MERI
conjuré la ruine; Le Grand-Maitre , ayant appris leur mort , et ne se croyant plus nécessaire à la d*AmboÎse Cour de France, se disposa à partir pour Rhodes : il prit CQngé du roi. Ce prince le combla de caresses , lui fit présent d'un morceau de la vraye croix; et il lui donna, en mème-tems, comme une marque de lestime qu il faisoit de sa valeur, lepée que le roi Saint-Louis avoit portée dans les guerres d'outre-mer : présent convenable au chef d'un Ordre, animé du même esprit que ce saint roi. Le Grand-Maître, avant que de partir, se rendit au parlement : les chambres étoient alors assemblées pour la vérification des bulles qui concernoient la légation du cardinal d'Âm-* boise, son frère. Il représenta, à cette auguste compagnie, qu'il n avoit pas voulu partir, pour ses États, sans prendre congé de la Cour, laquelle il assura, en général et en particulier, de ses bons offices.
Le voyage du Grand-Maître fut heureux: il arriva, sans obstacles, à Rhodes, et donna fond au môle de Saint-Nicolas. Il fut reçu avec toutes les cérémonies, ordinaires en pareille occasion. Pour être instruit de Fétat où se trouvoit le corps entier de la reb'gion, il convoqua un Chapitre général. Il s'y fit diffërens règlemens pour la manutention de la discipline, et pour établir un bon ordre daj^s l'administration des finances: des soins auissi importans étoient nécessaires pour prévenir les mauvais desseins des Turcs et des Sarrasins. Bajàzet et le Soudan d'Egypte, ir-
rites contre les chevaliers, qui dominoient dans-
iMERI
Amboise toutes les mers du Levant, avoient fait secrette— ment une ligue pour détruire une puissance qui ruinoit le coKimeree de leurs sujets. Le. Grand- Seigneur, délivré de l'inquiétude que lui avoit causée , j usqu'alors , la vie de son frère , ne pouvoit pardonner aux chevaliers d'avoir reçu , dans leur isle,'un fils de ce malheureux prince, ap- ^pellé Amucat, qui, ne se croyant pas en sûreté dans les États du Soudan , s etoit réfugié à Rhodes. Bajazet, pour s'en venger, avoit donné ordre à tous les corsaires, qui naviguoient sous sa bannière, de faire des descentes dans toutes les isles qui dépen dolent de la souveraineté du Grand-Maître. Le Soudan, de son côté, étoit convenu de mettre sur^pied une puissante armée pour faire le siège de Rhodes; mais, comme il manquoit de hois dans ses États pour la construction des vaisseaux, le Grand-Seigneur lui prêta quatre galères armées , et permit , à Fambassadeur de ce prince, d'acheter, dans le port de Constantinople, plusieurs navires marchands, pour les charger de bois, de fer, de voiles et d autres agrès nécessaires. Outre ce secours , ce ministre obtint encore du Grand-Seigneur, en faveur du Soudan, son maître > la permission de faire couper des bois dans les forêts qui sont voisines du Mont Negro, et 1% long du golfe d'Aïazzo: ce golfe, comme on sçait, joint ensemble la Cîlicie et la Syrie. Ces préparatifs n'avoient pas seulement pour objet la guerre de
J^hodes. Le Soudan , appelle Gampson Gauri , "t •
en destinoit une partie contre les Portugais, qui d'Amboisc se rendoient redoutables, le long des côtes delà Mer Rouge, et dans tout l'Orient (1). On de voit jSoS, apporter ces bois, tous façonnés^ dans le port d'Alexandrie, d'où on les auroit transportés^ sur des chameaux , à Suez, petite. ville assise sur la dernière extrémité de la Mer Rouge , et vers lendroit où les Israélites traversèrent , autrefois^ cette mer, à pied sec, sous la conduite de Moyse.
Emmanuel , roi de Portugal , un des plus grands rois de cette nation, faisoit alors la guerre à Naubeadarin , roi de Gajicut : le commerce des épiceries avoit attiré les Portugais dans ses États, situés le long de la côte de Malabar, dans la presquisle en de-çà du Gange. Ge fut en cet endroit qu'abordèrent les Portugais, quand ils découvrirent les Indes Orientales. Us fm^ent reçus, d'abord , par ces peuples , avec beaucoup d'humanité; mais, ayant abusé de leur facilité, et s'étant voulu rendre les maîtres du pays , ils en furent chassés. Les Portugais y revinrent avec de puissantes flottes : le roi du pays, ne se trouvant pas des forces capables de résister à ces étrangers, eut recours au Soudan d'Egypte. Pour l'intéresser dans la défense, il lui fit représenter , par un ambassadeur , que les Portugais sem-
(i) Ozorius, lîb. III, cap. 4- — Malth. lilx III, cap. 2. -^ Histoire générale de Portugal^ par Lequien ^ tonv i*
176 HISTOIRE DE l'ORDRE
TT bloient avoir entrepris la conquête de TOrient ,
d'Amuoue et la destruction de la sainte loi du prophète; et que ces Européens étoient sur le point d'étendre leurs conquêtes jusqùes dans les lieux pour lesquels les véritables musulmans ont le plus de véjnération. Pour exciter tout le zèle et l'indignation de ce prince , il engagea le roi d'Aden , que rhonneur d'être de la race de Mahomet distinguoit parmi les rois d'Arabie, de lui dépêcher, de son côté , un ambassadeur pour lui faire . les mêmes remontrances.
Campson, qui, entre ses titres, prenoit celui de protecteur de la Mecque , les assura d un puissant secours ; et il y étoit aussi sollicité secrettementparles Vénitiens, qui, jaloux du commerce que les Portugais faisoient en Orient, envoyèrent un ambassadeur au Soudan. Cet ambassadeur mena, avec lui , difFérens ouvriers, soit pour fondre de lartillerie, ou pour travailler à la construction des vaisseaux ; on devoit sur-tout les employer à construire des galères , vaisseaux absolument nécessaires dans le port de Suez, où les grands bâtimens ne trouvent pas un fond assez sûr pour y pouvoir aborder.
Tel étoit le sujet qui avoit engagé Campson à demander, à Bajazet, la permission de. tirer des bois des forêts de la Cilicie. Pendant que ces ouvriers étoient occupés à ces sortes d'ouvrages , le Grand-Seigneur fit sortir de ses ports une flotte, composée d'un grand nombre de galiotes , de flûtes, et de diverses sortes de bâtimens chargés
âe troupes et commandés par un fameux cor- ■ saire, appdlé Camâli , qui fut joint, dans cette ex- d'Amuoise péditton , par d autres corsaires qui , tous , avoien t ordre, co^mme nous le venons de dire, de foire des descentes dans les isles. des chevaliers , et d y mettre tout à feu et à sang. Mais ils furent prévenus par les soins et la vigilance du Orànd-^ Makre; difïérens fcorps de cavalerie , qui a voient à leur tète les plus braves chevaliers^ étoient de garde , le long des côtes de Fisle de Rhodes ; et ces corsaires, ayant tenté d'y faire* une descente, , les' troupes qu'ils avoient misi^s à terre, ne se furent pas plutôt avancées dans k pays, quelles , se vire»! investies par -les Rhodiens. fja pKlpart furent taillés cil pièces ; e^Gamali , après' avoir recueilli -ceux qui purent^happer à lepée des chevaliers, remit à la voile; courut les* isles de Simiâ ^ de Tilo et de Nissario , où i\ nèat pas un Sttocès plus avantageux; Il se flâttoit de s'en dédommagisr parla cdn quête de l'isle de Lango dans ce» dessein^» il fit tout*»er les proues de ses vaisseaux de ce côté-1»; et il n'en étoît pas loin , quand il apprit qUe te Orand-Màttre y âvoitjêtté une trQU|ie considérahle de chevaliers, cômman-dés par frère RîrynwJttd >de 'Balagner , ancien chevalier, redouté , datis toutes ces mers, par sa Valeur et par son expétient^e. .
