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Histoire des Chevaliers de Malte

Origine de l'Ordre de Saint- Jean. — Prise de Jérusalem par les croisés. — Rapide accroissement de la maison de Saint-Jean. — Le mailre des Hospitaliers forme de ses religieux un corps militaire.— Organisation de l'Ordre. — Création des Templiers. — Premiers exploits des ordres militaires.

Les différentes nations infidèles qui avaient successivement occupé Jérusalem avaient laissé exister les lieux saints, en considération des tributs qu'elles tiraient des chrétiens qui venaient les visiter. Elles avaient même autorisé auprès du saint Sépulcre la construction d'une chapelle qu'on appelait Sainte- Marie de la Latine , pour la distinguer des églises où l'on célébrait l'office divin suivant le rit des

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Grecs : des religieux, de Saint - Benoît la desservaient. On établit aussi, proche de leur couvent, deux hospices pour recevoir les pèlerins de l'un et de l'autre sexe, sains et malades ; des personnes séculières venues de l'Europe se dévouèrent dans cette maison au service des pauvres et des pèlerins, et cette pieuse fondation doit être considérée comme le berceau de l'ordre de Saint-Jean.

(1097) Lorsque les croisés vinrent mettre le siège devant Jérusalem, l'administrateur de l'hôpital était un Français appelé Gérard , né dans l'île de Marligues en Provence. Le désir de visiter les lieux saints l'avait conduit à Jérusalem, et, après avoir été témoin de la charité qui s'exerçait dans l'hôpital Saint-Jean, touché d'un si grand exemple , il s'était dévoué au service des pèlerins , en même temps qu'une dame romaine d'une illustre naissance, nommée Agnès, qui gouvernait la maison destinée à recevoir les personnes de son sexe. Ce saint homme fut enfermé par le gouverneur musulman, ainsi que plusieurs autres chrétiens qui lui semblaient suspects.

Au mois de juillet, Godefroy de Bouillon se jeta le premier dans la place , au moyen d'une tour en bois qu'il avait fait approcher des murailles, et l'on fit un immense massacre des habitants et des défenseurs de la ville. Le lendemain, les évoques et les prêtres offrirent dans les églises le -saint sacrifice pour rendre grâces à Dieu d'un si heureux événement, et Godefroy de Bouillon, plus illustre

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encore par sa pié:é que par sa rare valeur, obtint la souveraineté de cette conquête.

Le prince visita la maison hospitalière de Saint- Jean, la premièreque les chrétiens latins eussent eue dans la ville de Jérusalem. Il y fut reçu par le pieux Gérard et par les autres administrateurs ses confrères, et y trouva un grand nombre de croisés qui avaient été blessés dans le siège, et qu'on y avait portés après la pri§e de la place ; tous se louaient également de la grande charité des Hospitaliers, qui n'épargnaient aucun soin pour leur soulagement.

Plusieurs de ces gentilshommes renoncèrent au retour dans leur patrie, et se consacrèrent dans la maison de Saint-Jean au service des pauvres et des pèlerins. Quoique Godefroy perdît dans ces gentilshommes des guerriers dont il avait tiré de grands services , il ne laissa pas de voir leur résolution avec joie, et peut-être même avec une pieuse envie. Mais si l'intérêt de la conservation de Jérusalem le relint à Ja tête de l'armée, il voulut au moins contribuer à l'entretien de la maison de Saint-Jean, et y attacha la seigneurie deMontboire avec toutes ses dépendances , qui faisait autrefois partie de son domaine dans le Brabani.

I.a plupart des princes et des seigneurs croisés suivirent son exemple. L'hôpital, en peu de temps, se trouva enrichi d'un grand nombre de terres et de seigneuries, tant en Lurope que dans la Palestine. C'était entre les mains du pieux Gérard un dépôt sacré et un fonds certain pour le soulage-

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ment de tous les malheureux. Le saint homme n'en était encore que simple administrateur séculier; mais , depuis la prise de Jérusalem, le désir d'une plus grande perfection le porta à proposer à ses confrères et aux sœurs hospitalières de prendre un habit régulier, et de consacrer leur vie dans l'hôpital au service des pauvres et des pèlerins.

