CHAPITRE PREMIER
TODTK Lk VaiLNGB SS LIGUE AYEG LES PARLEMBITTS POVa KB90U8SB& LES Kl^FOAMES.^ CHUTE DE M. DE BAIEENB.
C'est ici que coinineoce la seconde phase de la résistance des parleniems^ contre les réformes de Louis XVI, et qu'éclate, dans tout soa jour, riœprévoyance de ses ministres, lesquels, par des mesures excellentes au fond, mais intempestives et prématurées, vont faire sortir -une nouvelle et immense difficulté des moyens même destinés à surmonter la première. Depuis un an, les parlements repoussaient la réforme des finances ; ils vont repousser maintenant la réforme des Cours de justice ; et il n*eslpas difficile de prévoir que le gouvernement, qui n'avait pas réussi à vaincre un seul de ces obstacles, ne réussira pas à les vaincre tous les deux.
La Grand Chambre du parlement, retenue à Versailles, se réunit dans une auberge et y écrivit au roi la lettre suivante : « Sire, vos fidèles magistrats, consternés des innovations destructives de la monarchie dont on essaierait en vain de les rendre participants^ su^ plient Votre Majesté de leur permettre^le lui déclarer Timpossibiliié absolue où ils sont d'accepter aucune des fonctions qui leur sont attribuées par les édits dont ils viennent d'entendre la lecture. C'est le zèle le plus pur qui dicte à vos magistrats la déclaration qu'ils viennent déposer au pied du trône. »
Il est à peu près certain que la véritable cause du refus de la Grand Chambre n'était pas ce zé/e^i pur dont elle parlait au roi. La majorité de ses membres, frappée de l'ensemble des m«su«es «iposécs
dans les édits, penchait fortement vers la soumission ; mais le jrment que d'Eprémesnil avait surpris au parlement, lorsque les réformes n'étaient qu'imparfaitement connues, l'adresse des dissidents à faire valoir cet engagement sacré, et l'esprit d'opposition qui avait gagné la pairie, se réunirent pour déterminer la résistance.
Les enquêtes et les requêtes, ces énergu mènes du palais^ qui se trouvaient atteintes par les réformes, ne pouvaient pas manquer, comme on pense bien, de faire éclater aussi leurs protestations et leurs plaintes. Elles se présentèrent d'abord au lieu ordinaire de leurs assemblées ; mais le régiment des gardes françaises en interdisait l'entrée, en vertu de l'édit qui constituait le parlement en vacances. Les jeunes conseillers se réunirent chez les doyens de leurs chambres, et ils écrivirent individuellement à M. de Lamoignon pour protester contre les réformes exposées au lit de justice ^
La résistance qui avait éclaté parmi les magistrats de Paris devait, comme de coutume, ne pas tarder à éclater en province. Nous avons déjà dit que des ordres avaient été donnés aux commandants militaires pour que, le même jour, les édits fussent enregistrés par tous les parlements du royaume. La nouvelle des premières futtes du parlement de Paris contre les dernières réformes, ainsi que de l'arresCation de d'Ëprémesnil et de Goislard de Monsabert s'était promplement et universellement répandue. Les Cours de province étaient donc sur leurs gardes, et presque toutes protestèrent avant la séance d'enregistrement.
A Grenoble, le premier président et le procureur général assistèrent seuls à la transcription des édits ; à Rouen, les magistrats, au nombre de quatre-vingt-six, s'engagèrent, par arrêté, à refuser toute place dans la nouvelle organisation de la justice; à Rennes, le procureur général, syndic des Etats, en compagnie d'un corps considérable de noblesse, avait déjà, depuis quelques jours, déposé au parlement une protestation contre tous les changements qui pourraient être faits aux capitulations de la provinee; et ce n'est qu'après avoir fait avancer des troupes que le comte de Thiars osa demander l'enregistrement. A Pau, le syndic des Etats avait voulu faire une protestation semblable à celle des nobles de Bretagne; l'entrée de la salle lui ayant été refusée, l'évêque de Lescar, président des Etats, et qui siégeait au parlement, comme conseiller d'honneur, suppléa le syndic, et rendit ainsi la démarche encore plus redoutable. A Dijon, à Besançon, la noblesse avait fait une résistance publique, et tout présageait un mouvement qui allait gagner le royaume '.
Cependant, il arrivait au gouvernement, pour les réformes de M. de Lamoignon, ce qui lui était arrivé pour les réformes de M. de Galonné ; après les avoir inconsidérément proposées, il les soutenait avec maladresse et les abandonnait avec honte.
Le lendemain du lit de Justice, Louis XVI avait tenu la première
* Sallier, Jnnalei Franc, > Wiber, Mém*
séance de sa Cour plënière. Chose singulière, en un temps où la royauté avait dans la main presque tous les pouvoirs, elle intervenait dans la pratique des affaires infiniment moins qu'aux époques où les institutions représentatives eurent notablement réduit la sphère d'action de la monarchie. On ne peut pas mettre en doute que cette iodi^ férence de Louis XVI, dans les questions les plus importantes et les plus difficiles, n'ait été la cause la plus puissante de ses malheurs et de ceux du pays. C'est surtout au milieu des Révolutions qu'il ne faut pas de rois fainéants. Quantité de difficultés auraient été aplanies par l'intervention personnelle de Louis XVI, tandis que ses ministres ne faisaient que les aigrir et les compliquer.
