RIO
réussir la candidature de son ami Lamia, qui demande la préture 1 * .
Ce qui avait dû altérer l’esprit politique de ces nohles centuries equo publico, dont tant de chevaliers avaient combattu César à Pharsale, c’est que le nombre de leurs membres s’était beaucoup augmenté. Au temps de la mort de Scipion Emilien, le chiffre consacré des chevaliers des 18centuriesélailde2,400. Il n’avait pas varié depuis quatre siècles. Mais Deuys d’Halicarnasse, qui a vu sous Auguste le défilé solennel des chevaliers equo publico, à la fête du 15 juillet, en a compté quelquefois à peu près 5,000*. L’histoire ne nous dit rien de la cause d’une extension si grande donnée à des cadres qui paraissaient depuis si longtemps immuables. Mais la nature même de ces 18 centuries peut nous l’apprendre. Nous avons montré que les six premières de ces centuries, qui contenaient 1,200 chevaliers, étaient intimement unies au Sénat de 300 membres par une analogie de composition 3 . Les cadres de la chevalerie equo publico restèrent donc immuables tant que le Sénat ne compta pas plus de 300 membres, c’est-à-dire jusqu’au temps de Sylla. Mais Sylla éleva le nombre des sénateurs à 600. César le porta à 900 4 . La logique de la constitution romaine voulait que les six centuries sénatoriales equo publico fussent triplées comme le Sénat lui-même. Elles le furent, et leur effectif se trouva porté de 1,200 à 3,600 chevaliers, qui, ajoutés aux 1,200 qui restaient dans les douze dernières centuries, donnent un
1 Cic., Ad. fam., liv. xi, ep. 16, Cf. Posl red. in sen. or. 3. —
* Deiïys, vi, 13. — * Vol. i w , liv. j* r , ch. 2, § 2,p. 114-124 et
§ 3, conclusions , p. 135-136. — * Dion C., xliii, 47.
DES CHEVALIERS ROMAINS iO)
total de 4,800 chevaliers, que Denys indique par le chiffre rond de 5,000.
Ce changement en amena naturellement un autre, que personne jusqu’ici n’a songé à expliquer. Les six premières centuries equo publico contenant 3,600 chevaliers, tandis que les douze dernières n’en contenaient que 1,200, il y avait entre les deux parties de ce corps une disproportion choquante. Elle disparut par la fusion des douze dernières centuries, qui étaient les plus faibles, avec les six premières, qui étaient trois fois plus fortes. Voilà pourquoi, pendant tout le temps de l’Empire, on ne trouve que six escadrons,
( turmœequo publico) à la place des dix-huit centuries qui avaient existé jusqu’à la fln de la République. Cette fusion, d’ailleurs, fut hâtée par une autre cause. C’est qu’au temps d'Auguste, les chevaliers de race sénatoriale, les illustres, sortirent de la chevalerie equo publico pour former, avec tous ceux qui obtenaient le laticlave , une chevalerie à part. Il ne resta au nombre des chevaliers equo publico que ceux qui n’étaient pas de rang sénatorial et qui portaient Y angusticlave et la trabée. Or, les six premières centuries n’étaient plus distinguées des douze dernières que par le privilège de représenter le Sénat et de se composer des fils ou des parents des sénateurs. Cette distinction disparut, dès que les six centuries furent privées des chevaliers illustres portant le laticlave. Dès lors, les deux parties de la chevalerie equo publico, contenant des éléments semblables, la partie la plus forte absorba la plus faible et les douze dernières centuries entrèrent dans les cadres des six premières, pour former les six escadrons ou turmœ equo publico.
Tout en cessant de représenter le Sénat, la cheva-
leric des sis lurmœ n’en conserva pas moins la religion des six centuries sénatoriales, dont elle remplissait les cadres. Denys nous dit que les 4.800 chevaliers equo publico, dans le déOlé du 15 juillet, s’avançaient divisés par tribus et par curies 1 . Les six luniHv étaient donc, l’image des six demi-tribus sacrées des Hhamnes , des Tiiies ot des Luceres. Chacune d’elles devait, au temps d’Auguste, contenir 800 chevaliers, dirigés, à la fêle du 15 juillet, par un sévir qui offrait le sacrifice aux dieux de Rome, à la Junon des curies, à Castor et à Pollux, protecteurs des chevaliers. Chaque curie devait contenir 1 GO chevaliers equo publie 9.
