollicitude des souverains

treœ, vel figulinse criiore tinctœ, aut crustas saltem Sanguineas occludentes, quae vel intra vel extra Loculos Sepultorum affixœ manebant.

Attaraen aliquibus visum fuit Viris eruditis alias prœter Sanguinem admittere notas, qiiibus ipsi Martyres distingui autumaliaiit. Verum, ut in re tanti momenti inofîenso procederetur pede, placuit Clementi IX, Summo Pontifici, singularem deligere Congregationem, quœ ex Sanctœ Romanœ Ecclesiœ Cardinalibus, aliisqiie doctissimis Viris constaret, eique hac super re gravissiraum commisit examen. Ha^c Congresatio quœ postea a Sacris Reliquiis et Indulaentiis nomen habuit, argumentis omnibus perpensis, die 10 aprilis anni 1668, Decretum hoc tulit : « Cum in Sacra Congregatione bidulgentiis, Sacrisque Reliquiis prœposita de Notis disceptaretur, ex quitus verœ Sa7ictoru77i Marty^mm Reliquiœ a falsis et dubiis dignosci possint; eadem Sacra Co7jgregatio, re dilig enter examinata. ceyisuit Pahnarn et Vas illorum sanguine tinctum pro signis certissimis habenda esse: aliorum vero sig7iorurn examen i7i aliud te7npus rejecit. »

Decretum hujusmodi duorum fere sseculorum decursu fideliter servatum est, quamvis prœterito vertenLe sœculo nonnuUi selecti Scriptores de Phialae Sanguineae signo diversimode dubitaverint; quibus prœcipue gravissima Benedicti XIV Auctoritas obstitit,quum in Litteris Apostolicis ad Capitulum Metropolitanœ Ecclesiœ Bononiensis de S. Proco Martyre ex Cœmeterio Thrasonis cum Vase Sanguinis effosso edoceret : «c Ipsi debetur cultus et titulus Sa7icti, quia procul dubio /lulli imquain venit in 77ie7ite)7i quantu7nvis acuto inge7iio is fuerit, et cupAdus quœre7idi,ut aiu7it. nodum i7i scirpo, 7uilU, inqunm, ve7iit i7i )ne7ite77i dubitatio, quod Corpus i7i Catacumbis Romanis inventu7n cum Vasculo Sangui7iis aut plp7io, aut tincto, no7i sit Corpus alicujus qui morte77i /)ro Christo susti7iuerit . »

At nostris hisce diebus alii supervenere Viri eruditione œque pûllentes, et in Sacrœ Archeologiœ Studiis valde periti, qui vel scriptis, vel etiam voluniinibus editis adversus Phialam Sanguineam utpote indubium Martyrii signum decertarunt. Sanctissimus autem Dominus Xoster PIUS PAPA IX, de Decreti illius robore et auctoritate haud hœsitans, quum videret tamen eruditorimi difficultates in ephemeridibus tum catholicis, tum heterodoxis divulgari, ad prœcavendum quodlibet inter fidèles scandalum sapientissime censuit.ut Inijusmodi difficultates in quadam peculiari

pontifes pour avoir les Actes des Martyrs, le zèle prodigieux des fidèles à visiter les confesseurs dans leurs prisons, à les accompagner au lieu du supplice et à recueillir leur sang.

Quelle conclusion faut-il tirer de ce double fait? En d'autres termes : Que se passait-il après la mort des victimes? Quelle autorité faisait placer les signes du martyre auprès de leur tombe? Comment savons-nous qu'il n'y eut dans ce placement ni fraude ni méprise, et que la palme et le vase de sang suffisent à eux seuls, indépendamment de tout miracle, pour autoriser le culte religieux des martyrs? Répondre par des faits à ces différentes questions, c'est révéler l'admirable sagesse de l'Église, en puisant à pleines mains dans les

Sacrorum Rituum Congregatione severo subjicerentur examini. Peculiaris vero Congregatio liœc nonnullis ex ejusdem Sacrorum Piiluum Congregationis Cardinalibus, Prœlatis Officialibus, ac selectis Ecclesiasticis Viris pietate.doctrina, prudeiitia,reriimque usu eximie prœditis constitiita, prœ oculis habens universam argumeiitorum seriem, nec non fidelem ejusdem Secretarii Relationem, quum omnia accuratissima ponderaverit disquisitione, die 27 Xovembris, verlentis anni, duobus his propositis Dubiis :

I. A7i Phialœ vltreœ, aut figuimœ Sanyulne tinctœ quœ ad Loculos Sepultorum in Sacris Cœmeteriis vel extra ipsos reperiuntur, censeri debeant Martijrii signum ?

IL An ideo sit standum vel recedendum a Décréta Sacrœ Congregationis Indulgerdiarum , et Reliquiariua, die lU Aprilis IGGS ?

Responditad primum « AFFIRMATIVE; »

Respondit ad secundum « PROMSUM IX PRIMO. »

Ideoque declaravit confirrnandum esse Decretum Anni 16G8.

Facta autem de priemissis Sanctissimo Domino Xostro PIO PAP.E IX a subscripto Secretario accurata omnium expositione. Sanctitas Sua Sententiam Sacrœ Congregationis ratam habuit, et confirmavit, atque prœsens Decretum expediri prœcepit.

Die 10 Decembris 18G3.

C. Episcopus Portuen. et s. Rufi.wî:, CARD. PATRIZI S. R. C. Pr.-ef.

D. Bartolini S. R. C. Secretarius.

trésors, trop peu connus, de notre vénérable antiquité.

Lors donc que les chrétiens, témoins intrépides du martyre de leurs frères, avaient recueilli leur sang avec des linges et des éponges, ils l'exprimaient dans de petits vaisseaux de verre, de terre ou de toute autre matière imperméable. Les monuments primitifs vont plus loin. Ils nous les montrent emportant eux-mêmes les restes mutilés des victimes et les déposant de leurs propres mains, ou les confiant aux Fossoyeurs pour les déposer dans les loculi des Catacombes. Avec le corps du martyr ils apportaient le vase de son sang, ou, s'il était mort d'une manière non sanglante, la déposition authentique de son martyre. Il n'est pas une galerie de la Rome souterraine qui ne rende témoignage de ce fait mille et mille fois répété.

Cependant, par cela seul qu'ils avaient été témoins de la mort de leur frère, les chrétiens pouvaient-ils, de leur autorité privée, apposer sur sa tombe les signes du martyre? Non, assurément; un acte de cette nature entraînait le culte religieux, car il était la canonisation du défunt ^. Or, le pouvoir ecclésiastique est seul compétent en pareille matière. Avant de placer le" vase de sang auprès de la tombe ou de graver la palpie sur la pierre sépulcrale, le pouvoir ecclésiastique pouvait et devait donc être consulté. Qu'il en fût ainsi, le bon sens le devine avant que les témoignages authentiques le démontrent.