Ainsi, lorsque les membres de la Cour plénière venaient de protester contre elle, Louis XVI se borna à quelques paroles, par lesquelles il ouvrit leur séance; et puis il se retira, comme s'il n'avait pas même soupçonné la ruine anticipée de son institution de la veille. Pas une parole publique, pas une instance privée auprès de cette vieille magistrature pleine de respect, même dans sa révolte, pour ce trône de St-Louis, qu'elle avait aidé à élever et à consolider ; pas un appel parti du cœur, pas un de ces mots à la Henri IV pour ces nobles pairs du royaume, qui se seraient honorés de mourir pour le roi. Louis XVI avait Tairde désavouer l'œuvre politique de ses ministres, et l'on eût dit, par sa froideur, que le sort de la couronne était bien moins son affaire propre que celle de son conseil.
Donc, après une première séance qui eût dû être capitale, et à laquelle Louis XVI ne donna pas un quart d'heure d'attention, la Cour plénière renouvela ses protestations et ses refus ; et M. de Brienne, voyant qu'il était moins son maître que son jouet, la renvoya à Paris, d'où elle ne fut jamais plus rappelée. Le ministère semblait attendre l'effet produit par ses mesures sur l'esprit des provinces avant d'agir. Cet effet fut déplorable, et partout le même; partout, les parlementaires résistèrent désespérément à l'esprit libéral et réformateur des édits ; et toujours ils eurent l'art d'appeler les nobles à leur secours et de placer les privilèges de la robe sous la sauvegarde des privilèges de l'épée.
Le Châtelet de Paris, qui était conservé et agrandi dans la nouvelle organisation à titre de présidial, fut un instant l'espoir du garde des sceaux; mais saisi de la vérification des édits, le 16 mai, il y résista comme les cours, et il ne procéda à l'enregistrement qu'en présence d'un conseiller d'Etat, porteur d'ordres royaux, et au milieu des protestations du tribunal et des huées de la basse cléricature.
Dominés par l'infiuence naturelle de leurs cours respectives, la plupart des. bailliages du royaume protestèrent contre les réformes. Trois seulement les acceptèrent ; le bailliage de Bourg, celui de Sens, et la sénéchaussée de Draguignan; encore furent-ils évidemment déterminés par cette considération que ces trois sièges se trouvaient érigés en grands bailliages par les nouveaux édits '.
* Cette révolution des parlements ayant perdu aujourd*bui une grande
8i la fmife da gouTernement de Tjouis XTI avait ^téfranda d'entreprendre eoap sur coup deux réforines immenses, qui auraient glorteitsement défrayé chacune un quart de siècle, et d'avieir déclaré la guerre aux privilégiés, avant de s'être assuré le concours et l'appui du peuple, elle devint bien plus funeste encore lorsque, après avoir irrité et soulevé les corps privilégiés, le ministère alla leur demander des subsides. Il était bien évident que Louis XVI, fût-il même sorti victorieux de sa double lutte, en aurait été affaibli au moins pour quelque temps. La prudence faisait donc une loi d'améliorer, pour quelques années, la question des finances, avant d'aborder la suppression des grandes inégalités et des grands abus ; car, les parlements^ la noblesse et le clergé, qui avaient Tair de défendre les intérêts publics en résistant à de nouveaux impôts, auraient été aisément et promptement démasqués, comme ils vont l'être dans quelques wmSj BOT la que^ion des privilèges.
M. de Brienne, toujours aux prises avec la difficulté financière, et pour qui, dans sa situation, il n*7 avait pas de petites sommes, avait convoqué une Assemblée générale et extraordinairedu clergé. La réunion eut lieu le 12 mai aux Grands Augustins, comme de coutume. M. de Breteu il, secrétaire d*E(at pour la maison du roi, et qui, en cette qualité, avait les alfaîres du clergé dans son département, se présenta devant l'Assemblée, accompagné de M. Lambert, alors contrôleur gé* néral des finances, agissant l'un et l'autre en qualité de commissaires du roi. Ils demandèrent au clergé un secours d'un millioa huit cent mille livres pour Tannée 1789. Le ministre principal ne doutait pas de l'accueit favorable qui serait fait à sa demande; et il attendait du «lergé un assentiment moral à l'esprit de ses réformes. 11 fut déçu dans Tune et dans l'autre de ses espérances. Au lieu d'un vote empressé, un ajournement fut suscité par M. de Thémines, évéq^e de Blois, et l'assemblée décida qu'avant de délibérer sur aucun don, elle adresserait des remontrances au roi sur la situation des affaires présentes sur l'institution de la Gour plénière. Une commission de quinze membres, dont trois archevêques, quatres évêques et huit vicaires généraux, fut nommée en conséquence de cette décision.
