‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 66 sur 166 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

évidente , après l'histoire des races nobles que nous ferons; de telle sorte que si nous ne pouvons pas faire qu’il ne reste quelque nuage sur nos idées , ce nuage se dissipera certainement , nous l’espérons , à mesure que nous les aurons toutes mises dehors, et suflisamment développées et étayées entre elles. Les parties trouveront leur commentaire dans le tout.

En attendant, et nous croyons avoir assez fait pour qu’on nous pardonne cette hardiesse, si c’en est une , nous posons comme un principe acquis qu’il y avait eu établissement des cornraunes parmi les Juifs dès le temps de Moïse , et parmi les Grecs dès le temps d’Homère , et nous tirons cette certitude des villes murées qui sont mentionnées dans le Pentateuque et dans l’Iliade.

Nous devons déclarer , sans plus tarder , que nous ne prétendons pas précisément que la commune de Jéricho et la commune de Troie aient ressemblé exactement à ce qu’a été au treizième siècle, par exemple, la commune de Soissons et la commune de Reims , c’est-à-dire qu’il y ait eu exactement les mêmes formes administratives et le même nombre d’échevins ; nous avons déjà fait voir que les détails de l’organisation administrative ne sont pas ce qui constitue essentiellement la commune, et que le nombre, les fonctions et le nom des administrateurs n’y font rien; mais ce que nous croyons fermement , c’est qu’il y avait à Jéricho , à Troie , à Calydon , à Gortinc , dans le petit nombre de villes murées qui se trouvent citées par Moïse et par Homère, une association d’hommes de race affranchie, vivant à part de la race noble, ayant leurs

COMMUNE ANTIQUE

statuts propres, leur droit civil distinct , même leur administration séparée ; et c’est dans celte association d’affranchis organisés entre eux que nous faisons consister la commune , quel que soit d’ailleurs le mécanisme de cette organisation ; qu’il y ait un chef ou qu’il y en ait deux; qu’il s’appelle consul , maire , prévôt ou échevin. Nous croyons en outre que ces communes primitives se sont organisées spontanément , graduellement, un peu chaque jour, sans préméditation arrêtée, sans vœu précis, sans plan pour l’avenir, sans théorie politique préconçue , et que néanmoins , pour s’être ainsi formées paisiblement, insensiblement, sans bruit, sans révolte , sans massacre , elles n’en furent pas moins des communes, tout aussi bien, tout aussi complètement que celles de Laon ou de Cambrai, dans lesquelles la rébellion et le meurtre ne sont, à notre avis, que des circonstances locales et des accidents fortuits, sans valeur générale et sans signification humaine.

Si nous résumons en quelques mots la marche du livre jusqu’au point où nous l’avons conduit , nous avons pris les races esclaves au sein de la famille primitive , et nous les avons suivies jusqu’au moment où, assez nombreuses pour faire masse, elles ont obtenu de leurs maîtres , de leurs seigneurs , la faculté de vivre à part , de s’organiser entre elles, de se créer un gouvernement humble , soumis , obscur , méprisé , la COMMUNE. Nous avons montré le gouvernement communal se formant peu à peu en tout pays , en Orient et en Occident , à proportion que les esclaves étaient émancipés.

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