Le zèle des évêques d'Asie, d'Afrique, d'Orient et d'Occident pour avoir les Actes des Martyrs n'est un

1 Honor tributus martyribiis in Ecclesia primitiva... pars quœdam religionis fuit, et quin cultum religiosum involverit nihil est dubitandum. — Bini., Dissert. II, de Litter. Encycl., c. m; apiid Bened. XIV, f/e Beatif., c. m.

mystère pour personne, témoin V Histoire d'Eusèbe, les Lettres des Églises de Vienne et de Smyrne, la Biographie de saint Cyprien^ écrite par son diacre Pontius ^ Il est permis de croire que ce zèle prit une nouvelle activité, lorsqu'en 238 le pape saint Fabien ordonna à tous ses collègues dans Tépiscopat de s'occuper avec le plus grand soin de recueillir ces précieux monuments ^.

D'ailleurs, en ceci comme dans tout le reste, les pontifes romains étaient les premiers à donner Texemple. Nous avons vu saint Clément établir, dans les différents quartiers de Rome, des notaires spécialement chargés de recueillir tous les renseignements les plus minutieux sur les martyrs. En 237, nous voyons le pape saint Antère se laisser conduire au supplice plutôt que de livrer ces Actes vénérables, dont l'Église de Rome possédait la collection depuis son établissement ^.

Or, quel était l'objet de cette sollicitude universelle? N'est-il pas évident que tant de précautions, tant de recherches, avaient pour but défaire connaître les vrais

1 Testatur morilms jam receptiim fuisse ut non solum nobilium. sed etiam plebeiorum martyria adnotarentur : « Ut cum majores nostri plebeiis et catecliiinnenis martyrium conseciitis tantum honoris pro martyrii ipsius veneratione dederunt. l't de passioiiibus eorimi multa aut prope dixerim ciincta conscripserint, ut ad nostram quoque notitiam, pêne quinon dum nati fueramus^ pervenirent. — N. l.apudBENED. XIV, ubi supra.

2 In sua prima epistola decretali episcopos admonet ut collectioni Actuum martyrum invigilent : quod etiam vos omnes agere mo7iemîcs; et deinde prœcipit : et ideo fidelissimis hœc negotia committi prœcipimus, ne aliqua in eis illusio inveniatur. — Apud

ENED. XIV. ihid.

2 Acta martyrum quae a notariis excipi et scriptis fideliter mandari Clemens jusserat abiisdem diligenter exquisivit, ac ne interirent neve ab ethnicis corrumperentar, in Eeclesiœ tabulario voluit rcponi. Quamobrem a Maximo prccfecto ad mortem datus est. — Elseb., lib. VI. — Bar., on. 238. — Sandixi Vif. Pontif., p. .34. — Ben'ED. XIV, uhi supi^a.

martyrs^ d'éclairer raiitoiité compétente et de préparer son jugement? L'histoire interrogée répond qu'il en est ainsi. Dans certaines parties de la chrétienté, c'étaient les évêques seuls en synode, ailleurs c'étaient les primats qui prononçaient la sentence qui devait offrir un saint de plus à la vénération des fidèles ^

Avant cette décision il n'était permis à personne d'honorer un martyr d'un culte religieux, par conséquent de distinguer sa tombe des signes du triomphe. Là-dessus nous avons un témoignage qui tranche péremptoirement la question. Une dame fort riche, nommée Lucille, fut surprise par l'archidiacre nommé Cécilius baisant, avant la Communion, l'os d'un martyr non encore approuvé par l'autorité compétente. Le diacre la reprit fortement, et, dans sa colère, elle se sépara de l'Église 2.

1 Voyez Bellar., de Sonet. Bentif., lib. I, c. viii. — Lupl'S, m 'Sotis ad IV Condl. Rom., t. III, p. 565. — Suarez, in Notis ad S. Li?ii Oper., p. 705. — Du Saussay, in Apol. Theolorj.pro Sanct. Cultu, p. 32, nd calcem Martyr, gallican. — Le savant évêque s'exprime ainsi : Verum ex sélection venerandae antiquitatis penu, quln et exquisitiori Patrum testimonio, hoc jus non ita passim creditum, sed majoribus prœlatis duntaxat concessum fuisse certo liquidius apparat. Moris enim erat ut, cum aliquis martyrio occubuisset, rem pestam scriberet Episcopus sub cujus ditione hoc accidisset ad Primatum Episcopum, a quo, mature adhibitis in concihum Episcopis, an inter martyres is esset recipiendus decernebatur. — Saint Augustin confirme ce sentiment, in Brevicido CoUationum cum Do)iatistis Coll. III, c. xiii. Indiquant fordre et la manière suivant lesquels les Actes des martyrs devaient être transmis au Primat, il dit : « Recitarunt etiam rescripta Secundi Tingitani ad eumdem Mensurium pacifiée data, ubi et ipse narravit in Numidia persecutores quid egerint, et qui comprehensi et multa mata passi et gravissimis supphciis excruciati et occisi sunt, eosque honorandos pro martyrii sui mérite commendàvit, tandem eos non tradidisse Scripturas sanctas. »

- Cum correptionem archidiaconi Cceciliani ferre non posset quœ ante spiritalem cibum et potum os nescio cujus martyris, si

Telle était la discipline invariable des chrétientés particulières en Orient et en Occident. Rome tiendra-t-elle une conduite différente ? La maîtresse des Églises foulera-t-elle aux pieds des règles si sages, en abandonnant aux simples fidèles un droit sacré qui ne peut appartenir qu'à l'autorité suprême? Pour avoir Tombre d'un doute sur ce point, il faudrait supposer dans les papes des trois premiers siècles une absence totale de bon sens, de probité, de zèle. On sait pourtant que le monde ne connaît rien de plus sage que leurs paroles, de plus pur que leur vie, de plus héroïque que leur mort.

Dès l'origine, ils établissent dans Rome un corps de notaires qui, de concert avec les diacres régionnaires et les sous-diacres, sont chargés de recueillir tous les renseignements sur les martyrs. Plus tard, nous les voyons eux-mêmes mourir au milieu des tortures, plutôt que de livrer aux persécuteurs la collection de ces monuments vénérables. Or, pourquoi tant de sollicitude? N'e^t-il pas évident qu'à Rome, aussi bien que dans les autres églises, ces investigations avaient pour but de faire connaître la vie des martyrs et de constater leur mort pour la foi ? Si donc, dans toutes les Églises d'Orient et d'Occident, tous ces renseignements formaient les pièces du procès dont le jugement était réservé à l'autorité ecclésiastique, ne faut-il pas en conclure qu'à Rome ils avaient la même destination ?

