‹ Histoire des chatsChapitre 15 sur 19 · LES CHATS IDYLLE · texte numérisé non relu

LES CHATS IDYLLE

C'en est assez, beaux Chats, suspendez votre zèle,

Grimpez, grimpez, sar ces rameaux épais;

Pendant l'ardeur du jour goûtez la douce paix

Que vous rendez à cette Ile si belle.

Ces gazons émaillés des plus vives couleurs,

Ces bosquets toujours verts, cette onde qui serpente,

Le croiroit-on, hélas! inspiroient l'épouvante;

Mille & mille Serpens s'y cachoient sous les fleurs.

C'est votre griffe tutélaire, Qui de tant de périls termine enfin le cours. Que tout célèbre ici cette grifTe si chère ; Non, non, ce n'est qu'aux Chats que l'on doitles beauxjours.

Le Dieu des cœurs vous devra les conquêtes, Qui vont éterniser sa gloire dans nos bois ; Quel triomphe pour vous chaque jour dans nos fêtes :

L'écho répétera cent fois, 0 délice des cœurs, ô belle Cythérée, Rien ne nous contraint plus; nous vous suivrons toujours; Dans cette Ile où jadis vous fûtes adorée. Des Chats ont ramené les jeux & les amours.

Tendres Minons, c'est par vos seuls exemples, ^

Que la Fidélité peut relever ses temples. |

Quels modèles pour notre cœur, î

Quand la beauté qui vous est chère,

De vos feux partage l'ardeur 1 Vous n'êtes point flattés du vain orgueil de plaire, Le seul plaisir d'aimer fait tout votre bonheur:

Que les Bergers ici viennent apprendre, A ressentir des feux qu'ils ne connoissent pas ; Ah I quand on veut brûler de l'amour le plus tendre,

Il faut aimer comme les Chats.

Ne trouvez- vous pas, Madame, que ce nouveau détail de Bergerie a quelque chose de plus vaste & de plus piquant (sans cependant sortir de la simplicité champêtre) que le genre pastoral qu'ont traité les Anciens? Quel dommage que Théocrite n'ait pas eu l'idée de celui-ci. On ne peut vanter, dans les Moutons, que la blancheur de leur laine, les bonds qu'ils font sur le penchant d'un coteau, ou le bêlement d'une Brebis qui appelle son petit Agneau. Il n'y a rien là d'intéressant pour le cœur. Si Ton veut remuer le lecteur par des images de l'amour, il faut lui faire perdre de vue le troupeau, pour ne l'occuper que du Berger & de la Bergère ; mais dans une bergerie de Chats, c'est dans le sein du troupeau môme qu'on puise le sujet entier d'une Eglogue intéressante.

Madame Deshouillières, qui savoit si bien se saisir des images &. des idées propres à la Poésie, n'a-t-elle pas écrit avec un grand détail les amours de Grisette? N'avoDS-nous pas d'elle encore un Poëme tragique & ^

lyrique sur la mort d'un des Amans de cette belle Chatte. J'ai songé, comme vous croyez bien, Madame, à faire mettre ce Poëme en musique ; mais l'Ouvrage étoit assez important pour me rendre difficile sur le choix du Musicien. Ce sont des Chats qui forment toute l'action. J'ai consulté nos connoisseurs en musique les plus délicats ; ils m'ont déclaré que le chant des Chats pouvoit être rendu exactement par un grand nombre de nos Musiciens modernes, m'assurant qu'ils mettroient ce Poëme dans tout son jour. D'un autre côté, de savans Italiens, qui sont de bonne foi, m'ont prouvé que leur musique devoit, à bien des égards, avoir la préférence, & particulièrement par le récitatif. Cette dernière raison a pensé emporter la balance: mais comme cet Opéra n'est point de ceux dont la représentation & le succès doivent se renfermer dans une seule Nation, & qu'il est destiné au moins à toute l'Europe, j'attends que les deux partis soient d'accord, pour me déterminer. Je sais bien des personnes de mérite qui sont dans une grande impatience de voir cette question décidée, & qui certainement ne verront jamais d'autre Opéra nouveau que celui-ci. Imagintz-vous, Madame, combien le Ballet en sera brillant & varié, étant exécuté par des Chats. Ces nouveaux Danseurs, par leur légèreté extraordinaire, caractériseront le merveilleux de l'Opéra, bien mieux, sans comparaison, que les vols, les chars, &, les trapes dont on apperçoit toujours la méchanique. J'ai l'honneur d'être, etc.

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