‹ Histoire des chatsChapitre 5 sur 19 · QUATRIEME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRIEME LETTRE

Alexandre & les Césars ont vu les Villes s'empresser de porter leurs noms ; les Chattes jouissent de la même gloire.

Près de Paphos, qui, sans égard pour la poésie, a changé son nom en celui de Bafa, est un Cap célèbre à la pointe de l'île de Chypre ; on l'appelle le Cap des Chattes, âe. c'est avec justice que leur mémoire y est extrêmement honorée. On y voit les ruines d'un Monastère dont les Religieux entretenoient autrefois quantité de Chats pour

faire la guerre aux Serpens qui désoloient la contrée ; &

ces animaux étoient si bien disciplinés, qu'au son d'une certaine cloche ils se rendoient tous à l'Abbaye aux heures du repas, & retournoient ensuite dans les campagnes, oii ils continuoient leur chasse avec un zèle & une adresse admirable. Dans la conquête que les Turcs ont faite de celte île, ils ont été détruits avec le Monastère : les changemens de domination entraînent toujours de grands désastres.

L'Orient n'est semé que de la renommée des Chats ; ils sont traités à Constantinople avec les mêmes égards que les eufans d'une maison. On ne voit que des fondations faites par les gens de la plus haute considération, pour l'entretien des Chats qui veulent vivre dans l'indépendance. Il est des maisons ouvertes oîi ils sont reçus avec politesse, on leur y fait une chère délicate, ils peuvent y passer les nuits ; & si ces habitations se trouvent situées à quelque aspect qui ne convienne pas à la santé de quelques-uns d'eux, ils peuvent choisir un autre asile, y ayant un grand nombre de ces établissements dans presque toutes les Villes. Le plus ancien titre qu'aient les Chats chez les Turcs, est une tradition qui est liée à l'histoire de Mahomet ; c'est assurément le plus bel endroit de sa vie. // chérissoit si fort son Chai, qu'étant un jour consulté sur quelque point de Religion, il aima miaux couper le parement de sa manche^ sur lequel cet animal reposoit que de l'éveiller en se levant pour aller parler à la per^ sonne qui l'attendoit.

Ce n'est que dans le seizième siècle que nous avons

CD fin possédé une race de ces Chats si chéris dans le Levant. J'ai recherché avec soin toutes les preuves de son établissement en France, et le détail des différentes brandies, qui s'y sont répandues : mais pour mettre dans un plus beau jour l'histoire de cette maison, j'en ai fait la généalogie: je vous l'envoie, Madame; marquez- moi, je vous prie, si la forme vous en paroît assez claire & assez raisonnée. (1)

Revenons à cette grande passion que les Asiatiques ont pour les Chats. On nous objectera peut-être qu'elle n'est que l'effet de la superstition. L'exemple de Mahomet, dira-t-on, en est le seul mobile ; mais pour prouver l'illusion de ce raisonnement, nous n'aurions recours qu'à Thistoire.

Mahomet, parmi tous ses sectateurs, s'étant pris de la confiance la plus intime pour Abdorraham,, voulut l'illustrer, en lui donnant un surnom éclatant. L'usage étoit chez les Arabes d'être appelé le père de quelque chose qui eût relation à vos mœurs ou à vos talens ; c'est de-là que Chalid, hôte de Mahomet, pendant son voyage de Médine, s'étoit acquis, par son extrême patience, le nom à'Abujob, c'est-à-dire Père de Job. Mahomet, entre les qualités les plus estimées dans Abdorraham, jugea ne pouvoir puiser un surnom plus honorable que dans l'attachement quil avoit pour un Chat qu'il portoit toujours entre ses bras ; il le surnomma donc par excellence Abuhareira^ c'est-à-dire, le Père du Chat.

(1) Voir ci-après cette généalogie" (pp. 56 «t 57).

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