Or, nous le savons, le signe par lequel Rome distinguait les martyrs, c'est-à-dire les désignait au culte

tameii martyris libère dicebalur, et ciim prœponeret os nescjo cujus hominis mortiii. etsi martyris, sed nondurn vindicatif correpta cuiii confusione irata recessit. — Opt. Milev., lib. I, Adi\ Parmen. — Vindicalos ergo volebant martyres, id est ab Episcopis agnitos el apprubatos. — Marill., Prœf. in SecuL V. Ordin. S. Bened. — Benedigt. XIV, de Beatif., c. ii.

religieux de leurs frères et leur assurait celui de la postérité, c'était le placement du vase de sang auprès de leur tombe. Là venaient aboutir tous les renseignements, toutes les précautions, toutes les recherches des pontifes ? Et l'on pourrait supposer que ces mêmes pontifes, oubliant tout à coup leur sollicitude, ont négligé cet acte décisif et laissé à l'arbitraire des particuliers le droit de placer auprès des tombeaux le signe authentique du martyre? Où serait leur bon sens? Il y a plus : tenir une pareille conduite, n'était-ce pas renverser toute hiérarchie, et concéder aux brebis un ministère qui ne peut appartenir qu'aux pasteurs? N'était-ce pas miner publiquement la foi et la confiance aux martyrs? Tandis que tous les évêques du monde auraient pris tant de précautions pour s'assurer de la réalité du martyre, qu'ils se seraient réservé à eux seuls le droit de prononcer sur cette grave ques* tion, en défendant toute espèce de culte avant leur décision, les chefs et les modèles de tous les évêques auraient abandonné le jugement de la même cause aux simples lumières de la foule I Peut-on admettre une pareille anomalie? N'était-ce pas exposer les fidèles contemporains à donner dans de graves méprises et à retomber, en honorant des personnes indignes de leur culte, dans les superstitions pour l'abolition desquelles ils mouraient? N'était-ce pas y condamner, matériellement du moins, toutes les générations futures? Et les vicaires de Jésus -Christ auraient fait cela? Où serait leur probité?

Coupables d'une pareille félonie, ils auraient d'autant moins d'excuse qu'il leur était plus facile qu'aux autres évêques de remplir ce devoir sacré de leur charge pastorale. Tout se réduisait à constater le fait

du martyre, c'est-à-dire la mort, et la mort endurée pour la foi. A instruire ce procès de canonisation quelques instants suffisaient. Les délégués de l'autorité pontificale, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les notaires, les Fossoyeurs, les gardiens des Catacombes, si bien nommés Cubicularii, c'est-à-dire chambellans des martyrs , se trouvaient habituellement, durant les persécutions , dans les différents quartiers de la Rome souterraine. Les papes eux-mêmes les habitèrent tour à tour, et cela pendant de longues années ^.

Or, on est dans le feu de la persécution; des victimes viennent d'être immolées; les chrétiens ont recueilli leurs restes précieux. A la faveur des ténèbres, ils les descendent dans les Catacombes. « Quel est celui que vous apportez? demande le pape lui-même, ou quelqu'un de ses représentants. — C'est un de nos frères. — Comment le savez-vous? — Nous l'avons visité dans les fers, nous l'avons suivi devant les juges, nous l'avons accompagné au pied de l'échafaud. — L'avez-vous entendu condamner? — Nous avons entendu sa sentence; il a été condamné, parce qu'il était chrétien. — Comment est-il mort? — Il ne s'est point démenti; il est mort pour la foi : voici le vase de son sang. » Indépendamment des détails circonstanciés fournis par les notaires, les diacres ou les diaconesses, telle est, en peu de mots, la déposition.

L'événement s'est passé au grand jour; les témoins sont nombreux, irréprochables. D'une part, ils ont exposé leur vie pour acquérir la certitude du fait dont

1 Voyez Bar., Ann., depuis Van 60 à l'mi 306. — Sandini, Vit. Pontif. — Bosio, tant de fois cité dans l'Histoire des Catacombes, etc.

ils déposent; d'aiitre part, ils présentent de ce fait même la preuve palpable : le vase de sang. Quelle apparence qu'ils veuillent se rendre coupables d'une sacrilège imposture, eux qui, demain peut-être, martyrs à leur tour, paraîtront devant le souverain Juge? Mais quand ils le voudraient, le pourraient-ils? Parmi tant de voix il ne s'en élèverait pas une pour démasquer le mensonge?

Convenons plutôt que jamais témoignage ne fut rendu dans des circonstances plus solennelles et par des témoins plus intègres. Par la double preuve de la déposition et du vase de sang, le fait du martyre est constaté ; Tautorité prononce. • Marquée du signe triomphal, la tombe du héros chrétien sera l'autel du sacrifice et lui-même l'objet de la vénération religieuse de ses frères jusqu'à la consommation des siècles *.

De cette conduite, indiquée tout à la fois par le bon sens, par la discipline générale de l'Église et par les monuments primitifs, il résulte qn ai(cim vase de sang ne fut placé arbitrairement auprès à' aucun loculus des Catacombes ; que le pouvoir légitime seul autorisa le placement de ce signe authentique; en d'autres termes, que l'Éghse de Rome, aussi bien que les Eglises d'Asie et d'Afrique, le pape aussi bien que les évêques, exercèrent, dès l'origine, sans l'abandonner aux simples fidèles, le droit essentiellement pontifical de canoniser leurs enfants.

1 Idcirco Ecclesiarum antistites magna semper solertia siimmoqile studio caverunt ne ciii religiosum hune ciiltum décernèrent qui suo reipsa merito mactandus hoc honore dignus non esset, ejusque rei gratia invi£'ilonint ut ex certis indiciis mérita uniuscujusque dijudicarent et causam martyrii vitamque martyris penitus innotescerent. — Bixi, bi<scrf. II, de Litter. Encyc. c. ni; apud Bexed. XIV. de Beatif., c. ni.

De là une seconde conséquence. Appuyé sur tous les genres de preuves, géologiques, archéologiques, historiques, nous avons dit que les Catacombes sont d'origine exclusivement chrétienne; en outre, nous avons étabU qu'elles ne servirent jamais de sépulture aux païens, aux juifs^ aux hérétiques; qu'elles sont exclusivement peuplées de catholiques. Or, en accordant l'origine moitié païenne et moitié chrétienne des Catacombes ; en admettant, de plus, que la vénérable cité des martyrs fut souillée par la sépulture de quelques païens ou hétérodoxes, il n'en resterait pas moins démontré que les reliques sacrées dont Rome enrichit ses Basiliques et les temples du monde entier sont parfaitement authentiques.

