CL. MARTYRES CHRISTI
(( Ruffin et cent cinquante martyrs du Christ, martyrs du Christ. »
HIC GORDIANVS GALLLE ^'V^•CIUS .ÎVGV LATVS PRO FIDE CL'M FAMILIA TOTA QVIESCYNT I.\ PACE THEOPHILA A^•CILLA FECIT
«Ici Gordien, courrier de la Gaule, immolé pour la foi avec toute sa famille : ils reposent en paix. Théophila, leur servante, a fait cette tombe. »
Cette inscription, écrite en caractères étrangers, provient des Catacombes de Sainte-Agnès K
^ Quelques savants la regardent comme douteuse.
Par cela seul il demeure démontré que, dans l'intention des premiers fidèles, la palme est le signe distinctif du martyre. Donc sur tous les locidi où elle se trouve elle indique la même chose ; autrement elle ne serait plus un signe. Telle est la réponse à cette première question : Les chrétiens ont-ils employé la palme comme signe distinctif du martyre? Reste la seconde, savoir : L'Église a-t-elle toujours reconnu la palme comme le témoignage irréfragable du martyre?
En parlant des peintures et des sculptures des Catacombes, nous avons constaté que l'art était un livre, une langue dont l'Église s'était servie, dès l'origine, pour enseigner à ses enfants les vérités de la foi. Or, pas plus que l'enseignement oral cet enseignement figuré ne fut laissé à l'arbitraire des particuliers et aux caprices de l'imagination. L'ensemble des monuments primitifs montre qu'une même pensée l'inspire, le domine et le surveille. On lui a même fait un reproche de cette reproduction constante des mêmes sujets et de cette invariable série de formes et d'emblèmes. Dans ce reproche, bien ou mal fondé, se trouve la preuve évidente du fait que nous voulons établir.
Une pareille communauté, disons mieux, une pareille identité de types et d'emblèmes, parmi l'innombrable variété de peintres et de sculpteurs inexpérimentés qui se succédèrentpendant plusieurs siècles, et qui travaillèrent sans se connaître dans les vastes souterrains des Catacombes, révèle manifestement l'existence de symboles conventionnels, sanctionnés et maintenus par un pouvoir régulateur. Cette même uniformité traverse les âges suivants.
Le Concile de Trente ne fait que proclamer la per-
pétuité de ce pouvoir régulateur de l'enseignement figuré lorsqu'il dit : »( Conformément à Fusage de l'Église catholique et apostolique, reçu dès les siècles primitifs, conforme à la tradition des saints Pères et aux décrets des Conciles, le saint Synode ordonne à
tous lesévêques... d'instruire avec soin les fidèles
de l'usage légitime des images et, afin que toutes
ces choses soient observées avec plus d'exactitude, il défend à toute personne de placer ou de faire placer, dans un lieu ou dans une église, une image insolite, à moins qu'elle n'ait été approuvée par l'évêque ^ . »
Quant à la palme en particulier, toute la tradition nous la donne comme le signe distin<ftif du martyre. Je regrette vivement de ne pouvoir citer les innombrables témoignages des saints docteurs sur ce fait incontestable 2. Qu'il nous suffise d'entendre saint Grégoire le Grand. Le savant pontife nous montre dans le ciel l'origine de cet usage, en sorte que toute la différence entre TEglise de la terre et l'Eglise du ciel consiste en ce que la première grave sur la tombe du martyr la palme, que la seconde lui met à la main. (( Que signifient les calmes? demande l'illustre docteur, sinon le prix de la victoire? De là vient qu'on les donne aux vainqueurs. C'est aussi pour cela qu'il est écrit de ceux qui ont vaincu l'antique ennemi et qui triomphent dans les joies de la patrie : Et des palmes sont en leurs mains ^ »
1 Hœc ut fidelius observentur, statuit sancta Synodus nemini licere ullo in loco, vel ecclesia, etiam quomodolibet exempta, insolitam ponere vel ponendam curare imaginem, iiisi ab episcopo approbata fuerit. — Sess. xv, de Purgat.
2 Voir ces passages péremptoires dans Boldetti, lib. I, c. xLii, XL III, etc.
■* Quid per palmas? nisi prœmia victorise designantur. Ipsae
Aux témoignages écrits succède la conduite plus éloquente encore des souverains pontifes dans toute la suite des siècles. Saint Pascal extrait des Catacombes deux mille trois cents martyrs, qu'il place dans l'église de Sainte-Praxède; quel signe emploie- t-il pour désigner à la postérité la sanglante victoire de tous ces héros de la foi? Deux magnifiques palmes en mosaïque, gravées sur l'abside de la Basilique. Saint Félix III, dans l'église des Saints-Cosme-et-Damien ; Anastase IV, dans l'église de Saint-Venance, près de Saint- Jean de Latran; Innocent II, à Sainte- Marie In Trastevere; Honorius III, dans la Basilique de Saint- Paul hors des Murs, emploient le même symbole pour désigner le même fait.