Toute cette expédition^ se termina pur une descente dans Yiée de Lero , qui doit être moihâ considérée comme^un© isie que dom.tnë un rocher et uii écudl. Gamalimit à terre cinq cents
* 3. la
lyS UISTOIHE DE l'oROBE
"T Turcs, qui commeiicèreat à battre le d^âtèaâ
b'Amboise avec toute 1 ârtiltene de leurs vaisseaux. Le gou-* verùeur de cette {letite place étoit un anciett chevalier de la langue dltàlie ^ qui^ étant ahoftn malade à lextrémité, laissa le soin dé la défense à un jeune chevalier Piémontois , à peine âgé do diK-hiiit ans , appelle Paul Simeoni. Ce gouvér*^ neur, n ayant pour garnison et pour secours quQ quelques pauvres hàbîtans qui cultivoieat les endroits de Fislc les moins arides^, ne laissa pm . de faire bonne contenance , et de répondre, aveo tout le feu. de sa place, à celui des infi«lèles; mais , comme il vit que leur ariillerie avoit abaC« tu un grand paà de muraille de S0a dbàteau , pour intimider lès ennemis et les empêcher de monter à Vassaut, îint babiller en chevaliers ^ et avec la croix blanche, Its habitans de l'isle^ et n^ême l^ui^s femmes : cett^ nouyelle milice , par son ordre, bordoit^^n foule la brèche. Les Turcs, les prenant pour autant d^ chevalier», et croyant que cetoil un secoure qui, au bruit du canon , étoit arrivé, de nuit, dans Tisle, ievèréot le siège avec précipitation ^ dans la crainte d -être surpris par les galèfes de TOrdre ; et la Tçi%ian fut redevable de la c<)nsehvation de cette pla^ à la fermeté et à ladresse du jeune Sicbeoni.
Le Soudan d'Egypte, en els&écolioa du inùtë qu'il avoit fiiit avec BaJQZ^t , avoit envoyé dans ces mers sept fiâtes, espèce dis vaisseaux longis de bas*bord , et qui vont à voiles et à rames. Ces |lùtes étoient chargéeis de troupts <le débarq^aè^
DES CREtikLiERS DE MALTE. 179
ment; et le dessein du commandant étoit de ^ tenter Uentreprke de Lango. Deux dç ces vais* s'AMjoiti seaux, qai etï faisaient comme lavant -garde , s'étant avancée ioii^cs autres pour reconnoitre, forent découverts parles sentinelles du cliâteau. Le gouverneur fit sortir aussitôt du port deux galères, qui, après avoir pris le large, revinrent 4ur ces flûtes, et leur coupèrent le chemin de la retraite. Les Sarrasins , ne se entant pas assez forte pour leur résister, et'ne pouvant rejoindre leur escadre , gagnèrent la côte de Lango., don^ lièrent des grottes en terre , débarquèrent ^ s en*fuirent , et secachèrent dans Tisle. Les chevaliers, «cachant hien que cette proye ne leur pouvoit échapper, sans s amuser à les poursuivre, remor* quèrent les deux flûtes , y firent entrer des soldats et des matdots Chrétiens avec deux chevft-^ Iters, qui reprirent la route que tenoient aupa*ravant les infidèles. Les cinq autres flûtes, qui s'avançoieût Cranqipiilement , voyant les deux antres qui les précédoient^ les jo^iairent sans aucune défiance; mais elles furent Jbien surprises de s en voir attaquées. Elles le furent encore da^ Vantage, quand ettes apperijûrent sortir^ de de^ rière un cap de Tisle, les deux galères de la reli- ^on qui les investirent , et qui , après une vive *attéque , les obligèrent de se rendre. On mit à la chatne tou% ces infidèles , aussi-bien que ceux qui /^étoîeot sauvés dans Tisle, et qui fureût bientôt découverts et arrêtés.
CSe petit Avantage lut suivi i^une entreprise 1^07.
la.
• i8o IIlSTOlPiE Qt L*€)ttDnE '-
""j^; bien plus considérable , que fit un des vaisseaux
u'Amuoise <le la religion. Il partoit, tous les ans, d'Âlexa]> drie, une grande caraque, qui portoit d'Égj'pte en Afrique , à Tunis et jus<^ a <]!on8tantinople , des soyeries, des épiceries, et toutes sortes de .marchandises , que les sujets du Soudan tiraient des Indes , par la Mer-Rouge. Ce vaisseau étoit d'une grandeur si extraordinaire, qu'on prétend que ]a cime du grand mât des plus grandes ga-^ Icres, napprochoit pas de la hauteur de la prôue de cette énorme machine. A peine six hommes en pouvoient-ils embrasser le mât. Ge bâtiment avoit sept étages , dont deux alloient sous leau : outre ^on fret, tes miarchands et les matelots nécessaires à*sa conduite, il poùvoit encore porter jusqu'à mille soldats pour sa défense. G'étoit c^mme uii château flottant, armé de plus de cent pièces de canpn; les Sarrasins appelloient .cette caraque, la reine de la mer : les chevaliers, sousle règne d'Âtlbusson,avoient tenté, plusieurs fois , de la joindre et de l'attaquer, saûfS en pouvoir v«nir à bout. L'Ordre, sous son .successeur , fut plus heureux: d'Amboise, ayant appris quelle 4toit en mer, ordonna au chevalier de Gastî-' nau, commandeur de Limoges, et qui montoit le premier vaisseau de guerre de là religion, de Aâcher de rencontrer la caraque , de la combattre, mais d'employer plus d^adrêsse que de force pour s'en* rendre maitre, et sujr*tout sans la hfm- 1er ni la coulera fond. Le commandeur, en exécution de ses ordres, mit à la voile , faisant la
DES CHEVALIERS DE MALTE. l§f
route de Candie , et fut attendre la proye qu il ""T
cherchoit , un peu au-delà de cette isle. La eara- d amboisk que parut bientôt , et découvrit larmateur Chi^^ tien ; mais les Sarrasins , fiers de leurs forces , et de la supériorité de leur artillerie et dé leur feu , ne s écartèrent point de leur route. Ils regardaient, au contraire, avec mépris, et comme une témérité, que le Chrétien se tint àleurche* min , et semblât attendre des chaînes , et se livrer entre leurs mains.