La palme et le vase de sang placés, par l'autorité, exclusive des pontifes , auprès de certaines tombes^ demeurent toujours comme des monuments irréfragables de la vérité du martyre. Or, les ossements sacrés accompagnés de l'un ou de l'autre de ces signes indubitables sont uniquement présentés à la vénération religieuse des fidèles. Voilà un des mille chemins par lesquels on se trouve conduit à dire de Rome ce que Bacon a dit de la religion : a Un peu de science en éloigne, beaucoup de science y ramène. »

Dans le cours de cette étude, j'ai dit que la canonisation des athlètes du Christianisme était d'autant plus facile que tout se réduisait à constater le fait même du martyre. Ici quelques explications deviennent nécessaires. En confirmant de plus en plus l'authenticité des vénérables reliques de la Rome souterraine, elles montreront sous un nouveau jour la profonde sagesse du Saint-Siège. Le martyre est l'héroïsme de la charité. C'est un baptême de sang, qui efface tous

les péchés et met immédiatement celui qui le reçoit en possession de la gloire éternelle: telle fut, dans tous les siècles, la doctrine invariable de l'Église catholique. Dès lïnstant de leur mort, elle a toujours invoqué les martyrs; elle n'a jamais prié pour eux. En demandant leur soulagement, elle aurait cru leur faire injure, ainsi qu'à Dieu lui-même ^

(( Sans doute, continue Benoît XIY, si nous parcourons les monuments de la primitive Église, si même nous consultons ceux d'une date moins ancienne, il ne sera pas difficile de trouver que dans les causes des martyrs, on s'est occupé non- seulement du martyre et de la cause du martyre^ par conséquent de leur sainte mort, mais encore des vertus qu'ils pratiquèrent pendant leur vie. Toutefois on ne peut pas eh conclure la nécessité d'informer sur les vertus, dans toutes et dans chacune des causes des martyrs, en sorte que, pour canoniser un martyr, il ne suffise pas de la mort courageusement soufferte pour Jésus-Christ, mais qu'il ait encorependantsaviepratiqué les vertus théologales-.»

Après avoir cité un grand nombre d'exemples qui établissent la pratique constante de l'Église, le savant pontife rapporte, en les approuvant, les paroles sui-

* Injiiriam facit mait\ii qui orat pro eo. ^ S. Cyp , ad Mariijr.

2 Si antiquiora Ecelesia? moniimenla percurramus atque etiani si ad uoiiinilla non adeo antiqua manum admoveamus, difHcile profecto non erit reperire actnra fuisse in caiisis martyrum non polum de martyrio et causa martyrii et sic de pretiosa eorum morte, sed etiam de virtuliLus quibus dura vixerant flomernnt : absque eo quod liinc inferatur nécessitas in virlutes ipsas inquirendi in omnibus et singulis martyrum causis, ita ut pro martyre declarando minime sufficiat mors pro Chrisio constanter recepta, sed prœterea necesse sit ut anle passionem martyr in virtutibus theologicis se consuetudine exercuerit. — De Beotif.,e\c., lib. L c. XXIX, in-fol., edit. Venet., 1788.

vantes de Bellarmin : « Pourvu qu'il soit constant qu'une personne est vraiment martyre, l'Église n'hésite pas à la placer parmi les bienheureux et les saints, quand même, avant le martyre, elle eût été couverte de crimes. En effet, la promesse du Seigneur est générale : Quiconque me confessera devant les hommes^ je le glorifieiva devant mon Père^. »

Ainsi dans les martyrs les vertus n'ont jamais été regardées comme une condition indispensable de la canonisation : il en est de même des miracles.

« Ce qui a été dit des vertus, ajoute Benoît XIY, peut se dire des miracles. Les anciens monuments apprennent qu'il en était question, lorsqu'il s'agissait de canoniser un martyr ; mais nullement qu'ils étaient regardés comuie une condition nécessaire de la canonisation ^. » Tiennent ensuite un grand nombre de faits qui établissent la constante discipline de l'ilglise; puis, le grand pape termine par les belles paroles de saint Euloge, archevêque de Tolède et martyr lui-même, qui réfute victorieusement ceux qui prétendent que les miracles sont nécessaires pour canoniser les héroïques champions de la foi ^.

Ce que furent dès l'origine les règles et la législation

1 Dum modo constet aliqiiem esse vere marLyrem, Ecclesia non dubitat eum in ter sanctos et beatos numerare, etiamsi ante martyriam multis flagiliis coopertum. Promissio enim Domini generalis est, Matth. x, 32:Omnis qui confitebitur me coram hominibus, confilebor et ego eum eoram Pâtre meo. — De Indulg., lib.L c. Il, n, y, pars 4.

"^ Quœ dicta sunt de virtutiijus in causis martyrum dici etiam possunt de signis et miraculis; hoc est de eis in antiquis Ecclesiœ monumentis liabitam fuisse rationem, eum de martyrio agebatur et ejus vindicatione, absque eo quod hinc inferri possit eorum nécessitas ut quis pro martyre coleretur. — Id., ihid.

s BOLDETTI, lib. I, c. XXV, p. 1 "22 .

de l'Église, elles le sont encore. Elle peut encore canoniser les martyrs sans les preuves extérieures des vertus héroïques et des miracles. Toutefois, depuis le pontificat d'Urbain YIII, elle s'en abstint généralement. Avec le fait du martyre elle exige les vertus et les miracles. Faut-il en conclure qu'elle blâme son passé et qu'elle regarde aujourd'hui comme indispensable ce qui durant tant de siècles ne lui parut qu'accessoire ? Nullement^. Cette modification dans sa discipline révèle sbulement l'admirable sagesse qui la caractérise. Écoutons-la traduisant elle-même sa pensée : « Sans doute, je suis en droit de placer au nombre des saints mes enfants morts courageusement pour le nom de Jésus-Christ : l'héroïsme de leur témoignage suffit pour établir la certitude de leur bonheur éternel. Des miracles authentiques opérés parleur intercession ajoutent certainement unnouvel éclat à leur sainteté. Ces preuves extérieures ferment la bouche aux plus audacieux détracteurs de l'EgUse. Or, d'une part, la canonisation d'un martyr n'est pas une chose nécessaire, et je peux m'en abstenir sans violer aucun de mes devoirs. D'autre part, les hérétiques et les impies, plus nombreux aujourd'hui que jamais, sont toujours prêts à censurer mes actions et à m'accuser de crédulité et de fourberie, désireux qu'ils sont de m'ôter le respect et la confiance des fidèles. Afin de prévenir ce malheur, je demanderai désormais, dans les procès de canonisation,

1 Séries hsec monuineiitorum ostendit qiiod, licet nunquam editum fuerit ceiierale decretum de necessitate miraculorum in caiisis martyrum pro obtinenda beatificatione aul canonizatione, imnquam tamen formalis beatificationis honores martyribus indultos fuisse a Sede Apostolica nisi ad approbationem martyri, miraciila accessissent. — Bened. XIV, ik Bentif., c. xxx, n. 9.

des preuves dont les siècles plus heureux ne connurent ni la nécessité ni Fusage ^ »

Au reste, plusieurs faits récents prouvent que le Saint-Siège ne s'estpoint dépouillé de son droit ancien et qu'il ne se croit nullement obligé de se conformer avec rigueur, et dans tous les cas, aux exigences tyranniques de l'incrédulité moderne. Je citerai, entre autres, la cause actuellement pendante des martyrs de la Chine et de la Cochinchine.