Concluons par ces paroles de l'homme le plus savant de son siècle, qui résument l'histoire emblématique de tous les âges chrétiens : « Les saints, dit Bellarmin, sont toujours représentés avec les emblèmes de la vertu, de la souffrance ou de la puissance : saint Pierre avec les clefs; saint Laurent avec son gril, etc.; les martyrs avec des palmes, tous les saints avec la couronne. Ces emblèmes sont comme une histoire abrégée des actions et des souffrances de ceux que nous devons honorer 1. »
De même donc que le Concile de Trente a constaté
quoque dari vinceiitibus soient. Unde de his quoqiie qui in certamine martyrii antiquum hostem vicerunt et jam victores in patria gaudebant scriptum est : Et palmœ in nianibus eorum. — HomiLxsu, in Ezech.
1 Sancti semper cum insigni virtutis, vel passionis, vel potestatis pinguntur; Petrus cum clavibus, Laurentius cum craticula, etc., martyres omnes cum palmis, sancti omnes cum diademate ; ex quibus signis, seu instrumentis, docemur quasi per compendlum quid illi quos colimus egerint, quidve passi sint. — De Eccles. triumph., lib. II, c. X.
le pouvoir perpétuel et la vigilance constante de l'Église sur l'enseignement figuré, de même le Saint-Siège n'a fait que constater la tradition catholique sur la signification de la palme lorsqu'il l'a solennellement déclarée signe distinctif et suffisant par lui-même du martyre. A^oici le mémorable décret : « Lorsqu'il fut question des signes auxquels on pourrait distin.suer les vraies et les fausses reliques des martyrs, la sacrée Congrégation, ayant examiné mûrement l'affaire, déclara que la palme et le vase teint de sang devaient être regardés comme des signes irréfragables du martyre : quant aux autres signes, elle en renvoya l'examen à un autre temps *. » Nous devons ajouter que, malgré ce décret, malgré les preuves multipliées de la signification de la palme sur les tombes primitives, Rome, par une prudence qu'on ne saurait trop admirer, ne relève aujourd'hui que les corps accompagnés du vase de sang 2.
Heureux d'avoir reconnu les solides fondements sur lesquels repose la conduite de l'Église dans la question des saintes reliques aussi bien que dans toutes les autres, nous regagnâmes avec la nuit la Porte du Peuple, bien disposés à la repasser demain, afin d'étudier le vasede sang, second signe distinctif du martyre.
* Cura de iioti? disceptaretur, ex quibus verse sanctorum martyrum reliquicp a falsis et dubiis dignosci possint, eadem S. Congregatio, re diligentius examinata, censuit palmam et vas illorum sanguine tinctuni pro signis certissimis habenda esse; aliorum vero signorum examen in aiiud tempus rejecit. Dat. Rom, die x aprilis 1668.
^ Voir Benoit XIV, de Beotif. et Cnnonisot., 85.
Catacombes de la Voie Flaminienue (suite). — Catacombe de Sainte-Théodora. —Vase de sang, second signe du martyre. — Zèle des chrétiens de tous les temps pour avoir le sang des martjTS.
Après avoir monté le Saint- Escalier et rendu nos hommages au vénérable portrait de Notre-Seigneur, qu'on y conserve et qu'on y découvre aujourd'hui, nous regagnâmes la Voie Flaminienne. Gomme toutes les autres, elle fut rougie du sang de nos pères. A saint A^'alentin se joignent les glorieux martyrs Abbondius, prêtre, Abbondantius, diacre. Le 16 septembre de l'an 303, une foule immense encombrait la Voie Flaminienne, le pont Milvius et les plaines qui s'étendentàdix milles dedistance. Que faisaitlà tout ce peuple? Un spectacle sanglant allait être offert à son avide cruauté.
Voici venir lentement au milieu des licteurs deux ministres de l'Évangile, chargés de chaînes et le corps épuisé par les horribles tortures du chevalet. Ils vont subir la mort: ainsi le veut le magnanime Dioctétien. Tout à coup un long frémissement parcourt la foule; les uns crient au prodige, les autres à la magie. Qu'estil arrivé? Marcius, noble rejeton d'une des plus illustres familles de l'empire, s'est présenté devant les martyrs. Il a eu foi au pouvoir miraculeux de l'innocence, et il a demandé aux saints la résurrection de son jeune fils, qu'il vient de perdre. Sa prière est exaucée, son fils est entre ses bras, plein de vie.