Comme on avait appliqué à chacune des six demitribus le nom do turma, par assimilation à un corps de cavalerie légionnaire, on donna aussi à chaque curie de chevaliers equo publico, le nom de décurie, qui désignait à l’armée chaque division de la lurma. C’est pour cela que l’opération par laquelle l’empereur ou le censeur délégué pour le remplacer complétait les cadres de la chevalerie equo publico, s’exprimait par ces mots : Supplere decurias equilum s , légère deeurias equilum
Auguste, en rétablissant les fêles et les usages de la chevalerie equo publico, unit ensemble, comme on l’a remarqué 1 , l’anniversaire religieux, le défilé du 15 juillet ( transvectio ), avpc la revue quinquennale, que les censeurs faisaient autrefois passer aux chevaliers (census, probatio oareeognilio equilum). Cette revue avait
1 Voir vol 1 er , liv. n. oli. |, g 3, p. isu, notu 3, «t cli. 3, § l, p. 193-200. — ’ Suétone, Tibiire, 41. — ? Tacite, Annales, in. 30. — * Vol. I” r , p. 193. Cf. Ovide, Tristes , ii, 341 : Cttrminaqun eitiderom i/ u u in te de U du noluntem Crie te ri i loties jure quielus et/ tirs.
DES CHEVAUERS ROMAINS
été interrompue depuis longtemps 1 * * . Auguste y exerça les fonctions de censeur, en se faisant aider par des triumvirs et quelquefois par des décemvirs tirés de l’ordre du Sénat. Il infligeait de temps en temps une note d’infamie ou un blâme, mais sans éclat et sans dureté. Il nota des chevaliers equo publico qui, faisant le métier des anciens banquiers ( ncgoliatorcs ), avaient emprunté à un intérêt modéré, pour prêter à gros intérêts. 11 ne permit jamais qu’un accusateur vînt interrompre le défilé solennel pour attaquer devant lui un chevalier. Enfin il adoucit, autant qu’il put, l’aspérité naturelle de la censure et ne prit pas même le nom de censeur. Les chevaliers equo publico qui étaient trop vieux ou infirmes furent mis à la retraite. Auguste permit même à ceux qui avaient plus de 35 ans, c’està-dire aux seniorcs, de rendre le cheval que l’État leur avait donné 4 . C’est pour cela qu’on trouve les chevaliers equo publico, au théâtre, assis dans une partie de la salle qu’on appelle cime tus juniorum. Ceux qui y prenaient place, en l’honneur de Germanicus, qui avait été prince de In jeunesse, portèrent quelque temps le nom de coin de Germanicus ’ J . Enfin, Auguste fit prendre à ces chevaliers romains le nom un peu archaïque de Celeres, parce que l’on prétendait que Romulus avait eu unegarde ainsi nommée. Les chevaliers des six lurmœ, en acceptant le même nom, flattaient le prince et lui décernaient, pour ainsi dire, le titre de second fondateur de la monarchie romaine, de second Romulus ‘.
Maintenant que nous avons indiqué tous les carac-
1 Plutarque, Crassus, 13. — 1 Suétone, Vie d'Auguste, 37,
3K, 39. Cf. Oviile, Tristes , iï. v . 541. — * Tacite, Annales, il, 32.
* V. t. 1”, liv. r», ch. 2, 3 iv, p. 136-137.
lères de celle restauration de h chevalerie equo publico, du temps d’Augusle, nous achèverons successivement l’histoire des deux parties de la chevalerie qu’il a séparées, de la chevalerie sénatoriale des illustres, portant le laticlave, et des six turmœ equo publico, où il n’y avait plus que des chevaliers portant l’angusticlave 1 . Ces deux chevaleries n’avaient plus rien de commun que deux chefs qui, quelquefois, dans les cérémonies publiques,, les conduisaient ensemble : c’étaient les princes de la jeunesse. Chacune des six turmœ avait un chef particulier qu’on appelait sevir. Quelquefois un fils ou un parent rapproché de l’empereur cumulait les deux titres et était en même temps prince des deux chevaleries et commandant d’un des six escadrons sacrés.
C’est la pourpre, dit Pline, qui sépare la curie des chevaliers 2 . Il marque ainsi la distinction du laticlave et de l’angusticlave, si nettement établie par Auguste. Dès l’an 35 av. J.-C., Octave avait réservé le laticlave aux sénateurs et aux magistrats 3 . Plus tard, il permit
1 Stacc, Sylv. L. V, cnrmen 2, v. 12, dit au fils d’un lieutenant de Corhulon :
Non sanguine crelus
Turmali, Irabeaquc Hcmi, tiec paupere claru.
Auguslam sedemel Latii penelrale senalin Advena pulsasti.
Staee flatte ici le laticlave au dépens des turnur.