Cependant le moment du départ pour les Catacombes était arrivé. Les notions précédentes, ^i propres à ré-* veiller dansTàme du voyageur le respect pour l'Église et à confirmer l'authenticité des saintes reliques, nous servirent de cortège. Grâce à monseigneur Castellani, gardien des Catacombes, nous savions qu'une levée de corps saints devait avoir lieu aujourd'hui : l'excellent évêque avait bien voulu nous inviter à la cérémonie.

Vers dix heures, trois voitures sortaient du palais Conti. Dans la première étaient les princes d'Espagne, fils de don Carlos. Nous occupions les deux autres. Une quatrième arriva plus tard; elle conduisait le jeune frère du roi de Naples, élevé à l'Académie des Nobles. Sortis par la porte Salaria, nous arrivâmes, après un

1 Tutiorem esse sententiam qiiae miracula exposcit, cur

erit recedenduiii ab opinione tutiore in causa non necessaria, sed arbitraria, hoc est quœ non débet ex necessitate a Romane Pontifice definiri obloquentibus potissimum hœreticis adversiis nostrorum martyriim canonizationes, nostrisque calholicis passim adhortantibus ut ad eas procedatur servatis servandis, adhibitaque quacumque diligentia, nec ulla practermissa quœ cerlitudini judicii conducere possint... Minime culpanda, quin potius maxmie commendanda est Ecclesiœ Pioaianœ consuetudo quœ, crescente hominum malitia, adobstruendum os loquentinm iniqua, m re tanti moment! nova induxit expérimenta, quœ antiquioribus temporibus charitate plenis et malitia vacuis usu non erant. — Be:ned. XIV, de Beotif.

assez difficile trajet au travers des vignes, à l'entrée des Catacombes de Sainte-Priscille. Monseigneur Sacriste y attendait les heureux pèlerins.

Mais pourquoi le digne évoque se trouvait-il là, et comment avait il été prévenu de la découverte d'un tombeau de martyr? La garde générale des Catacombes est confiée au cardinal-vicaire. Son premier lieutenant est le prélat sacriste du palais apostolique. Il est plus spécialement chargé de la surveillance et de la protection de la Rome souterraine. Sous ses ordres sont plusieurs ecclésiastiques, nommés députés des Ca^ tacombes. Ils désignent les cimetières où les fouilles doivent avoir lieu, dirigent et surveillent les travaux des Fossoyeurs. Ceux- ci, au nombre de vingt ou trente, sont des hommes recommandables par leur probité et leur expérience. Comme à toute autre personne, défense leur est faite, sous peine d'excommunication, de toucher à rien ou d'emporter aucun objet des Catacombes. Leur travail, étant une œuvre de piété, est payé sur les fonds provenant des dispenses de mariage.

Lorsqu'en déblayant les galeries ils découvrent un loculus qu'ils présument être un tombeau de martyr, ils en donnent avis au député particulier de la Catacombe. Gel ecclésiastique se rend aussitôt sur les lieux, examine soigneusement la tombe, s'assure qu'elle est parfaitement intacte, et constate l'existence des signes du martyre. Le cardinal-vicaire et l'évêque sacriste sont prévenus à leur tour. Ils indiquent le jour oii se fera l'ouverture du tombeau; et, je le dis avec reconnaissance, ils ont la bonté d'en informer quelques-uns des étrangers qui se trouvent à Rome. Le Saint-Siège saisit avec empressement toutes les occasions de montrer avec quelle prudence il procède dans l'ex-

traction et la reconnaissance des reliques offertes par lui à la vénération des fidèles.

Ces détails expliquent la présence de Monseigneur Sacriste à l'entrée du cimetière de Sainte-Priscille. Notre heureuse caravane se composait de quinze personnes, y compris le député des Catacombes, Tévêque de Porphyre et le P. Marchi. Munis de torches allumées et de chandelles de réserve^ nous descendîmes à cinquante pieds au-dessous du sol. Là se trouve 1>'glise primitive, que j'ai décrite ailleurs. C'est une des plus grandes et des plus belles cryptes que j'aie vues dans la Rome souterraine. Bâtie en briques i^omaines, elle affecte la forme d'une Basilique. Le jour lui vient par une seule ouverture carrée, qui communique avec la campagne et qui lui sert comme de coupole.

Dirigés par les Fossoyeurs, nous nous engageâmes ensuite dans des galeries basses et tortueuses. Plusieurs fois nous fûmes obligés de ramper sur nos mains et d'affronter la boue séculaire, formée par les infiltrations assez fréquentes qui ont plus ou moins dégradé les Catacombes de Sainte-Priscille. Après un long trajet dans ce difficile labyrinthe, nous arrivâmes à un endroit où la galerie se relève un peu, et permet sinon de se lenir debout, du moins de n'être pas entièrement accroupi. Le Fossoyeur qui éclairait la marche s'arrêta tout à coup et s'écria : Ecco ; Voilà ! et il indiquait le locuhis du martyr. A ce mot, chacun reste immobile à la place qu'il occupe : seul. Monseigneur Sacriste s'avance auprès du tombeau.

Il promène lentement sa torche sur toutes les parties du loculxs, examine avec la plus minutieuse attention la pierre tombale, le scellement, les endroits présumés du VI se de sang. Lorsqu'il s'est assuré que tout

— oOO —

est parfaitement intact, il fait signe à l'un des Fossoyeurs, qui s'avance tenant d'une main son flambeau, de l'autre un petit outil de mineur : ordre lui est donné de procéder à la recherche du vase de sang. L'ouvrier se met à l'œuvre. Avec la pointe de son instrument, il pique légèrement la paroi de la galerie aux deux extrémités du loculus ; \)ms , ayant rencontré deux taches blanchâtres, il les éraille avec précaution; plusieurs couches de chaux tombent en miettes et enfin laissent entrevoir deux vases de sang.

A l'apparition des signes vénérables, je ne sais quel frisson parcourut nos membres. Jusque-là forcé par le peu d'élévation de la galerie à se tenir accroupi, les mains appuyées sur les genoux, tout le monde se prosterna.

