‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 104 sur 166 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

valiers et de sénateurs, que le second d’abbés illustres, de cardinaux et de papes.

Malgré l’apparence d’excessive tyrannie consacrée dans les statuts des jurandes romaines, on peut donc concevoir sans trop de peine pourquoi les membres de ces jurandes s’en accommodaient. C’était toujours en dernier résultat au profit des corporations elles-mêmes qu’étaient instituées ces rigueurs. Qui est-ce qui gagnait à ce que les membres d’une confrérie ne pussent jamais la quitter? La confrérie, qui se trouvait ainsi toujours et uniformément recrutée d’hommes expérimentés. Qui est-ce qui gagnait à ce que les fils, les petits-fils, tous les descendants, fussent tenus de suivre la profession de leur aïeul? La confrérie, qui se créait ainsi des familles d’ouvriers ou d’artistes permanentes, dans lesquelles la tradition des procédés industriels ou techniques se perpétuait d’âge eh âge, et qui acquérait, par la suite des temps, de ces illustrations génériques dont elle était fière, sortes de dynasties du travail, comme les Âldc, les Ëiicnne et quelques autres en peuvent donner une idée dans l’hisloire de l'industrie libre des temps modernes. Enfin, qui est-ce qui gagnait à ce que les successions

les plus puissants de l’empire. Les boulangers fournirent beaucoup de sénateurs (optio concessa est bis qui è pisloribus facti sunt senatores... Cod. Theod. , lib. XIV , lit. iii, leg. 4) ; une loi de Valentinien et de Valens . de Tannée 571 , une autre de Gralien, de Tannée 379, font connaître qu'un grand nombre de bateliers avaient été faits sénateurs et chevaliers. (Cod. Theod., lib. XIII, tit. x, Icg. 14, 15.)

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JURANDES ANTIQUES. STT

ab intestat des membres revinssent au corps de métier? La confrérie, dont le patrimoine s’agrandissait et qui pouvait tout à la fois multiplier scs travaux, améliorer le sort de ses membres, et parer aux chances do l’avenir.

Or , si les rigueurs contenues dans les statuts des jurandes romaines tournaient en définitive au profit de ces jurandes, est-ce qu’elles ne tournaient point par le fait au profit de ceux qui en faisaient partie ? C’est comme si l’on disait que le moine ne se ressentait pas de la prospérité du couvent. Eh bien! de même que la meilleure et la plus active portion jde l’Europe , au sixième siècle , se précipitait dans les cloîtres , d’où l’on ne pouvait pas plus sortir que des confréries romaines, où l’on perdait ses droits civils, où l’on ne pouvait ni donner, ni vendre, ni tester, ni recevoir en don ou en legs; de même , tant que dura le beau temps des jurandes , elles ne manquèrent jamais de prosélytes , qui consenlis.sent à leur donner avec leur corps le corps de toute leur postérité.

Cela fut ainsi , disons-nous , tant que dura le beau temps des jurandes; car il fut un temps où leur prospérité déclina, où leur vogue disparut; où il fallut ramener leurs membres fugitifs par la force , ainsi que le portent les lois d’Honorius et d’Ârcadins , de l’année 412 , et la novelle de Tliéodose et de Valentinien , de l’année 445 ; où , pour comble d’opprobre , il fallut les recruter de Juifs et 'de Samaritains , comme le fait connaître la loi de Graticn , de Valen- I. 24

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