Cependant le chevalier fit toujours route, et se voyant à la portée du canon , il envoya un de ses officiers , dans son esquif, sommer le capitaine de la caraque de lui livrer son vaisseau. Le Sarrasin lui répondit que ce vaisseau appartenait au Soudan, son maître ; que, par son ordre, il le motttoit , depuis plusieurs anîiées, sans qu!il eût trouvé, dans ces mers , aucun ennemi assez hardi pour lattaquer; et quil le chargeoit de dire à son commandant, quil avoit, sur son bord, une troupe de braves Musulmans, qui perdroient la vie , plutôt que de perdre leur honneur et leur liberté. Le chevalier, ayant reçu cette réponse , et colnme s il eut voulu mettre une pareille affaire en négociation , renvoya son officier, à ce Sarrasin , pour lui représenter que ses supérieurs Vavoient chargé de lattaquer fort ou foible; quil ne pou voit se dispenser de leur obéir, et qu il leur offroit seulement , s ils vouloient se rendre, de leur faire bon quartier, sinon qu il les brûleroit ou coulcroit ù fond, A la
^ï|a HTSTOTBE DE L'qRDRE
^ faveur de ce* pour-parlers et des allées et de» »*AMiXMSK venues de l'officier Ghrélkn, le commandeur, qui n avoit pour but que de les amuser, savant çoit toujours, et se trouva insensîblemetti bord à bord de la caraque ; en sorte que les Sarrasins ^ ayant menacé cet envoyé de le jetter à la mer , s'il revéuoit chaîné; de pareilles propositions , il ne fut pis plutôt rentré dans le vaisseau de la religion , que le commandeur lâcha une bordée de son canon , chargé de cartouches, qui tua la èâpttaine Sarrasin. La plupart des officiers , et tout ce qui se trouva de soldats et de matelots sur le tillac , les marchands , les matelots ^ en qui restoit de soldats dans la caraque, étonnéi «d'une salve si meurtrière, et voyant qu'on se préparoit a leur lâcher une seconde bordée , calèrent les voiles et offrirent de se rendre. Lô commandeur obligea "les principaux à passer dans son vaisseau , en mème-tems qu'il fit en-* trer dans le leuY des officiers et des matelols poàr en prendre la conduite. On na peut eiprî-* mer toutes les richesses qui se trouvèrent demi eette pri^, outre de très^rosses- sommes d'ar* gv^tit et de pierreries dont les mardiands étment chargée.
Lie Soudan , pour les racheter et ses autres sa^*- ^ jets , envoya plusieurs balles de poivre , gingem*^ bre^ caneile, gérofle, et un grand nomfat^ de riches tapis, des camelots et diflBérentes sortes de marchandises de grand prix, iPeu de jours après^ les vaisseaux de la religion priréat encone.^ pro*
I DES CHEVALIERS I^E MALTE. l$S
che les cètes de Chypre, trois navires des Sarra- . sitis^ doai G4» envoya vendre les marehandises d'ambouk #o Frfinf^; et, du produit de cetie vente, les agens de TOrdre envoyèrent à Rhodes du eanon, des wiaes et des provisions de {|[uerre.
l^e Soudan , irrité de tant de pertes , résolut dauf^^nienter son armement de mer, et d avoir toujours un certain nombre de galères dans la Méditerranée et dains ia Mer Rouge. Ce prinee envoya vingt-cinq vaisseaux de différentes grandeurs, dans le.golfe d'Aïai»^ 9 pour en transport ter le bois qu il y avQit fait couper et façonner t et dont il prétendoit construire de noweau^ Htimens.
Le Grand-Maitre\ bien instruit de l'arrivée de la flotte Égyptienne dans le golfe, et de la destination de cet armement contre un prince Chré-^ tien , résolut de s y opposer. Il en fit la proposi* tîon fiuConsieil. Plusieurs grands^roixtrouvoient le.nireprise dangereuse par rapport 9ux forces 4a isQudan ; mai», comme la relig^ion étoit plus puissante en mer que ee prince^ et d ailleiirs qn^ le Conseil étoit persuadé de la sagesse et de la prudence. du Gjrand-Maitre , son avis prévalut; et on lui permit de Ijrer du trésor tout Varient nécessaire pour cette jexpédition. On cmna, par son ordre, la grande earaque, et on mit en mer, en méme-tems , quatre galères de la religion, et jusqu'à cUx-huit vaisseaux de dilfécentes ^grandeurs. Comme il s agissoit , dans >cette guerre , des inté"* f^ du roi de P<iftugal , le Gr^suid^-Maitre clonna
: ï84 HISTOIRE DE L^ORDRE
"T7 le commandement des galères à André d'Ama*
d'Amboise rai , de cette iiation, et de la langue de GastîUe, commandeur de la Vera^Grax, chevalier plein de courage, habile «lans la marine, niais fier, présomptueux, et trop prévenu de sa valeur et de sa capacité.
Les vaisseaux étoient sous les ordres du chevalier de Villers de llsle-Adam : le Grand-Mattre Favoit choisi pour cet emploi, par rapport à Testime où il étoit dans TOrdre, et qu'il avoit méritée par sa valeur et par la sagesse de sa conduite dans le commandement. Les galèreâ étant sorties dtt port de Rhodes, gagnèrent Tisle de Chypre, et allèrent, terre-à-terre, le long des côtes de cette isle. Mais le commandeur de Hsle-Adam, pour éviter les bonnaces , s élargit en mer ; et les Tins et les autres , selon qu'ils en étoient convenus ,'se rendirent , par différentes routes , au cap de Saint- André, qui se trouve au levant du royaume de Chypre. Quand toute la flotte de la religion fut réunie , on tint Conseil sur la manière dont on devoit attaquer les infidèles. Les deux chefs, je veux dire d'Amaral et risle-Adara, se trouvèrent d avis opposés. Le Français proposoit d'aUendre, çt de surprendre les vaisseaux chargés"ebois, quand ils-seroieût en mer;-d'Amaral vouloît qu'on allât les attaquer dans le fond du ^olfe ,' sans considérer qu'ils pouvoient être défendus par des batteries dressées sur. le rivage ; et il prétendoit faire recevoir son avis comme une loi , en même -teins qu'il rejettoit,
Eheri
DES CHEVAEIERS DE MALTE. l85
avec mépris , celui de risle-Adam. Les esprits s aigrirent; le3 deux généraux étoient près den d^Amboisi venir aux mains ; mais le Français, plus modéré , et qui craignoit que cette querelle ne fît échouer lentreprise, donna son ressentiment au bien commun de la religion ; et il se rendit. à lavis de d'Amaral. Toute la flotte se montra à découvert , et on entra , à pleines voiles , dans le golfe. Le commandant des Sarrasins étoit neveu du soudan : ce prince, pleia de valeur, ayant apperçu la flotte de Rhodes, fit entrer, dans ses vaisseaux , ce qu'il avoit de troupes à terre, leva l'ancre, vint au-devant des chevaliers , et leur présenta la bataille. Il y avoit, sur la flotte Chrétienne, d ekcellens falotes accoutumés de naviguer dans ces>mers, et qui, par leur adresse , gagnèrent. le vent sur les ennemis: mais ces infidèles ne s en baitirent pas avec moins de courage. L artillerie , des deux côtés, étoit également bien servie; et les généraux combattirent et firent combattre leurs soldats, comme des gens qui ne vouloient pas survivre à leur défaite. Le feu continuel du cation, de la naousqueterie, le fracas des vaiss^ux , plusieurs démâtés ou coulés à fond, tout cela, de pafrt et dautre, fit périr beaucoup de monde, et sans qu au bout de trois heures, que duroit un combat aussi opiniâtre , on put démêler de quel côté penchoit la victoire : et vraisemblablement, si on eqt continué à se battre,. seuetiient de loin et à coups de feu, la bataille nlauroit pas fini sitôt: mais les chevaliers, par
l86 HISTOIRE DE LORBUfe
^ ordre «t à 1 eifèmple de leurs chefe y $*attae)|ièreiM »*AiiBoiM à laborda^e; et la plùpvt, Fépée à la maio^ sautèreafc dans les Taisseaux cnAeinis. Cela fit changer la hcê du eombat ; et coninie, d'homme À homme, un chevalier surpassoit un soldat Sarrasin en courage et en adresse , les Égyptiens perdirent plusieurs vaisseaux. La plupart de ces infi^lèles se jettent dans leurs esquifs ; d'autres , à la nage, tâchent de gagner le rivage.. Ceux. qui furent a^ses heureux pour y arriver, se sauvèrent dans les bois et dans les montagnes : il n y eut que leur général qui aima mieux se faire taer^ que d abandonner son vaisseau ou de se rendre. Les chevaliers prirent, dans ce combat, onxe navires, quatre galères, et eoulèrcyat le reste à fond. Us débarquèrent ensuite ^es troupes qui poursuivirent les fuyards; en reprirent la plu*part, qu*ils firent esclaves ; et, après avoir mi) le • feu aux bois que les Égyptiens a voient fujonnés, ils retournèrent à Rhodes , et rentrèrent , dans le port , avec les vaisseaux et les galères quils avoient enlevés aux ennemis , et avec un grand nombre de prisonniers qu^on avait faits dans cette expédition.
