‹ Histoire des Chevaliers de MalteChapitre 22 sur 25 · H ■ WM _____ · texte numérisé non relu

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abréger les jours du grand maître, qui venait d'essuyer un autre genre de chagrin. L'Assemblée Constituante avait déclaré biens nationaux les commanderies de Malte situées en France; cependant le grand maître envoya un ambassadeur vers le gouvernement français, mais le Directoire ne voulut pas reconnaître cet envoyé.

(1797) Hompesch est élu grand maître; c'est le premier chevalier allemand qui soit jamais parvenu à cette dignité.

Déjà le Directoire, qui gouvernait alors la France, méditait l'expédition de l'Egypte, et jugeait très-utile au succès de cette entreprise de prendre pied à Malte et de la conquérir au passage; mais une attaque de vive force ne pouvait réussir : il fallut donc préparer à l'avance des moyens de trahison. L'emploi en était impossible tant que -vivrait le grand maître de Rohan ; mais on savait qu'il était atteint d'une maladie qui ne pouvait manquer de lui devenir promptement fatale, et, en attendant sa fin, on s'empressa do réunir les éléments d'une révolution.

Le Directoire n'eut pas de peine à gagner un grand nombre de Maltais mécontents de leur position subordonnée; mais l'essentiel était de semer la division dans l'Ordre, d'amener surtout une nouvelle élection du grand maître , et d'y l'aire nommer un dignitaire de l'Ordre qui eût pris part au complot. Le serait alors que, suivant l'opinion la plus répandue, on se serait adressé au bailli Hompesch, de la langue allemande, ministre plénipotentiaire de l'em-

pereur à Malte. Ce chevalier, ruiné par la confiscation des commanderies qu'il possédait en Alsace, se trouvait, dit-on, sous le poids d'une dette énorme qu'il lui était impossible d'acquitter. Il était ainsi à la merci de ses créanciers , car les statuts de l'Ordre portaient que tout membre qui serait déclaré en faillite serait condamné à perdre l'habit, c'est-àdire à être dégradé, déshonoré et enfermé dans un château fort jusqu'à la Hn de ses jours.

Les agents du Directoire acquirent les titres des créanciers de Hompesch, et, devenus ainsi maîtres de son honneur et de sa vie , ils lui proposèrent de lui donner l'argent nécessaire pour briguer la grande maîtrise, à la condition qu'il livrerait à la France les États de l'Ordre ; et on lui promit une brillante indemnité pour la perte de sa dignité. S'il n'acceptait pas ces offres , on le menaçait de le livrer immédiatement à la honte et au malheur réservés aux débiteurs insolvables. Placé dans celte horrible alternative, il paraît que Hompesch succomba; aidé par l'argent du Directoire et secondé par les chevaliers allemands, désireux de voir enfin un chef de l'Ordre pris dans leur langue, Hompesch fut élu sans difficulté à la mort du grand maître de Rohan.

(1798) Le signal de la trahison fut donné par l'arrivée d'une forte division de l'armée d'Egypte embarquée à Civita-Vecchia. Le grand maître n'avait qu'un mot à dire pour s'emparer des dix-huit mille hommes qui arrivèrent les premiers en vue de l'île, car les forces navales de la Religion étaient de beau-

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coup supérieures aux deux frégates qui les escortaient; soilqu'Hompesch fût réellement gagné, soit qu'il manquât de résolution , il ne profila pas de celte circonstance, et le lendemain toute la flotte française environnait l'île.

La milice de Malte avait pour officiers trois cents chevaliers français ; les conjurés répandirent le bruit qu'ils s'entendaient avec Bonaparte, et parvinrent ainsi à les rendre suspects à leurs soldats, qui les assassinèrent ou les garrottèrent comme des criminels. Dès lors un désordre épouvantable régna dans Malte, et le grand maître s'empressa de conclure avec le général français une capitulation par laquelle il lui remettait l'île et les forts de Malte; la république s'engageait à employer son influence pour faire obtenir au grand maître une principauté égale à celle qu'il perdait, et lui assurait pendant sa vie une pension annuelle de trois cent mille francs. Chaque chevalier français devait toucher une pension de sept cents francs; ce traitement était porté à mille francs pour les chevaliers sexagénaires.