Ibid., liv. iv, carmen S. H dit à Septimius de Leplis, prand père de l'empereur Sévère, qui était chevalier equo publico. et portail l'angusticlave :
Contenlus arclo lumine purpurœ
Crescis
. . . Sun! Urbe , romantique lurmis
qui Libyam décorant alumni.
— * Pline, II. .V., «, 60. — 1 Dion C., xlix, 16.
aux fils des sénateurs de le porter dès l’âge de 17 ans 1 . Ces deux lois séparèrent la chevalerie sénatoriale, de la chevalerie equo publico. Aussi, dès le milieu du règne d’Auguste, on les trouve mentionnées comme deux corps distincts. En l’an 9 av. J.-C., Drusus meurt, après avoir conquis toute la Germanie jusqu’à l’Elbe, et son corps est porté au Champ de Mars « par les che- » valiers, tant par ceux qui font partie du corps pro- » prementdit des chevaliers, que par ceux de race sé- » natoriale 4 . » Dion Cassius dit encore qu’Auguste refit la fortune de plusieurs jeunes gens, tant des familles sénatoriales que des familles des autres chevaliers 3 , et qu’autour deson tombeau défilèrent les chevaliers, ceux du bataillon sacré et les autres 4 . Hérodien, racontant l’apothéose de Seplime-Sévère 5 , dit qu’une image de cire, représentant l'empereur malade, est placée devant la porledu Palatin, après que le corps de l’empereur a été enterré. L’image de cire figure ensuite l’empereur mort. Elle est portée au Forum à travers la voie Sacrée par les plus nobles du bataillon équestre et par l’élite des jeunes gens du Sénat. Puis, de là, elle est portée au Cbarap de Mars, sur un bûcher autour duquel toute la chevalerie exécute des évolutions militaires. Dans ces passages et dans d’autres 0 , les mots grecs t-Xo;, employé par Dion, r«yf/.a, employé par Hérodien, signifient bataillon sacre, ou régiment, et M. Naudel a bien montré qu’on ne peut les entendre, qu’en les appliquant aux six turmœ ou escadrons equo publico 7 . Les autres chevaliers, placés
* Suétone, vie d'Auguste, 38. — ’ Dion C., lv, 2. — * Ibid., lv, 13. — * Ibid. Lvi, 42. — * Hérodien, iv, 2, an 211 ap. J.-C. — • Dion C., lix. 2. lxi, 9. xxm, 13. — 7 De la noblesse chez les Humains, p. 82-83.
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HISTOIltK
en dehors de cette chevalerie proprement dite, sont les chevaliers de race sénatoriale, ceux que Tacite appelle dans plus d’un passage illustres 1 et qu'il assimile aux sénateurs *.
Lorsque l’on désignait les deux catégories de chevaliers, on disait la jeunesse des deux ordres s . Les deux chevaleries se réunissaient pour proclamer ou accepter les deux chefs, qu’on appela sous l’empire jirinces de la jeunesse.
Cette qualification, par laquelle on désignait, à Rome, du temps de la République, les fils des plus grandes familles sénatoriales ou équestres, devint, sous le règne d’Auguste, un titre officiel. Tous les chevaliers' 1 * * * , c’est-à-dire ceux des six escadrons sacrés, comme ceux de l’ordre sénatorial, nommèrent ses petits-fils, les Césars Caius et Lucius, princes de la jeunesse, après avoir fait don à chacun d’un bouclier et d’une lance d’argent. Auguste avait désiré si vivement ces honneurs 5 pour scs petits-fils, qu’il n’attendit même pas qu’ils eussent revêtu la robe virile pour les leur procurer. 11 était dans son douzième consulat (5 av. J.-C.), et Caius entrait dans sa quinzième année, lorsque le jeune César fut proclamé prince de la jeunesse ®. Deux années après, Lucius, frère de Caius, arrivé au même âge, reçut le même
1 Annales, iv, 58 et 68. xi, 4. — * Annales, ii, 59. — * Sué-
tone, Tibère, 35. Ex jure ulule, utriusque ordinis projUtjutissi.
m us quisque. — * Monument d’Ancgre, 3“* colonne, Cf. trait,
par M. G. Perrot, n° 14. Equités autan romani nniversi prin-
cipem juventutis utrumque connu purmis cl tu mis aryeuleis
tlomitnm u ppcl lavent u t. I nirersi équités, comme l'expression dllérodion, iv, i, toute la cheeulerie, veut dire: les deux catégories de chevaliers, ceux du sénat, comme ceux des six turmiv. — 5 Tacite, Annules, i, 3. — 6 Zonaras, x, 35. •
DKS CHEVALIERS ROMAINS
titre 1 * . Depuis ce temps-là, tous les héritiers des: empereurs furent proclamés princes de !a jeunesse par les deux chevaleries.