Prêtres et laïques, pèlerins obscurs et enfants de rois, nous récitâmes d'une voix unanime des psaumes choisis et des oraisons analogues à l'imposante découverte. Chanter la gloire des martyrs, féliciter l'Église qui les enfanta et qui les retrouve, bénir le Dieu qui les soutint et qui les couronna, tel est le sens de ces belles prières.

Cependant les petites ampoules, moitié pleines d'un sang coagulé, étaient entre les mains de Monseigneur Sacriste. Il les avait approchées de sa torche et reconnu comme nous, à la lueur des flambeaux, des taches de sang sur les parties vides. Par ses ordres, deux

^ Domine Jesu Christe, rex gloriosissime martyriim teqiie confitentium corona, qui dispositione mirabili sacra corpora tuorum militum, qui pro tua fide ac nomine sanguinem suum proCuderunt, in hoc loco per sanctos Angelos tuos custodire dlgnatus es, illosque urbis liujus tuœ dilectue Jérusalem circa muros constituisti custodes, etc. — Ex Precib. j^ecitand. in recogn. et extract, cor p. SS. MM. ex loculis iii cœmeter.

— bol —

Fossoyeurs procédaient à l'enlèvement de la pierre tombale. Elle était si fortement scellée qu'elle se fendit par le milieu sous l'effort des leviers. Les morceaux, précieusement recueillis, furent confiés à l'ecclésiastique député de la Catacombe.

En même temps un autre prêtre, appelé par l'évêque, avait approché de la tombe ouverte deux longues caisses en bois, destinées à recevoir les ossements des martyrs. Je dis des martyrs, car le loculus était un bùomum; il contenait deux corps. Les martyrs étaient couchés sur le dos, à côté l'un de l'autre : les chairs, les muscles, la plupart des cartilages étaient consumés; les ossements seuls restaient dans leur intégrité, moins ceux qui avaient été violemment rompus par la dent des bêtes ou par les instruments de supplice. C'est avec beaucoup de soin que le prêtre dut les toucher et les prendre : tant l'humidité les avait ramollis ! Chaque corps fut déposé dans sa caisse particulière avec son vase de sang.

Après cette solennelle et délicate opération, Monseigneur Sacriste, qui n'avait pas quitté un instant l'ouverture du loculus, ferma lui-même les deux caisses et les scella de son sceau en trois endroits différents. Porté par des ecclésiastiques comme l'arche du désert sur les bras des lévites d'Israël, le précieux dépôt prit la tête de la caravane, qui le suivit en contmuant les hymnes et les prières jusqu'à l'entrée de la Catacombe. Là, l'évêque brisa les sceaux qu'il avait apposés et rouvrit les caisses, afin de faire prendre l'air aux ossements et de les raffermir.

Assis à la petite table sur laquelle les saintes reliques étaient placées, il dressa dans le plus grand détail le procès-verbal de ce qui avait eu lieu. Pendant

ce temps-là, le P. Marchi nous faisait examiner la pierre tombale. On se mit à déchiffrer l'inscription. Elle contenait le nom des martyrs et la date de leur mort. Le premier s'appelle Heliodorus; le nom du deuxième, imparfaitement gravé, ne put être lu sur-lechamp. Il en fut autrement du millésime : l'an 200 nous apprit qu'ils furent victimes de la grande persécution de Septime-Sévère.

Le procès-verbal fut lu à haute voix, signé par les témoins, revêtu du sceau de Monseigneur Sacriste et déposé dans une des caisses. Les caisses elles-mêmes, fermées et scellées comme la première fois, furent placées avec la pierre dans la voiture de l'évêque, qui les emporta à la custode générale.

Ce sanctuaire auguste est comme le quartier général des martyrs sortis des Catacombes. Là, ces héros, ces héroïnes de la foi primitive, attendent les ordres du Vicaire de Jésus-Christ pour aller porter aux églises des différentes parties du monde le triple secours de leurprésence, de leurs exemplesetde leurs prières. A chaque départ, on inscrit sur des registres publics le nom du martyr, le nom de la personne, du diocèse, de la ville, de l'église qui en est gratifiée. De cette manière, si l'authentique particulier dont on a soin d'accompagner toujours le corps du martyr vient à s'égarer, on peut infailliblement en obtenir un nouveau. Est-il besoin d'ajouter que tout ici est complètement gratuit ?

Telle est, en abrégé, la conduite de Rome relativement à la surveillance des Catacombes, à la reconnaissance des martyrs, à la conservation et à la communication de leurs reliques. En présence de cette sollicitude sans égale, reste-t-il à l'incrédulité, au so-

phisme, à la légèreté mondaine le plus petit mot à dire ? Je prie tout homme impartial de répondre.

Cependant nous remontâmes en voiture après avoir jeté un dernier regard sur les Catacombes, reg^ard plein de mélancolie comme celui du voyageur qui s'éloigne, peut-être pour toujours, des lieux chéris oii fut placé son berceau. En ce moment, la Piome souterraine, la grande cité des martyrs reparut tout entière à nos yeux avec les souvenirs dont elle est pleine, et qui élèvent à leur plus haute puissance le respect et l'amour pour l'Église.

Souvenirs de force. Plus merveilleuse que celle des pyramides d'Egypte, de Babylone, de Ninive, du grand égout de Tarquin, du Colisée, de la capitale même des Césars avec son étendue démesurée et ses palais fabuleux, sa construction est l'ouvrage le plus extraordinaire qu'ait réalisé le génie de la foi et que l'œil de l'homme puisse contempler.

Souvenirs de sollicitude. Demeure trois fois séculaire de l'Église naissante, elle montre à chaque pas la mère des peuples chrétiens cachant dans les plis de sa robe ensanglantée la foi, la liberté, les lumières, la civilisation, les consolations divines et les espérances immortelles, qu'elle avait reçues au sommet du Calvaire et qu'elle devait donner au monde. Dans ses cryptes vénérables, on la voit tour à tour prosternée, les mains étendues, les yeux élevés vers son divin Epoux, demandant la fin de la lutte ou la victoire pour ses enfants, aux prises avec la rage des bourreaux et les lions de l'amphithéâtre; puis, debout, peignant d'une main timide sur les parois de ses cuhicula, ou gravant sur la tombe de ses héros les dogmes sacrés pour lesquels ils mouraient, fermant ainsi la

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bouche à l'hérésie en léguant à. la postérité le vrai symbole des martyrs.

Souvenirs de désintéressement. Témoins irrécusables d'une vie toute de privations, ses pauvres meubles, ses lampes en terre cuite révèlent son dévouement, son humilité, et rehaussent l'éclat du miracle qui lui donna la victoire sur l'orgueil tout-puissant du monde de Néron et de Dioctétien.