Ce fut ainsi que Bonaparte s'empara sans coup férir de la place la plus forte de la chrétienté, défendue par une garnison nombreuse et d'une valeur éprouvée. Les fortifications étaient si formidables, qu'un général français, en les examinant, s'écriail dans sa franchise militaire : « Il est bien heureux qu'il se soit trouvé quelqu'un là-dedans pour nous ouvrir les portes, car nous n'y serions jamais entrés tout seuls ! »

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Deux jours après la remise des forts aux Français , ie grand maître s'embarqua pendant la nuit pour Trieste ; le régiment de Malte fut transporté sur l'escadre française; et Bonaparte, ayant fait un appel aux chevaliers de Malte qui voudraient prendre du service sous ses ordres , en trouva un assez grand nombre pour former les officiers nécessaires à la légion maltaise. En Egypte, cette légion fut constamment à la bouche du canon , elle y périt presque tout entière, et le petit nombre de chevaliers qui échappèrent à la mort revinrent en France avec le grade de général, ou au moins de colonel.

Après être demeuré trois ou quatre jours à Malte, Bonaparte se rembarqua sur la flotte, qui fut augmentée des bâtiments de guerre de l'Ordre , promptement équipés par l'amiral Brueys. Une frégate fut expédiée pour porter à Toulon la nouvelle de la prise de Malte. On y embarqua les archives de l'Ordre et son drapeau , ainsi que ceux des divers grands maîtres. Ce bâtiment fut pris par les Anglais, qui se servirent des drapeaux pour se pavoiser. Celui de Hompesch traînait au plus bas , tandis que ceux des la Valette, des Dieudonné de Cozon , des Vignacourt et des Bohan flottaient majestueusement au sommet des pavois.

Le grand maître Hompesch séjourna quelque temps à Trieste ; il parcourut ensuite diverses cours européennes, et alla même en Angleterre, d'où il essaya de négocier avec le Directoire pour rentrer dans Malte, encore occupée par les troupes fran-

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eaises. Enfin il chercha une retraite en France, où il réclama vainement les trois cent mille francs de pension stipulés par la capitulation; et le ci-devant souverain de la riche principauté de Malte mourut à Montpellier, dans une telle misère, que les pénitents d'une congrégation le tirent ensevelir à leurs frais.

Regnaud de Sainl-Jean-d'Angély avait été laissé par Bonaparte comme gouverneur civil de Malte, et le général Vaubois avait été chargé du commandement militaire, avec quatre mille hommes sous ses ordres. La population de l'île ne tarda pas à s'insurger contre les vainqueurs, qui furent obligés de se renfermer dans les places fortifiées. Étroitement bloqué en outre par une flotte anglaise et par une escadre portugaise , le général Vaubois résista pendant près de deux ans, et ne se rendit que lorsqu'il fut réduit par la famine aux dernières extrémités.

Après l'occupation de l'île par l'armée française, l'empereur de Russie Paul Ier avait accepté le titre de protecteur de l'Ordre ; il prit le titre de grand maître et créa un nouveau prieuré russe du rit grec , auquel il donna des statuts pareils à ceux du grand prieuré catholique russe : le 1er janvier 1799 le pavillon de l'ordre de Saint-Jean fut arboré sur l'angle droit des bastions de l'amirauté de Saint- Pétersbourg. Ce haut patronage remplit les chevaliers d'espérance , et cependant l'Ordre dispersé attend vainement sa restauration.

(1803) Quelques chevaliers réunis à Catane y

avaient reconnu Thomase pour grand maître : il est mort en 1805, et n'a pas eu de successeur.

Aux termes du traité d'Amiens, l'Ordre devait être réintégré dans la possession souveraine des îles de Malte, de Goze et de Cannino, et cependant l'Angleterre les garde encore comme sa propriété.

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