CHAPITRE IX
Noms de famille.
Les noms romains jouent un grand rôle dans les inscriptions. Sous peine de rester dans un labyrinthe inextricable, il faut connaître, au moins en général, le système de nomination en usage chez les anciens maîtres du monde :
1° Les Romains avaient plusieurs noms ; cette règle est générale. Au commencement ils se bornaient à deux, tellement que le manque du troisième nom ou du surnom est un signe presque indubitable d'antiquité, archaismi pùtentissimum indicimn ; il faut excepter les militaires, dont la plupart eurent un surnom dès l'origine. Plus tard, les Romains eurent trois noms ; cela devint commun vers la fin de la république et sous l'empire. Beaucoup en
eurent jusqu'à quatre. Or, on distingue: le prénom, prœnomen ; le nom, ncmen, nomen gentilitium; le surnom, cognomen; et le second surnom, agnomen.
Le prénom est le nom personnel de l'individu: Caias, MarcuSy Lucius, Cneus, etc. ; il est ordinairement relatif à quelque circonstance de la naissance de la personne.
Le nom est le nom de la race (gens) : Julius^ Flavius, Cornélius^ c'est-à-dire de la race JuUa, Fîaiia, Cornelia. 11 est essentiel de le bien distinguer. Pour cela il suffit de se rappeler qu'il se termine toujours en lus : cette règle souffre à peine deux ou trois exceptions. Ce nom de la gens fut, dans le principe, celui de la souche commune ou de l'aïeul, de qui sortirent un grand nombre de descendants.
Le surnom. De la même race étaient venues, avec le temps, plusieurs familles particulières, comme les bratiches sorties du même tronc. Il fallait les distinguer entre elles, tout en conservant le souvenir de leur commune origine. Tel fut l'objet du surnom.
Vagnomen, ou second surnom. Dans une famille il se trouvait quelquefois un fils qui, par ses qualités, bonnes ou mauvaises, par ses exploits ou ses talents, se distinguait de ses frères. On lui donnait alors un nom de plus, qui le faisait reconnaître. Tout ce qui précède va s'éclaircir au moyen de quelques exemples : Marciis Fabius Ambustus.
Marcus, voilà le prénom ou nom personnel.
Fabius, voilà le nom de la race, ou nom patronymique. Ainsi, nous savons que Marcus est de la race Fabia.
Ambustus, voilà le surnom. De la race Fabia étaient sorties plusieurs familles, telles que la famille Ambusta^ Vibidana Labeona. Nous savions déjà, par le prénom et le nom, que Marcus était de la race Fabia; grâce au surnom, il est évident qu'il appartient à la branche Ambusta sortie de la race Fabia.
Quand la gens ou race primitive n'avait pas produit pluisieurs familles, le surnom était particulier à chaque individu. Exemple : Caius Julius Csesar.
Caius, voilà le prénom.
Julius, voilà le nom de la race, gens Juîia.
César, voilà le surnom donné à l'enfant, parce qu'il était venu au monde par l'opération césarienne.
Autre exemple : Publhis Cornélius Scipio Africanus,
Publius, voilà le prénom.
Cornélius, voilà le nom de la race, gens Conielia.
Africanus, voilà Yagnomen ou second surnom, qui distingue le même personnage de tous ceux de sa famille : il le doit à la conquête de Carthage. Je dirai, en passant, que quelques auteurs prétendent que ce dernier nom doit être appelé cognomen, comme le précédent.
2<* Pour distinguer entre eux les frères que rien ne distinguait naturellement ou accidentellement, on leur donnait un surnom pris dans l'ordre de leur naissance. Exemple : primiiSj secundus, quartus, sextus, etc.
3° Il paraît que les femmes eurent généralement des prénoms jusqu'au temps de Varron, vers la fin du règne d'Auguste ; mais depuis cette époque elles cessèrent d'en avoir ; on les leur rendit au temps de Domitien. Du reste, leurs prénoms ordinaires étaient Caia ou Publia, c'est-àdire i7^MSi?'e, ou petite fille: puplia de puella. Quand les prénoms leur furent ôtés, elles conservèrent simplement les noms de leur race et de leur famille, auxquels elles ïijoutaient, en se mariant, le nom de leur mari. Exemple : Cœcilia Metella Crassi.
Cœcilia, voilà tout ensemble le prénom et le nom de la personne ; car cela veut dire fille de la gens Csecilia,
Metella, voilà le surnom ou nom de la famille sortie de la gens Cœcilia.
Crassi, appartenant à Crassus ou épouse de Crassus. Pour marquer le droit de propriété du mari, son nom se mettait au génitif, en sous-entendant (uxor). On employait la même formule pour désigner la propriété du maître sur son esclave. Exemple : Artemisia Cœsaris. Artémise de César (sous-entendu serva).
4® Dans les familles, on distinguait les sœurs entre elles par l'ordre de leur naissance : prima, secunda, iertia, etc., ou major et minor. Exemple :
HERP.ENIA L. F.
MERVLA. MAJOR.
HERRENIA. L. F.
MERVLA. MINOR
« Herrenia, Lucii filia, Merula major ; Herrenia, Lucii filia, Merula minor. »
5° Au temps de Juvénal, les esclaves et les étrangers, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas citoyens romains, n'avaient pas encore le droit davoir trois noms ^ Les affranchis pouvaient les avoir en ajoutant à leur nom primitif ceux de leur patron. Exemple :
F. F LA VIO. SABINO
CiES. N. SERVO A. RAT.
VOLVPT. FECIT. T. FLAVIVS