Souvenirs de charité. Avec leurs emblèmes mystérieux et leurs inscriptions si touchantes, ses petites coupes en verre rappellent les innocentes agapes, repas fraternels où la sainte égalité de tous les hommes était pratiquée dans toute sa perfection, alors que l'empire romain continuait de maintenir dans toute sa rigueur la distinction barbare du riche et du pauvre, du libre et de l'esclave.

Souvenirs de courage et de sainteté. De ces fresques naïves, de ces cryptes vénérables, de ces tombes si simples, pressées les unes contre les autres, de ces rues, de ces places tapissées d'ossements, de cette terre détrempée de sang dans toutes ses parties, de toutes parts enfin s'exhale un parfum d'héroïque sainteté qui embaume l'âme et la fait vivre dans le vestibule du ciel ^.

Souvenirs de foi. Pendant que le cœur s'épanouit avec déhces dans une atmosphère inconnue partout ailleurs, l'esprit contemple avec un saisissement pro-

1 In muiulo milita loca puiit ubi corpora sanctorimi requiescunt, sed non similia huic loco (Catacumbis). Nam si sancti numerarentur quorum corpora hic fuerunt repo-ita, vix crederetur. Ideo sicut homo infirmus ex bono odore et cibo reficitur, sic homines venientes ad Imnc locura mente sincera recreantur spiritualiter et recipiunt veram peccatorura remissionem unusquisque juxta vitam suam et fidem. — S. BRiGn., lib. IV, c. 108.

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fond cette nuée de témoins de toute condition, de tout sexe, de tout âge, dont chacun, lui montrant, au bas du Symbole catholique, sa signature sanglante, lui dit : Ci^edo : Je crois. Au bruit de ce mot solennel répété plus de deux millions de fois ^, le pèlerin des

1 Quel fut le nombre total des martyrs pendant les trois premiers siècles de l'Eglise ? C'est une question dont le développement excède les limites d'une simple note. Je dirai seulement qu'au témoignage de saint Chrysostome, de saint Augustin, de saint Jérôme, d'Eusèbe,de tous les Pères et de tous les historiens^ la multitude des martyrs est tellement grande qu'elle est incalculable. Quand ils en parlent, tous emploient les expressions les plus générales, de manière à laisser à la pensée la liberté de s'étendre jusqu'à l'infini. Ils appliquent aux martyrs, glorieux enfants du véritable Abraham, les paroles divines qui annoncent à l'ancien patriarche son innombrable postérité: « Benedicam tibi, etmultiplicabo semen tuum sicut stellas cœli et velut arenam quœ est In littore maris. Gen., xxii, 17. »

« Quis cœli stellas enumeret, s'écrie saint Théodore, ac diffusam ad maris litlus arenam ? Tôt sunt martyres per orbem, qui adversariam potestatem fide vicerunt, procinctique ad tyrannicas acies, In ignem,gladium, feras, tcrrores omnes tetend(?runt, qui supplicia ducerent pro deliciis, obtruncationem pro voluptate. » — S. Theod. Studita, Serm. x, in omnes SS. Martyr.

Saint Grégoire continue: « Totum mundum, fratres, aspicite; martyribus plenus est. Jam pêne tôt qui videamus non sumus quot veritatis testes habemus. Deo ergo numerabiles, per arenam multiplicati sunt, quia quanti sint a nobis comprehendi non possunt. » Homil. xxvii, in Evang.

« Possibile non est, dit Eusèhe, numéro comprehendi quanti quotidie pêne per singulas quasque urbes et provincias martyres efficiebantur. » Rist., lib. VIII, c. iv.

Hac tempestate, ajoute saint Sulpice-Sévère, omnis fere sacro martyrum cruore orbis infectus est, quippe certatim gloriosa in certamina ruebantur. » Hist., lib. II.

Telles sont les expressions des Pères, si parfaitement placés pour connaître la vérité du fait qu'ils transmettaient à la postérité. De savantes recherches ont été entreprises pour réduire à un chiffre approximatif le nombre des martyrs, que tous les Pères nous donnent comme incalculable. Les travaux de Baronius, t. II, an. 30-3; et Not. ad MartijroL, c. v et vu; de Fulyius CoRDULUS, in Notis ad passiones \SS. Gettdi, Amantii, etc.; d' Arias, ad Imit. Christi, lib. III, c. xxxn ad xxxvi; de Gexe-

Catacombes ne peut s'empêcher de répondre, lui aussi, de toute l'énergie d'une conviction désormais inébranlable : Credo : Je crois. L'incrédulité lui a fait pitié ; la polémique sans cesse renaissante sur la divinité du

BRARD, m Psal. lxxviil; de Ferraris, Biblioth. Art. Martyr.; de Bernini^ Hist. Otn. Hxres., c. xiv, sœcul. m, p. '206 ; de Ma- MAGHi, 0)ng. et Antiq.,i. I, p. 476; de BosiO, iîom. subter.,\\\). III, p. 289; de Mazzolari, Vie Sacr., t. V, p. 83, 284 ; de Boldetti, Osservo.z. sopra i Cbniteri, etc., lib. I, c. xxYii, et d'un grand nombre d'autres, fondés sur les monuments primitifs, portent à onze MILLIONS, ET AU DELA, le nombre des martyrs dans l'Eglise entière pendant les trois premiers siècles. — « Adliibito tamen, dit le savant P. Florès, dans son grand Ouvrage sur les Martyrs, » diligenti studio in sacris evolvendis annalibus et martyrum actis, quorum major pars deperiit aut exarata in tabulis ecclesiasticis non fuit, illud ex probatis auctoribus deduco : In egglesia nu-

MERARI UXDECIM MARTYRUM MILLIOXES, ET EO PLURES ; Ita ut

quolibet anni die, si in omnes distribuantur, coli possint plus quam tinginta martyrum inillia.

« Sic putat et computat Genebrardus ex aliis m Psal. lxxviii, 4. Magna, inquit, copia martyrum quœ tanta ut aliqui in singulos anni dies numerent triginta millia martyrum. Sic noster Franciscus Arias, vir pietate et eruditione magnus,... rem totam deducens per singula sœcula, provincias et persecutiones, ostendit adeo esse immensum martyrum numerum ut in singulis totius anni diebus possimus nos honorare martyres tanquam tali die cœlis coronatos usque ad triginta miliia. Cui existimationi raulti applaudunt, et jure merito. » De Inclyto Agon. Martyrii, lib. IV, c. m, p. 1.