Les Hospitaliers et les Hospitalières, par son conseil et à son exemple, renoncèrent au siècle, prirent l'habit régulier, qui consistait dans une simple robe noire, sur laquelle était attachée du côté du cœur une croix de toile blanche à huit pointes 5 el le patriarche de Jérusalem , après les en avoir revêtus, reçut entre ses mains les trois vœux solennels de la religion , qu'ils prononcèrent au pied du saint Sépulcre.

Le pape Pascal II, quelques années après, approuva ce nouvel institut, exempta la maison de Jérusalem et celles qui en dépendaient de payer la dîme de leurs terres, autorisa toutes les fondations qui leur avaient été faites , ou qu'on ferait dans la suite en faveur de l'hôpital, et ordonna spécialement qu'après la mort de Gérard , les Hospitaliers seuls auraient droit d'élire un nouveau supérieur, sans qu'aucune puissance séculière ou ecclésiastique pût s'ingérer dans leur gouvernement.

Cependant les croisés, après avoir tiré la sainte cité hors de servitude, se disposèrent pour la plupart à retourner en Europe ; il ne resta avec Godefroy qu'environ 2,000 hommes d'infanterie et trois

cents cavaliers qui s'étaient attachés à sa fortune, avec le brave Tancrède, qui ne le voulut jamais abandonner. Mais de tous les pays de la chrétienté on voyait arriver chaque jour de nouvelles brigades de pèlerins, qui étaient reçus. dans la maison de Saint- Jean, et y trouvaient une subsistance certaine et même agréable. Ce flux et reflux de pèlerins, qui tous reportaient dans leur pays des témoignages de la charité des Hospitaliers, leur attirèrent de nouveaux bienfaits de la plupart des princes d'Occident; en sorte qu'il n'y avait presque point de provinces dans la chrétienté où la maison de Saint- Jean n'eût de grands biens , et même des établissements considérables.

Bientôt, par les soins du pieux Gérard, on vit s'élever ur^ temple magnifique sous l'invocation de saint Jean-Baplisle, et dans un endroit qui, selon une ancienne tradition, avait servi de retraite à Zacharie, père de ce grand saint. On construisit proche de cette église différents corps de logis et de vastes bâtiments , les uns pour l'habitation des Hospitaliers , les autres pour recevoir les pèlerins , ou pour retirer les pauvres et les malades. Les Hospitaliers traitaient les uns et les autres avec une égale charité ; ils lavaient avec joie les pieds des pèlerins, pansaient les plaies des blessés, servaient les malades, pendant que de saints prêtres attachés à cette maison leur administraient les sacrements de l'Église.

Le zèle des Hospitaliers n'était pas renfermé dans

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la ville et dans le territoire de Jérusalem ; le chef et supérieur de celte société naissante étendait ses soins jusque dans l'Occident. De ces biens qu'il tenait de la libéralité des princes chrétiens , il fonda des hôpitaux dans les principales provinces maritimes de l'Europe ; et ces maisons , qui étaient comme des filles de celle de Jérusalem, et qu'on doit regarder comme les premières commanderies de cet Ordre, servaient à recueillir les pèlerins qui se dévouaient pour le voyage de la Terre-Sainte. On y ménageait leur embarquement; ils trouvaient des vaisseaux, des guides et des escortes, en même temps qu'on prenait d'autres soins pour ceux qui tombaient malades et qui ne se trouvaient pas en état de continuer un si long voyage.

