‹ Histoire des Chevaliers Malte (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · MERI · texte numérisé non relu

MERI

HISTOIRE DE l'ordre, etc. 171

des grâces expectatives , il anticipoit sur les va- ^ caates; que, pour uae modique somme d argent, d'Ammisi il exemptoit des chevaliers, non^seulement delà résidence dans Rhodes, si nécessaire, en ce tems* là, pour acquérir et pour conserver le droit d ancienneté; mais encore, ce qui étoit sans exemple , qu'il en avoit dispensé plusieurs , des vœux solemnels de Ja religion. Tout étoit vénal dans la Cour de cet avare pontife; personne, même dans ses États, n etoit riche impunément; et quand les prétextes lui manquoient , pour * s'approprier le bien d'autrui, il avoit, à ses gages, des empoisonneurs, qui, par leur art funeste , faisoient vaquer les plus riches commanderies et les premières dignités de Féglise.

On s ctonnoit que , dans une place si sainte , Dieu souffrit, si long-tems, un monstre qui la déshonoroit; mais si sa justice fut lente, elle n en fut pas moins rigoureuse ; et ce pontife périt par Tinstrument ordinaire de ses cruautés : son dernier crime lui fut fatal.

Il y avoit long-tems que le Pape et son fils envahissoient , en espérance , la succession du cardinal Adrien Cornette, qui passoit pour le plus riche des cardinaux, en argent comptant; mais, comme ce vieillard vivpit trop long-tetas , à leur gré , ils résolurent de l'empoisonner. Le Pape l'invita à une fête, dans une vigne voisine de Rome ; le poison fut préparé dans une bouteille den^n , dont on ne devoit servir qu'à ce cardinal. Mais le Pape et le Valentinois, étant arrive*

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^ avant lui dans ce jardin, et ayant soif, lechan-:

b'Ambolse son , qui avoit le secret des bouteilles , ne s étant pas trouvé dans le moment qu ils demandoient à boire, un autre domestique leur présenta du vin de la bouteille empoisonnée, et ils en burent. Alexandre, déjà avancé en âge, quelques remèdes qu'on lui fit , ne put résister à la violence du poison. Gest ainsi que mourut le Pape Alexandre VI , « dont les débordemens publics , dit le « père Daniel , dans son histoire de France ( i) , les * ^perfidies, lambition démesurée, la varice in- « i^atiable , la cruauté çt l'irréligion en avoient «cfait l'exécration de toute l'Europe, dans une « place où Ton ne devoit être élevé que par Jes « mérites des vertus contraires à tous ces horri- "blés. vices» (2). Le duc de Valentinois, d'une constitution plus forte, et aidé de différens remèdes , n'en mourut pas à la vérité ; mais , après ce terrible accident , il ne fit que traîner une vie languissante : et il la perdit, depuis, en voulant reconnoître une petite place qu'il avoit assiégée.

C'est ainsi que l'église universelle , et l'Ordre de Saint-Jean , en particulier, furent délivrés de deux tyrans, qui , par leur mauvais exemple , et leur injuste gouvernement , sembloient en avoir

(i) Première édition , tom. 2, pa^. «7 21.

(2)Historia arcana, sive de vitâ Âlexandri VI, papœ^ seu excerpta ex Diario Johann is Burchardi Ârgentiuensis, capellœ Alexandri YI Papae clerici, ceremoniarum magistri. Edita à Godefr, Guillelmo Leibnizio»

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