Les Césars Caius et Lucius étant morts, ce ne fut pas Tibère, héritier de l’empire, qui fut nommé prince de la jeunesse, parce qu’il était déjà tribun de la plèbe et associé â l’empire. Ce fut Germanicus 3 . Plus lard, Caligula, apres sa maladie, donna ce litre à Tibère, fils dü second Drusus, qu’il addpla pour frère 3 . Les deux fils de Vespasien, Titus et Domillen, pendant le règne de leur père, furent princes de la jeunesse. Mais l'aîné déposa ce titre en recevant la puissance tribunicicnne, et dès l’an 72 ap. J. -C., il ne le portait plus, tandis que son frère lè conservait encore *. Au siècle des Antonins, le titre de prince de la jeunesse prend une dignité nouvelle. Antonin le donne à Marc-Aurële, déjà César, en l’associant à l’empire 5 .
Commode, à la lin du siècle, est encore nommé prince de la jeunesse par cooptation, et l'on remarque, dans le passage qui nous l’apprend, que l’historien emploie, pour désigner les chevaliers, une expression d’un archaïsme aiïectc, Trossulos, qui appartient bien à cette époque de pédanterie “.
1 Dion C., liv, 18 et ly, 12. — 1 Ovide, ex Punto, a, 5, v. 41. — s Suétone, Caligula, 13. Dion C., lix, 8. — 4 Orelli, Inscr.,
I. i < ’ r , p. 181, n° 143. Cf. Eckhel, de doclr. nummorum velerum , p. 375. Le prince qui recevait la puissance tribuniciennc, était désormais, non plus héritier de l'empire, mais empereur. —
Dion C., i,\m, 35. Orelli, inscr., I. 1", p. 210, n“ 930. — 6 Lam-
pride, Hist. auguste, Commode, i, 2. Commodus inter trossulos princeps juventutis cuuptahts i/nuin togam sumpsil. C'est là le texte rectifié par une conjecture «le Satimaise, adoptée par Casaubon et par Juste-Lipse. Les plus vieilles éditions et la prin-
cipale, celle d'Henri ÈsUerine, 1588, t. m. p. 861, portent tn 1er 1res
solus principes juventutis, ce qui ne peut avoir de sens.
Quand on essaie de rajeunir les vieilles institutions par des noms plus vieux encore, c’est qu’elles sont près de périr ou de se transformer. Caracalla et Géla furent les premiers à garder pendant leur règne le titre de princes de la jeunesse. Mais, depuis ce tempslà, ce titre n’a plus qu’un rapport indirect avec l’histoire de la chevalerie. Les médailles qui le rappelaient portaient jusque là les emblèmes des chevaliers, le cheval, la lance ( Irnta ), le petit bouclier ( parma ). Géla et Caracalla, princes de la jeunesse, sont représentés à pied et debout au milieu des enseignes del’infanterie 1 . Après eux, ce titre semble synonyme de prince impérial. Il s’ajoute, comme une sorte de complément indispensable, au nom du César, dis de l’empereur régnant, que cet empereur soit un Romain qui n’a jamais régné dans Rome, comme Macrin, père du César Diadoménien 4 , ou un Pannonien comme Décius 3 , ou même un Goth comme Maximin 4 . Les derniers princes de la jeunesse furent Carin et Numérien, ces fils de l’empereur Carus, dont le premier gouverna l’Occident et le second, l’Orient 5 . Pour eux, le nom de princes de la jeunesse fut tout à fait l’équivalent de ce que fut, peu d’années après, sous Dioclétien, celui des deux Césars, Dioclétien, qui leur succéda, n’avait plus qu’à imiter Carus, et de plus, à partager avec un collègue le titre d’Auguste, pour fonder celte létrarchie qui a désorganisé les armées romaines, l’ordre équestre et l’empire.
A côté de la chevalerie sénatoriale des illustres, et
1 Eekliel, de doclr. nummorum velerum, vm, p. 376-378. — - Ol'clli, Imcr. i,p. 217, II» 9i2. — » Ibid., p. 225, il* 995. — * Ibid., p. 221 n" 965. 11 Orelli, i, p. 233, n“ 1045.