Quant aux martyrs de la ville de Rome, nous trouvons, pour en indiquer la multitude, la même généralité d'expressions dans les Pères et dans les auteurs chrétiens. Saint André, de Crète, s'exprime ainsi : « Vidi mulierem ebriam de sanguine sanctorum et de sanguine martyrum Jesu. » Apoc., c. xvii, 6. Hanc meretricem quidam veterem Romam designari putant. Et quidem numerum martyrum et sanguinis modum qui a Neronis tempore in romana urbe et ditione elTusus est usque ad Diocletianum quis enumerare valeat? » Comm. in Apoc., c. lu et lui.

Saint Léon tient le même lanq-age : « Duo ista prœclara divini germinis semina (Petrus et Paulus) in quantam sobolem germinarint beatorum millia martyrum protestantur, qui,apostolicorum cpmuli triumphorum, urbem nostram purpuratis et longe lateque rutilantibus populis ambierunt, et quasi exmultarum honore gem-

Christianisme est à ses yeux une injure, un horsd'œuvre, un danger.

Le seul aspect de la grande cité des martyrs a suffi pour graver dans son cœur et placer sur ses lèvres la profonde et noble parole d'un Père de l'Église : « Sa-

marum conserto uno diademate coronarunt. » Serm. in Nat. App.

Sainte Brigitte, à qui il fut doiuié de lire surnaturellement dans les mystères du passé et de l'avenir, s'exprime comme saint Léon : « Si mensurares terram centum pedum in longitudine et totidem in latitudine, et seminares eam plenam puris granis tritici ita compresse quod non esset distantia inter granam et granum, nisi quasi articulus digiti unius, quodlibet vero granum daret fructum centuplum, adliuc essent plures martyres et confessores Romse a tempore illo quo Petrus venit Romam cum humilitate usquequo Cœlestinus discessit. » Lib. III, c. xxvii. — Elle compare ensuite Rome à un champ de cent pieds de long sur cent de large, tout planté de rosiers; puis elle ajoute: « Si horti omnes de toto mundo conjuncti essent Romœ, certe Roma esset œque magna de martyribus. Rosœ vero sunt martyres rubicundi sanguinis sui effusione. » Id.

Stapleton ajoute : « Ita una Roma maclandis Christi ovibus générale quasi macellum erat. In ea aut imperatores aut prœfecti urbis perpetuam christianorum carnificinam exercebant. Nec usquam terrarum orbis christianus sanguis uberius elfusus est quam in una urbe Ruma. » De Magnit. Rom. EccL c. vi.

Le travail de patience et d'érudition qui a réduit en valeur numérique les expressions des Pères sur le nombre des martyrs de l'Église tout entière s'est continué pour les martyrs de Rome. Ces recherches, appuyées sur les monuments primitifs, donnent à Rome deux millions et demi de martyrs ; en sorte qu'elle peut célébrer, chaque jour de l'année, la fête de sept mille de ses enfants. « Che moltiplicati ascendono a più di due miUioni e mezzo di santi martiri. » — Bernini, Hist. Om. Hser., t. I, c. xiv. — Sainte Brigitte, lib. III, c. xxvii. — Ferraris, Art. Martyr. — Florès, De Inclij. Agon. Martyr., p. 320, etc., etc. — C'est le cas de s'écrier avec un des auteurs cités plus haut: « Dieu, quelle nuée de témoins vous avez rassemblés pour nous animer au combat ! Comment se peut-il que les hommes se laissent encore appesantir et entraîner après le mensonge et la vanité ? 0 vous qui nous avez créés, ayez pitié de nous, que vous avez rachetés au prix de cette mer de sang ! « Qui plasmasti nos, miserere nostri, quos pretioso sanguine redemisti ! »

chons-le bien, discuter sur la vérité d'une religion que nous voyons confirmée par la déposition sanglante d'un si grand nombre de témoins est une chose fort périlleuse. Oui, il est fort dangereux, après les oracles des prophètes, après le témoignage des apôtres, après les tourments des martyrs, de venir discuter la foi des siècles, comme si elle était née d'hier... Admirable sagesse de Dieu ! qui, donnant pour motif à la foi les héroïques combats des martyrs, fait servir les souffrances des pères à l'éducation des enfants. Il les éprouva, afin de nous instruire; il les brisa, afin de nous conquérir : de leurs horribles tortures il fit la base de notre foi et l'aiguillon de nos vertus ^

Merci, mon Dieu ! mille fois merci, de m'avoir conduit dans ces lieux les plus instructifs et les plus sanctifiants qu'il y ait au monde. Pèlerins des <ierniers âges, puissent tous mes frères venir, à leur tour, se retremper aux sources de la foi et de la charité primitives, afin de se préparer aux luttes formidables qui doivent signaler, qui signalent déjà l'approche du jour suprême !

Et vous, gardienne dix-huit fois séculaire de l'héroïque nécropole, sainte Eglise romaine, qui protégez la tombe de vos martyrs avec la sollicitude de la mère qui veille sur le berceau de son fils endormi, soyez aussi mille fois bénie !

1 Noverimus quia non sine maErno discrimine de religionis veritate disputamus, quam tantorum sanguine confirmatara videmus. Magni periculi res si post Proplietarum oracula.post Apostolorum testimonia, post martyrum ruinera veterem fideni quasi novellam discutere prœsumas... Quanta circa nos Dei nostri sollicitudo, dum nobis fideni veram duro airone martyrum commendat, afflictionem praecedentium, instructionem efficit posterorum. Illos exanimat ut nos erudiat; illos conterit ut nos acquirat ; eorum cruciatus nostrosvult esse profectus. Serm.de SS.Morff/r.

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Pour vous exprimer sa reconnaissance éternelle et son attachement filial, permettez au plus obscur de vos enfants d'emprunter le cœur et la voix de l'un de ses frères, qui fut tout à la fois l'ornement de votre auguste sénat, l'historien de votre gloire et le vivant témoignage de votre inaltérable sainteté : « Maîtresse des sciences et des mœurs, ô Rome, cité par excellence, la gratitude me fait un devoir de dire de vous ce que Grégoire de Nazianze disait d'Athènes : Dangereuse peut-être pour quelques-uns animés de mauvaises dispositions, vous fûtes toujours pour moi un trésor rempli de pierres précieuses, une source de jouissances, de lumières et d'avantages de tout genre. Si je ne suis pas devenu plus riche de science et de vertu, si je n'ai pas écrit plus éloquemment de vous, ce n'est pas votre faute : c'est la mienne ^ »

1 Mihi certe de Urbe illud liceat haut ingrato fateri quod de Athenis Gregorius Nazianzenus affirmât, nimirum Roma ipsa, et si aliquibus fortasse perniciosa fuerit, mihi certe gemmea omnique ex parte beala atque proficua semper exstitit .. Sedula magistra morura existens ac htterarum, ut plane intelligam, quod minus m ulrisque profecerim facultatibus, mihi cedere culpae, non Urbi. Card. Barox., m Vitaj c. n, p. 4.

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