Du père et de l'enfant la reconnaissance a fait des chrétiens; l'empereur en est immédiatement informé,
et du Palatin revientl'ordre d'envelopper dans le même supplice et les apôtres et les néophytes. Tous quatre continuent leur marche et reçoivent ensemble lapalme du martyre. La nuit suivante, une dame romaine, nommée Théodora, vint avec ses serviteurs enlever les corps des saintes victimes, les plaça dans sa voiture et les conduisit dans une de ses terres, située à vingt-huit milles de Rome. Elle les enveloppa précieusement de linceuls avec des parfums et les inhuma dans la paix ^
Notre intention était d'aller visiter la Catacombede Sainte -Théodora; mais la distance nous retint. Je dirai seulement que ce glorieux cimetière se trouve en face du mont Soracte, si célèbre par la retraite de saint Silvestre ; qu'il est de forme circulaire, à deux rangs de galeries^ et qu'il conserve encore quelques monuments primitifs, entre autres l'inscription de sainte Théodora, qui vint elle-même partager le tombeau des martyrs.
Regagnant la Catacombe de Saint-Valentin, nous abordâmes la question du vase de sang comme signe distinctif du martyre. Les monuments que nous avions vus, ceux que nous avions sous les yeux, rendaient palpable le sujet de nos études. Or, quand on opère sur une matière appréciable au tact et à la vue, les recherches sont plus agréables, l'examen plus facile et le succès plus certain.
A côté d'un grand nombre de locuJi se trouve, ainsi que nous l'avons remarqué, une petite ouverture pratiquée dans le tuf et renfermant un vase de sang. Nous avons à montrer : 1° que ce vase n'est point un vase lacrymatoire ni un vase de parfums, mais bien
1 Bar., t. II, an. 30-3, n. 113. — Mazzolari, t. V, 426; Act. SS. Abund. et AbuncL, apud Bosio, lib. IV, c. XL.
un vase de sang; 2° qu'il est placé là pour indiquer le tombeau d'un martyr.
Les païens honoraient les funérailles de leurs proches et de leurs amis par une grande abondance de larmes. Dans la crainte que la douleur réelle n'en fît pas assez répandre, on payait des femmes pour en verser. Ces femmes, appelées prœficœ, s'arrachaient les cheveux, se frappaient, s'égratignaient le visage, chantaient des chants lugubres, afin de se faire pleurer i. Quelquefois leurs larmes, ainsi que celles des parents et des amis, étaient recueillies dans des vases lacrymatoires, espèce de fioles en verre, étroites et trèslongues, qu'on enfermait, avec les cendres du mort, dans l'urne sépulcrale. De là, cette formule, assez souvent reproduite sur les tombes païennes : Ils Vont déposé avec des larmes ^.
En cherchant la raison de cet usage, on la trouve dans l'ignorance où étaient les païens du dogme consolateur de la résurrection. Persuadés que le corps de leurs amis périssait pour jamais, ils tenaient à se montrer inconsolables; et, afin d'éterniser leurs regr^ets, ils enfermaient des larmes avec les cendres de ceux qu'ils avaient perdus.
Rien de semblable n'avait lieu parmi les chrétiens. Ils pleuraient sans doute à la mort de leurs frères ; mais ils ne pleuraient pas comme ceux qui n'ont plus d'espérance. Aussi, jamais ils ne connurent l'usage des vases lacrymatoires : histoire, tradition, monuments, tout se tait à cet égard. Ce silence absolu ac-
i CiCER., de Legib., lib. II.
' Prius iirna cum odoribiis et lacrymis, quse vitreo vasculo injecté esseut, ossa cum cineribiis claudebantur : unde haec verba : Cum lacrymis posuere. — Gruter., de Jure Man.^ lib. I, c. xxvii.
quiert la force d'une preuve positive quand il s'agit d'hommes qui regardaient la mort comme un sommeil et la séparation comme une absence de quelques jours. D'ailleurs, les vases lacrymatoires se plaçaient toujours dans l'intérieur des monuments. Or, les millions de locuU ouverts jusqu'à ce jour dnns les Catacombes n'en ont pas donné un seul. Il est donc démontré pour qui est tant soit peu initié aux rites funéraires des anciens, que les vases trouvés auprès des tombes de laRomesouterrainenesontpasdesvaseslacrymatoires^ Est-il également certain qu'ils ne sont pas des vases de parfums? C'est ce que nous allons examiner. L'usage des parfums, dans les funérailles, remonte à la plus haute antiquité. On le voit pratiqué chez les Égyptiens, de qui les Hébreux paraissent l'avoir reçu 2. De l'Egypte il passa dans la Grèce, de la Grèce en Italie 3. Dès les premiers temps de la République, une loi des Douze Tables en constate l'existence lorsqu'elle défend d'employer des parfums dans la sépulture des esclaves ^. Dans les grands jours de l'empire, on jetait dans le bûcher des Césars et des grands une quantité considérable d'aromates, soit pour honorer le défunt, soit pour rendre plus rapide l'action du feu, soit pour empêcher toute odeur désagréable ^.
i Voyez. BûLDETTi, lib. I, c. xxxiv.
2 Gen., c. L.
* Plato, in Phœdon.