DES CHEVALIERS ROMAINS i09
sous la même autorité nominale des princes de la jeunesse, vivaient toujours les six escadrons ( sexturnue ) des chevaliers equo publico, portant la trabée et l’augusticlave. Chacun de ces escadrons avait pour chef un sévir, dont le titre se cumulait quelquefois avec celui de prince de la jeunesse, quoique ce cumul ne fut ni nécessaire ni même habituel. Les petits-fils d’Auguste, les Césars Caius et Lucius, furent princes de la jeunesse, et chacun d’eux fut, en même temps, sévir d’un des six escadrons sacrés. Mais ces deux titres s’ajoutent l’un à l’autre, et leur sont conférés séparément 1 * . Marc-Auréle, déjà Césaret associé à l’empire par Antonin, fut à la fois prince de la jeunesse et sévir d’uu escadron sacré, et il présida aux jeux appelés sevirates. Mais on remarqua ce cumul de litres comme une exception a .
Ordinairement les sévirs, qui étaient des magistrats religieux comme les préfets des fériés latines ou les curions 3 , étaient pris parmi les Laticlavii , quoique les six escadrons sacrés qu’ils avaient à diriger ne portassent que l’angusticlave. Ainsi, les inscriptions nous montrent des tribuns militaires ornés du laliclave, arrivant au sévirai des chevaliers romains 4 . Ceux qui n’étaient encore que tribuns angusticlaves, étaient adjoints au Sénat avant d’être revêtus de la dignité sacrée de sévir 5 . Les honneurs du vi-
1 Zouaras, x, 35. — * Dion C. lxxi, 3a. Orelli, Insc., n" 930. — 1 Le titre de nerir lurtnœ est souvent donné à un ancien préfet des fériés latines. Orelli, inscr., n** 3043 et 2761. ou à celui qui
devenait prêtre de Rome et d'Auguste ou Curion (Ibid. n°’ 731-
732). — * Orelli. Insc., i, p. 90, n° 133 et p. 4t4, n* 2379. — 5 Orelli,
Ibid., i, p. 3*0, U“ 2253. L. Æmiliu L. F. Pap. Arcanu.... Irib. mil.
ley. il adlccto in amplistimuni urdinem ab imp. Catsare
iiO
histoiuë
gintivirat aussi bien que les milices équestres Ouvraient l’accès du sévirat. Ainsi, on devenait quelquefois sévir après avoir été triumvir capital ou triumvir des monnaies*, oü décemvir pour les affaires judiciaires*. Quoique Celte charge semble, dans la carrière des honneurs, placée à côté de la questure ou du tribunat de la plebe, son caractère religieux la faisait tant rechercher, qu’on la vit acceptée d’un ancien proprélcur d’Arabie 1 . Un quatuorvir, qui avait exercé les fonctions dé la censure pour épurer où recruter les six & escadrons sacrés, se trouva honoré d’eu commander un 6 comme sévir.
Les chevaliers des six twmœ Célébraient des fêles nombreuses. Leur magnifique cortège formait comme la décoration de la monarchie impériale. Tantôt ils venaient s’asseoir, à côté de la chevalerie sénatoriale, aux banquets solennels offerts par les empereurs 1 . Un des plus brillants fut celui où, en 95 ap. J. -G., l)omllien invita les deux ordres. Il y admit le poète Stace, qui avait, peu d’années avant, été couronné du lauHer d’or*. Les chevaliers des turmœ portaient au bûcher, élevé dans le champ de Mars, les corps des empereurs ou des personnes de la famille impériale, et célébraient par des évolutions militaires, et par des
Hudrian. Auy. VI vir. equit. romanorumeurioni quœstori urbano trib. plcbit prœtori désignait ) , etc . — * Ibid . , n g 3046. — 1 Ibid., n° 2379. Un sévir s'intitule vigintivir îles monnaies, parce que le triumvirat monétaire faisait pallie du vigintivirat. Ibid., n” 276t. —
* Ibitl.. n* 3043.— » Orelli , iiucr., 30». — 5 Ibid., n»* 731-732. —
* Les inscriptions mentionnent des sévira du l p ', du 2 * et du Vf escadron des chevaliers et/no publico. Orelli, n°* 2379, 3043, 3016. (jrutor. p. 393,6 et p. 1093,7. — 7 DionC.,Lvii, 12 ; US. Il ; LS, ■) ; lxvii, 9 ; .Martial, vm, 50. — * Stace, Sijlo. iv, 2. v. 32. Hic 7 mon Humain, t proceret, trabeataque Cücsar A y mina, mille simul jussil Uüctimbere mentit.
carrôusels, les jeux funèbres tjui accompagnaient l’apolhéose 1 . Enfin ils avaient des jours de fête pour l’anniversaire de la naissance de l’empereur*, ou de tous les autres jours heureux du règne, et ils sortaient au devant de l’empereur quand il revenait à Home 3 .