Godefroy de Bouillon mourut en juillet f ICO, d'une maladie contagieuse, et les chrétiens perdirent en lui un généreux défenseur et un vaillant capitaine. Son frère Baudouin, comte d'Édesse, lui succéda et prit le titre de roi, que Godefroy, par un esprit de piété, n'avait pas voulu accepter. Baudouin II lui succéda en 1118, et dans la même année les Hospitaliers perdirent le bienheureux Gérard, le père des pauvres et des pèlerins. Get homme vertueux, après être parvenu jusqu'à une extrême vieillesse, expira entre les bras de ses frères, presque sans maladie, et tomba, pour ainsi dire, comme un fruit mûr pour réiernité.

Les Hospitaliers, après sa mort, s'assemblèrent pour lui donner un successeur, conformément à la

bulle du pape Pascal II. Les suffrages ne furent point partagés; tous les vœux se réunirent en faveur de frère Raymond Dupuy, gentilhomme de la province du Dauphiné.

Le bienheureux Gérard, en engageant les Hospitaliers au service des pauvres et des pèlerins, s'était contenté, pour toute règle, de leur inspirer des sentiments de charité et d'humilité. Son successeur crut devoir y ajouter des statuts particuliers ; et, de l'avis de tout le chapitre , il les dressa d'une manière qu'ils ne paraissaient établis que pour procurer dans celle maison une plus sûre et plus étroite observance des vœux solennels de la religion. Le nouveau maître des Hospitaliers fit dessein d'ajouter à ces statuts et aux devoirs de l'hospitalité l'obligation de prendre les armes pour la défense des saints lieux, et il résolut de tirer de sa maison un corps militaire et comme une croisade perpétuelle, soumise aux ordres des rois de Jérusalem, et qui fil une profession particulière de combattre les inlidèles.

Pour l'intelligence d'un fail si important à l'Ordre dont nous écrivons l'histoire, il faut savoir que ce qu'on appelait en ce temps-là le royaume de Jérusalem ne consistait que dans cette capitale et dans quelques autres villes, mais la plupart séparées par des places fortes occupées par les infidèles; en sorte que les Latins ne pouvaient passer de l'une à l'autre sans péril ou sans de grosses escortes. Le territoire même des villes chrétiennes était en-

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core habité par des paysans mahométans, qui, regardant les chrétiens comme les ennemis de leur religion , les assassinaient et les volaient quand ils pouvaient les surprendre avec avantage et sans être découverts. Les Lalins n'étaient guère plus en sûreté dans les bourgs et dans les places qui n'étaient pas fermées; des brigands y entraient de nuit, égorgeaient les hommes, et enlevaient les femmes et les enfants, dont ils faisaient des esclaves.

Le maître de l'Hôpital, touché de ces malheurs, et se voyant à la tète d'un grand corps d'Hospitaliers, forma le plus noble dessein, et en même temps le plus extraordinaire qui pût entrer dans l'esprit d'un religieux attaché par profession au service des pauvres et des malades. Pressé par une vocation particulière, il convoqua le chapitre, et proposa à ses confrères de reprendre, en qualité de soldats de Jésus-Christ, les armes, que la plupart avaient quittées pour le servir dans la personne des pauvres et dans l'hôpital de Saint- Jean.

Raymond ne devait sa place qu'à l'éclat de ses vertus ; ses religieux regardèrent celle proposition comme une nouvelle preuve de son zèle ; et quoiqu'elle parût peu compatible avec leur premier engagement et les fonctions de l'hospitalité, le désir si louable de défendre les saints lit ux les fit passer par-dessus les difficultés qui se pourraient trouver dans l'exercice de deux professions si différentes.

Les Hospitaliers, la plupart compagnons ou soldats de Godefroy de Bouillon, reprirent généreusement les armes, avec la permission du patriarche ; mais on convint de ne les employer jamais que contre les infidèles , el il fut résolu que, sans abandonner leurs premiers engagements et le soin des pauvres et des malades, une partie de ces religieux monterait à cheval quand il s'agirait de s'opposer aux incursions des intidèles. L'Ordre même se trouva dès lois assez riche et assez puissant pour pouvoir, dans les occasions pressantes, prendre des troupes à sa solde ; et ce fut depuis par ce secours que les Hospitaliers soutinrent avec tant de courage le trône chancelant des rois de Jérusalem.