Toutes ces prises dédommagèrent amplement le trésor des frais qu'il avoit fallu faire pour cet araiement , sur-tout dans un tems oii les i^eva^ liers, par un esprit de désappropriation , consar croient , au bien commun de la religion , non«seulement Leurs prises', mais encore les épargnes qa'iU pouv<»ent faire sur les revenus des coutr
DES GRBVALIÏIS DE MÀK.TE. 187
manchsries qu'ils po8sédoi^it ; tei était , en ce t— temsJà , frère Charles TAleman de la Roch^ d*Amioi»k Chinard, de la langue de Provence, grand-prieur de Saint^-Gillif s , qui , ne prenant sur ses biensqu'un très^ngal entretien, employa, pendant toute sa TÎev le produit de son prieuré à la décoration des autels , ou à la défense et à lutiUlé de la religion: et on remarque que, pendant le magistère du^ Grand^Maitre d'Aubusson> il i5ii. envoya, à Rhodes, les statues des douée apôtres qu il avoit âiit feîre de vermeil , et qui pesoient deu!i cents marcs d^argent; quon y porta de* puis, de sa part, un agneau d'or représentant le Sauveur de^ hommes, les statues de la Sainte* Vierge et de Saint-Jean*-Baptiste, pareillemmit dor massif, et du poids de quatre^-vingts marcs ; un calice , de riches paremens pour les autels ; et, cette année, il fit présent à l'église priorale, de quinze tableaux qui coùtoient mille écus eha* cm», avec une qroix de fin or, de la forme que la portoient les chevaliers , et du poids de trente marcs. Enfin ce même chevalier fit bâtir, de ses deniers, un magnifique Palais pcHir servir d'auberge aux chevaliers de la langue de IVovenoe, . aiixqnéls il envoya encore quatre canoAS , avec leurs ftfiuts, pour servir à ia défense de la place. Il ne kii restoit, avant sa mort, qu une somme de diK miiie écus; il la déposa, en faveur du corps de la religion, à la banque de Saisil»
Creorges de Gènes, dans la vue qu'en cas que Bfaodes ait assiégée, les dbevaliers trouvâsseat
l88 HISTOIRE DE LORDRE
^ ce secours tout prêt pour acheter des armes et
» ÂIIB0I8E des provisions de guerre : toutes dispositions* si Chrétiennes et si religieuses , que nous avons • cru être ôhhgés d en conserver la mémoire et de> les proposer, pour exemple , aux commandeurs, qui , sous ce titre honorable,, ne sont cependant que de siniples administrateurs des revenus qui appartiennent au corps de FOrdre, et au com* mun trésor. C etoit daiis ce même esprit que le Grand-Maître d'Amboise, pendant tout $on magistère , employa les biens attachés à sa dignité, soit au soulagement des pauvres , dont il étoit considéré comme le père, soit auxfortifications i5»af. qu'il gt faire à Rhodes. La mort le sui^rit dans g nov. ^^ ^^ louables occupations , âgé de soixante-dixhuit ans, dont il avait employé la meilleure partie dans la pratique des ver tus Chrétien nés: prince sage^^habilejdanis le gouvernement^ heureux dans toutes ses entreprises, qui enrichit son Ordre des dépouilles. des inBdèles , sans senrichir lui-même; qui mourut pauvre, et qui nen laissa point dans ses États.
Nous pouvons appliquer, avec justice, au Grand-Maitred'Aubusson, ce qu on rapporte du bienheureux Raymond Dupuy^ le premier des Grands-Maitres militaires de cet Ordre : c est que la plupart de ses élèves a voient été ses successeurs. En effet ^ dans la perte que la religion venoit de faire du Grand-Maitre d'Amboise, on ne crut bl^kche- P^i^^'l^ pouvoir mieux remplacer que pari elec* FonT. tion de frère Guy de BLANGH£FORT,:graQdrprieur
d'Auverfftie , neveu du Grand-Mâitre d'Aubus- ^ ^
" GCY DE
son, et qui avoit eu tant de part, durant son Blakchemagistère, au gouvernement de l'Ordre , et sur- '^'*^' tout à la garde et à la conduite du prince Zizim. Pendant que des courriers étoient partis de Bhodes pour porter, en France et au prieur de Blanchefort, les nouvelles de son élection, le Conseil de l'Ordre reçût un bref de Jules. II , qui étoit alors sur la chaire de Saint- Pierre, pour -inviter les principaux chevaliers à se rendre incessamment au concile de Latran , que ce pon-* tife avoit fait tenir pour balancer l'autorité de l^ssemblée convoquée, à Pisé, contre lui, à la requête de l'empereur MaKimilien I, de Louis XII, roi de France,. et de cinq cardinaux. Le Pape, par son bref, marquoit, au. Conseil de l'Ordre, qu'il avoit destiné la garde du concile aux, chevaliers de Saint-Jean. I^e dessein de. ce Pape guerrier étôit d'attirer, dans son parti, et dans son armée, un corps considérable des chevaliers de Saint-Jean. Mais le Conseil, bien instruit qu'il s'agiroit moins , dans ce concile , des intérêts de la religion, que des projets ambitieux de Jules , qui avoit allumé la guerre dans tous les États de la Chrétienté, ne jugea pas à propos de .prendre parti dans ces xnouvemens, qui avoient si peu de rapport à son institut. Il: s'excusa , sur l'absence et 1 eloignement du nouveau Grand-Mâitre, de faire aucun détachement considérable à ce àujet. Cependant, pour déférer, en quelque manière^ aun ordr^ du Pape, le premier supérieur spirit-
190 HISTOIRE D£ L^QRDRB
tod de la religion , on ordonna au chevalier Fa?- Blamcmk- brice Carette, amiral de l'Ordre, qui résidoit ^*'' alors a la Cour de Rome, en tonalité de procu*reur-géfiëral de la religion , de tirer, de TltaUe et des Etats du Pape, un nombi^e de chevaliers, et d'aller 9 à leur tète, offrir «et services à ce pontife.
Le désir de ménager les princes Chrétiens n'étoit pa;S le seul ntôtif qui avoit fait prendre un parti si sageiiu ConseU : des nouvelles, quiétoient venues à Rb odes d un puisnot armement que les Turcs Caisoient dans tous leurs ports, a voient déterminé le lieutenant du magistère, eit tout le Conseil ^ à ne laisser sortir aucun chevalier de Tislede Rhodes. On dépêcha, en mèna^-^tems, au Grand-Maître , le chevalier Jean de Foumon pour le conjurer de sy rendre au plutèt. Le commandeur Carette, qui avoit acquis tant de gloire au siège de Rhodes, reçut ordre d y amener lui-même, avec la permission du Pape, deux vaisseaux chargés de grains, de recrues, et dilSérens nsnfoits pour les garnisons du fort Saint-Pierre , et de toutes les isles de \bl religion : et on y envoyoit, en méme^tems, des compagnies -de chei^iers pour veiUer à la déli^nseec à ia conservation de ces places.