* Ut servilis unctura omnisque circumpotalio tollatur.
Tarquinii corpus bona femina lavit et unxit.
Ennius, apud Serv.,,.E>ieid., lib. IV.
^ Congesta cremantur
Thurea dojia, dapes, fuso cratères olivo. ViRGiL., jEfieid., lib. VI.
Lecta ossa vino et lacté perfusa, siccataque, aromatibus et odo-
Les chrétiens imitèrent cet usage. Il avaient pour modèle la conduite tenue par les héros du Calvaire à l'égard du divin Maître. Gomme on ensevelit le corps du Seigneur dans un linceul avec des aromates *, de même ils enveloppaient les corps de leurs frères et surtout des martyrs dans des linges avec des parfums. Ce genre de sépulture est mentionné à chaque page de nos monuments primitifs ^.
Quant à déposer dans l'intérieur ou à l'extérieur des tombeaux des vases remplis de parfums, ni les païens ni les chrétiens ne connurent jamais un semblable usage. Malgré les fouilles plusieurs fois séculaires, malgré les innombrables tombeaux mis à découvert, le premier vase de ce genre, placé dans les urnes des mausolées, dans les ollœ des Colombaires, dans les loculide^ Catacombes, est encore à trouver -^
ribus commixta in iiriiam repoiiebant. — Spond., de Cœmeter., lib. I, pars m, c. 3.
1 Acceperunt ergo corpus Jesu et ligaveriint illud linteis cum aromatibus, sicut mos est Judïeis sepelire. Joan., c. xx.
2 BoLDETTi, lib. I, c. xxxiv, p. 174 et suiv.
3 Cbe di tali unguenti, profumi ed odori si collocassero i vasi o deiitro 0 fuor de' sepolcri, finora non è stato possibile rinvenirlo in veruno degli autori cbe trattano de' funerali degli antichi e specialmente di Roma. Id., ibid , p. 175. — « Quant aux vases qui accompagnent quelquefois les tombeaux païens, il est d'abord reconnu qu'ils se trouvent toujours à l'intérieur et non à l'extérieur de la tombe, tandis que les fioles du sang des martyrs sont toujours placées au debors et jamais à l'intérieur de leur loculus. Puis, un doute assez grave s'est élevé sur la destination des vases que l'on a trouvés dans les sépultures païennes, à savoir s'ils étaient employés pour les parfums, comme l'ont prétendu quelques archéologues modernes, après Scboëfflin et Paciaudi,, ou plutôt si ce n'étaient pas des vases lacrymatoires, ainsi que l'ont présumé Chifflet, Kirmann, Smith et d'autres écrivains.
Mais, quel qu'ait été l'emploi réel de ces vases, l'un et l'autre de ces usages répugnent également au caractère des sépultures des martyrs. D'une part, l'Église n'a jamais prié pour le salut
Mais n'en découvre-t-on pas qui , placés à l'extérieur des monuments, servaient comme de réchauds dans lesquels on faisait brûler des parfums en l'honneur des morts, aux jours anniversaires de leur trépas? On peut affirmer qu'il n'en existe aucun près des tombes païennes. Quoi qu'il en soit, il est plus clair que le jour que ces vases n'accompagnent jamais les tombeaux de nos Catacombes, et que ceux qu'on y trouve sont des vases de sang : en voici les preuves.
Ces vases sont, en général, de verre, un petit nombre en terre cuite, quelques-uns en bronze. On conçoit sans peine que les premiers n'ont pu servir à
brûler des parfums : le moindre charbon enflammé les aurait fait éclater. Pas plus que les premiers ceux de la seconde et de la troisième espèce n'ont pu être employés à un pareil usage. Sans doute, ils sont d'une
des martyis et n'a jamais non plus déploré leur trépas, puisque c'eût été contraire à la gloire des martyrs et de Dieu : on ne trouve pas une larme gravée sur leur tombe. D'autre part, si elle les eût honorés avec des vases de parfums et de liqueurs que les païens consacraient aux dieux Mânes ou à d'autres divinités infernales, l'Église eût alors rendu aux martyrs un honneur emprunté à cette idolâtrie abominable contre laquelle ils avaient protesté parleur supplice et leur mort. — P. Segchi, Lettres sur le Martyre de saint Sabinien. » :
matière capable de résister à l'action du feu ; mais l'exiguïté de l'ouverture, semblable au cou d'une bouteille, ne permet pas d'y introduire des charbons. La simple vue de ces vases rend absurde la supposition qu'ils ont pu servie de réchauds.
L'expérience démontre que, dans la réalité, ils n'en ont jamais servi. Les Catacombes sont pleines de lampes en terre cuite, destinées à éclairer les galeries. Quoique éteintes depuis quinze ou dix-huit siècles, ces lampes conservent la trace du feu. Le bec, fortement noirci, atteste le passage de la fumée : nous en possédons plusieurs, recueillies, sous nos yeux, dans les Catacombes de Sainte-Priscille, qui portent le cachet irrécusable de leur usage primitif.
