‹ Histoire des chapelles papalesChapitre 50 sur 60 · DU TEXTE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

DU TEXTE DE LA PASSION

Note 3, page 244.

Les réflexions suivantes, empruntées aux Conférences sur la Semaine sainte, feront apprécier les beautés musicales du cbant de la passion.

« Le récit est fait par une mâle et forte voix de ténor; les paroles du Sauveur sont chantées par une basse profonde et solennelle, et un contralto dit tout ce qui est mis dans la bouche des autres personnages de la passion. Cet ensemble produit un effet dramatique : chaque rôle a sa ca-% ^ence particulière parfaitement adaptée à son esprit; c'est un chant ancien, siniple, mais riche, et digne de la tragédie antifeie. Celle du narrateur est claire, nette et faiblement modulée; celle des divers interlocuteurs a un ton vif et approchant presque de celui de la conversation familière ; celle du Sauveur est lente, grave et solennelle. Elle commence fort bas, et monte par tons pleins, puis s'étend en modulations simples et riches, et finit gracieuse et expressive, modifiée avec plus d'effet encore dans les phrases înterrogatives. Ce chant .est à peu près le même dans toutes les églises catholiques; mais au Vatican il reçoit un nouveau relief de la justesse et de l'habileté des voix qui l'exécutent.

» Ce qui rend surtout cette récitation dramatique belle, ou plutôt magnifique, à la chapelle Sixtine, c'est le chœur: toutes les fois que dans l'histoire de la passion la foule des Juifs, ou même plusieurs personnages, doivent parler ensemble, il éclate en une harmonie simple, mais large, et pour ainsi dire massive, et rend les paroles avec une vérité et une énergie saisissantes. Ces morceaux d'ensemble furent composés, en 1585, par Thomas-Louis de Vittoria, natif d'Avila , et contemporain del'im- . mortel Palestrina, qui n'-essaya pas de les corriger ou de les changer, sans doute, comme me le disait son digne successeur, Baini, parce qu'il les trouva trop parfaits et trop bien adaptés à leur destination.... Quand les Juifs s'écrient : « Crucifiez>le », ou bien a Barrabas », la musique, comme les paroles , est concise et d'une énergie terrible ; elle n'a qu'une note pour chaque syllabe, et dans les trois notes du dernier mot, un changement subit de ton produit un effet saisissant. Dans ce chœur, comme dans quelques autres, l'effet est rendu plus puissant par sa terminaison brusque

> ( 486 ) en double-croche (note d'ailleurs inuâtée à la chapelle papale) , qnofqne k mesure soit remplie par une blanche. La phrase musicale j composée presque entièrement de croches, a un mouvement vif, maïs marqué, et pour aànA dire saccadé, qui rend paiiaitement les vociférations d'une populace furieuse. Ce sont là des modifications traditionnelles de la partition écrite f conservées d'année en année, chez les musiciens, depuis le temps du compositeur. Dans le troisième chœur de la passion de saint Matthieu , où parlent les deux faux témoins , se trouve un duo de soprono et contralto , dans lequel les mots se traînent les uns après les autres , comme si chaque interlocuteur empruntait les mensonges de l'autre; la musique est toute synco* pée, et tantôt dissonnante, tantôt se copiant mutueÛement : rensemble* des deux parties rend bien cette observation , que « leurs témoignages ne s'accordaient pas entre eux ». Dans le seizième, rien ne surpasse la douceur du ton avec lequel sont proférées ces paroles : « Salut, roi des Juifs! » avec toute l'expresion convenable à leur sens véritable ; elles conduisent Famé à répéter au sérieux cette plaisanterie blasphématoire. Yers la fin , les choeurs deviennent plus longs, plus riches, plus variés; ils sont plus hardis dans leurs transitions, plus heureux dans leurs motifs, et leurs cadences finales «sont majestueuses et pleines. Cependant, dans TÉvangile de saint Jean, il j a deux phrases qui , moins riches peut-être, sont cependant d'une modulation plus exquise. Je')JR>cirrais citer la suivante, « Si vous le laissez aller, TOUS n'êtes pas Tamî de César » , dont la facture est délicieuse. Mais la plus belle, de beaucoup, et la plus pathétique , est la dernière : « Ne la divisons pas, mais tirons-la au sort ». Les parties tombent l'une après l'autre, de plus en plus douces et presque en mourant, jusqu'à ce que le chœur entier se relève à la fois plein de douceur et de majesté.... Ce chant reçoit encore un nouvel intérêt par la manière dont il est exécuté, car, avec beaucoup de naturel , la voix s'adoucit graduellement à mesure que la catastrophe approche; elle se réduit presque à un soupir, après les derniers mots prononcés sur la croix , et meurt tout-à-fait quand le Sauveur rend son âme. Alors tous tombent, pour ainsi dire, spontanément à genoux, et pendant quelques moments gardent un profond silence, qne leur imposent leurs émotions »•

Page 1