Les nouvelles qui se répandireai en * Europe de larmement des Turcs , précipitèrent le départ du Grand'-Maitre ; et , quoiqu il Ait actuetiemeut dangereusement maAade, rien ne put âarrétei*. Il VenilMu<qua à Tille«Frandbc, proche INieef
mmiê la mer augmelila tônsidérableteeBt aa maladie. Les chevaliers qui 1 accompt^aoîenl , Bi^aciEse voyadi h la haiileiir de Drëpano, ville de Si- '^'^'^eile t Toahirent lui perMader d y relâcher, et de se laire portier à terre ; maia ee Grand «-Maitne , qai préférait les intérêts de son Ordre à sa propre vie, craignant , s'il y nioaroit, que le Pape^ averti de sa-œort avant Téleciîan de s<»i. successeur, n ebtreprtt de disposer de la ^ande-mat* trise , ordonna quon tint toujours la roule de .Rhodes. Après qvdques jours de navigation , se trouvant à la hauteur de Tisle de Zaate ^ il sentit les approches de la mort. 11 lenvisaçea avec la mèDK fermeté qu'il a voit fait paroUre daniT tùét
de combats où il setoit trouvé; et, après avoir satis&it aux devoirs d un Chrétien et d'un véri** table religieux , il donna ses derniers momens à la coifeservation de la souveraineté et de Tindé^ pendance tempordie de la religion. Pour pré* veciir qudqu entreprise de la Cour de Borne sur la liberté des suf&ages, il ordonna aux eheva* lîers , qui étoicâît à sa sutle , que , sitôt qu'il seroit expiré , et avant que les nouvelles de sa mort pussent être portées en Italie, ils fissent pai'tir une caravelle armée d'esbcellens rameurs, qtii portassent , en diligence , à I^hodes, les nouveUes de da jnort. Ses dernières volontés furent exécutées ponctuellement : la caravelle arriva à Bho*^ 15,3. des , le 1 3 déceflftbre : on«ssemUa ^ le lendemain 1 . '^ le CSiajHtite,dans lequel l'anûral GAMETTa iuC ymiJ% ébà pour Grand ^Maître . dignité qui lui avait Cadette.
193 HISTOIRE DE L'ORDRË
■7 été prédite ^r le Grand -Maître dAubùssôti ;
FaoRICE * * ,, .11 .X
Garette. comme m>U8^1 avons rapporte dans le septième livre de cet Oisvrage , et qu'il avoit méritée , tant par des actions pleines de valeur, que dans les différentes négociations .qu il avoit conduites au-* près des princes Cbrétiens avec beaucoup de sagesse et d'habileté»
Il neut pas plutôt pris possession, de cette éminente place / qu il convoqua, un Chapitre général. Comme on croyoit être à la veille d'un éiége, la plupart d^ règlemens qui s'y. firent, roulèrent sur la subsistance des chevaliers nécessaires à la défense de Rbodes^et sur lies proyisiolis de guerre. Le Grand-Maitré se chargea de tout^ et moyennant une somme de quarante mille écus qu'il devoit tirer du trésor.par an , il s'engageade.nourrir cinq cent cinquante chevaliers qui résidoient actuellement dans le couvent. On lui assigna une autre > sonome de. vingt- trois mill&écus pour les frais extraordinaires de l'artilletie, et pour Tentretien du. sultan Amurat, fils de S^izim , qui s étoit fait Chrétien , et auquel la* religion a voit accordé , pour sa résidéqce , le éhâteaù de Féracle , dans Tisledefibodes^ où il vJvoit avec beaucoup d'édification. .I^>Grand- Maitre , par le moyeni d'un riche imardiand de Lyon ,' appelle Laurensin, fit. venir nne. artillerie nombreuse de France ; et il y envoya , en, même tems, pour réaider, en c|ualité d'ambassaideur de . ' l'Ordre , frère Philippe de Villiers de.l'Isie-Adam ^ dont nons avons parlé, Hospitalier et gr§nd*
DES CHEVAI.IERS DE MALTE. I93
prieur de France , et qui , dans ce royaume , ^^^^^^ devoit faire la fonction de visiteur et de lieute- CAutm. nant du Grand-Mattre.
La guerre qu on appréhendoit à Rhodes, de la part des Turcs , fut suspendue par dés dissentions domestiques , qui s élevèrent à la Porte et dans la Maison Ottomane. Bajazet règnoit encore :
prince goutteux et valétudinaire , uniquement sensible aux plaisirs de la table, ou à la décou* verte de quelque secret de la nature , philosophe oisif et voluptueux , mais peu habile souverain. ,
Ce prince avoit trois fils, Âchomat, Gorcut et Sélim : le premier, soit politique ou penchant naturel , passoit sa vie dans la mollesse et dans une indigne oisiveté. Gorcut , dont nous avons déjà parlé, et que les janissaires, après la mort de Mahomet II, son ayeul, avoit placé sur le trône , pour en assurer la possession à son père ^ affectoit un grand air de dévotion ; et on ne le trouvoit jamais' qu avec un Alcoran entre les mains. Sélim , le plus jeune des trois, aimoit les armes , et n oublioit rien pour en acquérir la ré» putation. Parmi trois princes d'un caractère si différent, Bajazet eut bien voulu faire reconnoître Achomat pour son successeur : la ressemblance et la conformité du goût pour les plaisirs causoient cette prédilection. Sélim ^ averti de ses intentions, n'oublia rien pour les traverser; il sçùt mettre les janissaires dans ses intérêts : ses soldats, gagïï^s par l'argent de Sélim, n'a tten-
doient qu'une occasion pour éclater.
194 Hl&TOIR^ J>K l'ordre
' Le Grand-Sekrnwr çt le; rai dé ^erse , trop
Fabrice . \ . • » .1 ^
Caii£tte. pui«sans et trop voisins pour vivre loog-texas enboDDe intelligfence, setoieht déclaré la .guerre. Les janissaires, milice.toujours redoutable à ses souverains , quand ils ne sçavent p^s s en fajre craindre, avwtque de marcher en campagne, demandèrent hautement un prince pourlescon^-; mander; et iF fallut que ce priace fût Sélim, malgré Bajazet, qui Ipuir a,v,Qit npmi^é pour général son fils aîné. Ils poussèrent etiQore plus^ loin leur insolence : ils exigèrent du.foible Baja;^et, pour sûreté de leur solde, à ce quils disoient , qu'il rcTOît If s clefs du trésor à leur nouveau général. Le malheurei^ viç^illarA entendit bien ce langage: il descendit du t^ône, et quitta ConsjkantinQple pour se retirer à Demotique, maison de plaisance qu'il avoit fait bâtir sur les bords 4e la Mer -Majeure. Mais, i^élim , qui Sjs défi^oit toujours de son inclination pour Achomat^ le fit enipoisouner par son médecin : il fit, depuis, étrangler ses deux frères, leurs femmes et leurs enfans. Ce furent là les degrés par lesquels il s'éleva à la souveraine puissance : à cela près, grand Capitaine, toujours à chevjal , infatigable, sobre, insensible aux plaisirs, et uniquement touché de la gloire , qu'il chercha , toutç sa vie , dans les périls de la guerre.
