‹ Histoire des classes rurales en France et de leurs progrès dans l'égalité civile et la propriétéChapitre 2 sur 145 · ESPRIT ET PLAN DE L*OUV RAGE · texte numérisé non relu

ESPRIT ET PLAN DE L*OUV RAGE

On trouvera dans ce volume le corrigé, si je puis dire, d'un Mémoire écrit en 1852, pour le concours que l'Académie des sciences morales et politiques avait ouvert sur Y Histoire de la condition des classes agricoles ^ en France y depuis le treizième siècle jusqu'à la révolution de 1789.

Je fais un livre de ce Mémoire, quoiqu'il ne se recommande pas d'une distinction officielle. Les appréciations de ses juges m'y encouragent, et j'y suis porté par la conscience de l'avoir composé avec tout le soin que les œuvres sérieuses exigent. Si, grâce aux conseils que l'Académie a joints à ses critiques, ce livre évitait devant le public les écueils que sous sa première forme il a rencontrés près d'elle, et si, en quelques parties au moins, il ne paraissait pas indigne de se placer à côté des travaux d'histoire sociale dont cette éminente com* pagnie ii su si à propos indiquer le cadre et faire doter la science, il aurait obtenu le succès que j'ambitionne le plus pour lui.

Il PRÉFilCB.

Je dois à MM. MichelefetH. Passy d'avoir osé l'entreprendre et le finir. En donnant l'un et l'autre des témoignages plus que bienveillants à un travail qui a été un peu le préliminaire de celui-ci ( 1 ) , et où, avant que l'Académie des sciences morales n'ouvrit ses concours à l'histoire des classes agricoles, je l'avais entreprise pour une province danfs laquelle te dévdoppelment juridique de la France, et un peu l'état sociardès lors, trouvèrent en quelque sorte une moyenne , ils m'ont enhardi à le continuer, quoique disproportionné à mes forces : si minime qu'en soit le mérite, qu'ils me permettent de leur en apporter l'hommage tout d'abord.

Je dois également à ceux à. qui m'ont lié l'âge, Tédurcation qji la pensée, d'avoir été soutenu dans cette œuvre par le souvenir de nos engagements intellectuel^ : je la leur dédie comme le fruit d'un patrimoine commun. Puissent-ils, sous la modération que l'étude et la vie amènent et qui est le caractère de la justice et de la vérité, y sentir encore « ce battement de cœur » dont celui des maitrès que je viens de nommer et à qui l'on est redevable de si vivants tableaux de l'histoire nationale, se plaisait à retrouver les émotions dans les pages, bien incomplètes cependant, où j'essayai de retracer les vicissitudes du paysan d'Auvergne !

(I) Voir le Chap. iv do Foyaçjfe pilloref^iM àomk'Xa Bà/tte-Att^èrgn^ (adcienDe Auvergne, T. III. Moulins, P. A. Desroziers, édi(. in-folio, 1845-47); et un Rapport de M. H. Passy sur ce travail, au T. X des Comptes rendus des travaux de l'Académie des sciences morales eipotitiques, on au Meniièwr do 14 mai 1848.

KSPRIT ET PLAlf D« l'oUTIAGB. III

Le Mémoire que j'ai refait ici avait paru à TAcademie : « un ouvrage considérable... où les actes et con* « trats de tout genre qui révèlent la vie privée sont tour à

« tour invoqués à l'appui de vues souvent ingénieuses

ff où une attention constante et qui ne manque pas de « profondeur est donnée au côté économique de la ques- « tion, c'est-à-dire au rôle qu'ont joué dans les vicissi* <x tudes de l'état des personnes le travail et le développe- « ment des richesses créées par le travail. » Il avait pu inspirer à l'illustre rapporteur du concours cet éloge : « Quelquefois même il pénètre plus avant que ses con- « currents dans certaines parties obscures et un peu dé- « tournées du sujet, en sorte qu'il est en même temps « complet quant à l'ensemble, et curieux par des détails « ailleurs ignorés ou négligés (1). »

Je rappelle ces jugements parce qu'ils obligent, mais sans oublier qu'à côté on reprochait au travail une exposition confuse, des divisions obscures, le vague des idées, des résultats déduits des faits, et je redoute ici ces défauts. Ils sont de ceux que la hâte augmente : plus d'un avait pu venir de ce que, rendu aux études de la vie privée trop près du terme du concours, j'avais écrit précipitamment ; mai& ce sont des défauts dont les esprits insuffisants se préservent mal même avec le temps, et, quoique j'aie complété ce Mémoire dans des parties que je savais inachevées, tâché, en en précisant les vues et

(1) Rapport de Al. (ruizot au nom de la Section dlUttoire^ dans la séance du 30 avril 1853. — Comptes rbndos, T. XXV, p. SOI et sniv., tar le Mémoire n» 3.