Toutes les illusions du gouvernement s'envolaient donc uue à une. La résistance déclarée du clergé fit précisément autant de mal qu'on s'était promis de bien de son concours ; et si elle ne fut pas la cause des troubles que nous allons voir éclater dans les provinces, elle leur servit de prétexte et en quelque sorte de justification.
C'est principalement en Bretagne et en Daupbiné que ces troubles éclatèrent, et précisément à la même époque, c'est-à-dire le 11 mai.
Lorsque le comte de Thiars, commandant militaire de la Bretagne, et Bertrand de Mollevilte, intendant de la province, se présentèrent, ie 11 mai, au parlement de Rennes, pour faire enregistrer les six édits vérifiés le 8 à Vei'sailles, les magistrats, oubliant leurs devoirs
partie de son intérêt, nous ne croyons pas devoir entrer dans de plus graflds détails sur ta part qu'y prirent les sièges inférteurs.
«t lenr èfgnitë, essayèrent de soulever les ouvriers contre les représentants. du roi* Les conseillers jetaient par la fenêtre des billets au peuple, dans lesquels ils avaient écrit entre autres : « £'mtindanl est un monstre à étouffer >. » L*intendant, qui était un homme ferme, ne fut pas étouffé; mais en se retirant è pied ayee le comte de Thiars, il courut, ainsi que iui, risque de la Tie*
En cette circonstance, et au milieu de Témeute, se produisit un fait qni deviendra fréquent durant les premières années de la Révolution, et auquel M. Désides, officier du régiment du roi , donnera, en 1791, une tragique célébrité, pendant les troubles de Nancy. Un jeune officier, plus philosophe que militaire, se jeta sans armes entre les soldats et Fémeute afin d'éviter l'effusion du sang. Il empêcha bien les grenadiers de blesser les factieux, mais il n*empêcha pas ceux-ci de blesser l'intendant : et au milieu de la confusion qu'il avait produite, il fut lui-même lapidé par suite d'un malentendu '. Certes, les vertus mill* taires n'en excluent aucune autre ; mais il ne faut pas prendre un régiment pour une académie, et confondre les théories des moralistes avec les principes de l'ordre public.
Le parlement de Renneç refusa d'obéir à l'édit qui constituait les Cours en vacances. 11 fut soutenu dans sa résistance par la commission intermédiaire des Etats, qui, excitée elle-même à l'aspect de la conduite du haut clergé, réuni à Paris, avait demaudé des prières à tous lesévêques de la province. Ainsi, la noblesse et la magistrature faisaient cause commune et s'appuyaient sur le clergé.
La noblesse bretonne avait déclaré « infâmes ceux qui pourraient accepter quelque place, soit dans la nouvelle administration de la justice, soit dans l'administration drs Etats, et qui ne seraient pas avoués par les constitutions de la province ^. » Déclaration insensée, car c'était au roi lui-même, au nom duquel avaient été publiés les édits, que s'adressait cette note d'infamie, lancée par des gentilshommes ; déclaration barbare, égovste et absurde, car elle prétendait immobiliser la Bretagne dans les langes de son berceau féodal. Le comte de Thiars ayant défendu les réunions de la noblesse, ce fut, pour ces nobles, une nouvelle occasion de braver le roi en la personne de son lieutenant. Ils vinrent au nombre de cent trente re*mettre à M. de Thiars une lettre à Sa Majesté, en laquelle se montre, dans toute sa violence puérile, la politique des privilèges :
u Nous venons, disaient-ils, accuser les ministres devant Votre Majesté, au pied du trône qu'ils entourent, et qu'ils parviendraient à ébranler si vos fidèles sujets ne s'empressaient de le raffermir. Les ministres que nous dénonçons ont formé le projet de dépouiller le parlement du droit d'enregistrer, pour écarter l'obstacle qui résiste si souvent à leur volonté. Le bien public, l'intérêt des justiciables n'ont été qu'un faux prétexte employé pour colorer un projet désastreux. On voulait détruire les lois constitutives de la monarchie en écartant
* W^ber, Mém. — « Jhid.
* Sallier, ^«UM/es /Vanç .
les magistrats respectables qui leur servaient dVgane; dépouiller le parlement des droits de vérifier les édits , pour en revêtir la Cour plénière ; composer ce nouveau triimnal de magistrats amovibles, de courtisans qui tiennent leur fortune de la profusion des administrateurs, d^hommes enfin choisis par eux, soumis à leurs volontés, incapables de leur opposer aucune résistance. »
Hélas! ceux qui ébranlèrent le trône du bon et malheureux Louis XVI, ce furent ces fidèles sujets , ces nobles rivés dans leur tyrannie, ces magistrats révoltés pour leurs privilèges, ce clergé opulent et siraoniaque, corrompu par son oisiveté et par ses trésors ; ce furent ceux qui calomnièrent la royauté dans ses intentions, qui Foutragèrent dans ses ministres, qui la vainquirent dans ses nobles et paternels efforts. Cette attitude révolutionnaire des privilégiés était alors un fait si éclatant que tous les yeux la remarquèrent. « Ce sont les corps aristocratiques, dit M™<' de Staël, qui ont attaqué les premiers le pouvoir royal '. » Les insensés faisaient, sans le savoir, Tœuvre de Samson égaré par la colère et renversant les colonnes du temple. Et comme si la Providence avait voulu s'absoudre aux yeux des hommes du terrible châtiment qu'elle leur réservait, elle leur donna le temps et le moyen d'étaler toutes leurs passions et d'ac* complir toutes leurs fautes.