L'ambition dç ce pçince, spn courage , sa pui^ sance, les forces de son empire, tout allarmoit ses voisins. Ismaël, roi de Perse, en sentit les premiers efforts. Sélim port% ses armçs 4^u.s se^
DES CESVALIËRS DE MALTE. igS
États, paissa, FEuplirate, lui donna bataille! , le
défît y et emporta la ville célèbre de Tauris. Le cmilits. Barsan, pour se soutenir contre un ennemi si redoutable , chercha à faire différentes alliances avec les princes , ses voisins. Il envoya au Grand- Maître un ambassadeur, qui, à la &veur d'un habit de marchand, et par le moyen «d'un Turc, habitant de Tarse en Gilicie, et pensionnaire de la religion , perça au travers des États de Sélim , et se rendit à Rhodes. Il y fut reçu avec toute la CQnsidçration qui étoit due à la grandeur de son maître, et par rapport à Fimportance de laf-^ faire qu il étoit venu négocier» Ce ministre traita avec le Conseil , et conclut une ligue contre lennemi commun. Campson Gauri, Soudan d^ gypt^ , auquel Sélim n etoit pas moins redoutable, entra da^s ce traité. Le Grand^eigneur, instruit de ces différentes négociations , envoya des am* bassadeuji*s au Caire pour détacher le Soudan de la ligue; mais ^ nen ayant pu venir à 'bout, il tpurna Feffort de 9es arpnes contre ce prince ; conquit, en moins de quatre an;s, la Syrie, la Palestine , les places maritimes de la Mer Rouge, une partie de TArabie , toute TÉgy pte ; et , après avoir détruit-entièrement la monarchie des Mamelus, il laissa le gouvernement de TÉgyptc à Caïrberg, et celui* de la .Syrie à Gazelle, deux seigneurs des principaux officiera des Mamelus , qui, au préjudice de la fidélité quils dévoient à leurs souverains, étoient passés dans le parti du Turc. Sélim , couvert de gloire par tant d'ex-
196 HISTOIRE D£ l'OBDRË
— « — ploits, retourna à Constaniinople : il donna ^
Ca^ettt ^^^^^^^^ > ^^"* ^^^ soins pour équiper deux cents {^^alères qu'il destinoit pour faire la conquête de Fisle de Rhodes.
La précaution^ si nécessaire à un conquérant, d être insti^^it des fortifications d'une place qu il veut assiéger , Tobligea d'envoyer , pour espion ,à Rhodes, un médecin Juif. Ce traître, pour être moins suspect, se fit baptiser: sa capacité, et le besoin qu'on en avoit, l'introduisirent bientôt dans les^ priiocipales maisons de la ville; et,' quand il eut découvert les endroits foibles de la place, il en rendit un compte exact aux ministres de la Porte. Pendant qu'on travdilloit, sans relâche , dans les arsenaux , -aux préparatifs nécessaires à cette entreprise, Sélim tomba malade de la pierre , d'autres disent d'un cancer dans les reins , dont il mourut , à l'âge de quarante ans , ' après avoir ruiné et détruit l'empire'des Marnelus^ soumis la Syrieet la Palestine; triomphé de toutes les forces de la Perse; conquis les villes maritimes de la Mer Rouge, une grande partie de l'Arabie , et réduit TÉgypte entière dans une
i52o. simple province de son empire: toutes conquêtes * qu'il acheva en moins de huit ans de règne.
Soliman II, son fils unique, lui succéda dans le gouvernement de.ce vaste empire ; et il en prit possession presqu'en même^tems que Charles- Quint fut élu empereur d'Allemagne. Soliman étoit à peine âgé de vingt ans. Gazelle , gouver* neur de la Syriç, avoit été fidèle à Sélim. qu'il
craigooit, et dont il redoutoit la puissance; mais, se croyant délivré de ses engagemens par la càRkm. mort de ce prince, il nen eut pas plutôt appris les nouvelles , qu il songea à relever l'empire des Mamelus ; et il ne désespéra pds d en occuper le trône. Il ne manquoH ni de courage , ni de capacité pour la conduite d'un aussi grand dessein ; mais, comme il ne se trouvoit pas des forces suffisantes pour résister, seul, à la puissance formidable des Turcs , il dépécha secrettement un de ses confidens à Ca'ïrbei^ , gouverneur de FÉgypte, pour tâcher de Rengager dans la révolte qu'il méditoit. Son agent lui représenta , de sa part, que, sous le règne d'un jeune prince, qu'il traitoit d'enfant, rien ne seroit plus aisé et plus glorieux, pour l'un et pour l'autre, que de joindre leurs forces , et de les employer à délivrer leur nation de la tyrannie des Turcs.
. Mais Coïrberg préféra une fortune toute faite, et des plus grandes dont put jouir un particulier, au succès incertain «d'une entreprise aussi délicate, dont d'ailleurs, quand elle auroit réussi. Gazelle auroit peut-être recueilli, seul, tout le fruit. Ainsi, pour éloigner de lui tout soupçon d'infidélité , il fit mourir l'envoyé de Gazelle , et dépêcha, en même-tems , un courrier, à la Porte, pour informer le Grand-Seigneur et ses ministres des projets dangereux du gouverneur de Syrie. Soliman envoya aussitôt , contre lui, une puissante armée, commandée par le baeha Ferra te, un des plus habiles généraux de l'empereur, son
198 HISTOinE BE l'ordre
-r père. Gazelle, ne voyant point revenir son agent,
Carette. se douta bien qu il avoit été trahi par le gouverneur de l'Egypte. Comme il étoit embarqué trop avant pour reculer, et que la seule délibération si on demeurera fidèle à son souverain , est une infidélité punissable , il rappelia , auprès de lui , ce qui restoit de Mamelus dispersés en ^iffêren^ endroits. Toute la Syrie, par ses ordres, prit les armes ; et il envoya , en même-tems , des ambas^ sadeurs à Rhodes, pour obtenir, du Grand-Mattre , un train d'artillerie , dont il avoit besoin , pour résister à leur ennemi commun.
Le Grand -Maître, ravi de Voir renaître là guerre entre les infidèles, lui envoya aussitôt des canons , de la poudre, et d'autres provisions de guerre , avec d'excellens officiers d artillerie. Gazelle s'en servit utilement : et , quoiqu'il at-^ tendit, à tous momens, l'armée des Turcs , qui étoit en marche , il ne laissa pas d'assiéger Tripoli, Barut , et plusieurs autres places de la Phénicie, dont il se rendit maître. Il fallut interrompre ses conquêtes par l'arrivée du bâcha Ferrate. Quoique l'Égyptien eut moins de troupes , ii vit bien qu'il ne pouvoit trouver son salut que dans une victoire : il tnarcha droit au^ Turcs; les deux armées en vinrent bientôt aut mains; la victoire fut long-tems disputée. Gazelle-, à la tète de ses Mamelus , soutint , pendant six heures entières, tout l'effort des arme^ des Turcs ; il rallia plusieurs fois ses troupe^ , com^ battit toujours à leur tête , et tua , de sa main ,
pltt^ieiirs officiers des janissaires ; enfin , après "T
avoir perdu la plupart de ses soldats , accablé Cmiltte. par le nombre, et enveloppe de tons côtés , il se fit tuer plutôt que de se rendre. Il tonftba percé deiioups sur .un tas de Mameluk qui avoient eu un pareil sort ; et sà inort mit fin à cette guerre, et éteignit absolument cette «redoutable milice, qui, depuis plus de deux ceMs ans , disposoit, a Bon gré^ du trône dé l'Egypte.*
Le Grand-Seigneur ne fut pas long-teins sans être instruit des ligues dans lesquelles les chevaliers de Rhodes étoient entrés contre ie sultan ^ Sélim, son père. Ses ministres lui représentèrent que ces chevâlièns , par leurs flottes et leurs ar^ memens, étoient tnattres de la mer; que, plusieurs *fdis, ils avoiént enlevé des convois qnon envoyoit en Syrie et en Egypte ; qu ils tenoient dans leurs fers plusieurs officiers Turc$, quils avoiént faits prisonnier^; quil sortoit, à tous inomeiis, de Shôdes et des autr)^ isles de la religion, des corsaires qui troubloient le commerce de ses sujets; et , pour achever die l'irriter, ils le firent souvenir des secours que^j^azelle en avoit tirés pour soutenir sa rébellion. Solimàli IPésolut de porter la guerre dans cette isle ; et il fut principalement affermi dans ce dessein par des mémoires que le sultan Sélim avoit laissés , et dans lesquels ce prinde marqtioit , que , pour assurer les frontières^ de son empire, il falloit , en Europe , s enHparer de la vilte de Belgrade , et de Tisle de Rbôdes , en Asie.