Si donc les vases dont il s'agit avaient jamais contenu des charbons, ils conserveraient quelque trace de feu ; on devrait même y trouver des restes de charbons mêlés avec la terre dont quelques-uns sont plus ou moins remplis. Or, l'examen le plus attentif et mille fois répété n'a jamais pu y surprendre ni trace de feu ni résidu de charbons ou de matière carbonisée : ils ne servirent donc ni de réchauds ni de cassolettes.
A ces preuves matérielles se joint une preuve morale qui, pour le pèlerin des Catacombes, remplace toutes les autres. Elle naît de la nature même des lieux. A la vue des profonds souterrains où circule à peine la quantité d'air nécessaire à la respiration ; à la vue de ces petites chapelles où le séjour prolongé d'un certain nombre de personnes joint à la fumée de lampes nombreuses épaissit et vicie promptement l'atmosphère, comment admettre la présence de réchauds remplis de charbons et dégageant, pendant des heures
entières, des nuages d'encens et de parfums? La seul pensée d'une pareille hypothèse suffit pour asphyxier.
Aussi l'histoire, qui mentionne avec tant de lidélité, et les offrandes de luminaires faites auxtomheaux des martyrs par les souverains pontifes, et les parfums de tout genre employés par les chrétiens dans l'ensevelissement de leurs frères, ne dit pas un seul mot des aromates brûlés en leur honneur sur de prétendus réchauds ^ Les vases de verre, de terre cuite ou de bronze, placés auprès des loculi des martyrs, ne sont ni des vases lacrymatoires, ni des cassolettes, ni des réchauds à parfums : voilà un fait acquis. Que sontils donc ? Telle est la question qu'il faut maintenant éclaircir.
L'histoire, la tradition, la science, l'Église, répondent d'une voix unanime : Ces vases contiennent le sang des martyrs. Ici, je l'avoue avec transport, c'est une bonne fortune pour le pèlerin catholique des Catacombes d'être conduit, par les exigences de son sujet; à dérouler aux regards de ses frères une des plus magnifiques pages des annales de la primitive Église.
Dans la personne des pêcheurs galiléens, le Christianisme est entré dans la grande Rome avec la prétention de renverser Jupiter du Capitole et d'engager une lutte à mort avec le paganisme. L'heure du combat gigantesque a sonné : les lions et les tigres rugissent dans l'Amphithéâtre. Le Palatin, le Quirinal, le Janicule, les sept Collines, le Forum, se couvrent de roues,
1 lisdemqiie institutis disposuit ut in cœmeteriis circiimquaquc positis Romœ in die natalitiorum eorum (martyrum) luminaria ad vigilias faciendas et oblationes de patriarchio per oblationarium deportarentur ad celebrandas missas, etc. — Anastas., iii Greg.y m, etc.
de chevalets, d'instruments de supplice : sous la dent des animaux furieux, sous la hache des licteurs, le sang chrétien coule à grands flots; durant trois siècles les victimes périssent par millions. Un triple enthousiasme s'est emparé de la reine du monde, enthousiasme de la cruauté dans les empereurs, les magistrats et les bourreaux; enthousiasme des tortures et delà mort dans les martyrs; enthousiasme de l'amour et de la vénération dans les frères des victimes. Regardez ce peuple entier de sénateurs , de chevaliers romains, de matrones, déjeunes filles, d'hommes et de femmes du peuple qui veillent aux portes du Cotisée, ^ l'entrée du Forum, au pied des échafauds. Malgré les bourreaux, les soldats et les juges, de la voix et du geste ils encouragent les condamnés au milieu de leurs tortures; puis, quand de profondes blessures ont fait jaillir leur sang, quand le glai\e homicide ou la dent meurtrière des hyènes et des panthères l'ont fait couler par torrents, quand enfin ils ont expiré, voyez tout ce peuple se précipiter sur l'arène ensanglantée de l'amphithéâtre, pénétrer hardiment sous les chevalets et les échafauds et recueillir à l'envi, avec des linges et des éponges, le sang dont la terre est inondée, en attendant qu'il puisse emporter précieusement, dans des cavernes inconnues, les restes mutilés des victimes ^ Voilà le spectacle, étrange aux yeux de la raison, sublime aux yeux de la foi , dont Rome et Carthage, Lyon et Smyrne, l'Orient et l'Occident furent chaque jour témoins pendant trois siècles.
1 Tanti faciebant sacras martyrum reliquias ut sudoris, si possent, guttas haurirent, et stillas sanguinis, etiam persecutore videiite atque exerto gladio minitante, qualibet urte subripereat atque reconderent. — Baron., an. 261, n. 34.