Les nobles Bretons eurent le malheur d'inventer ou de formuler les premiers les tristes. arguments à l'aide desquels les, parlements et leurs amis combattirent l'établissement de la Cour plénière. Certes , il y avait à lui faire de graves objections ; mais ce n'étaient pas celies-là. Il y avait à lui reprocher de ne pas tenir assez compte de l'intérêt des contribuables dans Tenregistrement de l'impôt. Ainsi, la Grand Chambre du parlement, les ducs et pairs, les intendants, les députés des quinze cours de province étaient assurément une garantie réelle et considérable de lumières et de capacité administratives ; mais toutes ces personnes étaient plus ou moins privilégiées dans la question des impôts, et c'était une faute, en même temps qu'une injustice, de n'y avoir pas fait une place large et convenable au commerce et à l'agriculture, c'est-à-dire au tiers- état.
Une Cour plénière, qui aurait réuni dans son sein la véritable activité en même temps que les véritables notabilités de la France eût été, sauf le gouvernement représentatif, le plus grand progrès politique à réaliser à cette époque; et néanmoins, toute défectueuse qu'était celle-là, elle constituait une amélioration immense, par rapport à l'administration exercée par les parlements. Il fallait l'aveuglement le plus obstiné pour ne pas reconnaître que la pire des combinaisons était le maintien des droits politiques exercés, comme au nom du pays, par cinq on six cents familles de robe, largement privilégiées, et en possession de ces droits par l'effet de charges acquises à prix d'argent.
On pouvait donc reprocher à la Cour plénière de n*être pas encore
« M">« de Slael, ConsidèratUma sur la Révoluiion Franc.
tout ce que le développement du tiers-état demandait ; mais l'attaquer comme doonaot à la France moins de garanties que les parlements, c'était une déclamation et un mensonge. D'ailleurs, est-ce que les parlements eux-mêmes ne la composaient pas? Est-ce que la Cour des pairs n'en faisait pas partie ? Est-ce que la Cour des aides, la Chambre des comptes, tous les parlements de province, c'est-à-dire, est-ce que tous les corps qui tenaient la royauté en échec n'y avaient pas voix délibérative? A quel propos M. d'Aligre, membre de la Cour plénière, aurait-il été plus ministériel que M. d'Aligre, premier président du parlement de Paris? Etait-il croyable que les ducs et pairs de France, des hommes comme M. de Talleyrand-Périgord, archevêque deRheims, M. de La Rochefoucauld, évèque de Beauvais, des hommes comme MDff. les ducs d'Uzès, d'Ëlbœuf, de Dffontbazon, de Sully, de Luynes, de Grammont, de Mortemart, de Villeroy, de Moailles, et tant d'autres, fussent, ainsi que le disait la noblesse bretonne, « incapables d'opposer aucune résistance aux ministres ? »
C'étaient donc là des raisons puériles et honteuses ; la vraie raison, et celle-là on se gardait bien de la dire , c'est que la Cour plénière allait supprimer la tyrannie des gens de robe, et détruire, au^ -profit de l'unité française, les exemptions révoltantes des provinces d'Etats. C'était donc outrager le bon sens que de présenter des parlements rétrogrades et usurpateurs comme les soutiens des libertés publiques ; et surtout, c'était agir en factieux, en hommes qui n'avaient ni le sentiment de l'ordre, ni Pidée du respect dû à la loi, que d'outrager les troupes du roi , remplissant leurs devoirs militaires ; d'appeler les soldats du nom de » vils satellites du despotisme, » comme le fit le procureur général de Rennes, et de former une ligue de spadassins, afin d'accabler les officiers, comme le firent les nobles de la Bretagne.
Les troubles du Dauphiné eurent la même cause que ceux de Bretagne, c'est-à-dire la coalition du parlement et de la noblesse, ligués pour conserver leurs privilèges, pour résister à l'égalité de la loi et à l'unité du pays. Le 11 mai, la noblesse s'étant réunie à Grenoble, délibéra une adresse au roi ayant pour objet de lui demander la révocation des édits et le rétablissement des Etats particuliers du Dauphiné. Le parlement, enhardi par cette démarche, brava l'éiiit qui le constituait eu vacances, et se réunit, le 20, chez son premier président M. de Bérulle; il y rédigea des protestations incendiaires contre les réformes, m II faut enfin apprendre aux ministres , disaient ces magistrats, ce que peut une nation généreuse qu'ils veulent mettre aux fers '. n Le lecteur sait déjà ce que signifient et ce que valent ces figures de rhétorique. Ces réunions du parlement continuaient, lorsque, le 7 juin, M. le duc deClermont-Tonnerre, commandant de la province, fit ordonner aux magistrats de se rendre dans leurs terres. Ce fut là le signal de l'émeute.