. Mais Soliman , avant que de s engager dan^ Carettr. deux entreprises si difficiles , et se voyant maître d'un si puissant empire , voulut affermir sa do^ minatioii sur des principes et des règles de conduite bien différentes de celles que ses préd^esseurs avoientsuivies. Avant le règne de Soliman , la force seule décic^it souverainement de la paix ou de la guerre avec les princes voisins; ea méme-tems qu un 'barbare despotisme étoit Tu* nique loi dans le dedans de FÉtat. Les badhas pilloient impunément le peuple ; et le prince , à son tour, pressoit ces éponges, et, pour s enrichir, en faisoit souvent mourir les plus puissans : sous un pareil gouvernement , on n etoit pas innocent si on étoit riche. Solinçian tint une conduite toute opposée : il ne fit jamaisia guerre sans la déclarer ; et il ne la déclaroit jamais sans avoir des prétextes plausibles, dont, après tout, les princes habiles ne manquent guères. Ses sujets, sous son règne, virent, peut-être pour la prenûère fois, régner la justice et lequité. Ce prince, le plus grand quil y ait eu dans cette monarchie, fit publier, dans tous ses États, que tous ceux qui avoient été dépouillés injustement de leurs biens par sop père et par ses ancètf es , JQ avoient qu'à s adresser à lui , et qu'il leur feroit justice. Les usurpateurs des biens destinés à 1 entretien des temples et des- mosquées, furent punis sévèrement : il rétablit l'autorité des tri- })unaux , méprisée sous les règnes précédens. Plusieurs cadis ou juges , qui avoient prévariqué
dans leurs charges , furent condamnés à mort. A regard des grands et des bâchas , il ne les fit Gàa^trc. pas mourir, parce qu'ils étoient riches; mais il punit seulement ceux qui Tétoient devenus par des concussions, et en abusant de leur pouvoir: en un mot, il déclara la guerre au'vice, à Tin justice et à la violence, avant que de porter ses armes contre les ennemis de sa loi.
Tel étoit Soliman , lorsqu'il entreprit de faire la guerre aux Chrétiens. Ce prince, ayant appris ^ qu Amurat II et Mahomet II avoient échoué aux sièges de Belgrade et de Rhodes , se flatta qu'une pareille entreprise honoreroit ses premières armes. Il avoit résolu de commencer par le siège de Belgrade ; mais , pour empêcher les Hongrois d'armer, de bonne heure , pour leur défense , ses ministres , p^r son ordre , laissèrent croire qu'il en vouloit uniquement à Fisle de Rhodes.
Le Grand-Maitre , pour prévenir ses desseins, fit faire une nouvelle enceinte de murailles dans les endroits de la ville qui lui parurent en avoir le plus de besoin. On augmenta les fortifications de la place; on remplit les magazins de grains et de provisions de guerre et de bouche. A la prière de ce vigilant Grand-Maitre , le Pape envoya , au secours de la religion , trois galions bien armés; et François I*', roi de France, y fit passer, en méme-tems, neuf galères, qua* tre brigantins et quatre barques armées : cette petite flotte arriva heureusement à Rhodes, sous les ordres du baron de Sàint-Blancard. Mais So-
202 HISTOIRE DE L ORBKE
*i; liman ii eut pas plutôt* fait éclater ses desseins
Fabrice „ , , i «> î i
CARtm. par le siegè de Belgrade ^ que ces Vaisseaux etrah* Igers reprirent le chemin de leur pays.
La Hongrie àvoît alors pour souverain un jeûne prince encore mineur, appelle Louis , fils de Làdislas; au, pour mieux dire, onToyoît, dans ce royaume, autant de souverains qu'il y avoit de grands en état de se faire respecter. Uiie jalousie réciproque les rendoît plus enne- , mis les uns des autres, que des infidèles mêmed, et causoit, dans l'État, des divisions qui le déchiroient. Le Grand-Seigneur, voulant leur cacher ses desseins, avoit envoyé, au jeune roi, un ambaissadeur, pour lui faire part de son élévation à Tempire: mais, an lien de recevoir ce mfinistre avec les égards dûs à son caractère , les seigneurs dû Conseil le traitèrent comme un espion, et lempéchèrent de retourner Vers son màttre.
Tel fut le prétexté de la guerre: Soliman, offenlsé qu on eût violé si indignement le drdk des gens , après en avoir demandé inutilement raison , fit partir le bâcha Pyrrus à là' tète duh grand corps de cavalerie, qui investit ta. ville de Belgrade , ancienne capitale de la contrée , appellée Rascie. Cette place, bâtie sur la pointé d'une colline , au confluent de la Save avec lé Danube, outre cette fortification naturelle, étoit entourée par une double enceinte de murailles^ flanquées , de distance en distance, par de grosse» tours munies dartill^iè; et on vbyoit, sur une
DES CHEVALIËKS bE MALTE. 2o3
éminénce qui commancloît la ville , un châ- —""""~
• • F ABRICK
teau appelle anciennement Taurunum, H ëtoft cabette. alots revêtu dfe toutes Ifeâ fortification^ que l'art y aToit pu ajotÉter^ 'et pas^oit pour iitoprenable.
Soliman suivit de près le bachà, et pbrnt bientôt à la tête dune armée fomiidable. On ouvrit la tranchée ; le canon fut tnis en bâtïlerie , et les Turc& n'oublièrent rien pour avàhcet leurs travaux. Toute l'Europe avoit les yeux ouverts sur le sii^e d'une place quon regardoit comme un des boulevards de là Chrétienté.
Les chevaliers de Hhodes sur- tout s'y ïntéressoient le plud , par la considération qufe , si lé Turc emportoit Belgrade , ààhs être traversé par les princes ChrëtiienSf tm pareil succès le détermxneroit à entreprendre "ensuite le siiége de Rhodes.
Pendant qu'on ^bit agité de cette inquiétude, iSai. leGrand-Mait^e tomba malade , et mourut asèet * brusquement. G'étoit un jprinde libéral, m agni- *°J*"^'®^ fique , charitable , aimant lé peuple , et voulant être aimé; et, cfe qtii étoit rare en ce tems-là, sçavant dans les langues mortes, et Iqul parloitjn • avec facilité , la plupart de celles qui étoient eii usage de son téms. Lci i^ligioh fit, dank cette conjoncture, une perte d'autant plus considérable , que les chevalière , étant à là veillé d'entrer en guerre avec la Porté, eussent pu tibèr beaucoup de secours dé la plupart des princes Chrétiens dont 11 étoit estimé, et avec lesquels ,
2o4 HISTOIRE DE l'oRDRE
■ ' pendant son ambassade de Rome , il avoit sou-
FabIiigi * / • »
CàRETTi, vent négocie.