Malheureusement les limites de mon sujet ne permettent de citer qu'un petit nombre d'exemples. Gomme Jérusalem avait vu Marie et Madeleine rester courageusement sur le Calvaire en face de la croix pendant le supplice de la grande Victime, de même, pendant les furieuses persécutions de Néron et de Domitien, Rome vit constamment au pied du gibet des martyrs deux héroïnes, deux jeunes et nobles vierges, filles du sénateur Pudens, recueillir avec un zèle infatigable le sang précieux des martyrs. Praxède et Pudentienne, les monuments primitifs vous attribuent la gloire incomparable d'avoir sauvé le sang et les restes sacrés de trois mille victimes. Honneur au génie des arts, qui a bien mérité du Christianisme en vous représentant l'une et l'autre dans l'exercice de votre héroïque charité K
Sous Valérien, Hippolyte, la gloire de Rome, est mis en pièces par des chevaux indomptés, qui le traînent dans des chemins couverts d'épines et de cailloux. Ses membres sont semés sur une longue étendue, couverte de distance en distance par des flaques de sang : dix-neuf martyrs périssent avec lui. L'horrible supplice est à peine commencé que les frères, les sœurs, c'est-à-dire les chrétiens de tout âge et de tout sexe, accourent pour recueillir et le sang et les membres sacrés des victimes. Les uns ramassent la tête vénérable, dépouillée de sa chevelure ; les autres, les mains, les bras, les épaules mutilés; ceux-là recueil-
1 Dans l'église qui porte son nom, on voit sainte Praxède pressant une éponge pleine de sang sur le bord d'un puits. L'usage des éponges pour recueillir le sang des martyrs, attesté par les monuments primitifs, est devenu palpable par la découverte d'un grand nombre de vases où se trouvait encore l'éponge imbibée de sang — Voi/ez Boldetti, lib. I, c. xxxi, p. 149, 150.
lent avec des linges et des éponges jusqu'à la dernière goutte de leur sang précieux ^
Qui ne connaît l'héroïque courage des illustres matrones Priscille, Gyriaque, Lucine, Marcelle, Juste, Théodora, glorieuse lignée d'héroïnes, qui reproduisirent pendant trois siècles, aux regards de la grande Rome, l'intrépidité de leur mère et de leurs sœurs, Marie et les saintes femmes du Calvaire! Mais ce que plusieurs ignorent, c'est que le dévouement pour les martyrs, la sainte avidité de posséder leur sang et leurs restes précieux régnaient en souverains dans le cœur d'une impératrice; et quelle impératrice, grand Dieu! la femme même du plus terrible persécuteur que l'Église ait jamais eu : j'ai nommé sainte Serena. épouse de Dioctétien !
Suzanne, jeune vierge, la fleur de la noblesse romaine, vient, par ordre du tyran, d'expirer au milieu des tortures. La nuit suivante l'impératrice sort mystérieusement du palais, et pendant le sommeil du tigre elle vient recueillir de ses propres mains le corps de l'héroïne; avec son voile elle ramasse le sang. Plus heureuse de son trésor que son mari de toutes ses conquêtes, elle enferme le précieux dépôt dans une cassette d'argent, l'emporte au palais, et tous les instants du jour et de la nuit qu'elle peut saisir elle vient fur-
1 nie caput iiiveum complectitur, ac revei'endain Canitiem molli confovet in LTemio.
Hic humeros, truncasqiie manu?, et brachia, et ulnas,
Etgenua, et crurum fragmina nuda legit, Palliolis etiam bibulœ siccantur arena?,
Ne quis in infecto pulvere ros maneat.
Si quis et in sentibus recalenti adspergine sanguis Insidet, liunc omnem spongia pressa rapit.
Prudent., Hymn. ii.
tivement offrir ses prières et ses vœux à son auguste amie^
Passons à Carthage. Saint Cyprien va au supplice; avec lui marchent de nombreux chrétiens. Sous les yeux des juges et des bourreaux, ils étendent par terre des linges et des mouchoirs, afin de recueillir le sang de l'illustre martyr -,
Nicomédie contemple le même spectacle. Par ordre de Dioclétien, vingt-trois martyrs, à la tête desquels marche saint Adrien, non moins célèbre à Rome qu'en Orient, sont condamnés au supplice de la roue. De leurs membres déchirés, broyés, coulent des torrents de sang précieux que sainte Nathalie, digne épouse d'Adrien, et plusieurs dames de ses amies reçoivent avec un amour qui ne peut être comparé qu'à leur courage. Les unes le recueillent dans des linges et de la pourpre, les autres dans leur propre sein. Ce n'est pas assez; les illustres matrones voient les habits des bourreaux couverts de ce sang précieux : pour les avoir elles leur jettent l'or, les perles, les riches parures dont elles sont couvertes ^.
Portons encore nos regards vers l'Arménie. Les
* Serena augusta, cum gaudio noctu veniens, collegit corpus sauctœ martyris, et sanguinem ejus illic fusum suo velamine extersit, posuitque in capsa argentea palatio suo, ubi diu noctuque furtivis vicibus orare non cessabat. — Act. S. Susan., apiid Sur., Il aug.