Mais leur plus grande fêle était toujours la transvectio du 15 juillet. Elle fut célébrée sous Caligula 4 , qui, dans cette cérémonie, se montra assez sévère, èt retiras plusieurs chevaliers le cheval donné par l’État; sous Claude 5 , qui fut beaucoup plus indulgcul, quoiqu’il eût repris le nom depuis longtemps délaissé do censeur. Sous Néron, ce fut plutôt une parade qu’une revue sérieuse et, pour la première fois, les chevaliers amenèrent leur cheval devant le tribunal impérial, après l’avoir couvert de harnais. Néron aimait mieux voir un harnais brillant, qu’examiner l’animal 8 . Vespasien, plus sérieux, essaya d’introduire dans les six escadrons plus d’honnêtes gens qu’il n’y en avait 7 .
Au second siècle de l’empire, l’usage de l’anneau d’or devint vulgaire. L’ordre équestre des chevaliers er/no privato ayant 400,000 sesterces, se fondit pour ainsi dire dans la masse d’un peuple enrichi et corrompu? 11 n’y eut plus alors de chevaliers officiellement reconnus que les chevaliers equo publico, inscrits dans les cadres des six turmœ, et nommés par l’empereur. Jusque-là, ces cadres ne contenaient qu’un nombre dé-
* Dion C., lv, 2; lu, 42 ; lix, 11; lxxiv, 5; Suétone, V. d'Ot:itivc, 1 00 , Caliguld, 13. — ’ Suétone, Octave, 37. — 1 DionC., li, 2o, et Lvm, -4. — * Suétone, Caligula, lti ; Cf. Dion, lix, 9. — Suétone. Claude, iii. — • Dion C., Lxtn, 13. C'est dans ce passage que le uiot ttXo; est appliqué aux chevaliers soumis il la rccugnilio. Ce qui prouve qu’il désigne les six turinm. — 1 Suétone, Ves/iatieii, 9.
4 lî
fini de chevaliers, peut-être 4,800 comme au temps d’Auguste. Adrien s’attribua le droit d’en nommer un nombre indéfini 1 , comme ou nomme chez nous des chevaliers de la légion d’honneur. L ’equus publions devint si bien une décoration, que cette dénomination finit par s’appliquer, non plus au cheval souvent imaginaire qu’elle désignait, mais à la personne même du décoré*. Comme il y eut des chevaliers equo publico de tous les pays, et même de tous les âges, on regardait comme un honneur spécial l’avantage d’avoir pris part, à Rome, à la fête delà transvectio* .
On a plusieurs preuves de cette révolution qui changea complètement la nature de l’ordre équestre. Le cens de 400, 000 sesterces ne donna plus désormais le droit de figurer sur ta liste des chevaliers. Ce ne fut plus qu’une condition pour que la demande de la décoration fut admissible, et classée dans les cartons des bureaux 4 . Un habitant d’un municipe avait demandé à Adrien la décoration de Yequus publicus, et se plaignait dans sa requête, qui se tournait en mémoire justificatif, d’avoir été négligé dans la distribution des faveurs impériales, parce que deux ans auparavant, son préfet l’avait exilé de son municipe. Le postulant rappelait qu’il avait le cens équestre", et que le procès,
' Adrien suivit le conseil que Dion lu, 19, suppose donné à Auguste. — ‘Orelli, «Vise., 3055. C. (ladisius Q. F. Vetur. Catenus equiis publiais. — 1 Orclli. Insc., 3032. Diis Muni bus Ses. Gavi. Sex. F. visit an. xvi equo publiât transvectus est. — * La bureaucratie commence avec Adrien. Il invente les sert nia. — s Dositliéc, Sentences d'Adrien , 6. Voici la traduction latine littérale de ceUe sentence, écrite en grec : Per libellum petente quudam esse sibi facilitaient equeslris dignitalis. sed. quum equum publicum pclcret, praeteritum fuisse, ante biennium décréta praefecti a nno U nu municipio excedere conclu m , quantum critnen in-
cause de son exil, lui avait été suscite par la malveillance de ses esclaves. Adrien répondit : « Celui qui » demande le cheval que donne l’Etat, doit être > exempt de reproche. Pour l’avenir, votre conduite
• sera votre meilleur plaidoyer. »
Les empereurs ne se montrèrent pas toujours sévères dans le choix des décorés de Yequus publions. Capitolin dit qu’Adrien nomma un chevalier qui n’avait que six ans '. Il est vrai que ce chevalier était Antonin-le-Pieux, qui pouvait avoir des vertus précoces. Mais une inscription nous montre, sousAntonin, un chevalier equo publico qui a reçu sa décoration à l’âge de cinq ans 8 . On choisissait des innocents à la place des hommes sans reproche. Tout le monde prétendait à la décoration, et l’ordre des chevaliers equo publico s’étendait aux municipes de l’Italie et des provinces. Nous trouvons, sous Antonin, un chevalier equo publico dans le municipedeRudies 3 , un autre, qui est édile à Pouzzoles 4 . Les provinces ont leur part dans cette distribution de faveurs. Un édile africain rapporte à Carthage, sa patrie, le titre de chevalier equo publico \ L’ohscure ville d’Arba, sur la cftte de Dalmatie, n’est pas négligée. L’édile M. Trébius a reçu de l’empereur le brevet A’equus publicus ®. Enfin les refusde décoration deviennent si rares, qu’au temps deGaius, des femmes faisaient à leurs maris des donations, pour élever leur fortune jusqu’à 400,000 sesterces, et pour leur permettre par là de demander
lervcnerat quod servi concitaveranl , Adrianus dixit : Qui cquum petit pubticum emendatus esse débet. Ctetera autem vila tua probabis. — ‘ Capitolin, Vie d‘ Antonin, 4. — * Orclli, inscr., 3053. —
* Orelli, incr., 134. — * Orelli, inscr., 1229. — • Orelli, inscr., 3040. — 6 Guill. Henzen, 3“* vol. de la coll. Orelli. Turin, 1856, n* 5275.