L'Ordre , ne pouvant pas demeurer sans chef, après les obsèques de Garette, on s'assembla pour lui donner un successeur. Frère André d'Amaral ou du Merail , chancelier de l'Ordre , et grand-prieur de Castille , dont nous avons parlé au sujet de ses différends avec -le chevalier de risle-Adam, demanda cette émioente place avec autant de hauteur et de confiance, que s'il eut cru faire grâce à l'Ordre de la vouloir bien accepter. Il n'en eut pas été indigne, s'il ne se fut pas rendu lui-même , le premier , cette justice : sa présomption et le mépris qu'il faisoit de ses rivaux, lui attirèrent un refus général; et tous les suffrages se trouvèrent partagés seulement entre le chevalier Thomas d'Ocray, grand-prieur viLLTOs d'Angleterre, et frère Philippe de Villiers de Adam. l'Isle - Ad am , Hospitalier et grand-prieur.de France. L'Anglois étoit distingué par un génie élevé , un grand usage de traiter avec lesnsouverains , auprès desquels il avoit été employé dans des ambassades importantes; et on faisoit même ^ attention , dans la conjoncture de la guerre dont %thodes étoit menacée, à des richesses considérables que ce chevalier possédoit. L'IsIé-Adam, de son côté, avoit acquis, dans l'Ordre, une grande considération et une estime générale par la sagesse de sa conduite dans tous ses emplois, et par des manières ouvertes, pleines de franchise et de droiture, et que l'ambition
DES CHEVALIERS DE MALTE. . 2o5
et Thypocrisie ne peuvent contrefaire long-";^
Ce seigneur étoit alors absent ; il n'eut pour ^'*^"partisan , dans cette assemblée , que la mémoire de ses services , et le souvenir de ses vertus. Ce fut uniquement à une réputation si bien établie, qu'il dut le plus grand nombre des suffrages qui^ le proclamèrent Grand-Maître. Tous les cheva- i5ai. liers applaudirent au choix que lès électeurs ^^^*'*^"' avoient fait : ce fut une joye universelle dans toute risle. Il n'y eut que d'Âmaral qui en fut' outré de douleur ; et , dans- les premier3 transports de sa colère, il lui échappa de dire, à un commandeur Espagnol de ses amis , que llsle- ' Adam seroit le dernier Grand-Maître qui règne- ^ roit à Rhodes (i).
Le tems , au lieu d^adoucir la violence de son ressentiment, ne fit que Taugmenter. De son animosité particulière contre la pet^onne du
(i)Le Diable^ ingratitude et fureur avoient tellement offusqué les yeux de sa pensée , que nullement se pouvoit contenir; mais, k chaque propos, il se coupoit^ et ne pottvoit dissimuler sa trahison. Un jour, entre leé autres ayant le siège, il dit, (levant plusieurs gens de bien., qu'il voudroit que son àme fût au diable, et que Rhodes et la reli^on fût perdue. Et pareillement le jour que le trèsillustre seigneur qui est à présent, fui prononcé Grand- Maître, il dit à un commandeur de la nation Espagnole, homme de bien, et aftni sien, que ledit seigneur, élu Grand- Maitre, ^erok le dernier Maître de Rhodes. Relation du second siège de Rhodes ^ par le commandeur de Bourbon*
2o6 HISTOIRE DE l'oRDEE
"T Grand -Maître , ou ppét?adi qail p98$a à unç
VILLIERS ni •
DE LisLE- haine outrée contre tout 1 Ordre ; et , toujours Adam, ^^j^ de3 furiçs.qui lui déch^roient le cœur, il réaolv^t déteindre la religioQ i^ième, et detoMf- . fj^r la niere qi^ilavoit nourri. Sicun de ce^ fu^ nestesde3$eip3^, yoid, ^-peurpré^, 4e quelle maniée Bo3io rapporte quil le9 conduië^t* Il $eii QUvrit , dit-il , à un esclave Turc y qu'il avoît pris £| la gperre , hompi^e d'esprit , et qu il avoit reçpanu capable . de conduire une iatrigue ; cet €^la¥e 9 qui ,, d^p^ cette négociation , entrevit les moyens de reçouvrçp sa liberté, eûtra.dana ses vues.; et, «lous prétexte daller^ daos son pays, chercher le prix de sa- raqiçpn , se rendit secretteçp^eqt à Cpnsts^ptinopley aveQ une lettre pour le Grand-Seigneur. Le chancelier e^hortoit Soliman ^ former le sj^g^ de Bli^adefi ; et, pour lui en faire i^qir Is^ incilif^ , il a voit joint à sa Ipttre une aaiple ifi^truGtiQQ qui, çofitenoit Jetât présent de cette ville , les endroits les plus foibles de la place, le nombre des chevaliers et des- troupes préposés à sa défense, ce qu'il y avoit de provisions et de * mujaitions de bouche et dç guerre pour soutenir un sjiégev II ajoul^qit que le Conseil venoit de faîi« abattre une partie du bastion d'Auvergne, pour le refaire sur des fondemens plus solides ; et qu|B,.si sa Hautpsse vouloit se presser de faire avancer son armée, il trouveroit la place toute c^verte de ee côté* là, et hors tie d^ense. Sbliman étoit eucoce en Hongrie ; l'esclave de d'Âmaral/en' son absence, remit, son paquet aux
miDÎ&iisi^ qu'il a voit laissés ài Constantiaople; ou
l^ovoya, par uu courrier, exprès au Gp^^ud-Sei- de^Us^- ^euc. Ce prinçcî fut ravi de trouver, di^a^ Rho- '***^'*des mèaie^ up partisan secret, qui, eutrant, par< sa dignité , daus tous Iqs Conseils , pourront lui &ire passer des avis sûrs et fidèles. Ou. lui reur voya son eàclave avec des promesses d'une ré*- Qorapense magnifique , s il contribuoit aii succès^ des desseins 4e s^ Hautessel Le chancelier, à ce que ditBosio, toujours plein de fureur^ et enyvré d^ sa passion , fut charmé de voir un. acheminement à sa vengeance : et, de. peur qu on ne fut surpris du retour de son esclave , il publia quil netoit revenu que pour lui apporte»* sa rançon. Cet. excès de. confiance pour un esclave quil avoit laissé partir sur s^ parole, le retour de cet esclave, et les caresses que lui faisoit ce chancelier., ne laissèrept pas.de paroitra bien* extraordinaires; mais lautorité de ce seigneur, Qt la crainte d avoir pour ennemi un homme fier, hautain , et connu pour être implacable d^ms sa haine, étoqffa ces soupçons, ou, du moins I» empêcha quon ne les .fit éclater. ^
Cependant le nouveau Graqd-Maitre , ayant, reçu les nouvelles de son élection , se disposa k. partir. Comme il étoit bien instruit que Rhodes étoit menacée d un siège , il en fit part à tout son. Ordre, par une citation générale quil envoya, dans tous les États de la Chrétienté. Il ramassai, ce qu il put recueillir des responsions , qu il employa ea provisions de guerre ^ et , après avoir
208 HISTOIHE DE L'oHDHC
i?; ' ' " pris congé du roi , en Bourgogne , il se rendit à *isLB- Marseille, où il s'embarqua. 11 mon toit la grande