IV PBÉFAGB.

le langage, d'amoindrir les fautes qui ont fait « regret- « ter x> à ses juges « de ne pouvoir demander pour lui une « distinction officielle, » je ne le présente pas sans hésitation au public, juge moins attentif, dès lors plus diffi* cile^ Il a d'ailleurs le désavantage de paraître après le Mémoire couronné (1), que distinguent les qualités extérieures dont je manque le plus^ indépendamment d'une science étendue et sûre. Je sais mieux aussi , maintenant^ quelles difficultés naissent dans le sujet de ses vastes proportions, de l'insuffisance des documents, des vues générales qu'il comporte. Pour s'exposer à de telles chances d'insuccès, il faut penser que ne pas faillir tota* lement serait en partie réussir. Je mets là mon espérance, en effet ; heureux si, ayant tracé un tableau où les détails sont exacts et suffisent, j'ai dessiné encore avec rectitude et su rendre un peu distinctes quelques lignes essentielles , préparant ainsi un cadre où tous les faits omis ou négligés, tous ceux ultérieurement découverts, tous les détails locaux se placeront d'eux-mêmes, comme des déductions naturelles ou comme des preuves tendues.

Si l'érudition n'a pas encore mis la science en possession de toutes les données nécessaires à une histoire définitive du sol et des cultivateurs du sol en France, elle fournit cependant assez de détails pour qu'on puisse en

(1) Histoire des classes agricoles en France, depuis saint Louis jusqu'à Louis IVI, par M. Dareste de la Éhavanne, 1 vol. in-8. Paris, Guillaomin, 1854.

ESPRIT ST PLAN DE l'oUTEAGE. V

tracer une esquisse dès maintenant complète en plus d'une partie. On n'a plus, pour un travail de cette nature, les seules notions relatives à l'époque gallo-romaine, comme lors du mouvement historique d'il y a vingt-cinq ans et comme au dernier siècle : non-seulement ces notions se sont élucidées et accrues, mais on a pénétré fort avant dans le moyen âge par la lecture et Tinterprétation des cartulaires, d'une multitude de titres, de documents spéciaux, par l'examen plus approprié des anciennes coutumes, des décisions et des traités juridiques. La lumière s'est faite ainsi sur cette époque restée longtemps si trouble et si peu comprise. Dans ces dernières années, les beaux travaux de M. Guérard sur la condition des personnes et des terres, de M. Ch. Girâud et de M. Laboulaye sur le développement civil, les Introductions de M. Beugnot aux Assises et aux Olim, la digression si précieuse de M. Championnière sur les institutions féodales (1 ) , l'y ont porté bien au delà de ce qu'on voyait avant ; elle pénètre tous les jours davantage, grâce à des études locales conduites avec un zèle fervent et quelquefois très-éclairé. La Normandie par M. L. Delisle, Iw Franche-Comté par M. Clerc et par les érudits de la Suisse, l'Ouest, la Picardie, la Bourgogne, le Languedoc, par l'impulsion de leurs Sociétés savantes ou par les recherches des archivistes, sont déjà en possession de ren-** seigneracnts très-détaiilés sur l'état successif des intérêts fonciers et agricoles. >

Mais, soit que toute seule, ainsi que l'enseigne aveo tant d'autorité le profond historien par qui le jugement

(1) De la propriété des eaux cou^anîet, in-8. Pari», 1856, Hingray.

Vi PRÉFACE.

du concours a été formulé en des termes si instructifs sous leur concision (1 ), l'érudition reste impuissante à reproduire l'histoire vivante de rhumanité) au même titre que les descriptions anatomiques les plus précises le sont à représenter véritablement l'homme, soit parce qu'elle commence déjà à chercher sans but et multiplie un peu les textes sans profit, il est temps que ses décou* vertes se classent et se groupent dans des travaux de synthèse. Le nombre des faits n'a pas ici la valeur qu'on pourrait croire : c'est leur lien qui importe; c'est, les rencontrant identiques aux mêmes dates. dans des lieux très-distants^ et à des dates éloignées dans des circonstances analogues, d'en déterminer . la raison d'être,^ l'enchaînement, et de donner ainsi la notion de cet ensemble de causes, d'effets, de moyens, dont les rapports et le jeu forment la vie sociale. Autant que possible c'a été mon but dans le présent ouvrage; non qu'il n'y ait pas plus d'un écueil à. tenter d'élever l'érudition jusqu'à rhistoire en l'animant de cette manière, mais parce que hors de ces voies, le sujet, n'offrant qu'une utilité d'archéologie, m'eût paru sans intérêt.

Je suis allé, par là , à l'encontre surtout du « grand péril « de précipitation et d'erreur » que la recherche « des a lois morales, » des causes génératrices et cachées dans les événements fait courir, et que le rapporteur de l'Aca-. demie prédit, mais commandé à la fois à l'historien des classes agricoles (2). L'histoire de ces classes a des faces nombreuses et des éléments très-divers. Tenant aux lois

(1) Sut h Mémoire n'^Q.

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