Les avocats, les procureurs, les huissiers, toute la cléricature haute et basse, en costume d'audience, se rendit d'abordchez M. de Bérulle,
« Wéber, JHém.
et puis se dispersa daos les rues en feiaant sonner le tocsin. Os âé^ iDOQta les voilures des magistrats, et Ton séquestra leurs malles pour enipècher leur départ. Le tocsin ayant fait accourir la population des campagnes, la bazoclte leur persuada qtie le commandani Toulait affamer la contrée en supprimant le parlement* La foule se porta donc à rbôtel du duc de Tonnerre. 11 y avait dans la ville le régiment d*Âustrasie et le régiment Royal-Marine. Celui-ci seul fit un peu son de-' voir. Le commandant vit sa maison forcée, sa cave pillée : et au liett d'avoir le courage de mourir pour la loi, il accorda, sous la pression de rémeule,le maintien du parlement. Cette foule ivre força les porte» de la Grand Chambre, y conduisit le parlement, ayant à sa tète le premier président couronné de roses, et fit asseoir, à c6té des magistrats, les prostituées qui avaient servi à débaucher les troupes ^
Ici apparaît, pour la première fois, Tune des causes les plus activas et les plus redoutables des désordres révolutionnaires; c'est la désorganisation de Tannée. Nous avons exposé le mode vicieux de sa constitution. Des soldats recrutés à prix d'argent, dans les cabarets, ne pouvaient être que la portion la moins morale et la plus turbulente du peuple ; et des officiers, dédaignant les détails du service, hantant beaucoup les salons, et fort peu la caserne, ne pouvaient pas avoir et D'avaientj)as d'influence sur leurs compagnies. C'était bien pireencore, lorsque ces officiers faisaient de la politique et de la morale à leur manière, et, s'érigeànt en juges du gouvernement, réfusaient, comme ceux du régiment d'Âustrasie, d'ordonner qu'on tirât sur Témeute, ce que fit exécuter un sergent ^. Le soldat commençait alors à s'entendre dire ces paroles étranges, qu'il ne comprenait pas encore : « Tirerer- Tous donc sur vos frères? • Sophisme désorganisateur et absurde avec lequel il n'y aurait ni gouvernement, ni société.
£n effet en tenant compte d'une considération pareille, on ne trouverait jamais ni témoin pour accuser, ni magistrat pour condamner, ni bourreau pour exécuter, même des coupables ; car, quelle nature basse ou féroce ne reculerait devant l'idée d'6ter la vie à son frère? Il faut remonter aux époques barbares du monde, à cet âge nommé héroïque, où les enl^nts étaient la propriété de leurs al eux ,pour trouver des pères qui les immolent, comme Agamemnon et Brutus; nfiais depuis que le christianisme a épuré le mai^iage et ennobli la paternité , les affections qui en résultent ont une sainteté spéciale, qu'on ne saurait ni étouffer dans la famille, ni transporter au dehors. Il n'y a donc de frères que dans l'enceinte consacrée du foyer domestique. Ceux-làsottt toujours inviolables. Hors de là, il n'y a que des amis et des concitoyens; on leur doit, sans doute, son affection ou sa bienveillance ; mais on ne leur doit jamais le sacrifice de Tordre et de la loi.
Nous avons laissé TAssemblée générale du clergé réunie, depuis le 13 mai, aux Grands Augustins, et nommant une commission de quinze membres chargée de présenter un projet de doléance au sujet de la
* Wéber, Mém, — Sallier, Jnnalea firanç.
* Wéber. Mém,
Cour pléoière , a? ant d'examiner la question des subsides. Ces do* léances furent arrêtées le 15 juin. Elles étaient insensées. Le clergé ilt Tapologie de la conduite des parlements depuis une année, et le lecteur sait tout ce qu'elle avait offert de violences, de contradictions et de menées factieuses. Il présenta les impôts comme des exactions arbir traires, tant qu'ils n'auraient pas été consentis parles Etats Généraux ; comme si la situation présente n'avait pas été la situation normale de la France, depuis 16H, et surtout, comme si l'impôt annuel de cent vingt-trois millions que le clergé lui-même prélevait, sous forme de dîmes, avait jamais été consenti par personne au monde.