2 Fratres vero flentes linteamina et oraria an te eum ponebant, ne sanctus criior defluens absorberetur a terra. Act. S. Cyp., apnd RuiN'ART.
3 Suscipientes sanguinem sanctomm et linteaminibus et purpura qui stillabat de eorum corporibus; aliœ vero in sinu suo suscipientes abscondebant, et vestimenta quœstionariorum, quœ erant sanguine infusa sanctomm martyrum, clarissimae femincp comparaverunt multo auro vel gemmis et ornamentis pretiosis. — AJSS. Cod. ex S. Mar, Transfiber., p. 15.
ordres cruels de Dioclétien s'y exécutent comme dans le reste du monde. La ville de Sébaste voit son vénérable évêque, saint Biaise, conduit au supplice. Parmi la foule immense qui suit le glorieux martyr se distinguent sept héroïnes, qui recueillent précieusement les gouttes de sang qui tombent de ses blessures * ; et, comme leurs frères et leurs sœurs de l'Orient et de l'Occident, elles marquent leur corps de ce sang précieux.
Sublime témoignage de la haute estime qu'on faisait du sang des martyrs! De même qu'après la Communion nos héroïques aïeux, trempant le doigt dans le calice, s'oignaient les yeux et les oreilles avec le sang adorable du Roi des martyrs, de même par cette onction sanglante ils communiaient avec ses glorieux imitateurs, soit pour s'identifier à leur courage et à leur sacrifice, soit pour se guérir, se fortifier et s'animer au combat ^.
A qui serait tenté de révoquer en doute ces traits de foi et d'intrépidité, parce qu'il ne saurait les comprendre, je dirai en premier lieu : Expliquez-moi le courage des martyrs, et je vous expliquerai le courage des chrétiens. Fallait-il moins d'héroïsme aux premiers pour répandre volontairement au milieu des tortures jusqu'aux dernières gouttes de leur sang, qu'il n'en
1 Seyjtem beatissimae mulieres ti mentes Deum sequebantur eum, suscipientes guttas sanguinis qiiœ ab eo cadebant, et se ipsas ungebant. — Act. S. Bios., apud Bolland., 3 febr.
2 Sancta Natalia extergebat sanguinem beati Adriani, et pertingebat ex eo corpus suum. Supro. — Ciim se verierandounxissent illius sanguine, tanquam unguento pretioso, consequenler ad mortem contenderunt. Act. S. Aretse, apud Sur., 24 oct. — Marlyrii aemulatione accensa (matrona), citissime accurrens, martyris ipsius Aretœ cruore se filiumque perunxit. /c?., etc., etc., etc.
fallait aux seconds pour les recueillir? Je dirai, en second lieu, que cette intrépidité sublime, quelque inexplicable qu'elle vous paraisse, est un fait constamment reproduit dans tous les siècles, sur tous les points du globe, et que vous pouvez encore aujourd'hui voir vous-mêmes de vos yeux. Ici, encore, je suis réduit à jalonner la démonstration, en me contentant de citer quelques faits.
Lorsqu'en 1127 le bienheureux Charles, comte de Flandre, fut martyrisé, un peuple entier d'hommes et de femmes, de vieillards et d'enfants, se précipitèrent sur le lieu où coulait son précieux sang, qu'ils recueillirent dans des linges, employant même des instruments de fer pour enlever les gouttes qui s'étaient attachées aux pierres *.
A la voix de saint François-Xavier, le Japon se convertit, et bientôt le feu de la persécution s'allume avec violence. Vingt-six martyrs sont crucifiés à la fois sur le sommet d'une montagne. Les satellites et les bourreaux forment une barrière redoutable autour des victimes : les blessures, la mort peut-être seront le prix du téméraire qui osera la franchir. Vaines terreurs ! Gomme leurs frères aînés d'Occident, les jeunes chrétiens d'Orient bravent les menaces et les supplices, et recueillent avec amour le sang des héros, plus précieux pour eux que la soie, la pourpre, l'or et les pierreries ^.
1 Videres itaque continuo iniiumerabiles promiscui sexus, diversae œtatis, viros et mulieres certatim iindique occurrenles, sanguinem ejus linteis extergere et ferramentis etiam de p'avimento abradere. — Apud Bolland., 3 martii.
2 Licuit cernere circumstantium christianorum ardorem, qui per medios satellites, fustuario corum neglecto, ad cruces accurrentes, alii ut sudaria sua martyrura sanguine imbuerent, alii ut
Enfin, pour fermer la bouche à l'incrédulité, voici qu'en plein dix-neuvième siècle les timides néophytes de la Cochinchine, animés tout à coup d'un courage inconnu, imitent trait pour trait la conduite des chrétiens des Catacombes. Le 20 septembre 1837, un de nos missionnaires, M. Gornay, est coupé en morceaux par ordre deMinh-Mêhn. Trois cents soldats entourent le lieu du supplice, la foule païenne est immense. Un arrêt de mort plane sur toutes les têtes chrétiennes. Quel fidèle osera se montrer?