On prétend que Raymond , ayant amené ses confrères dans ses vues, Ht alors trois classes de tout le corps des Hospitaliers. On mit dans la première ceux qui , par leur naissance et le rang qu'ils avaient tenu autrefois dans les aimées, étaient destinés à porter les armes ; on lit une seconde classe des piètres et des chapelains, qui, outre les fonctions ordinaires attachées à leur caractère , soit dans l'église ou auprès des malades , seraient encore obligés , chacun à son tour, de servir d'aumôniers à la guerre; et à l'égard de ceux qui n'étaient ni de maison noble, ni ecclésiastiques, on les appelait frères servants. Ils eurent en cette qualité des emplois où ils étaient occupés par des chevaliers, soit auprès des malades, soit dans les armées, et

ils furent distingués clans la suite par une cotte d'armes de couleur différente de celle des chevaliers. Cependant tous ces religieux ne formaient que le môme corps, et participaient également à la plupart des droits et des privilèges de la religion.

Comme ce nouvel Ordre s'était extrêmement multiplié en peu de temps , et que la plupart de la jeune noblesse accourait des différentes contrées de l'Europe pour s'enrôier sous ses enseignes , par une nouvelle division et suivant le pays et la nation de chaque chevalier, on les sépara en sept langues, savoir : Provence , Auvergne, France , Italie , Aragon, Allemagne et Angleterre. (On ne compte plus la langue d'Angleterre depuis que l'hérésie a infesté ce royaume.) On a ajouté à la langue d'Aragon celles de Castille et de Portugal.

L'habit régulier consistait dans une robe de couleur noire, avec un manteau à pointe de la même couleur, auquel était cousu un capuce pointu : cette sorte de vêtement se nommait manteau à bec, et avait sur le côté gauche une croix de toile blanche à huit pointes, habillement qui, dans ces premiers temps , aussi bien que le nom d'Hospitaliers , était commun à tous les religieux de l'Ordre.

Mais depuis que ces Hospitaliers eurent pris les armes , comme les personnes d'une haute naissance, par une fausse délicatesse, avaient de la répugnance à entrer dans un Ordre où ils étaient confondus avec les frères servants , Alexandre IV, pour lever cet obstacle, jugea à propos d'établir une distinction entre

ces frères servants et les chevaliers. Il ordonna qu'à l'avenir il n'y aurait que ceux-ci qui pourraient porter dans la maison le manteau de couleur noire, et en campagne à la guerre une .sopraveste , ou cotte d'armes rouge avec la croix blanche, semblable à l'étendard de la religion et à ses armes, qui sont de gueules à la croix pleine d'argent; et par un statut particulier il l'ut ordonne- de priver de l'habit et de la croix de la religion les chevaliers qui, dans une bataille, abandonneraient leur rang et prendraient la fuite.

La forme du gouvernement dans cet Ordre était purement aristocratique : l'autorité suprême était renfermée dans le conseil, dont le maître des Hospitaliers était le chef: en cette qualité et en cas de partage, il avait deux voix. Ce conseil avait la direction des grands biens que l'Ordre possédait tant en Asie qu'en Europe. Pour les régir, il y envoyait d'anciens Hospitaliers , sous le litre de Précepteurs ; et celte commission ne durait qu'autant que le maître et le conseil le jugeaient à propos.

Raymond Dupuy, ayant fait approuver son dessein par le patriarche de Jérusalem , son supérieur naturel , et reçu sa bénédiction à la tête de ses confrères , tous armés, alla offrir ses 'services à Baudouin du Bourg, second roi de Jérusalem. Ce prince en fut agréablement surpris , et regarda ce corps de noblesse comme un secours que le Ciel lui envoyait.