4li
l 'ordre équestre, c’est-à -dire, selon l’explication d’Ulpien, le titre de chevalier equo publico 1 . En 223 ap. J.-C., la petite ville deCanouse comptait huit patrons chevaliers romains*. Vers ce même temps, Iléliogabale, prêtre d’Emèse, qui avait été élevé à l’empire à l'âge de quinze ans, pour avoir dansé avec une grâce merveilleuse devant les troupes d’Orient, dans le temple du Soleil 3 , confiait la censure à un danseur, chargé de dresser la liste des sénateurs et des chevaliers 4 . Le choix des hommes portés alors sur les listes des décorés de la chevalerie equo publico, fut tel que Laropride fait honneur à Alexandre Sévère, successeur d’ Iléliogabale, de n’avoir nommé chevalier aucun affranchi \
Ainsi, l’ordre équestre des chevaliers equo publico, répandu par la faveur ou par les caprices des empereurs dans le monde entier, aurait sans doute, comme l’ordre des chevaliers equo privato, péri par sa diffusion même. Alexandre Sévère, qui se promettait de l’épurer, fut assassiné par les soldats et fut remplacé sur le trône par le Goth Maximin. Les institutions romaines furent brisées. L’avénement d’un brutal mercenaire est le commencement de la barbarie. Arts, littérature, lois, richesse, tout s’effondre, dans l’empire romain, pendant le demi-siècle qui sépare Maximin de Dioclétien. Lorsque, de ce chaos sinistre, on voit sortir le prince dalmate, avec sa couronne hé-
' Gaius. Digeste, 24. i : De Donatione inter vimm et uxorem, % 24 : Si uxor vira laticlarii pe teint i gratin ilunet , tel ut eg lies tris ordinis fiat. Ulpien. 7,1, sur la même loi : Concession est malien, dannre rira snu at is ab imperatore lato data tel eguo publico hnnuretur.—* Fabretti, inscr., |». 598, ir 9. — * llérodicn, Irait, de Léon Ilalévy. — *• llérodien, v. 7.— " Lampride, Vie d’Alexandre Se rire, 19.
DES CIircVAUEHS ROMAINS 4(5
rissée de pointes, comme celle d’un roi barbare 1 * * , lorsqu’on lit les chroniqueurs de 17/istetre auguste, ses contemporains, on s’aperçoit que, si l’empire subsiste encore, la civilisation romaine a péri. Dioclétien n’a su que pousser Rome dans la voie qui la menait à sa ruine. Ses lois donnaient des satisfactions de toute sorte à la passion funestedesplaceslucrativesetdes litres vains. Celle passion détournait depuis longtemps los hommes de talent de la conduite des armées romaines eide la direction des affaires politiques vers les fonctions du palais et vers celles des procurateurs. Rome, fondée par |a guerre, a péri pour avoir de plus en plus délaissé et méprisé le métier des armos.