Il se laissa aller à celte banale déclamation contre le passé des institutions françaises, ne trouvant, disait-il, que quelque» années et quelques hommes épars à citer dans l'histoire de la monarchie ; comme si, en définitive, ces institutions n'avaient pas, en s'établissant, trouvé la France à l'état d'une grande forêt dévastée, et n'en avaient pas fait un des premiers empires du monde. Lui, clergé, le corps le plus instruit, le plus capable du royaume, ayant mission d'éclairer et de moraliser les hommes, il abdiquait cette grande et sainte initiative, afin d'obéir^ comme il disait, au cri public! comme si le cri d'alors était autre chose que la clameur confuse des parlements et des nobles, ligués pour conserver les monstrueux abus dont ils avaient obstrué la France ! Il pressait Louis XVI, qui avait promis la convocation des Etats Généraux dans cinq années, de les réunir immédiatement, au milieu de la crise présente, s'imaginant qu'ils se borneraient au consentement libre des stéàsides, ainsi qu'aux remontrances, plaintes et doléances sur les autres objets! Enfin, par on ne sait quelle aberration politique ou quelle manie littéraire, le clergé changea le titre séculaire et glorieux du monarque, et l'appela Roi des Français,
Ces doléances ne furent pas seulement adressées au roi, elles fur^t encore publiées, ce qui naturellement en rendit l'effet plus désastreux. Restait toujours la question des subsides. Le clergé les refusa, comme il avait refusé son appui moral aux réformes ; et comme si un simple refus n'avait pas été suffisant, il y ajouta la dérision. Lorsque, te 14 juillet, après trois mois de session, le clergé tintsa dernière séance, M. de Dillon, archevêque de Narbonne, président de l'Assemblée, mit ces paroles dans son discours au roi : » Sire, nous terminons nos séances comme nous les avons commencées. Les évêques assemblés devaient s'occuper principalement, et avant tout, des intérêts de notre sainte religion '. « Les intérêts de la religion voulaient que l'Etat en péril fût secouru, et que le désordre des finances fût réparé. Les évêques de France, aveuglés alors par la sécurité générale^ ne le comprenaient pas encore. Cependant, cette confiance ne peut pas les absoudre. L'histoire sévère doit signaler ces mauvais riches refusant à la royauté, leur bienfaitrice, les miettes de leur festin.
Nous avons déjà dit ce qu'étaient les trésors de ce clergé,qui offrait
^ Vrn^ommxi^^ Histoire impart. dM BétoMUm».
au roi des prières quand il s'agissait de payer Fintérèt des rentes de rh6tel de ville ; et nous rappellerons encore ce qu*étaient les revenus de ce prélat ne trouvant, pour répondre à un gouvernement dans la détresse, que des paroles de mépris. M. Arlbur Richard de Dillon avait, pour son archevêché de Narbonne, 160,000 livres ; pour son abbaye de Signy, dans le diocèse de Rbeims, 50,000 livres ; et pour son abbaye de St-Etienne de Caen, dans le diocèse de Bayeux, 70,000 livres ; en tout, deux cent quatre-vingt mille livres de rentes. Des ressources pareilles permettaient à M. de Dillon d*ajouter quelque chose à la bénédiction qu*il offrait au roi.
Ijt clergé ne tardera pas à comprendre la faute énorme qu'il commettait en abandonnant la monarchie. Il tombait alors dans Terreur commune aux plus grands esprits du xviii*' siècle, qui était de croire la royauté au-dessus de tout danger. Comme Mounier, comme Lally Tollendal, comme Bailly, comme LaFayette, il ouvrira les yeux trop tard. Nous le verrons bientôt offrir quatre cents millions au gouvernement de Louis XVI, après lui avoir refusé un million huit cent mille livres ; mais la révolution, qui aura déjà fait ses comptes, refusera ses offres et aimera mieux lui prendre trois milliards.
Voilà donc, au moment oi!i nous sommes, les difficultés du gouvernement augmentées. La noblesse et le clergé se sont réunis aux parlementaires ; et, au lieu d*un seul ennemi à combattre, le ministère en a trois.
Que va faire le gouvernement pour vaincre ces trois ennemis ? Hélas ! il va continuer son plan de politique idéale ; et il fera si biea^ qu'avant peu, au lieu de trois ennemis, il en aura quatre.
Mais déjà le pouvoir de M. de Brienne, ébranlé par tant de secousses et épuisé par tant de luttes, laissait voir qu'il ne pouvait pas durer longtemps. Deux sortes d'agitations le travaillaient sans cesse. L'une était la suite de la résistance universelle soulevée par les édits du 8 mai; l'autre, la conséquence naturelle, et bien aisée à prévoir, d'un arrêté du 5 juillet, que nous aurons à expliquer au chapitre suivant, et qui avait excité tous les esprits ardents ou brouillons en les invitant à discuter la constitution des Etats Généraux.