Les Hospitaliers prirent une grande part à toutes les guerres de celte époque, et ne cessèrent de prê-

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ter un secours important à tous les chefs chrétiens contre les infidèles.

(1128) Bientôt un secours inespéré vint en aide aux pèlerins et aux chrétiens de la Palestine.

Hugues de Payons , Geoffroy de Saint- Aldemar, et sept autres gentilshommes , tous Français , dont l'histoire n'a pas conservé les noms, touchés des périls auxquels les pèlerins étaient exposés dans leur voyage de Jérusalem et au retour, formèrent entre eux une petite société pour leur servir d'escorte; ils allaient les prendre et les reconduire ensuite jusqu'au delà des déblés des montagnes et des passages les plus dangereux. Ce n'était d'abord qu'une simple association de quelques particuliers qui, sans s'assujettir à aucune règle et sans avoir pris l'habit de religieux , allaient au-devant des pèlerins quand ils en étaient requis. Brompton, historien presque contemporain, rapporte que, de son temps, on prétendait que ces gentishommes étaient des élèves des Hospitaliers, qui ne subsistèrent pendant plusieurs années que par leur secours. Ils s'étaient retirés dans une maison proche du Temple, ce qui leur Ht donner depuis le nom de Templiers , ou de Chevaliers du Temple. Le roi de Jérusalem ayant fait choix de Hugues de Payens pour l'envoyer à Borne solliciter du secours, et, s'il se pouvait, une nouvelle croisade, ce pieux gentilhomme, après s'être acquitté dignement de sa commission auprès du pape Honoré II, qui était alors sur la chaire de saint Pierre , lui présenta ses compa-

gnons, l'entretint de leur zèle pour la sûreté des pèlerins , et lui demanda la permission d'en faire , à l'exemple des Hospitaliers, un Ordre religieux et militaire.

Le souverain Pontife les renvoya aux Pères du concile qui élait alors assemblé à Troyes en Champagne. Hugues et ses compagnons s'y rendirent, et celui qui portait la parole exposa leur vocation dans cette sainte assemblée. Les Pères approuvèrent une si noble entreprise, et remirent à saint Bernard, qui se trouva à ce concile, le soin de prescrire une règle et une forme d'habit régulier à cet Ordre naissant. Le pieux abbé, par rapport au service militaire, déclara que chaque Templier pourrait avoir un écuyer ou frère servant d'armes, et trois chevaux de monture. Mais il interdit dans leurs équipages toute dorure et les ornements superflus : il ordonna que leur habit serait de couleur blanche, pour marque de leur profession; le pape Eugène III y ajouta depuis une croix rouge à l'endroit du cœur.

Une foule de gentilshommes des meilleures maisons de France , d'Allemagne et d'Italie , se présentèrent pour entrer dans cet Ordre. Hugues, qui en était le chef, leur donna l'habit religieux , qu'il avait pris lui-même , et, avec celle florissante jeunesse, il arriva clans la Palestine. Cette nouvelle milice s'accrut considérablement en peu de temps; des princes de maison souveraine, des seigneurs des plus illustres familles de la chrétienté voulurent combattre sous l'habit et l'enseigne des Templiers ;

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et Brompton , dont noua venons de parler, ajoute que cette société naissante , cette fille de la maison de Saint-Jean devint en peu de temps si riche et si puissante, que la lillc, dit-il, faisait ombre à sa mère, et semblait la vouloir éclipser.

