‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 5 sur 166 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La principale raison qui fuit que les publicistes de notre temps ont médiocrement réussi quand ils ont traité de ce qui touche les classes ouvrières , c'est , avons-nous dit , qu'il ne les ont pas abordées par le côté de l'histoire. Les hommes qui sont aujourd'hui aux affaires et ceux qui ont occupé ces vingt dernières années de leurs idées ou de leur réputation appartiennent tous par l’éducation à Técole philosophique du dix-huitième siècle. C’est cette école, dont les théories se trouvent le plus nettement et le plus éloquemment résumées et déduites dans le Contrat social et dans le Discours sur l'inégalité des conditions, et du temps de laquelle l’histoire critique n’avait encore été essayée que par Yico, que la France ne connaissait pas, qui a entraîné tous les publicistes ^ depuis la révolution de 1789, à entrer dans la question des ouvriers et des pauvres, dans la question du peuple enfin, par le côté des abstractions , par le côté de ces Droits de l'homme en général , dont le dix-huitième siècle avait fait l'axiome fondamental de la science politique.

11 y avait néanmoins deux inconvénients énormes à procéder ainsi. D'abord, attirer et absorber dans la grande abstraction contenue en ce mot homme les ouvriers et les pauvres, c'est-à-dire le peuple, et poser en principe l’unité et l'identité absolues des droits et des devoirs de tous, c’était préjuger la question de savoir s’il n’y a pas dans l'histoire du genre humain des races différentes affectées à différentes fonctions politiques, pourvues de différentes destinées sociales et qui, ayant de cette façon différents devoirs, auraient

par conséquent différents droits. Nous ne disons pas précisément encore que ces races existent , ce qui briserait l’axiome des Droits de l’homme, mais quand le dix-huitième siècle affirmait qu'elles n’existent pas , il faisait évidemment une pétition de principe, c’està-dire qu’il répondait à la question par la question.

Ensuite, faire des ouvriers et des pauvres des façons de chiffres, contenus et additionnés dans le total homme, c’est se lancer dans une série d’opérations parfaitement rigoureuses en elles-mêmes, mais parfaitement stériles quant à leur résultat. En effet, si un ouvrier n’est qu’un citoyen abstrait, une unité hu- . maine égale à toute autre unité humaine, on arrive à faire de lui un quotient du souverain, qui est le grand dividende social. Or, cette méthode n’aboutit qu’à donner au citoyen-quotient une houle dans le scrutin de la souveraineté. Si le citoyen a de quoi vivre, il peut remplir sa fonction arithmétique par façon de passe-temps, mais s’il est pauvre, si cette abstraction de citoyen couvre quelque réalité comme la classe ouvrière , qui n’a ni pain sur la table ni vêtement sur le corps, le scrutin ne lui donnera certainement ni l’un ni l’autre , et toutes les combinaisons imaginables des citoyens abstraits, essayées d’après la méthode des idéologues,, n’aboutiront qu’à une mystification complète en politique et en industrie.

11 y a cinquante ans qu'on tourne et qu’on retourne dans tous les sens la donnée abstraite de ïhomim et du citoyen, sans arriver à autre chose qu’à une solution logique , mais stérile ; et la question reste encore

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