La Bretagne, nation tenace et courageuse, prolongeait la bataille livrée par les parlements, à l'occasion des réformes du 8 mai. Douze députés, MM. de la Fruglaie, de Châtillon, de Guer, de Nétumières, de Bec-de-Lièvre Penhoet, de Carné, de la Féronnière, de Montluc, de Bédée, de Trémargat, de la Rouerie et de Cicé, venus à Versailles, au nom du parlement et de la commission intermédiaire des Etats, y avaient causé une sorte d'émeute en sollicitant et en obtenant, pour une adresse au roi, la signature des nobles Bretons qui résidaient à la Cour. Les ducs de ChabotetdePraslin,le marquis deSérent,lecomte de Boisgelin et le marquis de Lafayette qui possédait, du chef de M"* de Noailles, sa femme, une terre en Bretagne, avaient vigoureusement pris la défense des privilèges de la province contre les réformes de Louis XVI. Tout bon qu'il fût, le roi trouva étrange d'être bravé jusque dans son palais. 11 fit mettre, dans la nuit du 14 au IK
juiHet, les douze députés à la Bastille S et fit défendre i eenx qui les avaient appuyés de paraître à la Cour.
Cette mesure énergique mit la Bretagne en feii. Dix-huit nouTeaus députés Tinrent soutenir et réclamer les premiers ; et comme ils allaient être suivis de cinquante-quatre autres, M. de Brienne les fit présenter au roi, pour en finir, le 31 juillet. Le roi leur donna Tassarance de la conservation de leurs privilèges, et de la réunion de leurs Etats pour le mois d'octobre. Les premiers douze prisonniers ne demeurèrent pas moinsà la Bastille jusqu'au 12 septembre suivant; mais le roi leur avait fait donner toutes les distractions qu*une prison d'£tat comporte, jusques à un billard.
L'émotion causée par les édits du 8 mai n'était pas encore apaisée que déjà commençait, pour durer beaucoup plus longtemps, celle que suscita l'arrêt du Conseil du 5 juillet. Le Dauphiné donna le signal, et la plupart des autres provinces le suivirent.
La honteuse émeute de Grenoble, qui avait rétabli le parlement au milieu d'un immense concours d'ivrognes et de prostituées, avait été désavouée par une dépulation de la noblesse du Dauphiné. partie le 11 mai pour Versailles. Mais pendant que la députatioo faisait soo office, une réunion des trois ordres de Grenoble et des environs avait lieu à rb6tel de ville, le 14 juin, et l'on y décidait une Assemblée générale qui devait se tenir, le SI juillet, au château de Vizille, pour aviser aux affaires de la province.
Un fait remarquable mérite d'être noté au sujet de Yizille, parce qu'il montre à quel point était factice le mouvement qui emporta la France, en 1789, et parce qu'il donne un démenti de plus aux historiens qui font sortir la Révolution des entrailles même du peuple. L'ordre du clergé et celui de la noblesse avaient voté unanimement la réunion du â1 ; mais l'ordre du tiers-état l'avait repoussée * ; si bien que si le tiers-état avait eu, dès lors, la double représentation qu'on allait demander pour lui, l'assemblée de Vizille n'aurait pas eu lieu. C'étaient donc le clergé et la noblesse, c'est-à-dire les ordres les plus favorisés par l'ancienne monarchie, qui suscitaient et qui fomentaient les troubles. Ils ne pouvaient point pardonner à M. de Brienne d'avoir voulu rogner leurs privilèges ; et c'est pour amener une crise ministérielle, qu'ils travaillaient sans le savoir à une révolution.
Le château de Vizille, ancien manoir des dauphins du Viennois, appartenait, ainsi que le marquisat, à M. Périer, qui donna l'hospitalité à l'assemblée. M. de Brienne, qui avait eu d'abord la pensée d'empêcher la réunion, fut obligé de se borner à la faire surveiller. Cinquante ecclésiastiques, deux cent cinquante nobles et trois cents membres du tiers se trouvèrent réunis le 21 juillet, à huit heures du matin. Ils remirent leurs pouvoirs à cinquante d'entre eux, sous la ' présidence du comte de Morges ; et, en deux séances, dont la dernière
* Barrère, ^ém.
• Wéber, JUém.
M terminée le S8 juillet, à trois heures du matin, ce comité rédigea une adresse au roi, qui se résumait en ces trois demandes fondamentales : Rétablissement du parlement de Grenoble et des sièges supprimés, réunion des Etats Généraux, rétablissement et réunion des Etats particuliers du Daupbiné, avec la double représentation de la bourgeoisie.
De tous les noms apposés au bas de cette adresse, deux seuls ont surnagé : le nom de Barnave, qui représentait le bourg- de Saillant, dans la sénéchaussée de Valence, et le nom de Mounîer, juge royal à Grenoble, qui représentait le village d'Aspres-Iez-Corps, dans le bailliage duGrésiyaudan. En outre, Mounier avait été choisi pour secrétaire, et avait rédigé les Très^respec tueuses Représentations des trois Ordres ^ .
i/assemblée de Yizille déclarait encore qu'elle ne séparerait pas la cause du Daupbiné de celle des autres provinces. Sa hardiesse entraîna k Roiissillon, le Languedoc, le Béarn, le Hainaut et la Flandre. De tous côtés, ce ne furent qu'assemblées réclamant le maintien d'antiques privilèges, ou la création de privilèges nouveaux, avec la demande simultanée de la réunion des Etats particuliers des provinces et des Etats Généraux du royaume. Entraîné par les passions qu'il avait lui-même déchaînées, Bl. de ^Brienne fut obligé de leur céder. Son arrêt du Conseil du 5 juillet avait annoncé la tenue des Etats sans leur assigner une date; un nouvel arrêt, du '8 août, les fixa au \^ mai 178B, suspendit jusqu'à cette époque les effets de la Cour plénière, et maintint néanmoins Tédit relatif aiix grands bailliages, ainsi que ce qui touchait la réforme des lois criminelles '.
