‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 124 sur 145 · LIVRE 111. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIV

A dégoûtent par leur opiniâtreté à vouloir conserver leurs « anciens droits (2) ; n il donne exactement le ton du sentiment général en présence des insurrections rurales nées de cette opiniâtreté, qui n'était pas toute, il s'en faut, le fait de la noblesse, lorsque résumant les détestables conditions économiques où les institutions avaient mis la culture il écrit : « Quel est l'homme ayant le sens commun qui peut regretter « la chute d'un gouvernement qui ^ conduisait selon de « pareils principes? et qui peut a\ec justice condamner le a peuple, d'arracher violemment à la noblesse et au clergé « ces privilèges et ces distinctions dont ils ont si indignement « fait usage pour l'abaissement et la ruine des classes infé- « rieures:(l)?» Ces classes, on ne l'ignore point, ne s'arrêtèrent dans leur revendication qu'à l'extrême liberté; et la question du plus ou moins de justice qui y présida reçoit de leur histoire propre un jour qui fait comprendre qu'A. Young, devant qui l'état agricole la résumait tout entière, jugeât en cela si semblablement à leurs passions. Se créant à cette heure leur condition souverainement et pour elles-mêmes, elles devaient, après le travail opéré dans les esprits et les intérêts, ne mesurer le droit qu'à sa conception théorique. Pour atteindre au but, tout d'abord posé de a détruire entièrea ment le régime féodal » (2), soit l'enchevêtrement subtil que la seigneurie avait fait des attributs de domination et de propriété, de la justice et du fief y soii la crainte de n'affrranchir que les riches, soit les souvenirs de l'oppression et le sentiment que toute pauvreté venait d'elle, dictèrent la gradation de lois que l'on connaît, les décrets qui distinguaient

(1) «Who can justly condemn the people for their violence in wresting « from ihe nobility and clergy those privilèges and distinctions, ^hich ibey^ c had used so ^inworthily, to the dépression and rain of ail the inferior « classes. » (P. 401 de Tédit. de Bary S. Edmunds, et U lil, p. 13 de l'édition française.)

(2) Décret du 4 août-3 nov. 1789, art. 1.

les redevances abolies des rachetables (1), ceux qui effa« cèrent par le principe d^abolition radicale (2) ces derniers souvenirs de la doctrine qui avait fondé les redevances sur la concession du seigneur, et ceux qui achevèrent tout en étant toute indemnité même pour les redevances que leur créancier prouverait résulter d'une concession réelle (3).

On sait aussi qu'une fois leur tradition juridique accomplie par là, les charges et les obligations de la culture déânitivement réduites aux seuls effets du louage et des conventions et les tenues utiles transformées à toujours en propriété, les classes rurales recommencèrent avec bien plus d'ardeur sur les plans de la liberté absolue l'œuvre d'individualisation foncière et agricole qu'elles venaient de poursuivre si activement à travers les gênes et les réserves de l'ancienne hiérarchie. Avoir à soi le sol, avec toute la latitude d'exploitation concevable et sous des lois d'héritage et de transmission qui ne laissassent pas même affaiblir d'une menace éloignée cette individualité de la possession et de l'industrie devint leur passion de nouveau : passion si vive et tellement simultanée, si incontestée ou favorisée, presque si complètement commune à ceux qui voulaient acquérir, à ceux qu'elle devait faire dépouiller, à ceux que les seules-théories occupaient, qu'on Ta pu croire engendrée seulement alors du renversement des choses. Posséder surtout le sol inculte de la seigneurie fut l'ambition insatiable. On sentait là comme un trésor interdit de richesse, de développement privé, et on l'y cherchait avir dément si misérable que fût le fonds. — C'était la manifestation dans sa plénitude de cet esprit social qui depuis dix siècles, sous le servage même, suscité par l'effet des institutions et

(1) Décr. du 4 août-3 novembre 1789, arl. 1, 15-28 mars 1790 et 13-20 avril 1791.

(2) 26 avril 1792.

(3) 18 juillet 1793.

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des mœurs, si sa virtualité eût pu faiblir, avait sans cesse demandé le progrès public au développement de la personne par l'intérêt de propriété. Venant de décider la déGnïtive conquête du droit, l'égalisation civile radicale, il entraînait 'avec d'autant plus de puissance à accomplir ainsi à son tour la tradition économique. 'A des classes rurales qui, mercenaires, étaient demeurées toujours opprimées ou misérables «t n'avaient' trouvé que datis la possession individuelle et l'énorme travail de bras qu'elle nécessitait pour être profitable le peu de garanties, d'exhaussement, de prospérité qu'avait permis le passé ; à des classes propriétaires restées incapables à toute date de créer une autre constitution agricole fructueuse, nulle voie qui, maintenant, parût assurer autant la personnalité politique, morale et matérielle à la fois à laquelle elles aspiraient ensemble comme à la civilisation même.

« A peu de distance du château de Liancourt, » raconte A. Young, quelques mois après le 4 août (1), « se trouve, « près du grand chemin, une pièce de terre en friche appai^ « tenant au duc. J'y vis plusieurs personnes fort occupées, « plantant des haies pour la diviser en petites portions, apla- -u nissant, fouillant, faisant de grands travaux dans un endroit 4i très-peu susceptible d'amélioration. Je demandai à l'inten- \i dant s'il croyait que cette terre valût la peine d'y faire une «( pareille dépense. Il répliqua que les pauvres du village, au « moment de la révolution, avaient déclaré que le peuple « était la nation, que les landes appartenaient à la nation, et « que, passant de ta théorie à la pratique, ils avaient pris pos- « session sans autre autorité, et commencé à cultiver. Le « duc, qui n'était pas fâché de leur industrie, ne s'y é a opposé. » En petit tout le mouvement foncier de la tion se voyait là, son morcellement fanatique, cette

1} EnJiDviar 1180, ro^aget.iAl, p. 113.

raine conscience de sa légitimité, la force d'histoire, pour ainsi parler, qui Yoilait à l'ancien possesseur la spoliation dont il était le résultat ou le présage ; et l'Anglais, entraîné lui-même, y ajoutait l'assentiment qu'allaient lui donner les autres populations assujetties de l'Europe, (piand il disait : c Je crois le peuple sage, raisonnable et dans la Toie philoso- « phique de s'emparer dé pareilles terres, et je souhaiterais

« de tout mon cœur qu'il y eût une loi en Angleterre pour « y autoriser l'acte des paysans français (1). »

(1) En Janvier 1790, Voyagett 1. 1], p. 113 : « Wise, and rational and phic losopbical, in seizing snch tracks : and l.heartiiy wish there was a law in « Englandfor makingthis action of the French peasants a légal one with us. >

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