Voyez arriver d'abord tout ce qu'il y a de plus faible et de plus timide : une vieille servante et une religieuse. Les deux héroïnes portent deux nattes, afin d'y recevoir le sang du martyr ; elles osent même recueillir les lambeaux de chair épars çà et là. Plusieurs chrétiens se joignent à elles; et comme une autre religieuse, chargée d'apporter de la chrétienté voisine des linges préparés d'avance, tarde trop, ils imbibent le sang dans tout ce qui se trouve sous la main : les habits du martyr, des mouchoirs, du papier. A ce signal, la foule se précipite pour recueillir aussi quelques gouttes de ce sang précieux. On presse les chairs pour l'en exprimer, on creuse même les endroits delà terre où il s'était écoulé avec abondance *.
L'empressement des chrétiens à recueillir le sang des martyrs est donc un fait toujours ancien et toujours nouveau. Nous chercherons demain la raison de ce phénomène unique dans l'histoire .
ex veslium limbo aliquid detralierent, alii ut reliqiiiarum loco aliud aliquid auferrent. — Apud Bolland., febr., p. 761, n. 100. 1 Annal, de la Prop. de la Foi. n. G3, p, 254 et suiv.
Audience pontificale. — Zèle des chrétiens de tous les temps. — Les vases de sang placés auprès des locuh des Catacombes ne sont ni dos vases lacrymatoires, — ni des vases de parfums,
— mais des vases de sang. — (le sang est celai des martyrs.
— Le vase de sang est le signe infaillible du martyre. — Lettre de M. Raoul Rochette.
Une seconde audience du Saint-Père suspendit la visite des Catacombes. L'excellent Pontife daigna signer de sa main les suppliques assez nombreuses jjue je lui présentai. Je lui demandai, entre autres, des indulgences pour différentes personnes. Cela ne veut pas dire, comme le prétendait naguère certain voyageur favorisé d'un semblable privilège, par l'entremise du pénitencier de France, quïl avait obtenu la l'êmission de ses péchés et des péchés de sa famille jmqu'à la troisième génération! Sorti du Vatican, je vins reprendre, à la Minerve, l'étude de la belle question commencée hier aux Catacombes de Saint-Yalentin.
Nous avons vu les chrétiens debout devant les chevalets de la vieille Rome, devant les croix du Japon, devant les poteaux de la Cochinchine, recueillant avec empressement le sang de leurs frères. D'où vient qu'ils bravaient ainsi la morl pour avoir le sang des martyrs 1? Quel prix attachaient-ils à ce sang? Qu'en vou-
1 On en cite un grand nombre qui furent victimes de leur courage. Je nommerai seulement les sept femmes qui suivaient saint Biaise au martyre ; une vierge nommée Paula, qui, pour avoir voulu recueillir le sang des jeunes martyrs Claudius, Hypatius> Paul et Denys, mêla son sang au leur. — « Comprehensa, virgis cœsa est et in ignem conjecta, sed liberata demum et ipsa eodem loco ubi Lucillianus crucifixus fuerat decollata est. — Apud BoLLAND., 5 junii.
laient-ils faire? Pour expliquer, dans les catholiques de tous les âges et de tous les pays, ce courage surhumain, il faut, sous peine de folie, recourir à la même grâce qui communiquait à leurs frères la force de monter gaiement sur les bûchers et les échafauds, ou de descendre triomphants dans l'arène.
Mais pourquoi dépenser leur intrépidité à ramasser le sang des victimes? Ce sang valait-il la mort qui en était souventleprix?Oui,et plus que la mort. Dans les martyrs les chrétiens voyaient, ils voient encore, iîs verront toujours les continuateurs de la grande Victime du Calvaire, les corédempteurs du monde, les planteurs de l'Église, ses soutiens éternels, sa gloire incommunicable ^. Or, dans le martyre ce qu'il y a de plus noble, c'est le sang ; le sang qui est tout à la fois la vie, le signe du témoignage, la marque de la rédemption et le gage du triomphe.
Voilà pourquoi le monde entier dut en être arrosé, pourquoi Rome, future métropole de la sainteté, dut en être détrempée jusque dans ses profondeurs ; pourquoi ses enfants surtout durent se montrer si ardents aie recueillir, si soigneux à le conserver. Grâce à leur courage intelligent, Rome peut, jusqu'au dernier jour du monde, chanter sa gloire incomparable. Mère de plusieurs millions de martyrs, sa fécondité lui donne la première place dans la tendresse du divin Époux et
1 Sanguine fundala ut Ecclesia sanguine cœpit,
Sanguine succrevit, sanguine finis erit.