DE LA CHAISE STERCORAIRE
Note 22, PAGE 122.
On ne s'attend pas à ce que nous réfutions ici ce que les témoignages historiques les plus incontestables réfutent assez d'eux-mêmes. On sait h quelle ignoble calomnie a donné lieu ce siège de porphyre dont on parle dans le texte, et quelle étrange et ridicule interpolation les ennemis de la foi romaine ont fait subir à l'histoire des Papes, au neuvième siècle. Quand la voix
de gnélqne protestant ëdaîré, tel que Bloodel, par exemple, s'est élevée en favear de la vérité oatragée et de la morale publique, on a dit que l'écrivata était vendu. Quand les recherches historiques les plnsconsciencienscs, faîtes dans les bibliothèques d'Italie, ont démontré le fait matériellement faux, l'on est allé chercher des preuves dans les vieilles chroniques du monastère de Cantorbéry. ( Voyez le remarquable ouvrage du P. Labbe, Cœnotaphium eversum papœ Joannœ; Mabillon, Mus. ItaL, tom. 1 ; Lalande, roya^ ges en Italie, tom. 1. )
Il est impossible de visiter à Rome les musées ou les collections antiques ^ si riches en objets d'art, sans y trouver plusieurs de ces sièges, soit en marbre, soit en porphyre, qui servaient dans les thermes ou à des usages particuliers* On en voit deux ou trois dans le cloître de Saint- Jean-de Latran , où on a long-temps conservé celui qui servait, dans la prise de possession ^ à rappeler au Pape les misères humaines et la fragilité des grandeurs temporelles. Le mot de stercore, de l'antienne du texte tiré de la vulgate, lui avait fait donner son nom de chaise stercoraire. Presque tous ces sièges antiques ont été retirés des thermes de Caracalla ; on nous en a montré un de marbre blanc, sur lequel étaient sculptés des feuillages très-bien conservés, qu'on nous dit avoir été trouvé sur la via Labicana.
Nous aimons à dire que, dans les ouvrages publiés depuis vingt-cinq ans sur la ville de Rome, dont les auteurs français, avoués et connus, méritent quelque créance, on ne retrouve plus l'indécente fable qui, pendant long- temps, a excité les gros rires des touristes protestants, et trouvé une place obligée dans leurs Impressions de voyage. Un seul cependant, bien connu à Rome, a voulu rajeunir cette vieille histoire en refusant à Léon IV le successeur que l'histoire lui donne. A la vérité, c'est en promenant, et sous le voile d'un pseudonyme, qu'il essaie de justifier les assertions scandaleuses des ennemis de la religion, dans un ouvrage où l'esprit ne manque pas.