‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 4 sur 166 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

iluiie indislinclomenl à toutes les époques, maïs d’at^ tendre de certains moments et en quelque sorte de certaines saisons historiques pour germer et pour llcurir. En somme, il y a dans les journaux, dans les livres et dans l’opinion peu d’idées nettes et précises sur les ouvriers; personne n’a jamais songé à se demander, par exemple, s’ils constituent ou non une race à part chez les peuples où ils se trouvent; ou bien quelle est la cause qui les produit de préférence en des siècles et en des royaumes donnés; ou bien quelle èst la cause qui les répand clair-semés en un pays, drus et fourmillants en un autre; en un mot, personne ne s’est encore sérieusement soucié de leur histoire; bien plus, et ceci est fort à noter, personne n’a été curieux de savoir si les ouvriers avaient une histoire, une histoire propre et à part, une histoire actuellement ignorée, mais qui, étant faite et racontée, mettrait les esprits des économistes et des hommes d’Étatsur la trace d’améliorations possibles, faciles et immédiates.

Les publicistes de ce temps -ci, qui se sont occupés des classes ouvrières, l’ont fait sans aucune donnée claire, propre etspéciale ; ilslesont prises en leur état présent, sans s’inquiéter de leur état passé, même sans se demander si elles ont été autrefois ce qu’elles sont aujourd’hui. Ils n’ont aucune clef qui ouvre leur nature historique et leur signification sociale, et ils tournent autour d’elles sans pouvoir les saisir avec les tenailles glissantes deleur idéologie. Iis ne savent donc pas d’où elles viennent, ce qui fiiit qu’ils ne savent pas où elles vont.

DU PROLÉTAniAT.

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Oui certes les classes ouvrières ont une histoire à part, ou plutôt elles ont dans la vie générale des peuples une destinée propre et distincte dont le récit constitue une histoire à part, et enseigne dans quelles conditions et à quelles époques les ouvriers apparaissent, se réunissent, travaillent, vivent, se perpétuent. Cette histoire n’est pas encore composée et écrite, pour deux raisons : d’abord , parce que l’Europe arrive aujourd’hui seulement à cette période de la révohition sociale où les classes ouvrières ont acquis assez de développement et d’importance pour que les gouvernements s’en inquiètent et pour que les publicistes s’en préoccupent; ensuite parce que , aujourd’hui encore , l’histoire sort de cet état d’épopée et de chronique où les anciens l'avaient placée, où nos pères l’ont laissée, pour arriver à faire sa critique, à s’étudier, à se connaître , à se compléter , à trouver la raison de sa poésie, la réflexion de son action. Ainsi d’un côté, les gouvernements commencent à remarquer qu’il y a dans leur méc.anisme un gravier qui en arrête les rouages et qui s’y est accumulé grain à grain ; de l'autre, les historiens commencent à remarquer qu'il nous tombe sur les bras un fait social immense , qu’ils ont oublié de noter dans ces livres qu’on appelle des histoires, et qu’on a remplis à peu près exclusivement de nqms de batailles, d’empereurs et de capitaines; de telle sorte que les classes ouvrières s'en vont frapper, à l'heure qu’il est, avec la même énergie, à la porte des savants et à la porte des rois, et disent aux premiers : Il nous faut notre histoire , et aux seconds : Il nous faut notre pain.

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