Au milieu d’une hiérarchie de fonctionnaires décorés par le Xcrxès deBilhynie, de noms déjà anciens, comme ceux des ctariisiwcs et des pcrfcclissimes, ou de noms plus nouveaux, comme celui d ’egregii*, on cherche les débris du grand corps des chevaliers romains, si répandu un siècle avant dans le monde. On les trouve à peine, d’abord dans ces egregii dont nous avons déjà parlé®, puis dans certaines corporations de marchands ou d’armateurs (■ navicularii ) 4 . Constantin et ses successeurs hésitent sur la place qu’ils doivent assigner aux chevaliers. Constantin les range après les sénateurs et les pcrfeciissime s 5 ; Valentinien et Valens, au second rang, au-dessous du clarissimal
Le titre de chevalier dépend, comme depuis Adrien, de la faveur impériale, quoique, dans lee provinces,
1 Voir los monnaies rtc Dioclétien. — * Nautlcl, de la noblesse
chez les Romains, 98-IUO. — ' Cad. Théodosien, xiii, ii, tfl. CI".
Orclli, ruser., S02U. — * y. plus haut, milices équestres 5 Cf. Cod.
T hé mi., vi, 36. Les chevaliers sont exemptés île la torture. —
5 Cod. Théodosien, 11 , 17. — * Cod . Justinien, xu, 32-
il y ait encore des familles équestres et des chevaliers de naissance. Mais toute cette chevalerie provinciale . disparaît, et il ne reste plus guère, au IV* siècle, de corps de chevaliers que dans Rome 1 , où les membres de ce corps sont soumis à la juridiction du préfet des veilleurs*. C’est le préfet du prétoire, ce n'est plus l’empereur qui les nomme 3 .
« Hors des limites de la ville, dit M. Naudet 4 , il y> n’y avait plus de chevaliers romains dans le monde.» C’est là, en effet, qu’ils devaient durer le plus longtemps. Ils avaient à Rome le berceau, le sanctuaire de leurs vieilles institutions. L’usage de la transvectio se maintint pendant les siècles les plus troublés. Caracalla 5 , Héliogabale B , Alexandre Sévère 7 , célébrèrent encore cette fêle, et passèrent en revue les chevaliers equo publico. Sous Gallien® et Aurélien®, l’ordre équestre ligure encore dans les solennités publiques, et monte au Capitole avec le Sénat et les soldats, pour remercier les Dieux. En 326 ap. J.-C., la fête de la transvectio du 15 juillet allait se célébrer. Elle n’était plus seulement un défilé de l’ordre équestre. Elle était devenue pour les Romains une fête populaire, nationale, où l’on protestait par des hommages éclatants aux Dieux de l’empire, contre les progrès du christianisme. Constantin, sortant du concile de Nicée, venait d’arriver à Rome. Il refusa de s’associer aux sentiments du peuple et de guider la procession. Le païen Zosime raconte avec indignation que l’em-
' Cod. Th ., vi, 36, de equeslri dignitate. — * Cod. Th., xv, 14, 3. — 5 Cod. Th., de ci/, dign., vi, 36. — * Naudet, de la ■noblesse chez les Humains, p. 136. — * Dion C., lxxviii, 4. —
6 Hérodien, lléliogabale, v, 7. — ’ Larapride, Alex. Sévère, 15. Cf., ch. 57. — * Trebellius Poilio, Gallien, 8. — 8 Vopiseus > Aurëlien, 12.
pereur chrétien , lorsque les soldats montèrent au "Capitule. insulta impudemment le cortège, et manifesta son mépris pour la sainte cérémonie 1 . Constantin ne put se méprendre sur les sentiments de haine qu’il inspirait aux Romains. Il résolut de donner à Rome païenne une rivale. Il jeta les fondements de Constantinople.
La capitale délaissée avait perdu sa royauté. Elle allait perdre sa religion et ses fêles sacrées. La solennité du 15 juillet, dernier souvenir de la gloire de la chevalerie romaine, disparut. Mais les Vestales entretenaient encore l’antique foyer de Rome. Gratien, en faisant enlever du Capitole la statue de la Victoire, si chère aux païens, confisqua les biens des Vestales. En vain les Romains réclamèrent par la bouche de Symmaque, qui fit parler Rome elle-même, insultée dans sa vieillesse par ses enfants oublieux de tant de gloire*. Les Vestales ne trouvèrent grâce, ni devant la sévérité chrétienne de saint Ambroise, que leur luxe scandalisait 3 , ni devant la verve railleuse du poète chrétien Prudence 4 . Théodose, vainqueur d’Arbogast, dispersa le collège des prêtresses de la plus ancienne Déesse des Romains. Le Cycle romain était fermé. L’invasion d’Alaric approchait, au moment où s’éteignait pour toujours le feu sacré de Vesta, autour duquel s'étaient formées, sous les rois, les tribus des Rhamnes, des Tùies et des Luceres, et les trois premières centuries des chevaliers romains.
• Zositne, n, 29. — * Symmaquc, lib. x, epist. 54, 287. — 5 SI Ambroise, t. n, 828. ■ — * Prudence, contre Symmaque, lib. ii.