Les chevaliers des deux Ordres, séparés par brigades, ne partaient point des frontières, et faisaient face de tous côtés contre les entreprises des infidèles. Le zèle de ces chevaliers , leur valeur et le bruit de leurs exploits les rendaient aussi chers à tous les chrétiens qu'ils étaient redoutables aux barbares, dans un siècle surtout où il semblait que le salut des hommes fût attaché à la conservation de la Terre-Sainte. Aussi voyait-on chacun mettre à l'envi sa gloire à contribuer à la défense des lieux saints. 11 ne se faisait guère de testament, parmi les chevaliers et les princes, où il n'y eût quelques dispositions en faveur des Ordres militaires. Alphonse 1er déclara même, par un testament solennel l'ait en 11 31, les Hospitaliers de Saint-Jean, les Templiers et les Chanoines, ou chevaliers du Saint-Sépulcre,ses héritiers et ses successeurs aux couronnes de Navarre et d'Aragon. Toutefois, les Aragonais et les Navarrais s'étant élu des souverains, Raymond Dupuy, qui fit à ce sujet le voyage d'Espagne, ne put obtenir que de faibles compensations pour les couronnes oui avaient été léguées à son Ordre.

(1143) Cependant les affaires des chrétiens latins commencèrent à décliner en Orient. Godefroy de Bouillon, les deux Baudouin, Foulques d'Anjou,

le fameux Bohémond , le brave Tancrède , le vieux Courtenay et le comte de Toulouse n'étaient plus, el leurs descendants, amollis par les délices de l'Asie, occupaient à la vérité leurs places, mais sans les remplir: il n'y avait que le jeune roi Baudouin et les deux Ordres militaires qui s'opposassent avec courage aux entreprises des infidèles. Mais comme leurs forces ne répondaient point à leur valeur, on résolut d'avoir recours aux princes de l'Europe, et de solliciter une nouvelle croisade, qui chassât entièrement les infidèles de la Terre- Sainte. Dans celte vue, on dépêcha en Europe l'évoque de Zabulon. 11 débarqua à Marseille: la première croisade était sortie de France , et il venait en solliciter une seconde.

(1148) Louis VII , roi de France , et Conrad , empereur d'Allemagne, mirent un grand zèle à lever des armées considérables; mais leurs efforts vinrent échouer devant Damas , et ils se retirèrent dans leurs royaumes avec plus de chagrin que de gloire, après avoir éprouvé des pertes immenses.

(1150) Cependant Noradin , profitant de la consternation des chrétiens, ravageait le territoire d'Antioche; et le sultan d'Iconium, étant entré dans le comté d'Édesse, prit le jeune Courtenay, qui mourut dans les fers de ce barbare. Baudouin, roi de Jérusalem , s'avança à la tête de la noblesse et des deux Ordres militaires pour porter secours aux chrétiens de ce pays. Mais pendant ce temps deux princes infidèles nommés les Jaroquains péné-

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lièrent jusqu'aux portes de la sainte cité. Ses habitants , encouragés par les Hospitaliers et ies Templiers restés dans la ville, se jetèrent, à la faveur des ténèbres, dans le camp des ennemis, où ils portèrent la terreur et la mort. En fuyant, les infidèles tombèrent dans un corps de cavalerie commandé par le roi, et furent taillés en pièces.

Le roi , par représailles , résolut à son retour d'aller ravager le territoire d'Ascalon : il se mit à la tête de son armée ; et, suivi des grands maîtres des deux Ordres militaires et des principaux seigneurs du royaume, il s'avança ensuite jusqu'aux portes de celle importante place, et, après l'avoir reconnue lui-môme, il résolut d'en former le siège.

Le siège fut long et très-opiniàtre , les attaques vives et continuelles, la défense aussi courageuse, et les sorties, ou plutôt les batailles fréquentes. 11 y avait déjà cinq mois que le siège durait , lorsque la place reçut par mer un renfort considérable venu d'Egypte. Le siège n'en fut pas moins continué sur l'avis du grand maitre des Hospitaliers, et, grâce au courage et à la persévérance des chrétiens, Ascalon fut enfin obligé de capituler le 12 août 1151.

Depuis la conquête de Jérusalem, on n'en avait point fait déplus glorieuse ni de plus utile que celle d'Ascalon. On apprit avec beaucoup de joie en Europe la prise de celte place. On n'ignorail pas toute la part que le grand maître des Hospitaliers y avait eue, et ce fut apparemment par un motif de recon-

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