Cependant, tout annonçait à M. de Brienne sa chute prochaine. M. de Breteuil s'était détaché du cabinet le 25 juillet, laissant sa place à M. Laurent de Villedeuil ; et l'assemblée du clergé, close le 27, dissipait toute illusion sur le concours qu'on aurait pu s'en promettre. D'un autre c6lé, l'emprunt ne s'était pas rempli; les menaces du parlement avaient arrêté la nouvelle assiette des vingtièmes, et les caisses du trésor étaient vides. Un arrêt du Conseil, dn 16 août, suspendit une partie des payements, ou, ce qui revenait au même, autorisa le trésor à se libérer partie en argent, partie en billets, avec intérêt, à un an d'échéance ^. L'armée , la marine, les petits rentiers étaient les seuls exceptés; mais ce n'était pas le peuple qui agitait la France ; c'étaient les courtisans, les magistrats, les nobles, les oisifs, et ceux-là étaient précisément frappés par la mesure. La suspension des payements frappait surtout Paris, ville de rentiers, ville de crédit et de luxe. La caisse d'escompte reçut le contre-coup. Tous ceux qui
' Nous avons emprunté ces détaUs au compte-rendu de la réunion de Yiiille, imprimé à Grenoble.
' Sallier, Annales franc, — Un comité de législation fut établi, près du garde des sceaux, pour préparer la réforme de l'ordonnance •criminelle; et M. de Comeyras, avooat au parlement, fut chargé, dans ce but, de Texamen des criminaiistcs étrangers. — Moniteur , Edit. de Pion.
' Introd* au Monii.
afaient de ses billets coururent en demander le remboursement, pressés par le besoin ou poussés par la panique. Comme toutes les banques, la caisse d'escompte eût été hors d'état de suffire à un remboursement immédiat et simultané de ses billets en circulation. J^e gouvernement, qui avait souvent recours à elle, était intéressé à la maintenir. Un arrêt du Coâseil du 18 août Tautorisa à faire tous ses payements en effets, et défendit toutes poursuites contre elle jusqu'au l" janvier 1789.
La crise ministérielle, tant poursuivie par les parlements, par la noblesse, par le clergé, par une grande partie du peuple lui-même, entraîné et aveuglé, était donc flagrante. M. de Brienne ne pouvait pas aller plus loin, pris au piège d'intrigues et de résistances factieuses dans lequel il avait fait tomber M. de Galonné. Il jeta vers Necker un regard désespéré et lui demanda son appui. Necker ne voulut pas être le protecteur de M. de Brienne, pouvant être son successeur. U refusa. Il fallut donc céder. Pressé par la reine, et plus encore par Finexorable nécessité, le premier ministre consentit, le â5 août, à rendre son portefeuille.
Toutefois, rendre son portefeuille n'est pas précisément ici le mot propre. M. de Brienne le vendit. Ses larmes et son désespoir arrachèrent au roi, pour prix de sa retraite, le chapeau de cardinal ; pour son neveu l'abbé de Loménie, la coadjutorerie de Sens et l'abbaye de Jumi^es ; pour sa nièce, Madame de Canisy, une place de dame du palais, et pour M. de Canisy, son autre neveu, le régiment de la reine, cavalerie ^ M. de Brienne finissait son année comme il l'avait commencée, ayant reçu, le 30 janvier, l'archevêché de Sens et l'abbaye de Corbie, ce qui complétait un revenu d*environ cinq à six cent mille livres composé pendant son administration. Richesses maudites et fatales qu'une main avide avait amassées sans pitié pour les maux de la patrie^ et qui s'échapperont de ses doigts crispés par le suicide, avant qu'elle n'ait eu le temps de les saisir.
La chute de M. de Brienne rendait Necker inévitable. Il fut appelé le lendemain âb août à Versailles. La reine lui recommanda la monarchie et le monarque; Louis XVI lui parla de la France et n'oublia rien, excepté lui. Necker reçut le titre de Directeur général des finances^ et fut fait, le â7, ministre d*£tat, ce qui avait été l'objet de toute son ambition durant son premier ministère. II promit au roi et â la reine tout son dévouement, et reçut, en sortant, les témoignages éclatants de l'allégresse publique.
< Wéber, ^ém.— Besenval, Mém,-^ Mémorial de la Cour pour 1788